CHAPITRE III
Considérations générales sur le salaire des classes ouvrières. — De son insuffisance. — Est-eile imputable aux chefs d'industrie on au conn du prix de la xnain-d'œuTre? i— Coalitions illicites formées en Angleterre pour faire hans* ser les salaires , réduire le temps du travail et le nombre des apprentis. •— Détails à ce sujet ^* Essais de coalition abusifaen France. — De la con^ erainiâ morale on de la prudence considérée dans ses rapports avec l'usage des forées reproductives de la population et avec la concurrence industrielle. — De la commandite du travail. — Moyen d'arriver à une isation équitable du salaire. -"^ Nécessité de recourir au patronage pour suppléer aux non- valeurs, résultant du manque de travail. -^Salaire des ouvrières. — Salaire des. chiffonniers. — Des devoirs de Fouvrier envers rentrepreneur. — Bien-être de l'ouvrier subordonné à l'accomplissement de ces devoirs. «— Examen de la conduite des ouvriers sous ce rapport, (x)
Il convient de distinguer dans les travaux qui sont du domaine de l'industrie manufacturière, les travaux simples et grossiers de ceux qui demandent une certaine dose d'intelligence de la part des ou* vriers. Parmi ces travaux, il existe une gradation qui règle le rang des ouvrier^ en même temps que le taux de leurs salaires. Il est même un degré de
(i) Ce chapitre a reçu des additions nombreuses el importantes , notamment les observations relatives à ta contrainte morale ou à la prudence, lesquelles n'existaient pas datis le némoife soumis au jugement de l'Académie.
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l'échelle industrielle où lé salaire prend la forme et la dénomination de traitement , et se trouve à l'abri jusqu'à un certain point des oscillations de l'industrie. Ce degré est le point de départ de la hiérarchie , qui , de degré en degré , vient aboutir au chef de l'entreprise, ainsi que nous l'avons dit dans le chapitre précédent; cette hiérarchie se compose des employés supérieurs et des sous -chefs de rétablissement; le traitement des premiers dans les maisons importantes s'élève de i,8oo à S^ooo fr., et celui des seconds de x,2oo à ^^ooo fr.
Dans les maisons d'un ordre inférieur et dans les établissemens dépendans de la petite industrie, les employés et sous-chefs ne sont pas rétribués sur un pied aussi élevé; mais, en tout cas, ils jouissent d'un traitement en rapport avec leur capacité , et qui les place dans une position tout autre que celle de la masse des ouvriers , bien que ce traitement ne soit pas toujours fixe, et qu'il se rapproche quelquefois de la forme du salaire , du moins quant aux sous-chefs de dernière classe. Pour eux les variations de l'industrie ne sont point une question d'existence, ils s'en ressentent commie tous les travailleurs , avec cette différence, pourtant, qu'ils peuvent faire face par leurs épargnes ,aux embarras momentanés qu'elles engendrent. Aussi , la sollicitude publique
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s'est portée tout entière sur les ouvriers journa« liers^ parce que leur existence n'a aucune racine, et que, dans les momens de crise industrielle, ils composent cette multitude de nécessiteux que l'administration comme la clatsse riche s'efforce de sustenter. Il existe , entre les ouvriers et les fabricans , une hostilité incessante , et la cause de cette hostilité doit être attribuée à l'insuffisance du salaire : peuton remédier à cette insuffisance? et si celle-ci est susceptible d'un remède , quel est-il ?
Nul doute que le salaire de l'ouvrier ne soit audessous de ses besoins , puisque, en thèse générale^ l'année ouvrable n'excède pas sept mois , et que l'année ordinaire n'est pas moindre de douze ; il y a donc , de fait , dans les ressources de l'ouvrier, un déficit proportionné au temps du chômage: ce déficit varie plus ou moins, il est vrai, selon que le chômage est plus ou moins prolongé; mais, quel que soit le cours de ces variations^ le mal ne saurait être révoqué en doute. Est-ce à dire, cependant, qu'il soit permis de l'imputer à l'entrepreneur ! si l'on était tenté de le faire , ce dernier ne serait^il pas fondé à dire : le salaire que j'ai payé est conforme à celui qui a été librement discuté et établi sur la place , entre les délégués des entrepreneurs et les ouvriers. J'ai subi les conditions géàéraled imposées à mon ior
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dustrie par les exigences du travail. Il n'est pas juste de me rendre responsable d'une insufËsance qui n'est pas de mon fait. Le salaire étant en tout lieu le représeiitant et la contrep-valèjur de la main-d'œuvre , il est impossible de prendre pour base de sa quotité, un autre élément que celui de la journée de travail, ou de l'année ouvrable qui forme le total de ces journées. Exiger de l'entrepreneur qu'il paie une année de douze mois, quand il ne reçoit que sept mois de main-d'qeuvre, c est mettre en oubli les lois les plus sir^plesde l'économie industrieiUe, c'est bouleverser les notions reçues chez tous les peuples, sur l'appréciation du travail.
Ce langage est très raisonnable, mais le grief auquel il répond ^'e3t pas précisén^ent celui que les ouvriers articulent contre les maîtres. Ils s'élèvent contre la cupidité de ceuxrci, qui, daqs les conjonç* tures les plus favorables à leur industrie et lorsque le gain s'accumule de plus en plus entre leurs mains, ne daigneraient pas accorder à leurs ouvriers une légère augioentation de salaire.
L'espoir d'obtenir le redressement de ce grief a déterminé les ouvriers à se coaliser. Leui's premières tentatives d'union ont éclaté en Angleterre. Les associations formées par les ouvriers dans ce pays ont pris, avec le temps ^ un très grand développement
COAtlTIONS D'otrVRIltRS BIT AlfGLETBftRE. ^l'J
Elles étaient administrées par des comités investis d'une sorte d'omnipotence, et chacun des membres de l'association était soumis au paiement d'une cotisation, et à prêter lors de sa réception un serment qui liii faisait une loi d'exécuter aveuglément toutes les résolutions adoptées par le comité directeur.
Dès iSa^j les sociétés connues sous la dénomination d'unions agissaient avec une précision, un ensemble et une ténacité, qui devenaient menaçantes pour les maîtres. Au lieu de renfermer leurs prétentions dans des bornes raisonnables, elles conçurent la folle pensée de dominer la volonté des chefs d'industrie et de changer de fond en comble l'organisation du travail. Il ne fut plus question, comme dans l'origine , de participer sous forme de prime ou autrement aux bénéfices des maîtres quand les circonstances auraient pu les autoriser à réclamer cette participation ; dépositaires de sommes considérables,représentées par des comités prêts à tout entreprendre et à tout oser, elles annoncèrent la prétention de dicter le prix du salaire, de déterminer la durée du travail, de restreindre le nombre des apprentis et de soumettre ceux-ci à verser dans les caisses de l'association une somme convenue pendant tout le temps de leur apprentissage, somme indépendante, au surplus, du droit d'entrée qu'ils devaient acquit-
3i8 COALITIONS d'ouvriers çït axtglete^re.
ter pour être admissibles dans le sein des corps de
métier.
Les ouvriers médiocres et paresseux , formant la majorité de ces coalitions , commue il arrive partout dans les associations de ce genre, on dressa un tableau d'inscription de tous les unionistes, et il fut arrêté, qu'au fur et à mesure des besoins des maîtres , ceux-ci recevraient d^ ^association le nombre d'ouvriers qui leur serait i;iécessair.e , sans que l'on pût ;$'écarter pour la désignation des sujets de Tordre d'inscription pprté aa tableau. Les garçons tailleurs travaillant à la journée se montrèrent les partisans les plus chauds de cette mesure gui était absurde autant qu'inique^ puisqu'elle tendait à placer sur la même ligne l'ouvrier habile et l'ignorant, l'homme actif et le paresseux. Dans chaque corps d'état tout fut réglementé par les comités des sociétés d'union. On cite plusieurs d^ ces comités dont les décrets atteignaient tout à-la-fois les maîtres et les contre-maîtres qui par la, sévérité de leur sarveiU lance avaient eu le, malheur d'encourir la disgrâce 4e leurs ouvriers.
Quels étaient les moyens d'action des comités directeurs sur les maUrespour les amener ou pour les contraindre à céder à leurs demandes ou à leurs admonitions? Ces moyens se réduisaient à un seul qui
COALITIONS D*0UVRI1RS EN ANGLETERRE. 3l9
consistait à donner Tordre aux ouvriers affiliés à Tassociation d'abandonner la manufacture ou les ateliers du jnaitre récalcitrant. La retraite s'opérait en masse et la reprise des travaux n'avait lieu que lorsque ce dernier avait déiéré à la demande du comité. Pendant la durée de la suspension '^ le comité pourvoyait aux besoins de l'ouvrier sur les fonds de l'union.
Non^seulement l'entrepreneur dont l'établissement avait été frappé d'interdit , était privé tout-àcoup de la presque totalité de ses ouvriers^ mais il ne pouvait compter sur ceux qui lui restaient parce qu'ils étaient entraînés par les sollicitations ou intimidés par les ipenaces des ouvriers coalisés, et les mêmes causes l'empêchaient d'engs^er d'autres ouvriers pour remplacer les absens ou les timides. Les ipenaees dirigées contre, les ouvriers qui résistaient aux injonctions des comités étaient suivies de vio<lences graves et. quelquefois cruelles exercées contre eux par des membres de l'association ou par des individus qu'elle prenait. à ses gages. Les comités recoaraient même au meurtre pour assurer l'exécution de leurs volontés.
Quand on examine avec sang iroid et avec impartialité le but du système d'union, on ne peut s'empêcher de gémir sur l'emportement des passions et
Saô COALITIONS d'ouvriers en akûleterre.
sur la tyrannie des sociétés secrètes travaillées par les mauvais conseils du besoin , de l'intéréi: , et de l'esprit révolutionnaire. Des ouvriers s'enrôlent dans des coufédéraLtiàns' pour résister ^ disent-iis, à l* oppression et au despotisme des matfrûs, et le premier acte de cette résistance est tiiie mesure oppressive qui frappe les apprentis. Ik en. limitent le noipbre , de leur autorité privée, et après avoir organisé «de la sorte un véritable monopole à leur profit, ils aistreignent les' parens des apprentis qui consentent à subir Fin justice de leur contrôle, à des sacrifices pour lesquels ces mêmes parent sont obligés de s'imposer les plus pénibles privations. Ils interdisent au maître le droit de choisir ses ouvriers selon ses convenances. Il est teilu de prendre- sans examen le premier inscrit sur la liste des ouvriers sans travail, de sorte que ce n'est pas l'habileté de l'ouvrier qui doit régler ison choix^ mais la priorité de l'inscription. Enfin ils obtiennent à&& maîtres des conditions meilleures, quant au salaire et à la durée dd travail , et lorsqu'une crise survient , lorsque le prix des matières premières augmente et que des circonstances impérieuses commandent une réduction de salaire, ils menacent de quitter les ateliers sitôt que le maître annonce le dessein d'effectuer cette réduction. Ainsi, un des reproches les
COAUTIOIVS D OUVRIERS EN ANGLETERRE. Sa I
plus amers et les plus plausibles adressés en général aux maîtres est de ne pa$ améliorer le sort de leurs ouvriers, dans les momens de fortes commandes et de grande activité industrielle, et des ouvriers coalisés contre cet abus ne craignent pas de mériter eux-mêmes un reproche semblable en refusant de se résigner à la force des circonstances , aux nécessités de l'industrie , qui veulent que le tarif du salaire s'abaisse en raison des phénomènes opposés au mouvement de la production , à la circulation des capitaux et au bon marché des matières employées. La logique de l'intérêt et des passions est la même chez tous* les hommes.
Nous n'avons pas eu de peine à faire voir ce qu'il y a d'odieux et d'absurde dans les procédés du système d'union ; montrons à présent combien peu il a répondu à l'attente de ses partisans. Dans quelques professions industrielles, ce système a fait hausser le taux des salaires ; mais cette hausse n'a pas été durable, parce qu'elle était le fruit de la violence parce qu'elle était artificielle et fausse dans son principe. Du moment que les fabricans ont été protégés par l'autorité , que les ouvriers étrangers aux coalitions ont trouvé, de leur côté, un appui dans la force publique pour se défendre des insultes et des violences dirigées contre eux par les ouvriers i. ai
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sociétaire^ , la cause de l'union a été perdue* U faut voir dans les revues angls^ises, qui ont re.ndu compte de ces tristes débats, comment l'industrie troublée et bouleversée par des prétentions insensées et des actes coupables , s'est rassise peu-à-peu et a repris son état naturel : voici de quelle manière les choses se passent. Pendant la durée de la suspension des travauxy et cette durée n'a pas été moindre de cinq mois, en 1 837, dans certains districts manufacturiers, les ÇQjnités directeurs contiennept $iisément tous les membres de l'unipu, tant que les ressources provenant des cotisations et dont ils dirigent l'emploi leur permettent de subvenir auxbesçins les plus nécessaire^ de lama,sse: ils s'efforcent alors d'entretenir dans l'esprit des confédérés des illusions flatteuses et ces illusions , tendent toujours à faire la loi aux maîtres. t Mais à mesure que le temps s'écoule, les fonds de l'union s'épu^sent^ on est obligé de réduire les secours, et cette réduction devient progressivement telle que l'ouvrier supplanté p^rde nouveau^p: travailleurs; ou annulé par l'usage de nouvelles machines, n'a plus que la souffrance et la misère en partage. Il
vient en suppliant; demander du travail au maître, il accepte sans murmure les conditions qu'il avait jadis refusées , en un mot , il se rend à discrétion à celai qu'il s'était flatté de doniiner. Mais l'entrepreneur,
entouré d'ouvriers soumis , dioî$it avee ciroqi^spjççii tien parmi les ouvriers réfractaires , é}oignaQt leii plus mutins et n'admettant dan^ ses ateliers q\\^ ceux sur lesquels il peqt compter* l^es ouvrier^} écqi^ doits se contentent des plus minces salairis pom; apaiser leur faim; on eu ^ vu travailler sur unç grande route aux gage^ de deux shillings par jpi^ après avoir gagné dans leur ancienne profes^ioq ju^i qu'à trente shillings p^r semaine. Cette situation^ n'est pas encore la pli|s misérable: combiep d'oo* vriers dénués de toutes choses, et privés de trav^| se livrent à la mendicité , à la fraude et au vql^ •
Les détails qui précèdent nous offrent le tiibleai^ de la justice et du bon droit triomphant de la fprçe brutale. Malheureusement ce résultat n'a pas ét^ partout le même : là où le fabricant isolé par sl^te de la position de son usine n'a pu se faire protéger d'une manière continue par les agens d^ Tautorité et par la force armée , il a été contraint , poui^ satisp faire à ses epgagemens, 4^ subir de la part des ynio^ nistes , une haussa de salaire exorbitante , ^t cet|ç hausse l'a conduit à une banqueroute désfistri^n^Ç pour lui comme pour les ouvriers qui ont abusé 4^ sa situation.
Ainsi , soit que le maître parvienne à surpaonter les obstacles suscités à son industrie par des ou^
3à4 coALiTioirs D*otnrRiERs ebt Angleterre.
vrîers mutinés , soit qu'il ne puisse vaincre ces obstacles et qu'il succombe en subissant les conditions onéreuses qui lui ont été imposées , toujours est-il que l'ouvrier demeure, en dernier résultat , victime de ses f)ropres machinations ; car, dans le premier cas, il est obligé d'implorer le pardon d'un maître justement irrité, pardon qui lui est souvent refusé, et dans le second, il est atteint par le désastre , qu'il à lui-même occasioné et qu'il aurait pu prévenir en faisant à l'entrepreneur les concessions que la justice lui conseillait non moins que son intérêt.
Tai cm devoir m'appesantir un peu sur les coali* ttons anglaises, parce qu'elles datent d'une époque déjà anciexine(î8a4); que dès cette époque elles ont été soumises à une organisation régulière et que, malgré des efforts sans cesse renaissans, mal* gré des dépenses qui se sont élevées jusqu'à !i5o,ooo francs dans certains districts, elles n'ont jamais obtenu que des avantages passagers et qui ont disparu, soit devant la libre concurrence des ouvriers non associés, soit à la suite d'une banqueroute du chef d'industrie qu'elles n'ont jamais pu conjurer, parce que leut*s prétentions étaient déraisonnables et arbitraires.
En faisant l'historique dé ces coalitions qui n'ont cessé d'employer la force brutale depuis quinze ans,
GOALmoiNrs s'ouvaisBS un FRàNcs. 3aS
sans droit comme sansprofit, contre tous les ouvriers qui n'étaient pas leurs adhérens, mon but a été d'éclairer les ouvriers français et de les prémunir contre des suggestions qui tendraient à les exciter à former aussi des sociétés d'union. Quelques essais de ce genre ont eu lieu, soit à Paris, soit ailleurs, mais ils ont été réprimés presque dès leur naissance. Les entrepreneurs qui ont provoqué cette répression ont peutêtre été mus dans leurs poursuites, bien plus par Taugmentation de salaire qu'on voulait exiger d'eux que par la prétention illégitime de limiter le nombre des apprentis, et par les exactions auxquelles ceux-ci ont été assujettis dans l'intérêt des associations. Pour moi, tout en reconnaissant que les moyens employés contre les. maîtres sont condamnables, je pense que Tintérêt de ceux-ci mérite encore moins de faveur que celui des apprentis, dont l'avenir est entravé et menacé par des mesures oppressive^ d'autant plus intolérables qu'elles émanent d'ouvriers qui furent eux-mêmes apprentis, et que leurs parens auraient justement résisté, sans nul doute, à des extorsions de la nature de celles qu'ils ne craignent pas de se permettre eux-mêmes contre des enfans sur lesquels ils n'ont aucune espèce de droit. Parmi les écrivains qui ont médité sur les moyens d'arriver à Vamélioration du sort des ouvriers, U en
3îa6 1)ê liA cgtntraiWe morale
est quelquès-titls qlîîoht indiqué des vues dont l'objet Sfei'ait de restreindre la concurrence des travailleurs en amettant ceux-ci à user avec prudence des forces t^ept-ôductives de la population. Cette idée que des économistes distingués ont mise en avant produirait, selon nous, plus d'inconvéniens que d'avantages, si elle venait à pénétrer dans les mœurs des classeà ouvrières, et, en définitive, la science ne réussirait jatnais à atteindre lé but qu'elle se serait proposé.
MalthU^ qui a fait un livre poUr prédire les maux que devait entraîner le principe illimité de la population et qui s'efforce de resserrer le cercle de ce principe et d'en amortir l'activité, afin de prévenir autant que possible le danger dbiit son esprit est obsédé; Malthus, dis-je, avait recommandé la contrainte morale, c'est-à-dire là. continence aux ouvriers non tnariés. Il les engageait à né Contracter mariage qu'autant qu'ils seraient en état de soutenir leur famille. D'autres écrivains, apt'ès lui, ont été plus loin, ils ont conseillé aui gens mariés , appartenant aux classes laborieuses de mesurer le nombre de leurs enfans, sur la valeur de leurs revenus, et de rendre leur cdhabltion inféconde plutôt que de surcharger leur fatnille d'enfans qu'ils ne pourraient élever.
L'austère écrivain que nous Venons de nommer a oublié, en établissant la doctrine de la contrainte
COMME MOYEN DE DIMINUER LA CONÇU RREKGE. San
morale, que les masses auxquelles il s'adressait n'étaient pas à la hauteur de sa théorie; que les mâles Tertus de l'abstinence ne sont données qu'à quelques hommes séparée du tnoUde, de seà passions, de ses plaisirs, et que la coiltcmplatioii des choses divines, ou l'ardeur de l'étude affranchissent, pour ainsi dire, de l'influence des sens. Aussi, cette théorie, toute respectable qu'elle soit, a eu peu de sectateurs, et les écrivains, préoccupés comme Malthus de la nécessité d'oppoâei* une Barrière à la surabondance de la population se sont contentés de recommander la prudence aux ouvriers Unis à des femmes par les liens du mariage ou par des conjonctions illégitimes. Les mariages qu*on appelle prématurés, où téméraires, seront toujours préférables à l'incertitude et ail désordre dfe l'état de concubinage. Or, c*est bien peu connaître les habitudes des classes laborieuses, que de suppôset* qu'un ouvrier et une ouvrière célibataires, observeront le précepte dé la continence, tant qu'ils ne seront pas niariés. Dans toutes les villes qui sont le centre de quelque industrie ^ il n'y a, en général, de cbôix pour l'ouvrier, qu'entre le mariage et le concubinage ; et , tel ouvrier qui dans les liens d'une union légitime et les douceurs de la paternité, a trouvé un frein à ses passions et des motifs impérieux de pratiquer les vertus nécessaires au bonheUl*
3gi:; BE LA. CONTRAINTE MORAI.E
domestique , n'eût été , dans la situation opposée, qu'un homme de mœurs déréglées , sans a£fection réelle et profonde pour sa compagne et pour ses enfans y prêt à sacrifier la première à une passion nouvelle, et à sacrifier les seconds aussi aisément que leur mère. La paternité domestique ^quelque gênée, quelque malheureuse qu'elle soit, vaut encore mieux que la paternité publique exercée dans un hospice.
L'usage de la prudence considérée comme limite de la population , n'est pas rare dans les familles aisées. Beaucoup de parens peu fortunés , inquiets de l'avenir de leurs enfans , et désirant autant que possible les élever dans la condition où ils sont nés, s'imposent le devoir d'en borner le nombre , et cette prévoyance est naturelle. On cite des contrées agricoles de la France , où la population n'est pas aussi abondante que dans d'autres localités , quoique les deux pays soient placés dans les mêmes conditions de bien-être, et cette différence tient précisément à l'adoption de l'usage que l'on voudrait introduire dans les classes ouvrières.
J'entrevois plus d'un obstacle à l'accomplissement d'un semblable projet en ce qui concerne ces classes; une des circonstances les plus nécessaires à sa réussite est la tempérance. Or, l'homme des champs , habitué à une vie sobre et frugale, n'a pas de peine à