‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes, et des moyens de les rendre (volume 3)Chapitre 30 sur 58 · PROSTTTtJTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

PROSTTTtJTION PUBLIQUE

d'inscription de ces tnémes filles qu*on appelle communément filles en numéro, par opposition aux filles isolées, qui reçoivent la dénomination de filles en cartes.

Les moyens employés pour la recrutcnaent des prostituées méritent de fixer l'attention, parce qu'ils mettent à nu l'égoïsme, l'astuce et la profonde dépravation des êtres qu'on est convenu d'appeler dames de maisons. Ces femmes odieuses soutiennent dans les hôpitaux, et en particulier dans celui des Vénériens, des prostituées malades, sortant quelquefois de chez elles, lesquelles se lient adroitement avec les personnes de leur sexe, qui, par leur jeunesse, leurs agrémens extérieurs ou la tournure de leur esprit, pourraient convenir à la classe d'hommes accoutumés à fréquenter les établissemens de celles qui les font agir. Sur les avis que les maîtresses de maisons reçoivent de leurs affidées, elles se déterminent à traiter ou non avec les sujets qui leur sont désignés. Si le traité se conclut, la courtière donne à titre de cadeau^ à la fille engagé^ une robe et lîn châle, et, de plus, une gratification de quatre à cinq francs par semaine , pendant tout le temps qu'elle doit séjourner à l'hôpital. En même temps une prime lui est accordée à elle-même, comme récompense, suivant la qualité du choix. Cette prime

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peut s'élever jusqu'à cinquante francs. Les filles parmi lesquelles ce recrutement s'opère avec le plus de fecilité sont des domestiques sans, place, ou des ouvrières qui 5 perverties depuis long-temps , n'ont d'autre ressource que la prostitution pour échapper à la faim, et se procurer un abri au sortir de l'hôpitaL

Il est des dames de maisons qui ont des correspondantes dans les pays de fabriques, pour alimenter leur établissement; elles y envoient même des commis'-voyageurs. Quelques-unes se ménagent des intelligences avec ces gens qui font métier de placer des domestiques , et dont les affiches couvrent les murs de Paris. Les filles les plus jolies leur sont adressées comme domestiques, et en peu de jours , ces malheureuses, séduites par l'appât de riches vétemens et de toutes les commodités du luxe , se vouent à la prostitution, victimes, sans le savoir, d'une détestable embûche.

Enfin il est de ces femmes qui , avec une cynique audace, parcourent plusieurs fois par an Rouen , le Havre, certaines villes de la Flandre, et particulier ment Bruxelles, pour exploiter à leur profit la légèreté, la vanité, le libertinage ou la misère des jeunes filles appartenant aux classes ouvrières. Ne pouvant, d'après les défenses qui leur sont faites, diriger plus

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d'une maison à Paris, elles parviennent à en fonder dans Tune de ces villes, et font passer sans cesse leurs filles d'un point sur un autre, suivant les convenances et les besoins de chaque localité.

La dernière classe des maîtresses de maisons, étant hors d'état de se livrer à ces manoeuvres, emploie d'autres moyens de recrutement. Elle se sert d'émissaires qui pénètrent dans la prison où sont détenues les prostituées , et qui engagent celles qui leur conviennent, à l'aide de quelque cadeau ou de quelques secours en argent. Les mêmes émissaires se tiennent en observation aux abords de la prison, et lorsqu'une fille est mise en liberté, elles lui offrent un refuge dans la maison qui les envoie. Do reste, il est notoire que les filles refusées dans les établissemens du premier et du second degré réussissent à se placer dans les établissemens inférieurs.

Les filles , dites de maisons , ne retirent d'autre fruit de leur prostitution journalière que la nourriture et le vêtement. Ce fait est général et ne souffre aucune exception , pas même dans les maisons de tolérance du premier degré, où certaines filles procurent aux maîtresses de ces maisons des recettes qui ne sont pas moindres de plusieurs milliers de francs par mois. Les filles de ce rang sont entourées de toutes les recherches du luxe. Vêtues avec une

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extrême élégance, elles n'ont à s'occuper que du soin de leur personne. On les entretient dans une oiisiveté abrutissante et dans les goûts d'une sensua^ lité de table, propre à les étourdir sur la dégradation de leur état et sur la misère qui les attend. Ces filles, celles surtout qui ne sont pas encore initiées à la vie intime des maisons de tolérance, s'abandonnent dans les commencemens à toutes les illusions de la faiblesse et de la vanité de leur sexe. Les pa-» rôles emmiellées de leur hôtesse hypocrite ne contribuent pas peu à prolonger leur erreur; mais'%lles ne tardent pas à s'apercevoir que ces paroles cachent le calcul le plus vil et la plus froide indifférence. En effet, attachées à la glèbe de l'infamie, privées de toute liberté dans leurs rapports avec les familiers de la maison , il faut , pour l'utilité suprême de celle-ci qu'elles surmontent leur répugnance et jusqu'à leur dégoût, qu'elles endurent même en silence les mépris *et quelquefois les mauvais traite^ mens de ceux qui le^ approchent. Malheur à 1^ fille qui excite la vogue ! pour elle , point de répit ; in-^ strnment servile de la cupidité d'une femme déshonorée, et pourtant hautaine, elle est condamnée à subir toutes les conséquences d'une faveur passagère, aux dépens de sa santé et quelquefois au péril de sa vie. En cas de maladie, celle qui, la veille.

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jouissait de tous les avantages d'une richesse factice, à qui Ton prodiguait égards, empressemens Qt obligeantes protestations, est tout*à*coup écondcrite de sa brillante demeure ^ et reléguée dans un hôpital. Cruel désappointement d'une infortunée, victime d'un avare trafic et d'une noire ingratitude !

Le sentiment d'indignation cpie 4:ause aux prostituées cette ingratitude est d'autant plus poignant, que les misérables qui pressurent leur jeunesse et leur beauté , dans leur unique intérêt , mettent en œuvre tous les moyens pour river la chaîne de leur esclavage, tant qu'elles peuvent tirer parti de leurs personnes. On sait que les filles de maisons reçoivent ordinairement de ceux qui les fréquentent une légère marque de libéralité ^ ce qui est indépendant du salaire dont l'exploitante fait son profit. Cette faible rétribution est le denier de la prostituée, et pourrait devenir un jour le pécule propre à assurer son affranchissement. Mais le dénîon de la fourbe et du lucre est là : il veille sur sa proie, de peur qu'elle ne lui échappe. Plus elle est soupçonnée d'économiser, plus on l'excite à la dépense; et les tentations lui sont offertes non«seuIement par la prin* cipale intéressée ; mais encore par les viles créatures qui composent sa domesticité. D'autres manœuvres sont employées à l'égard des filles qui, fascinées par

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le prestige de leur position , n'ont pas eheoref^oÀgé à mettre en réserve les dons particuliers qui 'feue sont faits. Afin de les lier d'une manière ptils.sère à la maison qu'elles enrichissent^ on les encourage à se livrer au plaisir du spectacle, du bal, enfin à toutes leurs fantaisies ; et l'on fournil par des avances à ces perfides divertissemens créés tout exprès pour perpétuer leur serv«ge, car de pareilles avances constituent en général pour les filles publiques des dettes sacrées.

C'est ainsi que la condition des filles de nufisous est pire, sous les apparences les plus séduisantes, que celle de la dernière des filles libres. Il ne &ut pas, du reste, se méprendre sur le servage des filles de maison. Ce servage tient à leur dénûment per« aonnel, qui les prive des moyens de reconquérir leur liberté, faute de vétemens et de toute esfièeé de ressources. A cela près, il est loisible aux fiUes de cette dasse de passer, selon leurs propres .c6n« veiiâuces , à l'état de filles isolées*

Les. détails que nous ^venons de donner sur les rapports existans entre kâ filles du premier degré et les femmes dont elles dépendent^ s'ap^diquent de tout point, sauf les différences de position, aux prostituées des autres degrés et aux mutresses de mai** sons qui les gouvernent

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L'industrie des daines de maisons ne^se borne pas à prostituer des filles qu'elles entretiennent , elle CMsiste aussi à louer pour un temps fort court des chambres garnies de meubles plus fin moins élégans à des individus de l'i^n et de rautre sexe.

Ceci nous ramène à la question dés maisons de passe que nous n'avons fait qu'indiquer en donnant une idée générale .des maisons de tolérance et qui se rattachent ^ en raison de leur caractère indéter* miné, aux maisons publiques comme aux maisons clandestines de prostitution.

Il est triste de penser, que ses maisons offrent un refuge non*-seulement aux filles publiques isolées, mais encore à des femmes de toutes conditions, qui ne^ sont pomt inscrites sur les registres de la pro« stitution. Ces fenunes se composent principalement, de dbmestiques, d'ouvrières, de certaines femmes mariées qui ne craignent pas de franchir le seuil de lantre de la prostitution, de jeunes filles, entraînées par les promesses trompeuses de quelque séducteur, ou qïu déjà, perverties, y attirent elles-^mêmes les hommes dont elles se font suivre ; enfin d'actrices du dernier rang ou de figurantes.

Les inspecteurs n'ayant point d'action sur les femmes qui ne se livrent pas habituellement à la ptoatitution ne peuvent que surveilla celles de ces fem<«

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mes dont ils font la rencontre dans les maisons de passe, afin de prévenir ou de réprimer les scandales qui pourraient offenser la morale publique. Là s'arrête leur mission et elle n'en est pas moins utile , puisqu'elle tend à éclairer ces réduits équivoques de la prostitutiou.

Avant de pénétrer dans lea«écrets de là prostitution clandestine, nous dirons quelques mots d'une foule d'établissemens, tels que maisons garnies, petits cafés, estaminets, débits d*eau-de-vie et cabarets ouverts, soit à des prostituées inscrites, mais peu empressées à se conformer aux réglemens sanitaires, soit à des ouvrières ou à des prétendues servantes qui ont été assez prudentes ou assez heureuses pour se soustraire slutL investigations des inspecteurs.

Ces établissemens qui peuvent être considérés, comme les stations avancées de la prostitution clandestine, sont répandus sur tous les points de Paris, mais ils abondent principalement dans les localités oi^se rassemblent les ouvriers et le bas peuple. On peut mettre eu tête de ces localités les grandes barrières, presque tous les boulevards extérieurs, ceux de THôpital et du Temple , la rue Froidmanteau et les lieux circonvoisins, les rues qui touchent aux grands ponts du centre ou qui y aboutissent, etc.

Les filles du plus bas étage sont en possession de

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itéepaenter les maisons que nous venons de citer, et les individus qu'elles y attirent en font de véritables ifèpaires.Les gens qui tiennent ces mauvais lieux ne négligent rien, d'ailleurs, pour captiver les filles auxquelles ils doivent tout leur achalandage. Beaucoup d'entre eux les paient même pour venir danser ou passer la journée cheveux ; il en est qui affectent de le& traiter comme leurs domestiques, afin de leur procurer la facilité de sortir librement et de les défendre contre Faction de la police.

L'ivresse règne en permanence dans ces lieux de désordre et de crapule. Les filous y font de nombreuses victimes, et là où les soldats ont coutume de se réunir, les fiftes se livrent aux ébats les plus licencieux et les plus dégoûtans ; elles dansent la pipe à la bouche et dans les postures les plus indécentes. Ces filles sont presque toutes infectées et ne se soumettent que de force aux prescriptions sanitaires.

La prostitution comme les autres vices a ses degrés. Le dernier de tous est occupé par des femmes privées, pour ainsi dire, de tout sentiment moral et plongées dans une abjection qui fait horreur au grand nombre des prostituées. Ces femmes ne se montrent que la nuit, elles errent dans des endroits écartés, parmi les décombres, sur les marches des

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escaliers ou sur les chaussées basses qai mènent k la rivière ; elles font métier de se prostituer au ra«bais le plus bas et d'aider de leur entremise les pédérastes et les voleurs. Connues vulgairement sous le nom de pierreuses , elles sont répudiées par les prostituées en masse, pour qui un pareil nom est le plus sanglant outrage qu'une, femme même de leur classe puisse recevoir.

Les filles que nous venons de désigner, ainsi que celles qui fréquentent les barrières ou leurs environs, donnent lieu souvent de la part de la police, à des battues dont l'effet est de les contraindre à

se soumettre aux réglemens sanitaires.

La prostitution publique exerce son influence sur la surface presque entière de Paris; elle est cependant interdite dans certaines zones, et les mesures prohibitives prises à cet égard par l'administration , sont marquées au coin de la sagesse et du discernement le plus réfléchi. M. Parent-Duchâtelet, dans l'ouvrage duquel j'ai puisé une grande partie de mes documens sur la prostitution , indique d'une manière précise et détaillée ces diverses zones. Au surplus, dans les endroits qui ne sont point frappés d'interdit , les filles de maisons sont astreintes à ne point franchir le seuil de leur porte , ou à se promener dans un espace déterminé , au nombre d'une

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OU deux par maison. Quant aux filles isolées y elles ne sont pas circonscrites dans leurs courses , mais les unes et les autres doivent s'abstenir de provoquer les passans, soùs des peines sévères. Cette dernière mesure, jointe à celle qui oblige les prostituées à se vêtir décemment, a donné à la prostitution publique dans Paris des allures qui frappent l'étranger d'étonnementy et qui ne sont plus, comme autrefois, un sujet de scandale pour les femmes honnêtes.

Malgré l'avilissement attaché à la qualité de prostituée , il est juste de dire que les filles publiques ne sont pas dépravées dans le fond du cœur autant qu'elles le paraissent; un des traits particuliers qui les caractérisent, c'est la bonté : cette précieuse qualité s'épanche autour d'elles ^ non-seulement sur les auteurs de leurs jours et sur leurs enfans qu'elles aiment avec une vive tendresse , mai^ sur leurs compagnes malades ou détenues, et en général sur les malheureux en faveur desquels on solUcite leur assistance. I«e cynisme qu'elles affichent par fois ne leur est pas naturel , quand il n'est pas provoqué par les sales plaisanteries de leurs familiers ou.de leurs souteneurs ; elles n'y ont recours que par un calcul de leur métier, et ce calcul a sa source dans leur tête et non dans leur âme. L'état de celle-ci se

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montre sans d^aisement durant leur séjour dans la prison ou dans rhopital. L'instinct religieux surmonte alors chez elles la volupté des sens, et leur inspire des paroles graves et pénétrantes, qui témoignent combien elles se trouvent méprisables à leurs propres yeux et combien la pratique de la vertu offre de consolation et de charme.

Les causes de radiation définitive des prostituées, sont le mariage, le travail, des n^oyens d'existence assures , la cessation reconnue de la prostitution , la remise de la fille à ses parens , la vieillesse et les infirmités, (i)

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