CHAPITRE Vri
Des filons^ Toleon, escrocs^ toleoBCfl et recélenn. (i)
SECTIOir l".
Considération» sor 1m csases da vol. — De la mliAre et des dvgrés par lesquels rhon« néte faomme man&enreax est oondnit au toL — Da toI commis de propos délibéré et dans nn esprit de fraude. — Des petits rois on de la filonterie. — ManoenTres dits filons. — Vol simple on qnallfié. — Différentes espèces de Toleors.—- Assassins. — Variétés les pin» saillantes d'escroqnerie. — > Feinmes qui se lirrent à la filonterie. '— Voleuses, diversité de leur industrie et de leurs procédés. —Cas d'escroquerie parliculicrs aux femmes* «^ Beoélanrs.
L'histoire du tlol est l'histoire des vices et des /\^ mauvaises passions de Thomine, mais elle est aussi l'histoire de son infortune et de ses faiblesse s. Le besoin et le malheur, s'ils ne justifient pas le larcin commis au préjudice d'autrui , l'expliquent et l'atténuent; il arrive même quelquefois qu'ils l'excusent dans l'âme du juge. La question intentionnelle, dès qu'elle peut conduire à l'absolution de l'auteur d'un acte réputé coupable par la loi pénale, ne saurait être l'objet d'un trop mûr examen ; car il n'est pas
(i) Ce chapitre are^it des modifications importantes.
ao6 GOlTSIBiRATIONS SUR LES GAUSB5 DU ^OI..
sans danger de déclarer par arrêt qu'il est des cas où les attentats dirigés contre la propriété peuvent rester impunis.
Cependant il est incontestable que les lois de l'humanité ne sont pas toujours d'accord avec les lois de la morale , et que celles-ci fléchissent souvent, dans les cœurs les moins pervertis , sous Tempire des besoins nécessaires à la vie. D'un autre côté, il est plus d^une conjoncture où la lutte de ces deux grands principes ne se termine pas, tant s'en faut, au profit de l'être physique, La puissance du sentiment moral l'emporte chez quelques individus , à tel point qu'ils préfèrent renoncer à la vie plutôt que d'abandonner le sentier du devoir. La cause de cette, abnégation de soi-même , de ce dernier sacrifice, n'est que rarement divulguée, au moment suprême, par celui qui doit en être la victime volontaire. Le public ne sait pas les nobles efforts qu'il a faits, les combats intérieurs qu'il a soutenus pour se maintenir ferme contre les aveugles suggestions du besoin. Il n'y a que lui qui ait été le témoin de ce drame sublime et caché , comme il en a été le principal acteur. Sa foi dans la réalité de l'honneur^ le fi€intiment de sa propre dignité le consolent , et il meurt, affligé peut-être de quitter la vie, mais heureux de l'avoir traversée sans souillure.
coirsn>âuTioirs sim les gatobs mr vol. ^07
Voilà le secret de plus d*an suicide. Montrons maintenant par quel enchaînement de circonstances rhonnéte homme malheureux est amené à dérober la chose d'autrui.
L'industrie est sujette à des chômages forcés et à des crises plus ou moins prolongées , qui compro* mettent non-seulement Tezistence de l'ouvrier, mais encore celle de sa famille. Les discordes civiles, heureusement plus rares, produisent le même résultat ^ en ce qu'elles altèrent la confiance publique, resserrent les capitaux et affaiblissent par cela même les sources du travail, quand elles ne les tarissent pas. La cessation du travail, le trouble momentané apporté à son action, sont des calamités qui pèsent sur tous, mais principalement sur l'ouvrier, parce que celui-ci n*ayant d'autre ressource que son salaire, ce n'est que dans une production ou un emploi continus qu'il peut espérer de trouver des moyens d'existence assurés^ La disette et la contagion, justement redoutés, sont pourtant moins dangereux pour l'ouvrier que les grandes crises industrielles et politiques; et la raison en est qu'en augmentant les difficultés de la vie, elles ne paralysent pas l'action du travail.
Durant ces intervalles de convulsion et d'épreu ve^ l'assistance publique , quelque empressée qu'elle
208 CIRCONSTANCES QUI Mi!N£NT
soit, demeure toujours au-dessous de la masse des besoins. D'ailleurs, elle ne répand ses secours que parmi les nécessiteux reconnus aptes par l'administration à participer aux bienfaits de la <^rité légale. Or, cette classe, nécessairement limitée, ne laisse pas, quoique secourue, de subir des privations correspondantes à la perte d'une grande partie de son sala^ire , que le secours ne saurait suppléer tout entier. D'autre part, ceux qui ne réunissent pas les conditions nécessaires pour être inscrits sur le rôle des indigeos , étant dénués de toutes ressources par suite de la cessation du travail, ou n'ayant à leur disposition qiie des économies insuffisantes pour subvenir à leurs premières nécessités, se hâtent de mettre leur linge, leur montre, les joyaux de leur femme, au Mont-de-Piété , et emploient le prêt qui leur est fait a acheter du pain qu'ils distribuent avec épargne à leurs enfans s'imposant à eux-mêmes les privations les plus dures ; ils se livrent à une foule de petites industries capables de leur rapporter quelque argent , telles que celles d'étalagistes ambulans et autres. Des industries licites ils passent à des industries illicites ; ils tiennent dans certains quartiers, des jeux prohibés sur la voie publique, font la fraude et y instruisent leurs enfans; enfin, harcelés de plus en plus par le besoin, ils se li-
L'HO]!m:ÊTs HOMME AU VOL. ao9
vrent au vol. Ajoutons que les temps de crise politi» que sont, pour les ouvriers, les circonstances lesplus difficiles à traverser^ en raison du caractère même qui leur est propre; les ouvriers comprennent, eu efiFet, les causes fâcheuses des chômages de Findustrie^ et ils s'arment de résignation pour eh supporter les conséquences autant qu'ils le peuvent; mais lorsque ces chômages sont déterminés par des raisons politr^ ques , leur intelligence égarée par l'esprit de parti rejette aisément sur le compte du pouvoir les soûlfrances qu'ils éprouvent, et les plus passionnés se mêlent à la sédition dans l'espoir de calmer par un prompt dépoûment , ces mêmes souffrances qu'ils aigrissent et prolongent au contraire, à leur insu, en donnant plus d'intensité et de force à la révolte et en reculant, par suite, le moment du retour de la confiance et du travail.
Dans les classes lettrées, il est aus^i des circonstances où l'homme le mieux famé se trouve con* duit au vol par une pente, pour ainsi dire, irrésistible. Paris est le centre de toutes les sorte» de travail, n attire, à ce titf e, une foule de solliciteurs qui se renouvelle sans cesse. Tous espèrent réussir, parce que les uns sont munis de lettres de recommandation et que les autres comptent sur des connaissances de leurs familles dont l'appui leur est
a 10 GIEGOKS'FilGB S QUI BcàmKT
promis* L'espérance est si naturelle aa cœur de rhommei que plusieurs se hasardent à quitter leurs foyers pour se rendre à Paris sans autres chances de succès que celles qu'ils peuvent attendre de leur activité et de leur souplesse. Au milieu d'une telle concurrençe » on sent que les emplois les plus médiocre doivent être avidemment recherchés^ Le comm^vce^ l'industrie, l'administration sont le point de viire de diacun. Celui-ci se présente humblement çhe^ison patron, à jour fixe, pour stimuler son zèle; oelu^-là c<Hisultey tous les matins, les petites affiches avec une anxiété toujours croissante. Il cherche partout un visage ami, est constamment en haleine pour atteindre son but et recommence sans cesse des démarches dont le résultat définitif apparaît à son imagination sous les couleurs les plus diverses. Cependant, le temps s'écoule^ le petit capital qu'il a apporté avec lui pour subsister s'épuise; ne pouvant se procureron emploi permanejat, il se rabat sur un travail temporaire quelque peu rétribué qu'il iojit; il obtient d'un entrepreneur d'écritures quelques c<^ies à faire* Mais ce genre d'industrie est irariable et très incertain pour les employés qui m sont qu'auxiliaires. Il n'offre qu'une ressource fortaût^y et le solliciteur aiix abois a besoin désormais de moyens d'existence pour chaque jour. Il
«.'Hoîra^E HOMMt AU vol. ai t
cotninence à sentir les privations, à endufer la feiin. Il est réduit aux expédions, à engager sa montre ou partie de ses effets au mont-de-piété. Pendant qu'il vit sur le montant du prêt qui lui a été fait, il ne cesse pas d'être à l'affût de tous les moyens de travail capables de l'occuper utilement, mais ceux qui s'offrent à lui sont ou insuffisans, ou éphémères^ et il se trouve encore aux prises avec lé besoin. Un sentiment de fierté dont il ne peut se défendre lui fait repousser d'abord la pensée de demander des secours, soit aux princes, soit à quelques personnes bienfaisantes. Pourtant les cruelles atteintes delà faim, les embarras de tout genre dont il est assailli, Texcitent à surmonter sa première honte, et il se résout à chercher un appui contre l'infortune dans Tassistance publique. Cette assistance qui a ses Umites ne tarde pas à lui manquer. H est hors d'état de retourner dans son pays faute de ressources, il a mis en œuvre tous ' les moyens honnêtes qui dépendaient de lui pour subsister. Il n'a en perspective que vicissitudes', qu'embarras, que tribulations. Son impnissancie , son délïûment Faccablent. Une pensée sinistre frappe son esprit. Cette pensée lui représente la société en pleine possession de la vie, du bien-être, de la richesse , tandis qu'il manque de toutes choses. Le point de vue que lui offre sd rai-
212 GlRCOUSTAirGES QUI iriNÈNT
son irritée par la misère, n'est que spécieux ^ sans doute; que dis-je^ il est faux, car il est incomplet. Le malheur est un élément dé Tordre social comme le bien-élre, et le bien*étre a lui-même tme exis* tence si changeante et si faible que sa dernière limite touche à la négatioifsCbsolue des douceurs qui le constituent, c'est-à-dire, au malheur.
Malgré la vérité de cette réflexion, il n'est pas possible de nier ce qu'il y a d'irritant pour le misérable dans la comparaison que nous venons de rappeler, comparaison qui l'humilie, qui le désespère, qui .le tue. C'est sous l'empire de cette préoccupation amère et de cet égarement qu'il conçoit de funestes desseins, j'allais dire des projets de vengeance contre la société. L'abus de confiance , le faux,, le vol, se présentent tour-à-tour à son esprit comme de funèbres lueurs. Stupéfait et anéanti par cet ordre étrange d'idées, il tremble, il recule devant la pensée de se déshonorer, mais emporté par la force invincible du besoin, il cède enfin, et le crime est commis.
Il y a des esprits absolus et plus romanesques encore qu'absolus, qui déclament contre l'ordre social, parce que les lois qui le régissent n'ont pas pourvu aux besoins de l'homme placé dans la cruelle alternative de se donner la mort ou de voler. Leur censure qu'on a toujours vainement reproduite est
L'HOinr^ HOMME A0 VOL. aî3
plus éloqaente que judicieuse. Le mal quils signa* lent est réel, il est déplorable; mais il n'est pas susceptible de remide, et si Ton essayait de leguérir, le remède serait pire que le mal; car comment éTÎ* ter les abus, commept distinguer Fhomme vraiment malheureux et di^ne de pitié, de celui qui feindrait la misère et le désespoir et qui ne serait que paresseux? La vie sociale a des chances et des périls contre lesquels chaque individu est tenu de se prémunir^ en écoutant les conseils de la raison et de la prudence. Néanmoins, ilÊiut dire hautement , que les honnêtes gens* entraînés au vol par le dénûraent et la misère, cas , du reste, fort rare , ont droit à toute l'indulgence de la justice, et que celle-ci, alors même qu'elle est contrainte de punir, ne doit jamais fermer Tàreille au cri dg l'humanité.
Le vol commis de propos délibéré et 5^ans un esprit de fraude non équivoque, embrasse toutes les sortes dé soustraction, depuis la filouterie jusqu'au vol qualifié. C'est pour ^lettre la société en défense contre ces diverses manœuvres frauduleuses qiie le^ législateur a décrété des peines^ plus oii moins graves, destinées à mulcter ceux qui s'en rendent coupables.
Nous allons essayer de fiedre connaître les diverses catégories de voleurs, ainsi que les manœuvres pro**
^î4 MANcppyjuBS DES rizious.
pr^ k chaque catégorie, en c^mençant par lôs fi-
Xie filou vit de rapine comme le voleur , ïl £iit doue partie dq la indsse des voleurs, mais la nature légère de se^ vola le place dans une catégorie à part. Tout le secret de son industrie consiste dans la souplels^e et la prestesse de sa main ; il est ino£Gensif à l'i^gard des personnes» il ne s'attaque, qu'aux choses qu'elles portent, aux; effets, aux bijoux, à l'argent Ia hourse et le mouchoir de poche étant les objets qw sont 1^ plus à la portée de la main , sont aussi
QQUx qu^il enlève le plua aouveirt. On le désigne communémei^t sous le nom de voleur à la Hre. On pourrait dire que les filous forment les troupes lé* gères de la déprédation. Ils se faufilent et voltigent dans la foule avec une étonnante agilité. Les jours de fête ej: }es dioS^nches sont pour eux des jours de trwaU. Ils se rendent aux barrières et dans tous l^S endroits 4§ PAris où le public se. rassetable^ se malept àu:^ groupes, provoquent des presses artificidloç et opèrent alor» en toute sécurité. Ils sont i l'affût de la sortie des spectaetes et profitent de l'af* fluence pour ^ploiter les poches des individus qui se trouvent sous leurs mains.
I^ inspeoteuffs de police sont attirés dans les gM^pQA par leftnioti& mètât qui y oondoisent les
filous. Ils ottt , les uns comme les autres , les yeux
fixés sur les poches des curieux , mais les premiers
veillent à leur défense quand les seconds songent
à les dépouiller. De là, cette animosité mutuelle et
pour ftinsi dire instinctiTê qui existe entre eux. Quel
est celui d'entre nous qui appréhende les entrepris
ses des filous à la promenade ou ailleurs? combien
peu qui savent gré à la police dé sa sollicitude, qui
se doutent même de cette sollidtude?Il est pour^
tant vrai que dans un grand nombre de cireonsfan«^
ces les agens de police et les filous luttent entre
eux sur le terrain , d'observations de précautions et
d'adresse, précisément à l'occasion du sujet qui nous
occupe le moins* Ce sont les seuls qui ne soient pAs
attentifs aux spectacles ou aux divertissemens qtd
fixent lés regards de tous. Cette inattention doit étr^
pour chacun d'eux une cause de défiance et dd
crainte, un signe d'hostilité, excepté quand finspec-'
teur et loulou se connaissent, ce qui arrive ass^
souvent. Alors, les rôles deviennent ^us iknples^
l'événement de la lutte ne tient plus qu'à une qué^
stion de Êiit, au flagrant délit Le public n'aperçoit
qu'un accident imprévu dans ce fait que la rumeur
porte à sa connaissance, tandis qu'il y a eu un dra-^
me, un dénoûmept, des acteurs, le tout enveloppé
tf un mystère profond.
3l6 MANCBUV&ES DES FILaUS.
Les filous les plus lu^biles et les plus dangereux sont ceux qui , grâce à l'élégance de leur mise et de leurs manières , trouvent un accès &cile auprès des gens* de bonne compagnie. Ils fréquentent les spectacles , les concerts^ les musées, les églises , les bals de souscriptions et tous les lieux où la société polie aime à se réunir. Us observent avec beaucoup d'attention les personnes parées de quelque bijou précieux , et plus particulièrement celles qui paraissent étrangères à la France. Us recherchent avidem^t les Anglais 9 et s'attachent à leurs pas comme à upe proie riche et fatile. Ceux-ci ayant l'habitude de mettre leur bourse , leurs banknotes et autres objets de prix dans la poche extérieure de leur habit, sont l'objet d'études , de calculs et de tentatives continuelles de la part des filous. Ces tentatives ne * réussissent que trop souvent au spectacle. U est de ces malfaiteurs qui , pour ôter tout soupçon à celui qu'ils se proposent de voler, se placent près de lui, hasardent discrètement quelques paroles pour arriver à une conversation liée, épient ses allures, ses mouvemens et font leurs dispositions de manière à se saisir de sa tabatière d'or, de sa bourse, ou même de sa lorgnette avant de se séparer de lui.
Les filous renommés se raillent de ce qu'ils appellent les casseurs de portes, ou des voleurs proprement
MAirOBUVBES DES FILOUS. ^17
dits à caase des nombreiv^ obstacles qae ceux-ci ont à surmonter pour arriver à leurs fins , et des peines graves auxquelles ils s'exposent, écueils qu'ils n'ont pas à redouter eux-mêmes , puisqu'is procèdent toujours corps à corps, sans bruit, d'une manière immédiate et sans avoir à encourir d'autre peine, en cas d'échec, qu'un emprisonnement d'un an à cinq ans au plus* Ces idées s'accréditent d'une manière sensible parmi la classe malfaisante , et y multiplient considérablement les filous, ce qui n'est pas sans doute un progrès dans l'ordre moral, mais en est un réel , par rapport à la sécurité intérieure
des familles.
Le vol, dans les grandes villes, et principalement à Paris , emprunte des formes très diverses. Chacune de ces fonûes est caractéristique , et imprime auî; malfaiteurs qui l'ont adoptée un cachet particulier, en même temps qu'elle leur attribue une dénomi*
nation spéciale*
Les voleurs de chambres (i) procèdent à la consommation du vol , soit à l'aide d^Bffractions , soit à l'aide de fausses clefs. Avant de s'introduire dans une chambre, ils prennent soin de s'informer des habitudes de celui qui l'occupe , des heures où il se
(i) On les appelle emukioUurs; en termes d*argot.
2ï8 CAT3ÊGOMBS DIVEMBS ©ES VOLEURS;]
trouve absent 7 et des objets sur lesquels le vol peut être dirigé avec fruit. A Fimitation de presque tous les voleurs, ils opèrent par groupes; ces groupes, en ce qui les concerne , sont de trois à quatre personnes. Il y a quelquefois parmi celles-ci^ des femmes qui portent des paniers on des hottes de blan^^ chisseuses, dans lesquelles on dépose les objets volés. Les maisons sans portier sont les plus favorables à ces sortes de vols. Avant de rien entreprendre , les voleurs entrent successivement , ils observent en éclaireurs , les issues ou les portes qui donnent sur l'escalier ; Fun d'eux frappe plusieurs fois à la porte de la chambre qu'il est qi^estion de dévaliser, afin de s'assurer s'il y a quelqu'un. Si on ne répond pas, un des associés se met à faire le guet, à l'étage supérieur, et l'autre, à l'étage inférieur, pendant que le premier essaie d'ouvrir la porte. tJn locataire vient, il a à monter ou à descendre, on a une réponse toute prête à lui faire , s'il est tenté de s'enquérir de ce que font dans l'escalier des individus qu'il ne connak pas, on lui dit que l'on va aux lieux d'aisances, ou que l'on cherche une personne , à qui l'on donne un nom en l'air. C'est dans la belle saison que les voleurs de chambre font leurs expéditions les plus productives. Les jours de dimanche, lorsque la population laborieuse se rend aux barrières, ou
Lctras liOiroEUVBEs. 319
à la campagne /ils se dcpnent pleine carrière. Ces malfaiteurs sont de deux espèces , les tips se hasardent à exercer leur industrie sans aucune préparation, c'est-à^lirey sans avoir un but déterminé, et frappant à toutes les portes , ils pénètrent indifféremment dans toutes les chanxbres dont ils peuvent ouvrir les portes (i); les autres; au contraire, n'agissent que sur des renseignemens précis et sur des indications exactes (a) ; ces derniers, pour ne rien donner au hasard, se ménagent des intelligences avec les domestiques, les frotteurs , les cardeurs et cardeuses de matelas , peintres, colleurs de papiers , tapissiers, etc. Les fausses qj^afs (3) dont ils se servent sont fabriquées, le plus souvent, sur des empreintes qui leur sont fournies par les indicateurs , leurs complices.
II est des malfaiteurs (4) qui, s'étant introduits dans une maison, enlèvent le premier objet qui leur tombe sous la main. Ce vpl s'effectue sans effraction, sans fausses clefs, sans escalade. Celui qui se livre à ce genre de vol est toujours vêtu proprement et chaussé avec légèreté* Il commence ses in-
(x) Ils$<mt désignés sous le nom de camhrioUurs à la flan,
(a) Caroubleurs,
(3J Caroubles.
(0 Sonjouriers on voleurs m èônjour , OU ehepûiiers grimpons^
aaO CATBC0RIE8 DIVERSES DES VOLEURS;
cursions dès le matin , k l'heure où les bonnes vont chercil^r leur crème, et pendant que les maîtres sont encore au lit. Il est rare qu'il entre dans une maison , sans savoir le nom de deux locataires au moins. L'Almanach du commerce et le Dictionnaire des vingt-cinq mille adresses sont les sources où il puise en grande partie la connaissance de ces noms. * Il demande au portier l'un de ces deux locataires, et c'est l'autre qu'il tâche de voler. Au surplus , dès qu'il a mis le pied sur l'escalier, le voleur ne s'occupe plus que de regarder aux portes des appartemens. Aperçoit-il une clef à l'une d'elles, il frappe plusieurs fois; et si on ne lui répond pas, il entre jusqu'à ce qu'il arrive à la salle à manger. Alors il Ta droit au buffet, et si la clef de ce dernier n'est pas en évidence, il la cherche dans tous les endroits où l'on a coutume de la cacher. L'a-t-il trouvée , il ouvre aussitôt le buffet pour s'emparer de l'argenterie, qu'il emporte dans son chapeau, après avoir jeté dessus un foulard ou son mouchoir. Si quelqu'un survient, pendant qu'il explore la salle à manger, ou qu'il est prêt à se retirer avec son butin, il demande, avec un air poli et riant, si ce n'est pas à monsieur un tel (l'autre locataire) qu'il a l'honneur de parler. On lui répond qu'il demeure à un autre étage; et l'heureux larron s'éclipse aussitôt, après avoir payé seo-
lement son vol ou sa tentative de vol de force excuses et salutations.
Parfois le survenant ( locataire «irolé, ou domestique ) s'avise non*seulement de soupçonner celui dont il vient de faire la rencontre , mais de le fouiller i dans ce cas et si Ton découvre sur lui les objets quHl vient de dérober, il invoque le pardon de celui dont il a violé la propriété, et il cherche à le toucher par un conte bien pathétique , préparé pour les conjonctures périlleuses. Il est joueur : c'est sa funeste passion qui l'a entraîné au vol par une sorte de fatalité. £n décidant de son sort, celui dont il implore la pitié décidera aussi de l'avenir d'un père respectable qui ne survivrait pas au déshonneur de son fils. En un mot, il met en œuvre tout ce qui peut désarmer le locataire irrité. L'issue la plus favorable à laquelle il doive s'attendre , dans une pareille situation , est que l'on se contente de le jeter à la porte. C'est aussi à quoi il aspire; et, pour cet effet, il ne cesse de protester de son respect et de sa douleur.
D'autres malfaiteurs de la même espèce se met-« teht en quête aux approches du dîner. Le mouvement, la préoccupation des domestiques, à cette heure essentielle de la journée, la Êicilité qu'on a de pénétrer, soit dans la cuisine , soit dans la salle
aaa CATÉGORIES BIVËRdES DES VOLEURS;
à manger, offrent aux projets du voleur autant de chances de succès. Si le couvert est mis, et qu'il soit assez bien avisée pour s'insinuer à temps dans la salle à manger, toute Targenterie peut être enlevée dans quelques minutes. Le vol est tenté quelquefois avec non moins de rapidité dans la cuisine, alors que toutes les pièces d'argenterie viennent d'être apprêtées et réunies pour être portées à la salie à manger. Le larron, dans ce moment de crise, a besoin de coup-d'œil , de tact et d'aplomb tout ensemble. On cite des traits d'une audace imperturbable de la part de plusieurs de ces voleurs. ISfous les rapporterions, si les détails qui précèdent n'étaient eux-mêmes suffisamment caractéristiques.
Les hôtels garnis sont un sujet particulier d'étude et de spéculation pour quelques-uns des malfaiteurs dont il est ici quefstion. Ils ont un art merveilleux pour tromper la surveillance des portiers. Une fois qu'ils sont entrés dans l'hôtel , il est rare qu'ils ne réussissent pas à exploiter quelques chambres, les clefs étant presque toujours aux portes. Matineux dans leurs expéditions , ils prennent leurs mesures de manière à trouver au lit le voyageur. S'il est endormi, ils font main-basse sur sa montre, sa bourse et sur les bijoux qu'ils peuvent atteindre. Chaussés de souliers de daims, à la semelle souple
LEtras HAiraBUVEES, 2a3
et rompue, ou de chaussons en lisière, ils marchent à pas de loups, sans craindre d'être découverts. Cependant il y a des circonstances où le voyageur est réveillé par un léger bruit bccasioné involontairement par le voleur. Il en est d'autres où il avait les yeux ouverts, quand celui-ci a pénétré dans sa chambre, ou même il était levé. Dans ces diverses occurrences, le voleur demande avec un visage calme et plein de sérénité, s'il n'est pas au numéro 10, si monsieur n'a pas fait appeler un tailleur, un coiffeur; enfin il cherche à donner une couleur raisonnable à sa présence dans la chambre d'im autre. Ces faux-fuyans lui réussissent la plupart du temps; le locataire le détrompe en toute bonne foi , et il n'est pas rare que l'imposteur sorte nanti de quelque bijou dérobé.
Les objets transportés sur des voitures ne sont pas à l'abri des tentatives des voleurs ; les individus (i) qui se livrent à ce genre de soustraction, parcourent les lieux où les arrivages sont les plus fréquens^ Ils sont ordinairement vêtus en commissionnaires , ou en routiers, et pendant que l'un d'eux engage la conversation avec le voiturier, les autres enlèvent les effets qu'ils peuvent atteindre. Les camioneurs , les blanchisseurs et tous ceux dont les
(i) RouUtiers^
a ^4 CATEGORIES DIVERSES DES VOLEURS;
voitures peuvent exciter d'une manière quelconqae^ la convoitise de cette dernière espèce de voleurs, doivent se tenir en garde contre leurs manœuvres et leurs entreprises.
Les voleurs de boutique , pendant la nuit^ fbr« ment une dés catégories de voleurs les plus re* doutables (i). Avant de réaliser leur projet de yoI, ils se mettent en état , par des allées et des venues fréquentes dans les alentours , d'observer Touverture et la fermeture de la boutique. Ils y entrent plusieurs fois pour marchander, ils se montrent vétilleux dans le choix des objets qu'ils disent vouloir acheter, et débattent le prix long-temps , le tout, afin de pouvoir promener à l'aise , leurs regards sur les issues et sur. l'arrangement intérieur, de la boutique ; enfin , ils achètent quelque chose pour ne pas indisposer le marchand , et ils vont faire leurs dispositions pour l'exécution du vol.
Le vol commis par un individu dans le magasin où il vient faire des emplettes, reçoit un nom particulier (2). Cet individu agit de concert avec des affidéà ou des compères qui l'aident par des moyens convenus d'avance à la perpétration du vol. Un des individus de la bande se présenta dans un magasin
(i) Boucardters,
(a) Fol à la déloumé.
LSUBS HAHOBUVRES. ai 5
pour y acheter^rverses marchandises qu'il fait àé^ ployer : ce sont des foulards , de la mousseline , et , en général , des objets faciles à dérober. Pendant qu'il est occupé à les examiner, arrivent un ou deux de ses affîdés , qui demandent à leur tour à faire des emplettes. Le marchand , eQq>ressé de satisfaire les nouveau- venus 9 étale devabt eux plusieurs pièces de la marchandise qu'ils ont désignée ; mais leâ dessins de ces pièces ne sont pas de leur goût ; ils jettent les yeux sur la case supérieure à celle où elles ont été- prises , et ils paraissent arrêter leur choix sur une autre pièce. Le marchand se retourne poulh la leur donner, mais , dans l'intervalle, l'un des voleurs enlève une des pièces qui sont sous sa main, et il disparaît. ^^
Les bijoutiers, les joailliers, et en général ]es marchands détaiUans sont fréquemment visités par les individus voués à cette e^ce de voL
Les mêmes marchands ont à se prémunir aussi contre le manège d'une autre espèce de voleurs (i), non moins habiles dans Fart de dérober. Ces derniers , après avoir fait quelque emplette, demandent à changer de l'or contre des pièces portant une certaine effigie, telles que des pièces de la république , des pièces du royaume d'Italie. Le marchand répand
(i) Camurs.
aa6 GATÉ&pRiGS jMvi|i0B$ 0tt voleurs;
im aac d'argent sac le comptoir ^et Facheteor de trier avec grand soin les pièces qui font l'objet de «es recherches. Pendant ce triage ^ qui lui permet de manier les éoiis âalés devant lai| il feit dispa* raitre avee un art surprenant , qui le disputerait ^uyent à celui de l'escamoteur le plus adroit, autant de pièces qu'il loi' est possible ^ sans dimiaaer d'une manière trop sensible , le monceau éparpillé 3QUS ses doigts. Le marchand , qui ne se doute de rien,^ rétablit son argent dans le sac, et ne s'aperçoit de la soustraction , que lorsqu'il veut faire usage de ce méme.argent^ qui, alors, ne répondant plus au capital primitif, met en évidence le larcin de Vé* tranger. Il y a des voleurs qui ont dérobé de cette manière à des marchands , de 600 francs à 1000 francs.
Les voleurs combinent leurs projets de spoliation contre la Société avec une inépuisable variété de moyens. Il en est (1) qui parcourent les places, les boulevards y ainsi que les ru^ les plus fréquentées, démêlent parmi les passans avec une rare si^acité, oeoi):. dont ils peuvent tromper la bonne foi, et saîaîssent ave» adresse Toccasion de les aborder. Cette occasion les met à même de leur offrir ou de leur rendre quelque bon office. On jasé ^ oh lie connais-
(x) Les /loueurs ^
LBUBS HAIHSIJYBSS, . M7
sanoe; i la vue du preoûer ca£§ ^ roffîoteu» propose un petit Terre de liqueur ou quelque rafralchisser ment, le candide interlocuteur accepte. Pradant que tout cela se passe ^ le voleur iBuivijd un tompère informe ce dernier par quelques signes de l'opportunité de sa rencontre et Finvite toujours par Tin jeu muet À le suivre au café, on s'attable; le compère entre , et monte droit à la salle de billard; au bout de quelques instans, le voleur invite aa dupe à &ire une partie, afin de rejoindre son comr plice qui l'attend. En le voyant , il parait surpris et joyeux de le trouver là ; on arrange aussitôt une partie qui intéresse tout le monde, le larron et l'étranger joueront de moitié contre le compère, et le "* premier 6e charge de défendre à lui seul les intérêts nnis. On met trois pièces de cent sous pour enjeu ^ et l'étranger gagne ; on joue la revanche , et celle fois celtti-d doit entrer en lice> mais il perd; une autre partie est proposée^ il la perd encore ; il veut rattraper son argent par de nouvelles tentatives, mais plus il s'obstine, plus il perd- et le voleur avec lui. Enfin, de guerre lasse^ il quitté lecafé, après avoir témoigné à Bon associé toute sa peine d'avoir si mal réussi dans la défense de leurs conmmns intérêts. La dupe partie, les deux voleurs se partagent son argent, nofi sans rire beaucoup de sa bonhomie et de sa légèreté.
&30 . GA.T]ÊaORIES DIYXltSSft IMSS YOLETTES;
y©tei le fait sur lequel nous aroils jugé à propos Rappeler ratteulion du lecteur. .
Une jeune fille est aperçue sortant du trésor avec un sac bien plein et bien ficelé. Deux «de nos voleurs étant à Taffât la suivent. L^un d'eux prend les devans et Tautre continue d« marcher à quelque distance, derrière elle. Lorsque le moment d'agir est arrivé, suivant les dispositions concertées entre eux, celui qui doit remplir le rôle d'étranger revient sur siBs pas. Aussitôt l'antre accoste avec un air riant et tout-à-fàit courtois, la jeupe fille qni cbemine sans défiance et lui dit quelques paroles galantes qui ne paraissent paâ Teffarouch^r. Ce commencement l'encourage, il parle économie , caisse d'épargnes, iVobserve que les ouvrières de jon âge montrent rarement f esprit d'ordre Qu'elle annonce ; au fort de ces. belles paroles, l'Américain survienfretdemtnde en mauvais français à la jeune fille, si elle ne pourrait pas lui donner des écus contre de For, eh lui offrant de lui bonifier cent sous par chaque pièce de vingt fi-ancs. Cette proposition semble la choquer , mais le quidam qui l'acconipagûe est moins scrupuleux, 11 consent à l'échange d'une pièce de vingt francs pour son propre compte et l'Américain tire de son gousset de nouvelles pièces d'or, afin de réaliser d'autres échanges, à la même condition. La surprise
LEURS MAKCBUVRBS. SI^Q
remet à l'adcoi^louy et il reste pQSscu&seiy.c^tob*jet trouvé, qu'il apprend plus 4ard,^ être en or feux %t bien au-dessous de la somme qu'il a déboursée.
11 est une ^kr nière forye de vol de la même £lmille que les trois précédentes, dont je serais tenté de ne parler qu'en très gen de mots, parce que les journaux en ont signalé «couvent le^ détails et les caractères. Mais les vols de cette espèce se renouvelant encore si souvent, malgré les avertissemens réitérés donnés par la presse au public , que je crçis nécessaire d'exposer ici leurs circonstances les plus ordinaires, eh prenant pour exemple un des £aits les plus notables et les pli^s instructifs.
lye vol dont il s'agit (i) suppose l'association de trois individus, ou tout au jnoins de deux. Ceux qui s'y Ujrrent habituellement se tieuttent aux abords de la, banqu^de France, du trésor, des messageries, ou bi^n Us parcourent les quarj^ers marchiKxds. Ils guettent les persjpnnes nanties tl'un sac ou d'une sa* coche d'argent, et si pa^i elles ils distinguent un homme ou une femme dont les dehors soient rustiques ou tels'qu'ils puii^nt se promettre quelque succès, ils se distribuent les rôles et se mettent en campagne. Celui qui joue le principal rôle est censé un Américain.
(i) f^ol àj'amdriemne, le ehaniage.
u3fà CATEGORIES DlVEBtSS» CBS VOLEURS;
pot. Une demi-heure s'écoule et personne ne parait. L'impatience gagne la jeune fille; bientôt Timpatience fait place à la crainte ^ enfin, au bout d'une heure d'attente, le mardband de vins est appelé par la jeune fille qui lui raconte ce qui s'est passé, lui expose ses appréhensions et qui, décousant le sac avec un profond sentiment d'angoisse, n'y voit que des rouleaux de sous au lieu d'or.
La classe malfaisante a exercé, depuis quelques années, avec un rare succès des extorsions d'argent que l'on peut qualifier de vols (i), contre certaines personnes appartenant aux rangs aisés de la société, placées dans des positions critiqi^es ou embarrassantes et pour qui le mystère dont elles couvrent leurs habitudes vicieuses, leurs faiblesses ou la fatalité de leurs relations , est une condition impérieuse de leur repos, de leur considération et même de leur honneur. Les faits suivans éclairciront ce que ces obs^vations préliminaires peuvent offrir d'énigmatique au premier aperçu.
Cette variété de vol se prête à une foule de combinaisons dont nous ferons connaître seulement les plus usuelles.
. Une femme tenant un cabinet de lecture, ou ayant une profession qui, la met en rapport habituel avec
(i) Le chantage, le voleur s'appelle chanteur.
LKURS MAjrCEUVHfiS. a33
le public, épouse un condamné libéré, sans con< naître cette circonstance, Sans Favoir jamais soupçonnée. La conduite de son mari, depuis leur union, a été constamment bonnéte et irréprochable ; elle est aimée de lui^ et la bonne réputatioti de sa maison rend, l'industrie qu'elle exerce assez lucrative pour permettre à tous deux de vivre honorablement. Cependant la fatale condamnation subie jadis par son mari est connue d'un malfaiteur qui a été son compagnon de. captivité, ou qui a su cette par« ticularité d'une manière indirecte, et par un coup du hasard, comme presque toutes lès mauvaises nouvelles se répandent. Cet homme a résolu, par un calcul infernal, de mettre à contribution l'un ou l'autre des époux , en les menaçant de divulguer la tache imprimée sur l'un d'eux; et, pour mieux assurer le succès de sa criminelle spéculation , il s'adresse à la femme. Celle-ci, accablée autant que surprise du crime imputé à son mari, et de la condamnation dont il a été frappé, concerte avec lui les moyens d'étouffer cette affreuse nouvelle; et, pour arriver à ce but, ils souscrivent sans discussion aux exigences infâmes du voleur^ qui n'a pas craint d'abuser de leur douloureuse position. Après un certain laps de temps, le voleur revient pour lever une nouvelle contribution. Cette fois , l'indi-
^34 GAT^GOfiJBBS DIVEES» OfiS VOLEURS;
gnation éclate de la part des malheureux ainsi près* sarés| mais le voleur inAste^ il menace; il est d*autant plus arrogant, qu'il sait être dépositaire d'un jait non démenti, et même confessé par ses propres victimes, puisqu'elles ont été contraintes de subir déjà l'opprobre d'une première transaction. Ils sHm*posent donc un second sacrifice, heureux lorsque ce corsaire impitoyable ne les désigne pas à la rapacité de quelque autre bandit prêt à les soumettre à de nouvelles exactions*
Combien de relations adultères, de secrets qui intéressent l'honneur des familles, de fautes graves réparées ou couvertes d'un voile jusque-là impénétrable, sont devenues la matière de calculs éhontés et fructueux de la part de ces brigands, qui font profession, diaënt-ils, d* exploiter lee poêitiùnê soeimleê.
Cette industrie fut imaginée primitivement^ et elle est encore exercée contre ces hommes quVne sorte d'aberration incompréhensible, enfantée par la dépravation de l'esprit, plus peut<-être que par celle des sens , a mis en révolte contre les lois de la nature, et qui ne répugnent pas à descendre dans les rangs les plus infimes et les plus corrompus de la société, pour y chercher des instruraens de leurs infômes privautés.
Les voleurs,, pour atteindre ces individus d'une
UI7BS XAJVSDTBKS. a35
inamète«4itile, arrêtent dP avance le plan* de lenra manœuvres, le nombre et le foie de leurs complices* Ils endoctrinent un jeune homme qu'ils doiveat lancer plus tai;d sur le te^vain pour attii'er leur proie , et se partagent les rôjes pour donner à Jeur intervention une couleur raisonnable, morale et même légale. Ainsi l'un fait l'office de père ou de tuteur du jeune homme, taidis que Jes autres se
chargent des fonctions, d'agens de police. Les Hcus fréquentés par les hoQimes adonnés au vice moqstruèux dont . noi)^ venons de^parler sont counusa Ces lieux soh^éserts^ ils sont pai^urus, durant k nuit, par des^ êtres dont la démaréhe est incertaine, honteuse, embarrassée, qui se recherchent avec défiance et qui se .l'approtÉient dé même. Ces êtres sont épars çà et là : ils apparaissent dans l'dbscdrité comme des fantômes. Les voleurs arrivent; le chef de la bande observe la localité, l'individu contre lequel iLpeut dresser son piège avec profit. Le jeune complice est poussé en avant; et au moment convenu , le couple est entouré. Aussitôt le principal coupable est vivement interpellé par lé père ou le tuteur courroucé. Le fils ou le pupille est l'objet de sanglans reproches; il lui est enjoint* avec menaces de s'expliquer Sans déguisement sur la nature de ses rapports avec un inconnu, dans un lieu suspect^ et
936 CATÉGORIES DIY^ES ^ES TOLECRS;
à un% héfire avancée dé la nuit.flie jeum%.hoinme Élit connaîfre des pro{>oskions ei des sud;^. que la morale réprouve , que la loi incrîiitiine , et aussitôt les préfendus «igens di(poIice ^ sj^issent de Tin- C0É9U, le font monter dans une. VoitU^f de [Hace qui les a conduits su«f la localité, sous le prétexte de sauvfr les bienséaqce^, et dans rintérêt de sa prop'/e <2onsi4ération. tjLa voiture est dirigée ou cQp- ^e dirigée vers la ptéd^ctfir^d^ police. Chemin £sti« sapty un des agerîs insinue qu^l serait à desirei> peur *)a £amille*du jeune J^dmme comble pour celle de r^ndividu arrêté 9^U.e l'affaire ||ûvétret^r minée sans éclat : on parle (Fibtlemnité.Xe captif^rait disposé â cetta réparation^ I^a voiture est aussitol détournée de sa npute polir se rendr#ribez ïp^. L'J^demnit^ est comptent et Ton se séparje.'
Quand la personne ainsi abusé» paraît avoin de la fortune, on ne se#contente pas d*unë première somme. Aut bout de quelque temps, le pye ou le tuteur outragé j*epàraît et lui demande une nouvelle indemnité, sous un prétexte ou sous un autre, menaçant at besoin de déférer sa conduite à l'autorité, en cas de refus. On cite des étrangers qui ont été en butte ,*de la sorte, à des exactions et à des avanies telles, qu'ils ont été contraints de quitter la capitale pour se soustraire à des exigences sans
ASSASSims; traits CAKACnfRISTIQUBSi» a37
cesse renaissantes. Lacenaire a plusieurs fois tiié parti des manœuvres "que nous n^ons d'indiquer, pour ^ procurer 4e l'argent: IMiitervenait sur la scène, révéla des^insignes de éomilUssaire de police, et montrait une audâM iinpertQrI:>a|>le, pour ame^ ner ' le coupable %à eomposiâon. L'iidininistration a
reçu quelquefois 4es plaintes contre de semblables
extoi^iqns; mais les j^aignafta ou leurs familles, alarmés^e la publicité qu'une instructiMi judiciaire aurait pu doAner attx circonstances de^affaire, ont piréféré.seulésister de leurs poursuites. . ^
Pariqi les nombreuses catégories de voleurs que nous venons de faire conn^^ître, la déprédation se montr^sous les aspects les plu» divers. Ses familiers multiplient^ leurs con^^ipaisons , leurs ruses^, leurs manœuvres, a» détriment de la société: mais ils ne recourent ni à fa viole^ace, ni^ au meurtre. Cependant^ bien que la population malfaisante ded grandes villes ( et cela est vrai de^ toutes les capitales du monde civilisé comme de Par^s ) soit plus cupide que sanguinaire, il n'eU est pas moins vrai qu'il existe dans son sein des êtres dont la brutalité et la profonde dépravation rèpdent le caractère dur et féroce, qui rqplent dans la société coftime des hyènes, jouant le tout pour le tout, et prêts à tremper leur3 inains dans le sang, au premier cri ou au pre-
a38 ÈMàMiM; TEAITS CABACriâAIATiQUfiS.
«lier fiigQe de résistance du malheureux qu'ils dépouillent. Cette.Jiumeur sanguinaire^ que les yo« leurs, parisiens ne veulent attribuer qu'à des mal- Caiteurs rustiquiçï et endurcis» nouvelleBient arrivés dans la capitale , se manifeste avec non moins de force chez quelques individus étrii^ger» aux moeurs rudes de la campagne ^ et sortis de la fimge des grandes villes. Geu3^.qi se li virent à l'assassinat, moins par cruauté que par for&nterie t ce sont des sicaires toujours, prêts pour la consommatidn de quelque graii^ crime» Ils se jouent avec un rire sataniqae de la vie de leurs semblables, et affectent de la mettre, au rabais, copame pour £aire preuve de désintéressement dans le crime* Cette ypodance froide et systématique ve\;s le meurtre est le comble de la scélératesse. Elle ne se môntre^^uère que dans
un petit nombre ^'hommes gangrenés nar le vice ou par la propagande anti*spdale organisée dans les prisons ^ propagande qui a ses docteurs, ses traditions et , qui le crpirait ! ses honaeurs.
Ces bandits sont redoutés par leurs propres complices, car il n'est pastlonné mémeaux plusmauvaises natures de commettre un meurtr^ à froid,sur la personne d'un être inoffensif qu'on a i^olu de voler. On a vu des malfaiteurs, atteints depuis par le glaive delà justice,qui affectaient démonter pendant la nuit
ASSÀfiSms; TIAITS OlL&âOriÉBIiTiQUE8. a39
a l'escalade^ la pipe à la bouche, après aroir passé la journée à faire les préparatifs de leur crime, au milieu de nombreuses libations bachiques et d'une féroce gaîté. On en cite d'autres , qui par l'émission de fausses lettres de change, payables à leur demeure, s'étant ménagé les moyens de se mettre en
rapport aveo les garçons de recette de riches mai-
sons de banque ^ affilaient sur le carreau de leur chambre 9 en attendant l'arrivée de celui qu'ils avaient le dessein de dépouiller, le couteau ou le tire-pomte dont ils devaient frapper leur victime* L'audace et le calme dans le meurtre sont le partage de ce petit nombre de misérables. Us portent ces affreuses qualités si haut qu'il en est qui selon leur propre aveu n'ont pas craint de passer au speo» tacle avec leur compUce, la soirée du jour, où ils ont commis le double crime de vol et d'assassinat. Plusieurs, dés le lendemain de leurs attentats , s'occupent d'organiser une partie avec des prostituées et, à table, ils font allusion par d'horribles tEicéties, dans le langage ignoble qui leur est particulier, moL circonstances les plus douloureuses du meurtre de k veiUe.
Dans l'exposition que je viens de faire des différens vols qui se commettent à Paris, j'ai pensé que l'important était de m'arréter sur les plus fréquens
21 Ao BSGROGS; LSimS MAKOBUVRES.
et les plus dangereux, sans tenir compte des variantes que chaque catégorie peut offrir, ce qui m'eût jeté dans de trop longs détails.
Parlons maintenant des escrocs.
L'escroc procède par des manœuvres subtiles, artificieuses, et propres à séduire la bonne foi de celui dont il veut faire sa dupe. Il joue un rôle médité d'avance avec astuce et malice et prend le masque qui lui parait le mieux assorti à ce rôle pervers, en affectant la bienveillance ; faux sous le semblant de la bonhomie, il marche à ses fins avec d'autant plas d'avantage que celui qu'il prétend abuser est plus éloigné de s'attendre à une imposture et à un lardn.
Il y a cette différence entre l'escroc et le voleur que Tun reçoit d'une manière ostensible, des mains de la personne trompée, Fobjet qu'il convoite], tandis que Tautre dérobe secrètement au propriétaire sa chose et se l'approprie sans le secours de la volonté de ce dernier. On ne saurait disconvenir, toutefois, que l'escroquerie ne soit au fond un larcin, niais un larcin déguisé.
Les individus qui vivent d'escroquerie à Paris, composent trois classes principales, ce sont les mendians à domicile y ceux qui prennent le titre de négoeians et certains joueurs.
Les mendians à domicile se divisent en dear ca-
escrocs; leurs manœuvres. a4i
tégories. Les uns se présentent en personne^ chez des particuliers entourés d'une haute considération, tels que des fonctionnaires de Tordre administratif et judiciaire y des pairs, des députés,- des gens titrès , etc. ; plusieurs même étendent le cercle de leur spéculation dans toutes les classes qui , par leur position sociale peuvent leur offrir quelque chance de contribution volontaire. Les autres se contentent de leur écrire et pour captiver leur intérêt, ils usent de tous les stratagèmes, ils fabriquent de faux états de service en prenant la qualité d'anciens officiers, ou bien, ils se disent artistes, hommes de lettres, malheureux par quelque coup du sort. Plusieurs sont impotens par suite de leurs blessures. Tous prient la personne bienfaisante à laquelle ils s'adressent de déposer chez le concierge le secours qu'elle leur destine.
Dans lé nombre de ceux qui ne répugnent pas à demander de vive Yoix, il en est qui recueillent jusqu'à 4o fr. par jour.Ceux-cisont les plus hardis et les plus habiles. Tantôt ils se présentent au nom d'un pèrç de famille appartenant à une classe considérée de la société et que l'infortune a réduit aux plus cruelles extrémités. Dans ce cas, le thème de leur histoire est tout fait d'avance, et quand cette histoire n'est pas un roman, ils la calquent sur les vi* I. i6
34a ESGEOGS; XiBOna MàNCBign(n^va«
cissitude$ de leur propre existence qu'ils ont toujours soin d'arranger et d'exposer de manière k parvenir à leur fin. Tantôt ils sollicitent pour euxspênies sans dégu&^ment, mais ils ne se font pas serapule^ alors d'en imposer sur leur qualité^ leurs services et sur les circonstances de leur récit , qui eu générsil est plus ou moins mensonger, lis recher^fhent surtout l'approche des hommes politiques pour flatter leurs passions, leur animosité, leurs préjugés ) se donnant comme viâtimes de leur dé- VQÙment à la cause qu'ils servent eux-mêmes et pa« raisaant tout prêts à affronter de nouvelles épreuves» Ces hommes excellent par leur souplesse et leur aplomb ^ porter tous les masques. Afin de multiplier leurs ressources, ou tout ou moins les ohanca de s'en procurer^ ils se donnent réciproquement des avis sur les personnes utiles à voir, ainsi que des conseils , soit pour arriver jusqu'à leur dupe^ soit pour l'intéresser avec fruit.
En faisant conn9itre les élémens de U classe vi* cieuse lettrée, frappée de condamnations judidaires, nous avons signalé notamment une catégorie com* posée de prétendus négocians : c'est ici le lieu de donner quelques explications à l'égard de cette catégorie.
Le commerce , comme toutes les autres classes de
ESCROCS ; LEURS MANCetlVRES. ^4^
la société, renferme dans son sein des individus corrompus , qui ne voulant point s'assujettir aux pratiques ordinaires et régulières de leur profession, se jettent dans la voie du désordre et de la fraude. Familiers avec les procédés du négoce , ils sont d'an« tant plus dangereux qu'ils s'efforcent de donner moins de prise à la défiance, par une conduite prudente et calculée. Leurs prospectus, l'intérieur de leurs ^tablissemens(car ils affectent de vouloir créer des maisons bien assises et durables), annoncent l'entreprise de gens expérimentés , et qui sont animés du désir de fonder le crédit de leurs maisons sur la bonne foi et la confiance. Leurs premières transac« tions sont irréjprochables ; dépositaires des mar^ chandises qui leur sont envoyées pour en effectuer la vente , ils acquittent exactement les traites tirées sur eux par leurs commettans , pour se remplir du prix de ces marchandises ; ils nouent ainsi des re* lations qui se renouvellent et deviennent de plus en plus importantes , jusqu'au moment ou une opé» ration qui promet des bénéfices considérables , leur permette de se les approprier par une fuite prompte et inattendue. Ces manœuvres frauduleuses se ré* produisent fréquemment dans les grands centres d'activité commerciale. Il est bien difficile de les
prévoir et de les déjouer-