‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes, et des moyens de les rendre (volume 3)Chapitre 40 sur 58 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Besoins àe rhoidme. — Ces beséins sont simples et devaient être tels poar ne pas excéder ses forces natnreUe*. **- Faonltéf départie» à rbonune « et aafisantés non-senlement an soutien de son existence, mais à lui procurer les moyens de Bien* être les plus étendus. --' Travail, fondement de Pexistenôe individodle et de tontes les jouissances sociales. — Travail, nécessité imposée à rhomme, et moyen de consolation. — Rapport du travail avec les divers agens d# Tindiistnc* «^ Influence de I9 denun^e do travaÛ et delà coooivrence sur le sort -éfi Touvrier. — • De l'ordre, de l'économie et des autres vertas nécessaires au travailleur. — Obstacles qui s'opposent à l'exerèlee de ces ver Ins. — Commeiit il serait possible de les vaincre, (i)

Vhotnme est âotimis, pàt* le& lois de son organisation y à dés besoins auxquels il est obligé de satisfaire pour le soutien de son existence : ces besoins sont simples et devaient Fêtre, pour que Thomme put jouir du bienfait de là vie, sans s'imposer des efforts trop pénibles et trop disproportionnés arec sa faiblesse naturelle. La satisfaction complète et régulière des besoins physiques , constitue ce qu*on

(1) Ce chapitré n*etiêtatt pal dans le mémoire.

280 DU TRAVAIL. COKAIE F0NBEME17T DE l'exISTENCE.

appelle le bien-être matériel , état qui représente bien plus les conditions nécessaires et vitales de Findividu, l'équilibre, ou la possession suffisante des forces indispensables à la vie , que les commodités et les douceurs de celle-ci. Le créateur j en nous appelant à k vie, devait nous doter de facultés propres à Tentrelenir et à la prolonger, pour ne pas faire une œuvre inutile ; mais là pouvait se borner le lot qu'il a départi à chacaa de nous, quoique dans sa toute-puissance , et dans sa bonté, il se soit montré, beaucoup plus libéral envers l'humanité, et qu'il lui ait fourni les moyens d'atteindre à une somme de bien-être infiniment supérieure à ses besoins les plus variés et les plus

étendus.

La divinité, en distribuant, d'une manière inégale en apparence, le trésor de ses dons, parmi le nombre infini de ses créatures , a compensé cette inégalité par d'autres ava(titages« Elle a placé la force dans l'humble fortune, à côté de la frugalité et de la tempérance , tandis qu'elle a placé le souci et les maladies à côté delà richesse, quand celui qui en est possesseur ne l'a pas acquise lé^timement ou Ta fait servir follement à ses dissipations et à ses désordres. Le bien-être dans son acception rigoureuse et normale est donc, en définitive, la possession des moyens

ET COMME MOTEir DE CONSOLATION. a8 1

d'existence , que comporte la condition sociale de chaque individu. Envisagé sous cç point de vue, les jouissances qu'il procure sont bornées et rdatives, et elles peuvent se réduire au simple nécessaire sans cesser pour cela d'être des jouissances*

Quelque restreinte que soit la mesive du bienêtre, l'homme, considéré isolén;ient dans sa nudité et son indigence, ne peut s'empêcher de le conquérir par un labeur continuel. Dieu l'a voulu ainsi, ^ et il a fait du travail , non-seulement une des lois fondamentales de notre existence , mais la base de la fortune , qui est un développement plus ou moins étendu du bien-être. Le rôle du travail dans la des* tinée de l'homme , n'est pas celui d'un agent purement matériel , le créateur l'a élevé au rang de vertu. C'est en effet, à titre de vertu, que le travail préserve la volonté humaine de l'influence des mauvais penchans et que, suivant une des pensées les plus profondes et les plus salutaires du christianisme , il renferme en lui toute la force et l'efficacité de la prière. Si l'on pouvait placer quelque chose au-dessus de la vertu, je dirais, que le travail est plus encore , car il est le consolateur de nos afflictions , le charme tout puissant de nos peines.

Le travail est une des sources principales de la richesse dans les divers domaines de l'industrie; il

28a ttAlPMIll» DU «UVAIL

rend avec usure à chacun des agens qui conccmrent à la production, l'équivalent du tribut de son œuvre: c'est comme tels que le chef d'industrie , le capitaliste et l'ouvrier, reçoivent leur part du profit de l'entreprise à laquelle ils se sont associés. Celle qui revient à l'ouvrier pour prix de la main-d'œuvre s'appelle salaire : ce salaire augmente ou diminue, en raison de la quantité de travail demandé et de la concurrence des travailleurs. Ceux-ci , étant en très grand nombre daqs tous les centres d'activité industrielle^ et tendant à s'accroître sans cesse ^ d'après la force reproductive inhérente au principe de la population , leur profit s'abaisse d'autant plus que leur concurrence est plus active. L'influence combinée de la demande du travail et de la concurrence sur la position de l'ouvrier^ est permanente, décisive, et résistera toujours à tontes les théories qui auraient la prétention de la décliner ou de la méconnaître pour arriver à Tamélioration du sort des classes laborieuses. L'examen de cette influence, ayantun rapport intime avec celui de la question du salaire, nous les cornprendrons tous deux dans le chapitre qui traitera de cette question afin de les éclairer l'un par l'autra Quelque résultat que l'on puisse espérer, au surplus, en faveur des ouvriers, de la solution des questions difficiles qui, dans l'ordre économique, se ratta-

AVEC LES BIVSBS AGESS DE l'iNDUSTAIE. aB3

chent au règlement du salaire, nous sommes loin de^ penser que ce résultat soit jamais de nature à tran»» i former complètement la condition de la masse des travailleurs , et à les faire sortir de la médiocrité at* tachée de tout temps, et par la force des choses, à la classe du plus grand nombre. En admettant qu^il fut au pouvoir de la science de diminuer les élémens de la concurrence , sans restreindre la liberté de l'industrie, nous doutons que les ouvriers obtinssent autre chose qu^ne amélioration plus ou moins sensible, plus où moins durable, de leur situation présente. Ce changement, quelque important qu'il fut, ne les dispenserait pas , en tout cas , de chercher dans Tordre , l'épargne , et la modération , ce qui leur manquerait toujours pour fournir suffisamment à leurs besoins ainsi qu'à ceux de leur famille.

Ces vertus, qui sont utiles à tous, inaîs principalement au pauvre dont elles garantissent le bienêtre, éprouvent toutes sortes d'entraves dans les divers corps d'état, à cause des habitudes îrrégulières qui y régnent , habitudes que la tradition et la coutume y ont introduites , et que la coutume, appuyée sur le bon sens et les lumières, aurait seule la force de détruire. Il existe parmi les ouvriers qui se livrent à la boisson , abstraction faite de ceux qui en potissent l'abus jusqu'à l'ivresse, une fausse honte

a84 PRATIQUE DES VERTUS

qu'on ne saurait trop combattre. C'est la persuasion où ils sont qu'on aurait droit de les regarder comme de mauvais camaïades, comme des ouvriers avares, peu sociables et bizarres, s'ils se refusaient à boire bors de leurs repas, sans besoin et par forme de passe-temps. II est positif cependant que plus d'mi ouvrier a, dans maintes circonstances , exprimé un pareil refus. Il en est, et j'en connais, qui non-seulement ont résisté à des invitations pressantes et réitérées , mais qui ont su se mettre au-dessus des railleries oceasionées par leur refus : épreuve que le grand nombre redoute le plus, et qui est presque toujours recueil de leurs bonnes dispositions. C'est de cette minorité raisonnable et ferme que sont sortis et que sortent encore, par intervalles, ces entrepreneurs courageux, fils de leurs œuvres, arrivés à une honnête aisance ou à la fortune, par la sagesse de leur esprit, leur goût pour l'épargne et la simplicité de leur vie. On m'a montré, dans certains ateliers, des ouvriers adolescens livrés à euxmêmes dans Paris, sans tutelle çt sans surveillance, chez qui ces bonnes habitudes s'étaient déjà tellement fortifiées, qu'ils imposaient en quelque sorte, par leur sagesse, à des ouvriers d'un âge mûr, accoutumés à dépenser leur salaire en boissons, et réduits à emprunter quelquefois à leurs jeunes cama*

JX iESSAIIi£S AU TRAVAILLEUR. 2à85

rades l'argent dont ils avaient besoin pour se procurer un maigre repas.

Ce qui manque le plus aux classes pauvres , c'est le sentiment vrai de leur situation, et la force de s'y] conformer; c'est la sagesse d'employer utilement les ^ modestes ressources qu'elles doivent au travail. Il ne faut pas regimber contre la nécessité , mais la subir et y adapter sa vie. Médire de l'état social, ou s'étourdir sur les embarras de sa position par l'usage immodéré du vin, c'est, d'une part, ne pas connaître ce dont on médit; et d'autre part, empirer le mal, en croyant le pallier.

Sans me dissimuler ce qu'il faut de courage et de résignation pour supporter la pauvreté dans ses mauvais jours, je suis fermement persuadé que cette même pauvreté laborieuse et économe peut , dans les temps ordinaires , pourvoir aux besoins de la vie et se ménager quelques-unes des commodités créées par la civilisation. Dans aucun des rangs de la société , nul n'est en état de contenter tous ses désirs. Ce qui manque à l'ouvrier manque au contre-maître, et ce qui parsut désirable à ce dernier est un objet d'envie pour le chef d'industrie, toute proportion gardée. La mesure du nécessaire change avec la condition de l'individu , et par suite celle du superflu. Elles doivent changer, en effet, simultané-

%86 HOTENs rm vaincre lbs obstacles h tjisibles

ment; mais elles restent toujours en deçà de la portée du désir. Voilà pourquoi, depuis que ce bas monde existe, nul n'est content et ne sera jamais content de son sort. Quelles que soient les promesses du système emphatique et creux de la perfectibilité indéfinie, quelles que soient les espérances de ceux qui appellent une refonte complète de la société, peur y faire à leur guise le lot du pauvre, l'essence de ce lot ne changera jamais; elle sera toujours l'expression plus ou moins bornée du nécessaire, selon la conduite de l'individu, l'état des circonstances et le nombre des membres de sa famille.

Quant au palliatif emprunté par l'ouvrier aux plaisirs du cabaret, je n'y vois qu'une satisfaction momentanée, suivie d'un enchaînement de privations qui s'aggravent de plus en plus, et qui atteignent sa iamille, non moins fortem^it que luimême. Ce prétendu palliatif n'est qu'une illusion, et atteste tout à-la-fois la légèreté, l'imprévoyance et l'égoïsme de celui qui en fait usage.

On adity pour expliquer et jtfôtifier l'ardeur que l'ouvrier met à la recherche des plaisirs , que Dieu avait donné à l'homme un désir insatiable de bienêtre. Ce désir se révèle en effet dans l'humanité tout entière, mais il a pour corrélatif la raison qui est aussi un don du créateur et le plus éminent comme

A L'AMlËtlOEATIOir HQ^àJS DU TRÀVAIUiBI»!. 287

le plus inappréciable des dons, puisque c'est à lui que rbomme doit sa suprématie sur tous les êtres crées et la faculté de maîtriser ses mauvais penchans. Obéir à ses appétits d'une manière aveugle et sans écouter la voix de la 'raison, toujours prête à se faire entendre, c'est donc méconnaître la nature raisonnable de Tbomm?, c'est altérer l'harmonie et l'essence de son être. Nous remarquerons à ce sujet, que certains moralistes sont presque aussi outrés que ceux qu'ils veulent eodoctriner sout déraisonnables. Ils enseignent à détruire les passions,

tandis qu'ils devraient enseigner à les régler. Le bon sens a plus de tact et de science qu'eux ; il fait simplement l'office de modérateur, en donnant aux appétits naturels le développement le plus conforme à nos véritables besoins. C'est lui qui est le meilleur juge du bien-^reé II n'est ni stoïcien ni épictt<« rien; il est ami de la mesure et de l'équilibre; ni trop^ ni tr^p peu, voilà sa devise; et cet aphorisme résume en quelques mots toute la science de la vie^.

1^88 nrDCSTBIE MAmrFACTVRlàAS; VITE GâiTEBALË.

Page 1