SES MODES DIVERS
La surveillance des libérés est confiée, à Paris, aux commissaires de police, chacun dans l'étendue de sa circonscription. Le mode de cette surveillance n'est pas uniforme ; il varie suivant la conduite du libéré et les craintes qu'il inspire ; il varie, aussi ^ suivant les lieux qu'il habite et le caractère des agens chargés de le surveiller. Dans tous les cas , la surveillance n'est pas et ne saurait être continue, elle n'est pas même opérée par des informations prises chaque jour sur le compte des libérés. La disproportion extrême qui existe entre le nombre des agens de police et ces derniers, ne comporterait ni l'un ni l'autre mode de surveillance, qui, d'ailleurs , serait intolérable s'il n'était impossible.
Quand le libéré loge en garni, le commissaire de police se contente quelquefois de suivre ses changemens de demeure , par l'inspection des registres des logeurs. C'est l'expédient le plus simple pour celui qui surveille, et le moins importun pour le malheureux assujetti à l'opprobre de la surveillance. Si le libéré habite une maison particulière , le commissaire ne peut s'abstenir d'employer le ministère de ses agens envers lui, à moins que ce dernier ne préfère se présenter de temps en temps à son bureau, pour mettre à couvert sa responsabilité. Ces comparutions périodiques sont aussi une des formesles moins péni-
EXAMEN DE L\ SÎTRVEILLANCE
blcsdela surveillance. L'intervention dcsagens est le moyen d'enquête le plus sujet à inconvéniens, parce qu'il met le libéré, jusqu'à un certain point, à la discrétion de celui qui est chargé de le surveiller. En effet , l'inspecteur n'a que deux voies à suivre pour accomplir sa mission : il faut qu'il se mette en rapport avec le portier de la maison habitée par le libéré, ou avec celui-ci. Dans le premier cas, il est impossihle que le portier ne se doute pas de la condition de l'individu sur lequel il est périodiquement interrogé , en admettant que cette condition ne lui soit pas révélée tout d'abord par l'inspecteur. Dans le second cas, il y a lieu de croire que le préposé n'abusera pas de l'empire que sa position lui donne sur celui qu'il est chargé de surveiller ; l'honneur et l'humanité devraient au moins lui en faire une loi. Mais qui ne sait combien, en général, chez les agens subalternes de l'autorité , l'excès est près de l'usage du pouvoir.
Dans les départemens, depuis que le libéré aie droit de se transporter à son gré d'un lieu dans un autre, les autorités locales des communes où il s'arrête pour chercher du travail, s'appliquent à le détourner de son dessein, en lui disant que le travail abonde peu dans la commune , que la concurrence des travailleurs y rend leur emploi très difficile , qu'il