INTRODUCTION
ble de tenter des individus gouvernés par leurs passions, que le salaire légitime d'un honnête travail; profondément dépravée , cette classe désole la société autant par ses attentats que par ces pernicieuses leçons; elle tient par des liens étroits et cachés aux maisons de débauche, donne la main à la partie corrompue des classes ouvrières et Vétudie à gagner par l'attrait de l'indépendance et de l'esprit d'aventure les en fans ignorans et crédules de ces mêmes classes ; ennemie par la destinée qu'elle s'est faite à elle-mêmede la sûreté des personnes et des proprié* tés, elle travaille secrètement à ravir à celui qui ne possède rien l'estime de soi-même, afin d'en faire un disciple de sa dépravation et plus tard un complice de ses crimes.
. Ce que nous venons de dire des avances faites par le vice audacieux et malfaisant à la portion déjà gâtée des classes ouvrières, n'est que trop vrai. En effet , ceux qui exercent une profession ^ mais qui dissipent le salaire de leur travail pour satisfaire des pencbans vicieux, se rapprochent par la nature de leurs goûts de la classe réputée suspecte et dangereuse ; ils l'attirent à leur insu par ce trait de ressemblance et l'enhardissent à préconiser devant eux le vice qu'ils mettent tous également en pratique. ' Celte funeste sympathie du vice produit bientôt
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des fruits amers. Ces malheureux, qui^ par Texercice de leur profession, se rattachaient encore en apparence à la masse des ouvriers honnêtes et laborieux, dépouillent peu-à-peu^ sous la maligne influence de leurs compagnons de désordres , les habitudes de travail qui leur restaient et finissent par embrasser leur vie fainéante et criminelle.
Parmi les individus qui composent lu classe suspecte et dangereuse, il en est qui n'ont encore subi aucune condamnation, et d'autres, au contraire, qui ont séjourné plus ou* moins long-temps dans les prisons par suite des délits ou des crimes dont ils ont été convaincus; ceux-ci , désignés sous le nom de condamnés libérés, se montrent pour la plupart, en rentrant dans la société, rétifs au joug des lois et des nécessités sociales et forment la classe la plus dépravée comme la plus redoutable de la population dangereuse.
La majeure partie de cette population est illétrée, ou ne connaît guère que les premiers rudimens de la langue. A côté d'elle, viennent se grouper ces êtres équivoques en apparence , mais avilis et pervers au fond, qui se complaisent dans les grandes cités et surtout à Paris , vivant moitié du salaire qu'ils gagnent par leur travail, moitié de rapine et d'escroquerie; ils tiennent le milieu entre les voleurs de
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bas étage et les escrocs de bel air; ils ont un pied dans la société légale et un pied dans la geôle où ils sont destinés à mourir quand ils ne meurent pas à rhôpital des suites de leurs excès. Nés la plupart de parens honnêtes et aisés , ayant reçu de l'instruction I mais n'ayant pas su en profiter, paresseux et adonnés au vice de bonne heure » ils quittent , après de nombreux désordres, la maison paternelle pour se réfugier daps les grands centres de popiila* tion. Là ils se recherchent, ce rassemblent, s'excitent à l'envi contre la société qu'ils calomnient, et composent cette tourbe d'hommes dangereux qui se grossit ou se renouvelle tous les jours en recevant daiis son sein le rebut de toutes les professions qui tiennent de près ou de loin aux arts libéraux.
C'est en partie de là et en partie des classes éle* vées de la société que sortent ces escrocs remarquables par leurs manières souples et élégantes qui établissent le théâtre de leurs exploits , soit dans les maisons de jeu tenues par des femmes galantes, dont ils sont les affidés , soit dans les salons fréquentés par la société la plus recherchée et la plus polie.
Les femmes figurent aussi parmi les élémens de la population vicieuse et suspecte des grandes villes. "Quoiqu'elles n'y soient qu'en minorité , elles n'en
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sont pas moins \m ressort très puissant et très redoutable (le cette population qui est toute pMsionnée. S'il est vrai qu'on ne pourrait sans partialité et sans injustice contester l'influence douce, paci^ fique et moralisante des femmes sur la société, on ne saurait nier qon plus que celles qui dédaignent d'exercer cette noble influence , et qui préfèrent à une vie pure et retirée la triste célébrité du scan*dale et du vice, ne contribuent d'une manière très active à corrompre dans le cœur des masses , le sen<timent moral qu'elles devraient épurer, et ne jouent un rôle important comme cause première ou comme instrument dans tous les genres d'attentats qui af«fligent la société.
Cette partie des classes dangereuses se recrute dans tous les rangs de la hiérarchie sociale , dans les plus élevés comme dans les plus bas; elle em<brasse toutes les variétés de la dépravation , la prostituée j la proxénète qui trafique de la personne de celle-ci, la femme galante, complice de l'escroc et la voleuse*
Les enfans fournissent eux«mémes des élémens à
.la classe corrompue qui désole la société , tant le
vice est contagieux. Il en est qui , à peine adolescens,
ont complètement rompu avec leurs familles et ne
subsistent dans leur état dMsoIement et de vaga**
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bondage qu'à l'aide de petits vols et de méfaits de toute espèce.
En écrivant sur les classes dangereuses , je me suis appliqué à donner à mes recherches toute retendue que réclamait la nature même du sujet; la circonscriplion de mon plan n'a pas été la partie la moins difficile de la tâche que j'avais à remplir. Dans certaines classes de la société , le vice porté à l'excès, confinant pour ainsi dire au crime, j'ai dû tracer le tableau des désordres des portions vicieuses de ces classes , avant d'entreprendre celui de leurs méfaits. C'est de cette manière que j'ai été conduit à esquisser les mœurs des classes ouvrières pour montrer clairement la liaison qui existe entre le vice et la perversité. La progression de l'un à l'autre est d'à utant plus rapide parmi ces dernières classes, que le vicieux a moins de moyens d'y satisfaire ses penchans et qu'il est moins éclairé. J'ai essayé de faire ressortir la même liaison • en ce qui touche la paresse et les excès familiers à un certain nombre d'individus appartenant aux rangs aisés de la société ; on en jugera par les détails de mœurs que je fournirai, en m'occupant des catégories dans lesquelles ces individus se trouvent placés.
Les explications dans lesquelles je viens d entrer, ne peuvent manquer de faire comprendre au lec-
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leur, pourquoi j'ai confondu sous la dénomination unique de classes dangereuses^ la portion suspecte de la population, en même temps que la portion de celle-ci, dépravée par ses vices. Les rapports étroits qui existent entre elles ne me permettaient pas de les séparer, quoique au fond il y eût une extrême injustice à les frapper indistinctement de la même réprobation.
Convenait-il de placer sons la rubrique de clas^ ses dangereuses, comme un élément nécessaire du plan que je me suis tracé, les individus qui fomentent les séditions populaires et qui y prennent une part active ? je ne l'ai point pensé. La sédition est heureusement un accident rare dans la vie civile, et les maux^ dont je m'occupe, sont permanens; ils pèsent sur la société dans ses momens difficiles I comme dans ses ijiomens prospères. La dépravation des mœurs, le larcin et le vol sont de tous les temps et de tous les lieux , ce qu'on ne saurait dire de la sédition, qui sous les gouvernemens sages et fondés sur le droit , n'est jamais qu'une crise passagère , occasionée par la fermentation mal contenue des partis, les écarts de l'opinion , et l'insuffisance des lois.
Après avoir défini ce que nous entendons par iclasses dangereuses, il nous reste à faire connaître
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réeotioittie.dii plàti de cet ouvrage , ainsi qae seâ priocipftles divisions^
Les olaàses dangereuses étendent partout leurs Bdéfaits^ dans les villes attssi bien que dans les campagnes. Les individus dont elles se composent, appartiennent à la population rurale non moins qu'à la population urbaine, mais principalement à celleci, dans le sein de laquelle la corruption se propage plus aisément. Pour offrir au public un travail complet sur le sujet que je me| suis proposé de traiter, j'aurais dû embrasser dans mes investigations les nombreuses et diverses catégories de malfaiteurs , sans distinction de lieux et sans restriction. Néanmoins, comme le dessein de cet ouvrage ne tend pas seulement à décrire et à réformer les mœurs de la classe vicieuse proprement dite , et de la classe suspecte et dangereuse | comme il tend en outre à faire connaître , sinon d'une manière positivé , ati moins par approximation la force effective des élémens qui entrent dans la composition de ces deux classes, j'ai cru devoir limiter le champ de mes recherches, afin d'atteindre plus sûrement le but que j e me suis prescrit.
J'ai donc fixé mon point de vue à Paris, dans la capitale de la France, convaincu que les lumières qui sortiraient de mes enquêtes et des do-
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cumend que j'aurais recueillis par d'autres voies, répandraient un jour utile sur la population dan»* gereuse des autres grandes villes du royaiHdàe, et que $ par induction , il serait même possible de se faire une idée, à l'aide de mon travail, des agglomé* rations vicieuses et malfaisantes qui s'agitent dans les métropoles et dans les cités considérables des pays étrangers à la France. Les causes du crime sont en efFet les mêmes en tous lieux. Les actes qualifiés de ce nom peuvent être la suite de manœuvres et de procédés dif férens, selon le genre d'activité ou d'industrie des localités où ils se consomment ;^leurs auteurs peuvent recevoir des appellations qui n'ont point de conformité entre elles; mais ces variantes dans lâ perpétration de l'acte frauduleux ou criminel, ainsi que dans la qualification du coupable ne changent rien au fond du méfait: c'est toujours une entreprise illicite contre la propriété d'autrui et parfois un attentat contre sa personne, soit pour effacer la trace de cette entreprise, soit pour en assurer le succès.
Ceci posé^ l'objet de cet écrit consiste à déterminer quels sont les élémens dont se compose à Paris la partie de la population dangereuse par ses vices, ses habitudes de fraude et de rapine, sa misère, et à indiquer par quels moyens on pourrait réussir à rendre meilleure cette classe dépravée et malheureuse.
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Pour arriver à la solution de ce problème, nous diviserons notre sujet en quatre parties.
La première contiendra une statistique raisonnée de la classe vicieuse proprement dite, ainsi que de la filasse dangereuse; elle signalera les lacunes existantesy qu'il serait possible de combler, dans les connaissances actuelles de la statistique , et les voies qu'il y aurait, à suivre pour obtenir des chiffres positifs ou dés approximations, selon les difficultés de la matièrçt
Dans la seconde on décrira les mœurs, les habitudes et le genre de vie de l'une et de Tautre classe.
La troisième exposera les préservatifs à employer pour prévenir Tinvasion du vice.
Et la quatrième traitera des remèdes.