‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes, et des moyens de les rendre meilleuresChapitre 27 sur 156 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Bibliothèques populaires. — Nécessité de multiplier et propager les bons livres à l'usage delà jeunesse. — Kncouragcmens dus aux écrivains-moralistes.— Avantages que l'on pourrait tirer du romau employé comme cadre d'instruction morale. — De l'établissement et de l'administration des l)ibliotl)èques populaires chez plusieurs peuples. — Moyens d'approprier cet usage aux besoins des classes ouvrières, en France, (i)

Répandre l'instruction parmi les classes pauvres sans leur offrir en même temps de bonnes lectures , c'est risquer de faire tourner au profit des penchans vicieux des individus qui ont reçu cette instruction , une force qui pourrait être une source d'avantages pour ces derniers , ainsi que pour le pays.

Il importe donc, alors qu'un grand développement vient d'être donné à l'instruction primaire, d'encourager par tous les moyens possibles , la publication de nouveaux ouvrages élémentaires , et de fonder dès à présent pour la population ouvrière, des bibliothèques capables de réunir les meilleurs de ces ouvrages déjà connus.

(i) Ce chapitre a reçu quelques additions.

PROPAGATION DES BONS LIVRES. li5

Le gouvernement a senti et proclamé ce double besoin ; il a chargé une commission d'examiner les livres élémentaires qui peuvent être placés utilement dans les mains de la jeunesse. Plusieurs de ces livres ont été et sont, de temps en temps, distribués aux enfans indigens dans les écoles. Mais il faut que ces distributions soient abondantes et qu'elles se renouvellent fréquemment. C'est à la législature autant qu'au gouvernement à y pourvoir par des fortes subventions.

Ne perdons pas de vue, en effet, que le but de la loi sur l'instruction primaire est autant de moraliser la génération naissante des classes laborieuses que de l'éclairer. Or, pour atteindre ce but, qui se lie aux intérêts les plus pressans et les plus sacrés de la nation , il faut propager abondamment les livres de lecture utiles aux enfans , livres dont la disette a été signalée par le gouvernement lui-même, dans des documens publics. Cette propagation est nécessaire, autant pour répondre aux besoins habituels des écoles, que pour intéresser et captiver l'attention des élèves par la variété des lectures ; car l'esprit des enfans, en raison de sa faiblesse même, est plus mobile et plus changeant que celui des adultes ; et Ton ne peut fixer, pour ainsi dire , cette mobilité que par des changemens répétés et habilement ménagés.

JlG PROPAGATION DES BONS LîVRFS.

Ceci est vrai principalement à l'égard des livres religieux et de morale. Malgré l'extrême douceur de la morale chrétienne, le fond de ses préceptes étant naturellement austère, l'instituteur serait impuissant à les faire germer dans le cœur de ses élèves, s'il ne les leur offrait sous des couleurs à-la-fois variées et attrayantes. Les contes, les nouvelles et en général toutes les productions qui tendent à introduire dans l'esprit des enfans une nourriture morale, appropriée à leur âge, sont également soumis aux mêmes conditions pour pouvoir remplir leur objet; il faut qu'ils soient revêtus d'une forme agréable et piquante par sa nouveauté : ce n'est qu'à ce prix qu'il leur est donné d'éveiller et de soutenir la curiosité des lecteurs les plus fantasques et les plus difficiles de tous.

Après ces premiers besoins de l'instruction viennent d'autres besoins presque aussi impérieux. L'enfant, au sortir de l'école, devient apprenti et bientôt ouvrier. Mêlé dans le tourbillon social , il se trouve initié à une vie toute nouvelle. Là chacun est livré à ses propres forces : l'un tombe, l'autre s'élève; le malheureux rencontre quelquefois une main secourable; mais, le plus souvent, il est délaissé par la foule avec indifférence. Les passions sont soumises à de continuelles excitations sur ce grand théâtre,

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