A EMPL07]BR CONTRE LE MAL MORAL
Barlerai-je des peines portées contçe le crime par les lois de la vieille Europe ? La torture avec son affreux cortège était écrite dans toutes ces lois; non-seulement elle était appliquée, à titre de supplice , aux malheureux frappés d'une condamnation capitale ; mais elle était employée comme expédient et dans une certaine mesure, contre les accusés eux-mêmes pour leur arracher de prétendus aveux.
CerteSys'il était possible d'attendre delà terreur des peines la guérison absolue du crime , nul doute que cette guérison n'eût été opérée par cette législation barbare , mais non ! le crime, pas plus que le vice , ne s'est jamais lassé et ne se lassera jamais d'affliger l'humanité.
Quand on porte ses regards dans les profondeurs du passé et qu'on les arrête sur les deux derolers siècles y on est frappé des efforts qui ont été faits par la religion et par la saine philosophie pour corriger les vices delà nation ; le dix-septième siècle surtout se recommande à l'admiration de la postérité par l'alliance sacrée de la morale religieuse et des lumières contre l'invasion du vice. Les i^forts de ce dernier siècle, comparés à ceux des âges qui Font précédé et qui l'ont suivi, ont quelque chose d'héroïque et de majestueux, et pourtant ce i^iècle si grave, si discipliné, ne put que restreindre, 1. 18
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qu'amoindrir le foyer des maux qui ternissent notre civilisation comme ils ternissaient la sienne.
Si le siècle où la civilisation des mœurs eut con* tamment le pas sur la civilisation 46& lumières , où le génie et la vertu enfantèrent tant de prodiges , n'a pas réussi à cicatricer la plaie sociale qui nous préoccupe^ c'est qu'elle est incurable. L'histoire nous apprend , qu'en effet dans tous les temps et dans tous les lieux, cette plaie a résisté à tons les remèdes i que les peuples les plus sages et les plus moraux sont ceux qui, dans l'impuissance de détruire complètement le mal dans son principe, ont opposé une forte digue à ses progrès, ou resserré son siège dans des limites plus étroites.
C'est sous ce point de vue purement pratique , quelaous avons cru devoir envisager la question de l'amélioration morale de là clause vieieuse , d^ura* vée et dangereuse. Diminuer le nombre des videiix et des méchans pour augmenter la masse des bons» dans son sens le plus large , tel est le but que doit se proposer l'homme d'état aussji bien que le moraliste. Cette manière de poser les termes du problème n'est ni ambitieuse ni tranchante ; elle ne tend pas sans doute à détruire le raal dans sa racine, chose moralement impossible et digne tout au plus de trouifer place dans quelque utopie , mais eUe tend à
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lui disputer le terrain pied à pied, à préserrer les bons de sa maligne influence, et à lui arracher par des e£Forts continuels ceux qu'un égarement paft« sager ou une profonde dépravation a séparés de la société régulière. Que peut-on demander de plus à la puissance publique et à la morale? que peut-on demander de plus à la religion elle-même?
Les sciences politiques et les sciences morales ne peuvent espérer de régler les penchans de l'homme et de le rendre apte à la vie]|sociale| par la connaissauce et la pratique des devoirs qu'elle impose, qu'en multipliant les moyens de travail, en unissant, par les liens d'une bienveillance et d'une solidarité commune, tous les agens de la production, et en donnant à l'emploi du salaire une direction sage et éclairée, c'est-à-dire conforme aux intérêts bien entendus de l'ouvrier à qui ce salaire doit profiter. Toutes ces choses sont, en effet, la fin et la consommation de l'économie politique et de la morale; mais les applications utiles et fécondes de celle-ci sont beaucoup plus difficiles à créer et à renouveler que les moyens de travail. L'ordre et la paix sont une source infaillible et intarissable de J:ravail, outre que l'amour du bien-être le conseille, le soutient et l'alimente sans cesse. La morale n'a pour elle que
la raison et la conscience ; il faut que l'une et l'autre
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luttent contre les appétits, contre la violence des passions; il fauc qu'elles les surveillent, les combattent pour les régler, et lorsque les passions sont trop effervescentes, il ne leur est donné de les surmonter qu'en les maîtrisant comme des rebelles. Le travail est un élément de moralisation ; mais il est aussi, ou du moins il peut devenir par l'abus des ressources qu'il procure, im élément de désordre. L'influence de la morale est donc indispensable pour assurer le bonheur de l'homme considéré dans toutes les positions de la vie; et cette influence est d'autant plus précieuse , qu'elle est compatible même avec le plaisir où elle ne se mêle que pour l'épurer et l'ennoblir. La religion elle-même, quand elle vient au secours de la morale, ne se propose pas d'autre but
Prévenir la misère par le travail , la corruption par l'enseignement et la pratique dés préceptes de la saine morale, tel est le principal devoir des gouvernemens et des moralistes. Néanmoins les efforts tentés par ceux-ci pour préserver l'homme des atteintes du vice ne sont pas toujours heureux; il est des individus qui cèdent sans résistance et sans mesure à ces atteintes, soit que dès l'origine leur éducation ait été négligée , soit qu'ils aient étouffé par de mauvaises habitudes les bons sentimens qui leur