TROISIÈME PARTIE
DES Pa^SSRYATlFS CONTRE li'jNVASIOlf pU TICE«
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Nature des maux décrits précédemment. — Ils sont inhérens à tonte société. Efforts des législatears et des moralistes pour prévenir ces manx. — Réaction 0omiptrice de la soeiét et ^uelqqefois de 1» faaiille. -^ Kéoetsité do cultÎTer le sens moraL >-' Le vice et le crime ne sont pas susceptibles d'une gnérison absolue* — • Impuissance des lois répressÎTes pour parrenir à -cette guérison« — Le seul moyen au pouvoir de l'bomme poqr résister au mal moral est d*opposer une forte barrière à ses progrès et d*en resserrer le siège de plus en plot. «^Reisorti généraux k employer* -^ Préterratift» «»• Remèdes, (i)
Les maux déplorables que noua venons de décrire ne sont pas circonaçrits dans un seulj)ays9 dans une seule cité; ils apparaissent avec une inten«> site plus ou moins forte dans tous les pays, dans tou-* tes les cités qui sont le centre d'une grande activité sociale et industrielle. Ils ne datent ni des temps anciens ni des temps modernes, ils remontent à l'ori** gine des sociétéshumaines. Ces maux n'ont donc rien d'accidentel ni de transitoire. Us sont inhérens à l'organisme social, comme les passions qui les engendrent sont inhérentes à l'homme,
Toutefois les législateurs et les moralistes se sont efforcés dans tous les temps d'opposer une barrière
(i) Ce chapitre a été remanié et augmenté.
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puissante à l'inflaence des principes délétères qui dépravent et affligent les peuples. Les uns ont travaille « cette œuvre immense et vitale en établissant des peines contre les actes coupables qui nuisent à la société^ les autres en faisant pénétrer dans l'esprit des masses les préceptes d'une saine morale et en essayant de leur donner des habitudes d'ordre, d'économie et de vertu. Le prêtre et le moraliste créent les bonnes mœurs par l'instruction et l'exemple , et le législateur les maintient par la crainte; mais la société et souvent la famille détruisent leur ouvrage par de pernicieuses doctrines et par le relâchement ou la licence des mœurs. C'est cette réaction corruptrice et incessante, qui ébranle tant de sages résolutions, qui rend stériles tant de bonnes semences. Malgré l'écueil que les mœurs des enfans rencontrent parfois dans le sein même de la famille, c'est encore elle qui est la meilleure école, car heureusement les familles honnêtes et bien discîpiinées sont les plus nombreuses dans toutes les classes, et le soin de leur propre réputation autant que Tintérêt de la morafe tient constamnient leur sollicitude en éveil, sur la conduite de ceux de leurs membres qui, par leur faiblesse ou leur inexpérience, sont les plus sujets à faillir.
Les instincts moraux de l'homme ont besoin dV
A EBfPLOTER COUrTRE LB MAt MORAL. 969
liment non moins que ses appétits. Plus le sens morai devient exquis par la culture, plus il se déve*
" loppe et se perfectionne. C'est ce développement qui engendre les délicatesses de Thonneur, les alar« mes naïves et quelquefois outrées de la conscience^ et qui sous ce rapport rend les exigences des mœurs beaucoup plus inflexibles que les prescriptions des lois les plus sévères. Quelle force les gouvernemens
^ ne puiseraient-ils pas dans le ressort moral, s'ils savaient le diriger ou seulement s'ils voulaient encou-
' rager son action ! Mais ne sortons pas du sujet de ce chapitre. Après avoir décrit les principales variétés du vice et du crime, examinons s'ils sont l'un et l'autre susceptibles de guérison.
£st-il au pouvoir de l'homme d'extirper d'une
manière absolue le vice dans le cœur de son sem-
blable? Est-il en son pouvoir de purger la terre du crime qui l'épouvante et qui la désole ?
La question, ainsi posée , me paraîtrait insoluble , parce qu'elle est conçue en termes trop abstraits et incompatibles avec les facultés bornées que Dieu a départies à l'homme. On a considéré notre pèlerinage ici bas comme une épreuve; la vie humaine n'est , en effet, que cela; l'homme a été doué d'une liberté d'action qui le rend apte au bien comme au mal ^ le libre arbitre est une force , mais cette
£>rce est sollicitée tourna 4our par les passions et par la raison ^ et c'est en ce sens qu'on a dit avec fondement que la vie était un combat. La misère et la corruption sont le génie du mal, de même que le bien-être, l'égalité des moeurs > et la mesure dans les passions constituent le génie du bien. Éloigner la misère par le travail^ et la corruption par de bonnes habitudes ^ telle est la tâche que l'homme doit s'imposer pour ne pas déroger à h dignité de son espèce , telle est aussi là direction où la £amille et lu pouvoir social doivent le maintenir, la première par ses exemples ^ et le second par ses institutions^ ses doctrines et ses lois*
Si l'homme réduit à sa seule individualité ne sait pas se défendre contre les séductions du vice et les tentations du crime , si d'un autre côté Tactioa morale et conservatrice de la famille, si l'action réprimante de l'autorité publique sont également impuissantes pour l'afifermir dans le droit chemin ou pour r j faire rentrer.^ par quel moyen espéreraiton réussir à l'empêcher d'être vicieux ou criminel I la société ne peut que subir les chances de son institution ; ces chances ne sont pas toutes favorables à son développement régulier , à sa prQspérilé, il en est qui sont nuisibles , il faut qu'elle les supporte comme on se soumet à une charge onéreuse^ à une
A EMPLOTEB CONTRE LE MAL MORAL. ^nj
servitude. L'éternel hondeur] de la civilisation est d'être indulgente envers l'homme vicieux en méprisant le vice, juste envers c^ix qui par un sentiment
. forcené de cupidité et de dépravation portent at^ !
: teinte à la propriété, à la vie d'autrui, et de se défier 1
d'elle-même pour ne pas substituer la vengeance à la |
, justice. Yoilà la loi des peuples intelligens , moraux « / . libres et bien policés. Cette loi exclut la guérison ra- ^ ^ dicale du vice et du crime, puisque le vice qui n'at- l I tente point à la morale publique n'est justiciable 1 que de l'opinion, dont le blâme est impuissant lorsqu'il fîrs^pe sur un individu qui n'en ressent pas le déshonneur^ et que la justice pénale, malgré s^-iigueurs, ne se lasse pas d'espérer la réforme du délinq[uant et du criminel, lors même que le fait impu* table est wcompagné d'une récidive opiniâtre.
Des écrivains moralistes, navrés du spectacle de nos misères et de nos vices, ont prédit que la société serait -conduite, par la force du mal moral qui l'agite, à porter un jour des lois contre le vice. Ces lois ont existé, et malgré l'excès de leur sévérité, elles n'ont pu déraciner le vice. En effet, sous nos anciens rois^ les maison&qui servaient d'asile aux prostitués étaient démolies ; les prostituée» étaient assujetties à iin costume particulier, que l'on considérait comme une flétrissure , et eUes étaient reléguées , parquées dans
aya RESSORTS GÉNIÊRAUX
des rues qui n'étaient habitées que par elles. Malgré cet appareil de sévérité et d'avanie^ le mal qu on s'était flatté de détruire dans son germe , ne cessa pas de se montrer ; il acquit même plus d'intensité et de danger^ puisque la prostitution clandestine prit la place de la prostitution publique^ et trompa, delà sorte, la vigilance de l'autorité qui toléra plus tard ce qu'elle n'avait pu empêcher. Les tribus de sectaires qui ont jeté les fondemens de l'Amérique du nord déployèrent, dans l'origine de leur établissement , une sévérité implacable contre le vice. Les premiers actes de leur législation attesiKnt la ferveur de leur piété , la pureté de leur vie; mais ils restèrent pour la plupart dans l'état de théories inapplicables, et aujourd'hui ils expliquent connue monumens historiques , l'ascendaftt soutenu des idées religieuses , dans un pays si peu fiiit en apparence pour les admettre et pour les respecter à cause de la fornie de son gouvernement. Il existe encore dans ce pays, des dispositions législatives contre l'ivresse ; les sociétés de tempérance ont agi avec plus d'efficacité par le seul empire de la persuasion , contre l'abus dû vin et des liqueurs fortes, que ces dispositions tonibées en désuétude , et maintenues pour rhonnedr de la morale, plutôt que comme moyens eflFectifs de répression.