DE LA COMMANDITE DU TRAVAIL
socié aux bénéfices comme à rafuvre de l'industrie, et Tun d'entre eux a essayé de formuler ce mode d'association en Tappelant la commandite du travail.
La rémunération du travail par le salaire ou par une rétribution fixe est la forme la plus commode, la plus nette et la plus précise pour solder le service productif de rduvrier. Etablir entre celui-ci et l'entrepreneur une association quelconque, ce serait plonger l'industrie dans le chaos, et détériorer la coî^dition de l'ouvrier au lieu de la rendre meilleure. Je né parle pas ici de ces associations particulières et toutes d'exceptions qui peuvent se former entre un ouvrier inventeur d'un procédé industriel nouveau, et le chef d'une fabrique ou d'une - manufacture ; je veux parler d'une société entre une masse plus ou moins nôn&reuse de travailleurs et le capitaliste industrieux qui dirige cette masse en vue de l'exploi* tation de telle ou telle branche de produits. Pour qui connaît le mouvement habituel de la population ouvrière, une semblable association offrirait les plus grandes difiScultés non - seulemenr dans le choix des moyens propres à la constituer, mais dans l'art de la faire fonctionner et d'administrer ses intérêts.
Et d'abord 9 l'ouvrier pourrait»il s'immiscer dans I. 22
h gi?stion de Ig i^oqété saqç Iî^ con^promettre jw 4es agit^tipps pontipuellçs ^t |e3 résolutions le$ plus
çoptrjdres? Qq'attep^re , squ^ cç rappPFt » à'uM masse d'hommes illétrés pour la plupart , et qi)i, dpMprs» çprgipnt ^ppap5^^)le§ de cpqiprendr^ le pjus ^puyenî l'pbjet 4^s qopstîpps mîseîj en déli^ératiQn. L'ip^pps^itiUtP ^e dcwfter yotx délif^érative ^ VPMyrief! a étf^ ^ei^ti^ tout d^ ^^i^?t ef l'pn g songé à li4 assigner le rqle 4'ui» asi^Qqé çpipiY^f^Rditï^ire en sub-j stitq^nt le travail à la n)i$e dp fp^d^. I^I^is ce poiiveaa i^qde de commandite qq^on ^ppe^e 1^ pfmiiQ^ndite du tr^vfiil ser^-t-il régi par Ipa wçiçdfc çpnçlitiQfls qqel^ con^ipanditç ordinsii^e? Ren^fs^-tril J'^ssQcii pasail^le 4es pertes, à Tin^tgr ^u baillew défends qui lei^ supppTt^ jqsqu'à poncnn'ence ç|e sa mise? Iî§s pwte^! cpmropnt VpuyripF ^ l* jpftrné^ qjui vit de sq^ ^ftlair#, \u\j ^ femçaç! e^t «e^ wfe«%t %erHÎt-il astreint à payer %î^ part ^e^ ppr^S Qn ne poinTÛ^ lç§ imputer que ^u^ se§ bénéfice$> Ç^V tçuchef à spn. §al^ire^ pe serait attenter à l'e^^çtônçe 4p » femiU^ ftUtant qu'à la sienne ; çependstnt, le^ bénéfice^ nfi ge. réalisent pa$ immédiatement ^ ppi^^qu'Us dé* pendent du paiement des fournitures ^t que ces
fournitures ne se règlent pas seulement en espèces, mais aussi en papier ou en marchandises. Qn ne
saurait donc ppmpter, à V^gard de Ibamrievy sur
DE LA coiiJfiirPiarfi mi 7Râvail. 33$
une b^lAi^oe régiUe dag pertça ^v$a le^ bénéQce^ , et cette balance serait néce$sairenient aléatoire,
D^tto autrq côté , Veptr^preneuF, seul asaoâé^géii TOnt pt seul véritablemQ»t r§spomabk) TOftom)^ rait-il m drpit d^ cQOgédi«r o^y* da soi ouvriws doutilaurak k pepUmdre? Une pareilte raooqpîH'i tion serait un suicide ^t ne saurait par cda< mèsm être prévue ni supposée. L'ouvrier assooië pouprail donc être renvqyé par l'^ntrapreneur auivant ta seule volonté. Eh! bien, les conséquences de CQ l^t Yoi suffiraient pour d^niQntrep dç la manière. la plus complète une partje, qui n'ei^t pas la moindre» des inextricables embarras inbérens k la commandite du travail. Le décompte de l'ouvrier Qongédi4 est établi 9 il a concouru à plusieurs opérations qui ont été réglées en traites où en biU^ts } ces tf ait«R sont proteatéçs ou renouvaléaa à Téobéanee; piqif dant e^ intervalle^ l'ouvrier a quitté Parâ t fantf d'ouvrage ; quel moyen aura-fril de suivre l'e^^t de son décompté? Par la correspondance 9 il IMI sait pas écrire. Par l^entremise dHia mand^taîrii? mais sa portion de bénéfices serait absorbées par Im frai9 de procuration^ ^ ooiTeapondan§e ^ e^ loi honoraires dii procureur fondéw Combien de pro^lèa» d'incidensde toutes sortes peuKrent venir à latraverat
de la liquidation dé&nilive de cet oumâ^r «dp^aot!
as.
34o MOYEN d'aBRIVER
Ceqne nous venons de dire des ouvriers congédiés pour des griefs particuliers s'applique avec non nlûins de fondement à ceux bien plus nombreux qui 9 aux époques de chômage , se trouveraient privés d'emploi et de ressources pour subsister jusqu'à l'apurement de leur compte p^ticulier. Une association compliquée de tant d'intérêts, de positions si diverses y si mobiles et si précaires, iserait taxé œuvre faite avec des nuages ; elle n'aurait ni corps ni âme.
. Il nous reste maintenant à faire counaître notre opinion particulière sur la question du salaire.
Il n'y a pas de question qui se prête moins à l'arbitraire de l'esprit que celle-là. Elle est toute positive j -et sa solution varie avec l'état journalier 8e l'industrie. Plus les , moyens de travail abondent sur lé marché, moins il y a de travailleurs, plus le prix du salaire s'élève; et réciproquement, moins la demande de travail est considérable , plus il y a de concurrence entre les travailleurs^ plus le taux du salaire s'abaisse. Les lois qui régissent le salaire sont aussi exactes et aussi précises que celtes qui président au développen^ont des phénomènes naturels, les plus approfondis et les mieux connus. L'état normal du salaire ne peut souffrir d'altération que par Fin*
▲ UNE JSlXkTLOJX EQUITABLE BU SALAIRE. 34l
fluence de causes étrangères à Tiiidustrie, telles que les circonstances politiques, propres à dimiauer la confiance ^ des capitalistes , à ralentir le cours de la consopimation, et les manœuvres employées par les maîtres ou par les ouvriers , soit pour forcer injustement et d'une manière abusive l'abaissemeat du salaire , soit pour suspendre , empêcher ou eacliérir les travaux, etc. Le mieux /en pareille matière , est donc de maintenir la discussion libre et entière , et de se confier à elle.
Il y a dans chaque industrie des périodes d'activité intense et soutenue, qui intéressent l'ouvrier non moins vivement que le maître , parce qu'elles peuvent procurer à l'un comme à l'autre » une amélioration notable dans ses. moyens d'existence ou dans ses moyens de fortune. Lorsque ce» périodes arrivent y et qu'elles se manifestent, par -des, alignes non équivoques , louvrier s'attend et doit s'attendre à une augmentation de salaire. En effet , ainsi que nous en avons fait l'observation, le salaire suit la progression croissante et décroissante dû travail. Si dans les conjonctures ordinaires, et aux époques de ralentisseaient du travail , l'ouvrier se résigne à des oscillations et à des réductions successives de salaire, nées de l'état même de l'industrie qu'il exerce, iL est naturel que dans les courts momens de bonne veine
54* HÉCSESilTÉ im. ÏATftONAOI
«m B'offifeaftà lui» il se montre jaloux de piloter de loMMi avantage», Or, un des gH«fsle9plus universels de l'ouvrier contre le niîiître, d'est que «se dernier ne h*o«P,¥wusde «Mî salaire que le plus tard possible, alôfà même que cette hausse provoquée par la faveur éea dwoflfctanees a dèj à eu lieu dans quelques établis- Mtnëlis' tÉudiâ que $ dès que les ai fairescomtnencent à éétlitief ; 11 a Mte de dlwiiiuef ee même salaire. Notre fieBïâ^qiié s'applique égalemeftt aux cas où l'ouirrier, ayant fait un travail pW cOttêidérable qtte sa tâche ordinaire) cotttittue à être rétribué sur l'aUcien pied, quoiqu'il eût droit à un salaire plus élevé. Le griaf que j* viea» d'indiquer est non-seulement articulé p«r les Ouvriers dont il lèse les intérêts, mais il est «VdKé par les entrepreneurs de bonùe foi , qui sont d'âftleur» assess justes pour prérenh^ le vœu de lec(M octVricM, kvaqoe Ua «^constaficc» le permet-
tewt,'.
-Dans l'intérêt; de là tnaiEKl'tieavre / d'accord en ce point avec côlui âe la jdstiôe^ les écrivains qui ^oèoapfmr d'écoiMmiie pdiitique ne sauraient inlâster vrtt trop de foroe snr la nécessité de porter le salaire de Foavrier à son plus ka»t degré, dès que ropportimité de cette bânsse pafaît éTideote; le moindre retard , à de dtijet , est préjuÀcîâble à Femrier et l'afôlgè dooblewïeKit , car il te prite tf ua
sîlpplémefat de salaire auquel il avilit dtoit, et 11 lui dbhfefe la pénible âssdrâtibë qllë rëriti-ept^èfiëtiî* avec lequel il a ttâitê ri'eët J)à5 uùhomitie eonsbiëtt-^ cieul. Le§ ëhtî-epréfieùts n'ignoteiit pà6 të que de pareils retârdëtaëhs font naître de ttfêfiàiicè et d'd» g^éU^ dâtls lé Caréttèrë de rdiivHer; îl§ dévrkîènt donc tenir à honneur de Idi Ôter tbiîte prétexté de i|^lâihte sur tin pbint àbqtiel ils but tatil: dé tiison d'àtfacheî^ de rimportance.
Oèttë cÔBCJéS^iÔii , qUî ti'efet ail stii-])ltià ^Uë justîtë;
tife dîspensérèlit pds lêè ëntreprètièuts d'imiter,* S*
Vëgàrâ des buf rierS , ceiii de leurs cohfrèrëà; dbtti:
iious âvôiii dite des traits ëclatàfe^ de SblUëitudè ëf
de bdntëi Car fl fle suffît pslè cP étf e jtistë dkiis èê •
monde , quoique cette qualité feoît Certes bien prè-
dlétisë; 11 fetit qde ïà générosité tîériilé rehausser* la
jdstice, et q[u*ellè achève, Su besolti, le bîdiï t[iië
cellë-d ïià pas le nioyen de foiré tôîité keùîe : îk
doctHrie dû patronage h/a pas d^âùtrë objet. Èlte
rapproche, elle ùriit, ëllè Crée des' âffëcHôiis , et par*
suite, elle fait disparaître f antdgoftismé. dès iritérêts,
Source d'émbàrrâs, de haine et dèdiàcordë eidire
toutes les {iârtiés intéressées.
Comme lés ërifâns employés dans îeé fabriques reçoivent un salaire , je devrais peut-être leur assî-* ghér une placé dans ce chapitre ; mais j'ai pcfnse
344 SALAIRE DSS onVAIJCBfiS. PATRONAGE.
qu'il serait plus convenable de m'occuper de ce sujet si intéressant dans, le chapitre où il sera question de réducation ; car, pour les enfans , même pour ceux de la classe la plus pauvre , l'éducation , c'està-dire le développement du corps et des facultés morales » e^t un point non moins important que le salaire , s'il ne l'est davantage. .
, Les conditions des ouvrières dans l'industrie, est pire encore que celle des ouvriers. Non-seulement elle est bouleversée par les commotions périodiques qui atteignent comme un véritable fléau la. masse entière des travailleurs , mais elle est à peine soutenue dans les temps calmes par le modique salaire formait la seule ressource des femmes qui vivent ^u produit de leurs mains.
. Les* ouvrières gagnent de i fr. à i fr« 5o c par jour ; celles qui sont en position d'arriver à ce der^ qier salaire forment le plus petit nombre , quoique la journée du travail soit de douze heures. Nous répéterons ici ce que nous avons dit ailleurs. Quelque frugale que soit la vie d'une femme, quelque modestes que .soient son loyer et son entretien , est-il possible qu'avec ce mince, revenu , exposée qu'elle est à la suspension ou aux variations du travail , elle parvienne à subsister et à pourvoir à ses dépenses les plus nécessaires, sans s'imposer des privations?
SALAIRE 1>£S OVYBJÀRSS. PATROITAGE. 34 ^
C'est l'insufEsance du salaire qui entraîne tant d'oùirrières à chercher un supplément de ressources dans le concubinage ou d^ns la prostitution. C'est cette cause qui les sollicite à soustraire à leur profit ^ tout ou partie des résidus qui restent entre leurs mains après l'achèvement de l'objet fabriqué.
Si le patronage , comme nous en avons Teqtière conviction , peut influer utilement sur le moralité et le bien-être des classes laborieuses , nul doute, qu'on ne trouvât un immense avantage à l'employer pour améliorer le sort si précaire des filles ou des femmes appartenant à ces classes.
Les chefs d'industrie, que nous avons désignés précédemment comme étant les patrons de ceux qu'ils emploient, traitent leurs ouvrières avec la même bonté et la même générosité que leurs ouvriers. Pourquoi leur exemple ne serait-il pas imité ? Il y a d^ns la condition des femmes un assujettissement, u ne infériorité qui pèse sur elles comme^sur tout ce qui est faible et qui les réduit toujours ,. au-dessous de leur véritable valeur. Ce résultat fâcheux peut tenir aux préjugés d'un sexe envers l'autre, mais il tient aussi, il faut l'avouer, aux règles de l'industrie, laquelle ne marche qu'au gré de ]a concurrence des intérêjts, concurrence qui met la femme laux prises avec elle-même, quelquefois à son propre détriment
346 bAiitfiE MË mmomiEM.
^ORinie elle tnet rhottime ëii oppositioti nvec Èbii «DtUpétîteur soui rinfluéncô des itiétUes dhaliens^
Parmi les trâteilUeurs à Id journée les thifFon- Hier s sdnt , dans contredit n les plUs iiiflrned et lëd p\\ié dépëtidatis de leilf salaires Si qudquë thoaë prouve que le tWtàiî êéV titie loi ilihét^etlte a Texia^ tëtice de là race hurtittltie, ë'é^f asstii'ëHlëilt la ^roîeMiôd dd ehiffôiltliei>.<2abi de plUs htifliblë, de jilh^ tkiltàé àatïs dtië gfdtldé ëitê ^ùé èëttë profëssiôt) ! le îflâlhëtireii^ (Jui se t^ésottt à î'ëxefëër fait p^etlTë d'Une prëbité bieti tttéHffaire et à toute râîàbh de prétendre à Testinië pirbHqhë. Cëpéiidânt , le chiffoiiÉiîëf a Ami sa Môrtë èstiëbh ; c^ëst la mkati des beaux jbiir^, fcëlle bit les përsdtittes riches votlt à Id ëarafpàgnë. Cette épb(Jilë dé f âatiéef est surtout fil* liestë aux ëWffotiHiérëSj dbnt pltiSiéurs étant bîë« tbulùe^,'à éa^ëë de létii' bonne hataeirt' et de leurs facéties originales, des génS de séftib'é de ées ttiêmei pëcsidîitiè^^ sorit^sSùi-ées péndàht îe^joilr de Celles* ci à la ville, d'uhë récblte Jôuthàlièrë qui léiit pét- Met d'échapper plus Oii ficriris kilt évèfttdalîtés de là coiicurfëhcë.
Quand oiï réfléchît qtjë les îmmôhditîêâ entassésl au coîù des bofheS dëchàqilë màisoTï, forment une brârtébe de éonatoërcë qui feit vitrë, k f^ârîs, qtiatW itlillë itïdlVîdùlà^ hatameS, httimeê ^ etiîka^ dû ker^
jDBVôitis M t'OùtÉtteA ËAtEitt t*Étftftfipftfe*Ëtm. 347
tenté pàf respect pbuf tant d'eiîjîtèttces j de àe fé»procher 1d desti^uctîoti improductive dli nlttilidi»è chiffon d'étoffe ou dfe papier Sui* leqilël portéiit là recherche et respôii* du pâUVre cbiffonniéi». rfeui*euiL si ce sci^uptile pourâit avoir âccèfe dânè toutes lefe fattiilles (Jui possèdent (juelquè Chôsè !
Lé salaire dû chiffonnier d(^ thème qUè fcèluî de fodvrîei* est iI1sépâ^âbld de là prospérité de KfidûHtrié. Celle-ci a comme la natiirè le iSublîmé pHvflègfe de se f eprodii^^e avee Séé propres débris. Ce priVi^ lège est d'autant plus préfcleilï pouf l'hunianîté qu'il répand la vie dans les bas^ibnds dé la société , eu itiême temps qtill fait Pôrnetnenf et k richesse de ses couebes intefmédiaires et les plus élevées.
Je ne croîi pas atdîf affaibli, dans Ce que j'ai écrit sur rétat actdel de rïnddstrie,les ârgiinièîiS fàvôfablés à la cause des ouvHefS. Je lé ér ois d'autant moins que j^éprouve une profonde sympathie poui' le sucfcès de cette dause et que je serais tf op payé de mes recherches et de tues travâut, si cet ouvrage pouvait contribuer en quelque efiôée à une réfornie dans Tindt/strle, Capable d^aséûref atlx: eîdSses laborieuses une condition moînS agitée, moins précaire et plus douce.
Toutefois, en retraçant les devoirs des entf epr etieuvÈ enters les otfvrîefS, je fié Sérils ïA juste ta Itti*
348 DEVOmS DE l'ouvrier EirVERS L'ENTREPRBinEUa.
partial, si j'omettais de retracer également les obligâtions que là qualité de ces derniers l«ur impose envers les maîtres qui les emploient.
L'ouvrier doit non-seulement respect et obéissance à l'entrepreneur, mais il lui doit en outre du dévoûment. Quand on s'ebgage à aider de son travail le chef d'une industrie, on manque à ses engagemens, du moment que l'on s'écarte des règles de l'établissement auquel on appartient : ces règles forment la loi des parties contractantes et assurent la marche des affaires. Un des reproches les plus communs et les plus fondés que les maîtres adressent aux ouvriers , consiste dans leur, inexactitude. Il est des professions , celle par exemple de serrurier mécanicien, où l'ouvrier habitué à un fort salaire qui excède quelquefois six francs par jour, ne se fait pas scrupule de chômer trois jours de la semaine sur six, et de mettre l'entrepreneur dans l'impossibilité de satisfaire aux commandes qu'il a reçues. Cette désertion qui est souvent l'efifet de l'indifférence et qui est plus souvent encore celui de la légèreté et des séductions du cabaret, paralyse momentanément l'action de l'industrie, et jette dans ses opérations une incertitude et un trouble qui nuisent essentiellement à l'activité et au mouvement régulier du travail. D^ns les autres professions les ab-
DE l'iKFLUXNCE JXBS FACTIONS SUA US OUVRI£BS. 349
sences non autorisées ne sont pas aussi longues, mais elles se renouvellent aussi fréquemment, excepté dans les établissemens soumis à desréglemens écrits, et bien disciplinés.
Ce n'est pas en persévérant dans de semblables habitudes que l'ouvrier gagnera la confiance de l'en* trepreneur, qu'il se conciliera sa bienveillance et sa protection. Des airs d^ndépendance peuvent flatter un moment celui qui les affecte ; mais ce mouvement de vanité ne procure qu'une satisfaction passagère. Il entraîne tôt on tard des conséquences fâcheuses, en plaçant l'ouvrier qui a la faiblesse d'agir ainsi parmi cette tourbe de travailleurs sans consistance ni racine, qui roule incessamment d'atelier en atelier, incapable de se fixer nulle part.
Un des x^proches les plus graves dirigés contre les ouvriers autant par le$ entrepreneurs que par la société, se rapporte à la facilité déplorable avec laquelle ils sont disposés à prêter l'oreille apx paroles fallacieuses et enivrantes des factions. Quelque faible que soit le nombre de ceux qui cèdent à l'influence de ces paroles , il n'est pas inutile de faire voir , combien l'ouvrier doit se tenir en garde contre les suggestions de l'ambition et de l'intrigue qui sont les ressorts ordinaires des factions.
Le propre de celles-ci est d'agir dans l'ombre, de
^'epyelopp^r (Jp tépèbr^* et 4'Qppw«* »v^Q perfidie lacQftditioin modeste, pépible et quelquefois mal» l^evirpi^se de l'oiiYrier à h co^ditio^ de$ pl^^aeg.aii sées j condition où le superflu n'es^t p^St rare , saoi
4oute, p(^a|5 Qv îebienréïrç, daps |çs gradatjqps infiniejs, offre de? disparates non mQi^* frappantes que 4an« l^s classes i^fime«r (^e çQi^trast^y qyi a toujovs été larme la plus redoi^ tablQ de& lactieiix ^ e3t poupr taçit inhérent à 1^ pivilisation elle-même i il ?« ^ remarquer chez les peuples d§ l'antiquité ^us^i bien que chezi les petipl^ ^oder^pes \ mai^ \\ n'o|i est pan xç^çms poignant pour l'homme, p#uvre et lahQriew^, parce qu'il lui fuontre à découyppt l'exiguïté de ^q»
e;çistençe, et qu'il îigit; fqrtemenï sur so^ imagina^on prompte à s'aigrir de tout ce qui ré^^Ue enliule ^^l^tipent de ^on infériorUé,
Pe là. vient que lea ^ooiétés açcvèleti «omptenl Vxnh jours df^ns leur sein» un grand na^pabne d'ouYiiera qui en forment le noyau et la force ^ et que ceux pour qui le pouvoir social semble avoir été institué d'une, manière plu^ particulière, en devîeiineniks ennemis et conspirent ^ sa ruine,, comme s'il était l'auteur de leurs nûsères et un ohj^tacle à l'amélioitt* tion de leur sort.
En examinant ^uccf^ssivement les conditions di« verses de la société, on ne peut s'empeser de re-
ÇQUngîtpp^ cbsque p^^ ]^s inégftUtéfi qw ôpr^enl de t§^\e feabi^uel ap?: préfiîc^tiqpii révQlmiîoqq^ires des ^ipjpnips 46 façJiQn; et pe qu'U y fi (îe remarquable, e'çftt qu» la çlasw la plu* ppwibpwse et l^ p^^s déf^ pçtiflante 4e çpq ^alairg Q^F» d«P^ sp^ proppe si^ii) len n^çrqp^ variété^ 4e fortune qui 1^ ble^aeqt «| l'î»ffligPBlf ep pftrt^eî: ge^ r^gardsi «up ]ei^ clauses i«^ %evmàmr^^ el: sppéri^pr^S. P^f cqurez uqe à une toqtçs Iffs prpfesj^iqqs ipdmtrieUes et autre* , voua n'y verre;^ quç d^ di^érenoe» calculées sur la vateui» persQUPBlJe dM tr^mUeur, Ce* dilférwcw , quellei qq'elles ^Qieflt, sç ré^pment taujpwrs daa& le salaire, qv{\ w. Mt l?i yepré^Qwtatipu yraie et nécessaire. Au lieu (le po^^r le ms^pœuvre, VQMvrier^ le soMS-chef, le çb?f:QUYrier, face à fj^ce ayec ce que les novateur»
appellent k bftftpgwisip, m lespxivUégiés, changeai \m terpaçs de la cpwparaUQAi.rgpprpphe* pmre eux
o^ui|-)£^ mpv^^ qu'PA nous présente comme dea imtmb^es déabérité« de la sppiété « et voua rencoun ti^erpï d^ plus el du mo^m» des élémeus qui n'onti entre eux aucune i^esseiphlanee, en un mat, dea inégalités çou^respondant dh^çune à des eapacités el à des salaires dif féreas.
Ainsi, l'ptat de la société est essentiellepient divers : c'est un assemblage d'individus ou de groupes ap-« pelés fai^iles, dont les moyens d'existence ou de
352 AVAjrrAGES sociAnx propbes aux outriehs.
fortune tiennent aus acquisitions propres de chacun ou à des patrimoines qui leur sont échus par la voie de rhérédtté. Les moyens d'acquérir inscrits dans nos codes, et à la tête desquels figuré le travail, ont été créés bu perfectionnés par le génie des législateurs les plus célèbres ; ils reposent sur Téquité naturelle. Quelle règle plus inviolable pourrait -on substituer à l'équité? Nos lois civiles et politiques ouvrent à tous toutes les carrières; elles ont pour principe la concurrence universelle , parce" qu*en effet j le principe de la concurrence est celui qui est le plus conforme aux notions de la justice, et qu'il favorise le plus les^progrès d'un grand peuple dans la carrière des améliorations. Il est vrai que, dans la lutté pacifique et incessante des intérêts sociaux, l'enjeu de tous n'est pas le même, que le pauvre n'a pas , en général , les mêmes chances de succès que le riche; mais l'intelligence est donnée par la nature à l'un c^mme à l'autre, et celle du premier l'emporte bien souvent sur celle du second. Or, qui ne sait combien une forte intelligence est puissante chez l'homme, alors même qu'il se trouve dépourvu de toute fortune. Elle est un moyen de crédit, une mise toute prête pout^ aider et féconder le capital; elle entre comme un élément nécessaire dans presque toutes les associations, et elle fait partidper celui
AYAlfTAGES SOCIAUX PROPRES AUX OUVRIERS. 353
qui en est doué aux profits résultant des opéralions de l'industrie. Aujourd'hui plus que jamais l'intelligence est une valeur réelle , une valeur sns^ ceptible d'un immense développement, puisque l'instruction gratuite est offerte par la société aux adultes non moins qu'aux enfans des classes laborieuses, et qu'elle rend accessibles à chacun tous les genres de travail. Les avenues de la concurrence ne sont donc pas fermées , ainsi qu'affectent de le dire les novateurs , aux prolétaires ou aux manouvriers par les privilégiés ; au contraire, elles sont ouvertes à tout venant, et jusqu'à présent, s'il y a tiédeur pour l'instruction populaire , ce n'est pas dans les privilégiés qui l'opt fondée , mais dans les masses , qui probablement n'en comprennent pas encore l'utilité et l'importance.
Non-seulement la société , que l'on prétend entachée de monopole et de privilège, a mis à la portée de tous les moyens de parvenir à la propriété mobilière, mais par l'égalité des partages, elle a morcelé la terre de manière que le simple ouvrier^ de même que le journalier des campagnes, peut, par son travail et son économie , prendre rang parmi les propriétaires fonciers. Beaucoup d'ouvriers ambitionnent ce titre ; ils préfèrent un petit coin de terre à un capital, et ce mode de placement s'étendrait sans I. a3
354 AYANTACES SOaAÎTX PROPIUBS AUX OUVRIERS.
nul doufô de plus en plus ^ si , par, un fâcheux préjogé^ plusieurs d'entre eux ne trouvaient prudent de dissimuler leurs faibles ressources, de peur d'avoir à subir une diminution dé salaire de la part de leurs maîtres.
La constitution sociale de la France , écrite dans la Charte de i83o et dans les lois qui en ont réalisé les promesses, est aussi libérale, aussi populaire qu'aucune de celles que les factions voudraient lui imposer par la sédition et le meurtre. Elle est , par l^ëtendue et la sagesse de ses concessions y plus favorable aux intérêts du peuple que la constitution d'une époque célèbre (i), constitution tant préconisée par certaines opinions , et réputée néanmoins impraticable par ceux-là même qui en avaient voté Tadoption ; quoi qu'on ait pu dire des motifs qui ont déterminé la majorité de la convention à reculer devait son propre ouvrage , toujours est-il que les bases politiques et administratives de cette constitution sont, en général, contraires aux véritables principes de gouvernement, à ceux que Texpérience et le temps otit consacrés. La divisibilité et Tégalisàtiôn des avantages sociaux , ces grandes et précieuses conquêtes de la révolution de 1789, n'ont pris une assiette solide et durable qu'à dater du
(i) Celle du a4 juin 1793.
AYAirrAGfiS SOCIAUX PROPRES AUX OUVRIERS. 355
consulat et de l'empire ; la restauration , malgré sa mauvaise grâce, et le gouvernement de Juillet^ malgré ses tourmentes, ont amélioré et cimenté l'édifice glorieusement commencé par la constituante. . Cet édifice est désormais inébranlable , parce qu'il répond aux besoins patriotiques et éclairés de la société actuelle.
Quant à la souveraineté populaire dé 1793, il suffit de l'avoir vue fonctionner dans les clubs et dans les sections où dans l'bistoire pour se convaincre de l'impossibilité de concilier l'ordre et le travail avec une semblable souveraineté. On conçoit qu'elle puisse être rêvée par l'imagination exaltée d'un démagogue, qu'elle puisse trouver place dans la tête d'uu dramaturge, mais on ne conçoit pas quun grand peuple ait été bouleversé et terrifié par les excès des factions au point d'en être venu à subir une aussi amère dérision, un aussi sanglant outrage.
La souveraineté déléguée est la seule qui convienne à un peuple jaloux de la possession et de la jouissance sagement limitée des droits attachés à ht qualité de citoyen. Cette souveraineté est exercée à divers titres par tous les Français, dans les bornes fixées par la charte de 1 83o et par les lois organiques intervenues pour la compléter. Ces lois dont plu-*
sieurs sont taxées d'insuffisance, sous le rapport po-
356 AVANTAGES SOCIAUX PROPRES AUX OUVRimS*
litique ne sont pas irrévocables; l'extension des droits électoraux qu'elles accordent est une question de teînps. C'est par la discussion et la prudence et non par des actes coupables de violence qu'on arrivera pas à pas à la solution de cette question si épineuse. D'ailleurs, à juger de l'avenir par le passé, il est douteuxy que des travailleurs à la journée, si jamais cette classe de citoyens est appelée à l'exercice du droit électoral, fussent plus empressés d'user de ce droit qde les électeurs actuels les moins imposés , dont l'incurie n'est pas faite à coup sûr pour convaincre le législateur de la nécessité d'agrandir le cercle électoral^ en dehors des capacités, j^
Je crois que le peuple a plus besoin de trouver dans la classe aisée des députés qui fassent ses affaires que de les faire lui-même. Les affaires publiques ne sont pas à la portée de tous les esprits. Ceux-là même qui se sont posés dans les chambres et ailleurs, comme les avocats les plus dévoués des intérêts populaires, seraient bien embarrassés , si on les mettait en demeure de sortir des généralités où ils se sont retranchés jusqu'ici à l'égard de ces intérets, pour formuler des projets de loi ou des systèmes susceptibles d^une application positive. Un des tn^ers de notre temps est de céder trop aisément au fracas de paroles de certains hommes politiques,
et d'être toujours enclin à soupçonner dans les actes et dans les pensées du pouvoil* dés projets liberté cideSy et je ne sais quelles autres chimères, ^u lieu de se montrer sévère et inexorable envers les abus journaliers, les abus réels qui sont reprochables aux meilleurs goi;vernemenSy et dont le chef de Té- ' tat ne peut qu'encourager la poursuite et fa vpriser la répression.
En définitive , pour me résumer sur la question du salaire, et pour mettre fin à une digression politique dont je me serais bien passé si je ne l'avais jugée nécessaire au développement complet de ma démonstration , j'ai l'intime conviction que l'exercice des droits politiques attribué aux ouvriers , ne changerait rien à leur situation ; qu'il ne serait di^ gne detre pris en considération que dans le cas où des plaus de réforme sociale, débattus paisiblement par des hommes habiles devant l'opinion publique et approuvés par elle, rencontreraient une résistance intéressée et systématique dans la législature, hypothèse pleine de trop de hasards et de trop de péril, pour avoir ^ dans aucun temps, la moindre vraisemblance.
L'amélioration du sort de l'ouvrier dépend en grande partie de sa propre volonté. Avant de demander la régénération du riche, qu'il commence
358 RJÉSUMIÊ.
par se régénérer lui-même ; en se montrant ëconome, sobre, tempérant, il aura fait la moitié du chemin. La Providence a voulu que nous eussions besoin les uns des autres , et cette loi est particulière au riche non moins qu'au pauvre. La position de l'ouvrier est précaire et dépendante; qu'il ne craigne donc point de faire les premiers pas auprès de l'entrepreneur. Malgré les mauvais conseils de l'amour-proprè et d'une vieille défiance , l'ouvrier et l'entrepreneur sont assujétis par la nature respective de leur position à une solidarité commune. Or, cette solidarité ne peut se former que par le dévoûraent d'une part et le patronage de l'autre. Nous avons engagé les entrepreneurs à chercher un appui et une garantie pour le succès de leurs opérations dans la bienveillance et la protection qu'ils témoigneraient aux ouvriers, leurs collaborateurs, c'est à ceux-ci à mériter les bienfaits du patronage par une bonne conduite soutenue et par un dévoùment vrai aux intérêts des chefs d'iûdustrie avec lesquels ils auront
pris des engagemens de travail.
EirCOURAG. A DOmiEB. A TOUTES LES UfDUSTBIES. 35g