CHAPITRE IV
nécessité d'encounger le déTeloppement de tontes les indostriee» et en pnr^ culier de l'indastrle mannfactarière. — De l'interrention des gonyernemeiis coaime régtilatettW dans l'industrie. »— Utilité des trataux agpcoles pour réparer les temps d*arrét de Tindustrie manafactorière. — Utilité des travaiiz publics pour aftfeindre lé même bat. — Comment on pourrait combiner Texécntion de ces derniers tratanx arec les crises de Pindastrie. — ÀTatiM tages de l'influence morale de Pantorité ^nr les entrepreneurs , qnant à TattéliorUtion du sort dtê classes ouvrières» -— Distinctions et récompenses à décerner aux entrepreneurs les plus bienfaisans, aux contre-maîtres et aux ouvriers les plus dignes d'éloge. — Création de sociétés industrielles dans rintérét des ouvriers. — Du rôle ^e la presse pourrait remplir en vue du même intérêt. — Considérations sur Targence d'organiser des moyens de travail et d'as^tanoe pour le» itaauvats jours de l'industrie, (x)
On â souvent mis en parallèle l'industrie agricole avec l'industrie manufacturière pour essayer d'établir la supériorité de l'une sur l'autre. Quoique ce parallèle soit aujourd'hui une chose rebattue, et c^ qui est pis, dépourvue de sens, il est encore des personnesy d'ailleurs éclairées, qui ne seraient pai^loignées de subordonner la seconde à la première, comme si , dans l'état actuel de la civilisation européenne, l'une pouvait se passer de l'autre; comme si elles n'étaient pas toutes deux des sources abon* dantes de travail et des moyens indispensables poun
(x) Gecliq^iln a été aussi augmenté,
36o EKGOURAG. A DONNER A TOUTES LES INDUSTRIES.
offrir un aliment à l'activité bouillante et infatigable des peuples.
Nous n'aurons gasde^ quant à nous, d'entrer dans ce système de primauté ei de préférence. Si les gouvernemens doivent s'attacher à un système, c'est dans notre opipion à celui qui favorise tous les genres de travail et qui tend à refréner les passions par le complet développement des facultés productives, dans quelque genre d'activité que ce soit. En France, d'ailleurs, la nécessité de cette tendance est indiquée par l'inconstance naturelle des esprits et par l'état présent de nos mœurs qui grâce aux progrès de la civilisation, honorent de plus en plus le travail et ont effacé jusqu'aux derniers vestiges de ces dérogeances frivoles qui ont fait peser sur lui pendant si long-temps les préjugés les plus funestes.
Au lieu d'opposer l'une à l'autre, l'industrie manufacturière et l'industrie agricole, comme des rivales ou comme des ennemies, il faut les rapprocher et les cmir comme des sœurs, et les exciter àseservir mutuellement. Elles sont soumises toutes deux à des chômages et à des crises qui ralentissent, interrompent le cours de leurs travaux ou qui apportent des troubles graves dans leur propre existence; mais la première est plus sujette encore que la seconde à ces vicissitudes, à ces commotions, et comme elle em*
DES GOUV. GOMlUtE RiSgULATEURS DE L'INDUSTRIE. 36 1
ploie de plus grandes masses d'individus, ses crises alarment la société^ parce qu'elle en ressent en même temps le contre-coup et le danger.
L'Angleterre et l'Amérique septentrionale étant plus exposées qu'aucune autre nation à ces accidens et à ces convulsions redoutables de l'industrie manu&cturière, les classes riches et aisées se sont émues à la vue d'un état social troublé par intervalles jusque dans ses fondemens, et assujetti même durant les jours calmes à des suspensions de travail j qui obligent les classes ouvrières à vivre de privations. La presse périodique dans les deux pa;ys, et surtout en Angleterre , a étudié avec soin , les causes de ces perturbations; elle a essayé dlndiquer les remèdes qui lui paraissaient les plus efficaces , et plusieurs écrivains ont mis en tête de ces remèdes l'intervention des gouvernemens comme conseils et comme régulateurs.
Cette idée, spécieuse au premier abord ^ serait fertile, suivant nous, en une foule de difficultés dans l'exécution. Les spéculations de l'industrie manufacturière ont toujours quelque chose d'aléatoire, à cause de la diversité des évènemens qui peuvent en entraver le succès. Ceci est vrai principalement des opérations qui doivent être consommées sur les marchés étrangers. Ne serait-ce pas trop présumer
362 DES GOUV. GOMME RÉGULATEURS DE L'xin>USTRIE.
de la sagesse d'iin gouvernement et .de l'exactitude de ses informations , que d'offrir ses opinions et ses conseils comme la boussole la plus certaine à suivre dans les questions qui touchent à la directioii de l'industrie? Quelle serait la limite de son influence et de sa responsabilité morale? Si la spéculation qu'il aurait jugée mauvaise, sur la foi des renseigneniens qui lui seraient parvenus , ou de ses conjectures y était entreprise par quelques-uns avec succès, tandis qu'elle aurait été abandonnée par d'autres , à quels commentaires^ à quels soupçons, à quelle critique sa conduite ne serait-elle pas en butte de la part de ces derniers? On ne lui saurait pas gré de ses bons avis et on lui imputerait à blâme , peut-être a désbonneur, ses erreurs lesvplus naturelles et les plus excusables.
En résiiltat, un gouvernement perdrait plus en considération que l'industrie ne gagnerait en lumières dans le rôle que quelques écrivains bien intentionnés, mais peu sages, voudraient lui &ire jouer. Il ne doit fournir à l'industrie et au commerce que des doçumens dont il est sûr , et c'est ce qui a lieu dans les nations que nous avons citées et principalement en France.
£n parlant de l'organisation actuelle de l'industrie manufacturière , nous avons distingué deux classes
TRAV. AGRICOLES, AUXILIAIRES DE l'iNBUSTRIE. 363
diverses de travailleurs, les uns formant la partie sédentaire, et Ie3 autres la partie mobile de chaque établissement. Ceux-ci, aux époques de chômage^ trouvent dans les travaux agricoles les moyens de subvenir à leurs besoins ; ils passent de la ville auif champs et des champs à la ville avec une égale fad^ lité, et cet alternat, ce roulement de main-dœuvre a l'avantage d'abréger sensiblement pour eux les temps d'arrêt si contraires au bien-être des classes ouvrières.
Ce mode de travail usité en Allemagne et en Suisse se répand dans plusieurs parties de la France; il ne peut que tourner au profit des deux industries i les f abricans y gagnent surtout , en ce que l'ouvrier se fortifie par la vie des champs et y retrempe son âme non moins que ses forces physiques. En thèse générale , les ouvriers domiciliés avec leur famille dans les campagnes , et qui se rendent à Paris pour y travailler pendant un certain temps de l'année, c'est-à-dire^ pendant la période d'activité de leur profession, forment l'élite de la population ouvrière. Us sent sobres | économes, soumis, et quand, à l'époque de la suspension des travaux, ils retournent dans leurs foyers, ils emportent avec eux Je fruitde leurs épargnes pour faire valoir le petit fonds de terre qu'ils possèdent ou pour exi
364 TRAVAUX publics; moyen de les employek
accroître l'étendue durant les époques de chômage.
L'intervention de l'autorité publique serait utile et nécessaire , pour procurer des moyens de travail aux ouvriers qui font leur résidence habituelle dans les villes. Les maires pourraient s'entendre à cet égard avec les conseils municipaux , et les préfets avec les conseils généraux de leurs départemens, suivant que les travaux à entreprendre se rattacheraient au service communal ou départemental. Les budgets de ces services devraient spécifier des fonds de réserve afférens à ces différens travaux et dont il serait fait emploi du moment que l'industrie manufacturière commencerait à se ralentir.
Il serait important que les prévisions de l'admistration fussent calculées en raison de l'intensité des crises. Celles qui se reproduisent annuellement, font pour ainsi dire partie de l'état normal de l'industrie; elles sont attendues à point nommé , et les ouvriers prévoyans arrangent leur manière de vivre d'après la durée connue de ces temps d'arrêt. Quoiqu'ils sachent se résigner à cette espèce de nonvaleur , il n'en est pas moins vrai que la période ordinaire de chômage est pour eux une période de privations et de difficultés; c'est dans l'inventaire de leurs faibles ressources une lacune qu'il importe de combler ; et pour y parvenir, l'exécution des
DAHTS LES TEMPS d'aRRIÊT DE l'iNDUSTRIE. 865
travaux d'utilité publique est la mesure la plus convenable à employer. Je ne me dissimule pas que cette mesure ne saurait avoir un effet complet, et , qu'elle serait impuissante à remédier aux embarras des"^orps de métiers obligés de suspendre leurs travaux pendant la saison rigoureuse , saison , qui ne permet pas de donner cours à l'exécution d'une grande partie des travaux publics. Toutefois , la réparation des routes , et les grands travaux de terrassement pour la formation des chemins de fer, seraient de nature à occuper un grand nombre d'ouvriers sans emploi , malgré la rigueur de la saison , si l'état de la température était d'ailleurs compatible avec des travaux de ce genres
Indépendamment de ces phases annuelles de chômage, il est des crises profondes qui viennent assaillir la population ouvrière au bout de certaines périodes d'activité dont les plus longues sont de cinq ans et les plus courtes de trois ans. Ces crises se développent de diverses manières: tantôt, elles apparaissent dans un seul pays et le contre-coup s'en fait sentir dans d'autres; tantôt, elles se déclarent presque au même instant chez plusieurs peuples à la fois et paralysent les relations commerciales qui existent entre eux. Les causes qui les déterminent tiennent ordinairement à un excès de production au-
366 TRAVAUt PîJBLtCS; MOYEN DÉ LES EMPLOYER
quel manquent les cîébouchés , à des spéculations hasardeuses, à quelque trouble grave dans la circulation du papier-monnaie fet à d'autres incîdens qni viehnient traverser la marche de Imdustrie. De telles secousses sont redoutables, parce qu'elles atteignent en même temps le fabricant, le capitaliste et Fou* vricr. Celui-ci est le plus misérable, parce qu'il est le plus nécessiteux: il s'agite , il menace, il s'insurge], excité par le sentiment irrésistible dùbesoin.Pendant l'espace de trente ans , rAngleterre a compté dans son sein jusqu'à dix de ces terribles séditions qu'on pourrait appeler les émeutes de là faim.
La France a eu, de son côté, des crises de cette . nature à supporter , mais elles ont été moins multipliées qu'en Angleterre et aux Etats-Unis, parce que l'industriel français est moins audacieux en affaires et moins avide que l'Anglais et l'AmérJcain. Là où elles se sont fait sentir, jes efforts de la charité et les sacrifices des fabricans ont adouci les privations des ouvriers qui se sont résignés avec courage , hormis à Lyon, où, il y a peu d'années, les souffrances de l'industrie ont été aigries et exaspérées par des influences politiques coupables.
Afin de parer aux effets désastreux des secousses extraordinaires que nous avons indiquées , la ressource des travaux publics projetés, soit par l'admi-
DAlîS LES TEBCPS d'aRRÊT DE l'iNDUSTRIÈ. 367
nistration , soit par des compagnies ^ nous paraîtrait d'autant plus efficace , qu'on pourrait en user avec un grand développement, dans le cas où Tépoque de la crise viendrait à coïncider avec l'ouverture de ces travaux. Quant à ceux qui seraient organisés et défrayés par l'administration , ils devraient être l'objet de prévisions particulières , qui ne se réaliseraient qu'à niesure que les premiers symptômes de la crise seraient constatés. On sent dès-lors qu'il serait bon que de semblables travaux pussent être ajournés | sans inconvénient pour le service public, jusqu'à ce que le moment le plus opportun pour leur mise en activité fût arrivé.
Le pouvoir possède d'autres moyens de venir en aide aux classes ouvrières : ils consistent dans l'influence morale qui lui est acquise sur toutes le» forces vives de la société , parmi lesquelles il faut placer, en première ligne , les producteurs de chaque industrie^ à cause des^ masses considérables de travailleurs dont ils sont le centre.
L'homme industrieux n'a qu'un but dans l'exercice de son industrie et de son négoce : c'est le profit. Néanmoins, à mesure que les capitaux de l'entre* preneur s'accumulent , il se développe en lui une autre ambition, qui est celle des distinctions (i). C'est
(i) J'expliquerai plus bas ce que j'entends par distinctions.
368 INFLUENCE MORALE DE l' AUTORITÉ
ce levier, plus puissant qtf on ne pense , que je voadrais faire tourner à l'avantage des classes labo* rieuses, et par suite à l'avantage de la société^ dont la pi'ospérité et le repos tiennent , non pas à Faccumulation des richesses dans les mains de quelquesuns, ihais à la diffusion de ces mêmes richesses dans les mains du plus grand nombre possible.
La supériorité que la presse , et par suite le pouvoir , ont donné j usc^u'ici à l'intérêt politique sur tons les autres intérêts , est causç que celui des classes ouvrières n'a pas été servi par Tautorité publique autant qu'il aurait pu l'être.
Dans les départemens, cette autorité, étant à portée d'établir de fréquens rapports avec les fabricans et les manufacturiers, en raison de l'exploitation de leurs usines et des opérations de leur industrie, il serait loisible à elle de profiter de ces occasions pour appeler l'intérêt des entrepreneurs sur le bien^tre de leurs ouvriers ; elle ne devrait pas se borner là: il serait utile qu'elle visitât de temps en temps les chefs d'industrie, ainsi que leurs ateliers, et qu'elle adressât aux ouvriers, suivant les circonstances, quelques-unes de ces paroles chaleureuses et pénétrantes qui relèvent le cœur du pauvre , parce qu'elles lui prouvent que la prévoyance du pouvoir sait descendre jusqu'à lui.
SUR L£S CHEFS d'iNDUSTRIE. 869
D'un autre côté , il ne serait pas moins convenable que l'entrepreneur trouvât dans les égards et la faveur ostensible de Tautorité^ la récompense des sacrifices qu'il ferait pour le bien-être de l'ouvrier. Il y a dans la vie civile des distinctions futiles en apparence qui , en réalité , flattent pourtant celui qui en est l'objet , et dont l'autorité peut se faire un moyen utile d'influence , quand elle sait les départir avec un discernement réfléchi et une attention dé* licate.
A Paris MM. les maires et leurs adjoints qui militent depuis long-temps pour étendre le cercle de
leurs attributions et de leur influence , feraient un grand pas vers le but auquel ils aspirent, s'ils recherchaient la connaissance de tous les habitans de leur arrondissement qui, par leur position, seraient dans le cas d'exercer un patronage bienfaisant ^ir les classes laborieuseis, et s'ils prenaient soin de les encourager par de bons offices à améliorer le sort de ces classes. Les communications familières , qui s'établiraient entre ces fonctionnaires et les hommes influens de leurs localités , produiraient les meilleurs résultats. Elles uniraient ensemble les deux principales forces de chaque localité, la force publique et la force morale. Une semblable union absorberait bientôt à l'aide de l'exemple et de l'ascendant des ï. a4
370 INVIXVSCM UORALB DK L'AUTORIXi
che& d'industrie ces grandes agglomérations de travailleurs^ dont les factions se disputent l'empire avec une infatigable audace. Les juges de paix et les commissaires de police pourraient aussi travailler très utilement, par la propagation des idées de patronage, au perfectionnement matériel et moral des classes ouvrières.
Parmi les nombreuse ministres appelés en France depuis ving^trois ans à l'administration des aflaires publiques, il en est peu qui, au milieu des soucis et de$ agitations de la politique, aient réfléchi, que le pouvoir social n'était pas institué seulement pour la répression des actions, mais qu'il était aussi chargé de la direction de la volonté. Quoique le père de famille et le prêtre soient les dépositaires naturels et privilégiés de cette direction , le pouvoir étant le dispensatwr légal des peines et des récompenses dans la société civile^ nul doute qu'il ue lui appartienne de veiller à ce que les volontés soieAt saines et constamment tournées vers le bien; car le père de famille ne remplit pas toujours ses devoirs, et la voix du prêtre est bien souvent méconnue là méiae où elle parvient à se faire entendre. Or, la nécessité de cette surveillance reconnue, les eCfets ne sauraient se manifester que par des récompenses ou par des rigueurs.
8CR LES CHEFS d'inDUSTRIE. 87 1
Le premier de ces ressorts a été employé jus»qu'ici dans un but purement politique, je metrompq les intérêts matériels ont été aussi l'objet d'une pro* tection spéciale de la part du pouvoir ; les récompenses distribuées à la suite des expositions solennelles de l'industrie en font foL Mais les intérêts moraux ont été abandonnés à eux-mêmes. Nul sti* mulant^ nulle récompense. Une fausse pudeur, que dis- je, une déplorable pruderie semble avoir fasciné, le public, la presse et l'autorité elle-même, de telle sorte qu'au lieu de préconiser les actes de dévoûment et de vertu, on ose à peine s'entretenir des rares distinctions décernées à leurs auteurs. On dirait que le siècle est arrivé au comble de l'humilité chrétienne , si l'on ne savait que ce raffinement apparent de modestie et de délicatesse cache au fond un froid égoïsme ou le dépit secret d'entendre parler d'un désintéressement et d'une active charité qu'on n'a pas la force de pratiquer soi-même.
Il faut que le gouvernement ranime, dans les cœurs , l'enthousiasme de la vertu en publiant sans interruption dans les journaux qui lui sont dévoués tous les actes qui honorent le plus l'humanité et qu'il a jugés dignes de la reconnaissance publique. Il faut qu'il les distingue avec éclat et qu'il donne à la distinction toute la publicité donnée à l'acte.
37^ GRiATIOir DE SOGIlSTéS INDUSTRIELLES
Le gouvernement a décoré jusqu'à présent avec profusion le courage, le talent, Tinfluence politiqpie, les services civils. Qu'il décore aussi avec empressement la bonté, cette bonté qui se répand au-dehors et dont les libéralités distribués avec choix et justice font pénétrer doucement dans le sein des classes laborieuses un peu de ces aisances qui aident à porter le fardeau de la vie et que notre civilisation leur dispute avec une cruelle parcimonie ! A Dieu ne plaise que je veuille encourager l'ostentation et le bruit, là où se plaisent la tendre sympathie et le mystère ! îïul plus que moi ne prise la modestie dont l'homme bienfaisant aime à s'envelopper. Je la respecte, et je désire qu'on la respecte ; mais la reconnaissance de l'obligé, mais l'honnêteté publique ne sauraient-elles divulguer le bienfait sans faire violence au bienfaiteur? prenez garde que la discrétion et l'exquise délicatesse du philanthrope ne tourne au profit du charlatan , et d'ériger la charité en trafic pour ne pas la récompenser dans Thomme simple et vertueux qui se cache.
Pour atteindre plus sûrement le but que j'indiqoe, je souhaiterais que le gouvernement encourageât par ses délégués, dans tous les centres importans de l'industrie, des sociétés organisées à l'instar de celles de Mulhouse , de Nantes , de Saint-Étienn^, etc. ,
DAirs l'inti£r£t des ouvriers. 373
lesquelles s'occuperaient de tout ce qui pourrait tendre à améliorer la condition des classes ouvrières, et porteraient le titre dé sociétés industrielles. Les chambres de commerce, les conseils de prud'hommes et les chambres consultatives des manufactures, n'ayant à délibérer, en général, que sur les intérêts mercantiles de l'industrie, on assignerait aux sociétés que nous proposons une destination matérielle et morale tout à-la-fois , mais restreinte au bien-être des classes laborieuses. L'alimentation, le logement, le vêtement de ces classes, la salubrité des ateliers où elles travaillent, celle de leurs habitations particulières> l'administration des caisses de secours mutuels , la surveillance morale des spectacles j des cabarets et de tous les lieux publics fréquentés par l'ouvrier , devraient fixer l'attention habituelle de ces sociétés , qui s'appliqueraient aussi à propager la connaissance des bons réglemens d'ateliers et Timitation des bons exemples donnés , soit par les chefs d'établissement à leurs confrères dans l'intérêt des ouvriers, soit par ceux«-ci à leurs camarades dans l'intérêt des entrepreneurs et du succès de leurs opérations.
Cette direction toute morale de l'industrie créerait des habitudes d'ordre, d'économie parmi les ouvriers, et ranimerait chez eux l'esprit de famille en leur in-
374 DISTUfCTIOUS ET BÉC0MP£N9ES A ]>£GS£]YER AUX
spirant le respect et le goût des choses honnêtes. On pourrait confier à ces sociétés le soin de fonder des bibliothèques populaires et de pourvoir à leur renouvellement, d'après les usages établis en Ecosse usages que nous ferons connaître plus tard, lorsque nous traiterons de ce sujet. Ces sociétés correspondraient avec l'autorité locale ou centrale, suivant les CBS, pour hii exposer Tétat physique et moral des classes ouvrières, et proposeraient les améliorations dont cet état leur paraîtrait susceptible. Elles signaleraient en même temps à l'autorité les établissemens industriels les mieux conduits ^ les plus moraux, et provoqueraient, au besoin, des distinctions ou des récompenses en faveur des chefs d'industrie, des contre-maîtres et des ouvriers euxmêmes.
Les préfets et les conseils généraux, ou les maires et les conseils municipaux des villes importantes seraient les arbitres de ces propositions, dont ils pourraient prendre, au besoin, l'initiative. Ils régleraient en même temps le mode de récompense et de distinction dû au mérite de chacun. Autrefois, les services rendus à la chose publique par les notables de chaque cité étaient l'objet d'une faveur spéciale; on leur concédait gratuitement une certaine quantité d^eau pour Tusage de leur maison; on les exemptait
CHEFS D'urOOSmiSyCÔirTBJSoMAiTRSS ET OUVRIERS. 375
de Timpôt ; on leur conférait des titres nobiliaires } enfin, on les faisait participer aux diverses itomum'* tés qu'il était au pouvoir de la cité d'accorder à ses habitans.
Assurément^ mon intention n'est pas de conseiller remploi des mêmes moyens de récompense { ceux; qui ne sont pas surannés pourraient devenir abusifs ou trop onéreux pour les fonds de la cité. Sans créer de nouveaux privilèges qui seraient bientôt la proie de Tintrigue et de la faveur, il serait aisé de ré*» compenser les entrepreneurs pour leur belle con« duite et leurs bonnes actions comme on les récompense pour l'utilité , la nouveauté, le bon marché et la perfection de leurs produits industriels. Des médailles consacreraient leur bienfaisance ^ de même que des médailles constatent la supériorité de leur» produits sur ceux de leurs émules« On pourrait même, au lieu de médailles, leur faire don de quelque tableau que Ton commanderait à nos meilleur» artistes, ou d'autres objets d'art dont l'élégance j le fini et la richesse seraient dignes de réponse au vœu et au but moral d'une grande cité ou d'un dépar» tement tout entier. Ces sortes de récompenses que je n'ai voulu qu'indiquer, seraient susceptibles d'une grande diversité , quoique l'autorité dût en être so» bre ; on devrait les épuiser avant d'accorder la crois
376 UTILITÉ DE L'fiSPRIT d'aSSOCIATION
d'honneur à l'entrepreneur qui la recevrait comme dernière distinction.
Il en est de même de celles qui seraient destinées aux contre -maîtres et aux ouvriers jugés les meilleurs entre les bons. Les corps administratifs et les autorités^ que nous avons désignés plus haut, trouveraient des moyens de récompense dans une modeste dot votée en faveur de la fille du contre-maître ou dans une bourse accordée à Tun de ses fils que l'on jugerait apte à être placé dans une école d'arts et métiers. Des avantages analogues devraient être répartis parmi les enfans des ouvriers les plus laborieux 9 les plus économes et les plus soumis.
Dans Tétat actuel de nos mœurs, l'esprit d's^ociation est un ressort, un moyen d'action dont le gouvernement peut tirer un parti très avantageux pour moraliser et contenir les masses. Cette arme^ car c'en est une, peut être offensive et dangereuse, quand elle est maniée et employée par les factions^ mais^le peut aussi être défensive et protectrice, du moment qu'elle est placée dans les mains de gens paisibles et honnêtes, occupés , sans arrière-pensée , du bien-être des classes pauvres. Les relations des sociétés philanthropiques avec l'administration ne sont pas toujours exemptes, il est vrai, de difficultés