‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes, et des moyens de les rendre (volume 3)Chapitre 43 sur 58 · COMME MOTKET DE DIMINUER LA CONCURRENCE · texte numérisé non relu

COMME MOTKET DE DIMINUER LA CONCURRENCE

acquérir cette vertu et à la conserver. Il n'est pas sujet aux excès dont l'habitant des villes appartenant aux conditions laborieuses trouve l'occasion dans la fréquentation des cabarets, et qui troublent son esprit en même temps qu'ils altèrent sa santé. Il est donc peu surprenant que , dans certains départemensy les cultivateurs aient fait, de la prudence dans le mariage , un moyen d'épargne et de bienêtre, et que ce moyen soit devenu chez eux une habitude sans nuire à la paix domestique. Mais admettons pour un moment que , dans l^tat actuel des mœurs des classes ouvrières, on parvienne à faire adopter la même coutume parmi celles-ci; l'ouvrier enclin à la boisson sera-t-il, pourra-t-il être exactement fidèle aux lois de cette coutume? En supposant, d'un autre côté, que le penchant dont nous venons de parler n'existât pas chez l'ouvrier, la vie de fabrique, où les femmes sont mêlées avec les hommes, ne donnerait-elle pas lieu à des soupçons et à des discordes continuelles entre le mari et la femme? Celle-ci, pour peu que son mari fût jaloux, ne serait-elle "pas exposée à des outrages et même à des actes de violence, dans le cas où elle viendrait à déclarer à ce dernier une grossesse inattendue?

Ces prévisions ne me paraissent ni déraisonnables ni exagérées; leur influence sur les mœurs publiques

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Serait très fâcheuse. En effet elles auraient pour résultat, non-seulement de prévenir l'esprit de Touvrier contre les unions légitimes, 6t d'étendre par une suite tiécessaire les progrès du Concubinage, mais encore de coknpromettre d'une manière grave l*état et l'avenir desenfans, qui sur un doute, sur un soupçon du père présumé seraient déposés à l'hospice. Si , dans les dasses ouvrières, la seule indigence conseille actuellement de tels abandons , combien ne seraient-ils pas excités et multipliés par l'existence d'un Usage sujet à tant dé vissicitudes, d'accidens et de passions. D'ailleurs, les économistes qui préconisent le plus l'adoption de cet usage, sont-iis bien sûrs que Touvriei* chargé de moins d'enfans , serait plus économe et plus prévoyant? l'expérience semblerait autoriser à penser le contraire. Aujourd'hui , l'ouvrier travaille d'autant moins qu'il a plus de ressources. l)u moment que ses enfans sont en état de gagner un salaire, il chôme plus volontiers, et il dépense davantage sur le sien propre. L'ouvrier a peu de souci dé l'avenir : homme de labeur, il croit que son devoir comme père ne s'étend pas àU-delà de Toblîgation de mettre ses enfans en état d'acquérir un métier. Sitôt qu'ils ont ceint le tablier de travailleur, il serait tetité de les laisser à etix-mêmes , et c'est ce qui arrive dans les pays de fabrique , où les enfans

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ont , en général, la libre disposition de leur salaire. Les choses étant ainsi , et les mœurs des ouvriers demeurant les mêtoes , n'est-il pas probable que dans les familles, où, par suite de la nouvelle théorie , le nombre des enfans serait le moins élevé, ou même il n'en existerait pas du tout, le chef de ces familles, entraîné par l'exemple de ses camarades et par l'attrait des jouissances, dépenserait d'autant plus qu'il aurait moins de charges à supporter.

Pour moi , sans nier que la prudence ne soit une habitude utile à encourager dans certaines classes , où le calme de l'esprit, ainsi que des habitudes simples et régulières, permettent de ne pas s'en écarter, je suis persuadé que, dans les classes ouvrières, elle serait un sujet de trouble et dfe discorde , qu'elle relâcherait les liens de la paternité, et qu'en somnie, loin d'améliorer le sort des ouvriers ^ elle ne ferait que l'empirer.

Mais en supposant que cette habitude observée avec quelque soin diminuât d'utie manière sensible le nombre des travailleurs et que la concurrence étant moins vive désormais sur le marché, le salaire devînt plus élevé, est-ce à dire, qu'il li'y aurait plus de surabondance parmi les travailleurs, et que, dans un temps donné, l'équilibre existant entre la quantité de travail demandée et la quantité de travail offerte.

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ne serait pas troublé par la survenance d'ouvriers sortis des conditions agricoles ou venus de Fétranger (i)? On s'expatrie de tous les points du globe pour

(x) Le lecteur remarquera sans doute que je me sui< écarté de la foimnle ordinaire de l'offre et de la demande employée par les économistes, c'esl-idire que j'ai interverties termes de cette formule. Je lui dois compte des rao« ti£s qui m^ont déterminé à opérer ce cliangement.

La locution employée jusqu'ici par la science pour exprimer les conTentlons qui s*accomplissent chaque joursur les marchés, à Toccasion du travail nhcessaire à l'exploitation des diverses branches de l'industrie manufacturière! ne m*a point paru répondre exactement à Tordre naturel et logique dei actes qui précèdent ces conventions. Les parties contractantes sont Tenlrepreneur ou son délégué, et l'ouvrier. La matière de la convention est le travail ou une certaine quantité de travail; Qui est-ce qui doit demander oe travail, cette quantité de travail? Ce doit être naturellement celui qui en a besoin pour remplir sa tâche de producteur, de chef d'industrie. C'est l'entrepreneur de peinture, de maçonnerie, de charpente, pour l'exercice de sa profession. C'est donc lui qui doit s'aboucher avec l'ouvrier, [l'agent immédiat du travail dout il a besoin, pour l'engager au service de 'son industrie, il demande du travail sur le marché, et l'ouvrier lui en offre. Yoilà l'ordre naturel des idées, Tordre naturel des actes. La demande est en première Ugne; l'offre ne vient qu'ensuite. Il faut qu'elle soit provoquée, et elle Test effectivement par la demande ; or, la formule économique n'est pas d'aocord avec k négociation que nous venons d'exposer , elle la représente dans un sens inverse! puisqu'elle pose l'offre comme premier ^erme, et la demande oomme second terme de la convention. •

Ce que je viens de dire du travail est également vrai de la denrée, Tacheteur prend et doit prendre Tinitiative du marché ; il demande la quantité de denrée qui lui est nécessaire, et le détenteur de celle-ci ou le vendeur la lui offre. On voit que dans les deux hypothèses le phénomène économique est le même;

D'une part : demande de travail ou de denrée.

D'autre part : offre de la quantité demandée de Tan ou de l'autre.

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aller chercher des moyens d'existence dans rAmérique septentrionale; pourquoi les Européens ne viendraient-ils pas en France chercher le travail qui leur manque plutôt que de quitter l'ancien continent?

Je pourrais opposer des considérations d'un ordre plus élevé à la doctrine contraire à l'extension de la population parmi les classes ouvrières et en général parmi les conditions laborieuses.

Quoi qu'en ait dit Malthus et son école, la population est une richesse. S'il est vrai, que chez les peuples civilisés, le travail et la paix donnent une forte impulsion au développement du principe de la population, et qu'à la longue , les générations se pressent les unes contre les autres^ impatientes de prendre part chaque jour au banquet de la vie, il n'est pas moins certain qu'une loi providentielle agit sans cesse sur la masse de ces générations et qu'elle les éclaircit, soit pgr l'influence lente et successive de la mortalité naturelle, soit par des phénomènes terribles appelés fléaux , soit enfin en suscitant dans leur sein des révolutions sociales qui les bouleversent, ou des hommes extraordinaires qui , après les avoir soulevées par l'ascendant de leur caractère et l'énergie de leurs passions, les précipitent, sous forme de phalanges armées, sur des peuples voisins, ou les mènent à leur suite contre des nations lointaines

pour chercb^r une piort éclatante dansiles combats* Tous qe« phénomènes, quelque afligeans qu'ils soient , tendent à réduire la population et à la ramener dans ses limites nécessaires. Depuis qu'il existe des hommes ici basj le monde ii'a pas eu d autres allures; il n'a pas vécu, il ne s'est pas renouvelé autre* ment' I7e serait-ce pas diminuer les forces de l'État, affaiblir sa puissance que de faire prévaloir l'individu sur la ma^se, dans l'espoir louable, mais peu certaiO) de coinpenser la quantité par la qualité, en essayant de procurer k l'individu un sort meilleur. Si vous soumettez au calcul l'instinct delà reproduction, qui vous répond que l'individu à qui voqs aurez inculqué votre théorie, respectera vos motifs et ne se détournera pas de votre fin? ne sait-on pas ce que peut l'orgueil, la vanité et surtout l'égoïsme même chez le pauvre? Il est facile dans la mise eii pratique d'un système sur le papier de tourner le§ difficultés ou même de les surmonter, en supposant que l'homme agira dans la réalité comme on le &it agir dans sa pensée. On le traite comme: une abstractioD, sans réfléchir, que cette abstraction est de chair et d'os comme nous, qu'elle est passionnée , et qu'elle cédera d'autant plus aisément à l'entraînement des

sens que le hasard de sa naissance l'a condanmée à vivre de peu tout en travaillant beaucoup.

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Les disciple^ de Maltl^aSi au eeux qui par qi^ expédient ou p£(r un autre voudraient arriver k la limit^ition du principe de la population, ne tiennent pas assez compte dans leur spéculation de Télément mora|. Ils ont raison sans doute de tepdre par tou9 les pioyens légitimes à raméliQration matérielle des classes laborieuses ^ mais ce premier pas fait, il eq est un seconda fraqctir et c'est le plus difficile; il faut que l'individu çn possession d'un plus haut salaire le fasse tourner au profit de ces besoins les plus vrais ; il faut qu'avant de songer au plaisir , il s'occupa des dépenses du mépage ; qu'il se procure ui( bon lit, un ^lobilier modeçte^ du linge, de chauds vétemens poiir lui, sa femme et ses çnfans, s'i} en a; çn un mot, il convient qu'il réforme ses moeurs e( que sa vie future soit le çontrepied de celle qu'il a menée jusqu'à présent. Si les économistes dont, nous discutons la doctrine ne parviennent pas à améliorer les mœur^ 4? l'ouyrier, en même temps que sa position inatériellei ils auront manqué tot£^* liment leur but, car ils auront réduit la population laborieuse, sans rien ôter à ses mauvaises habitudes.

Nq changeons pas un état social qui nous cîst coDQ.n^un avec les nations les plus éclairées et, disonsle, avec tous les peuples connus. Si la population surabonde chez nous, elle n'est pas moindre chez les

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