ET DE LA RECRÉATION
ont pour unique but la connaissance et l'amour de Dieu, aucune de ces croyances ne se trouve froissée.
L'instruction morale revêt quelquefois dans ces réunions d'enfans une forme dramatique ; on en jugera par le trait suivant.
Un enfant élevé dans l'asile que nous venons de citer, s'étant plaint un soir à sa mère qu'il avait été frappé par la maîtresse de l'établissement, sa sœur plus âgée, qui avait coutume de l'accompagner^ fit le lendemain des représentations à ce sujet à l'institutrice, laquelle nia le fait et offrit d'amener l'enfant à convenir qu'il était inexact. La scène eut lieu en présence de la sœur qui resta cachée, afin de ne pas gêner les explications. La maîtresse, chérie de ses élèves, les intéressa vivement, en leur disant, qu'elle âvait été affligée d'apprendre que l'un d'eux se fût permis un mensonge, tendant à l'accuser de l'avoir frappé, lorsqu'ils savaient tous que jamais elles n'avait eu recours à cette extrémité envers aucun d'eux; que bien qu'elle eût été fort sensible à un pareil reproche , elle consentirait pourtant à pardonner au coupable, s'il avouait sincèrement sa faute; que s'il ne lui donnait pas cette satisfaction, il serait cause qu'elle abandonnerait Fasile, malgré le regret qu'elle aurait de se séparer de ses chers enfans. Ces paroles furent écoutées dans un profond silence. Tous
ÎO DAMrg INSPECTRICES.
les visogcs trahissaient les émotions les plus vives, lorsqu'un enfant se lève et déclare avec une angoisse qui se manifestait par des larmes, que c'était lui qui avait tenu le propos rapporté à sa maîtresse, et que c'était, en effet, un mensonge dont il se repentait. Cet aveu et les pleurs qui l'accompagnaient produisirent une impression profonde sur le jeune auditoire, qui bientôt fut ramené à des sentimens plus doux par les paroles pleines de tendresse de celle dont la menace l'avait effrayé un moment. De telles leçons gravent dans les cœurs les préceptes de la morale en caractères indélébiles.
Les salles d'asile sont soumises à l'inspection d'un comité de dames qui a droit aux plus vives actions de grâces, parce que, jusqu'au moment où l'administration municipale s'est chargée de la direction de ces établissemens , il a pourvu à leur entretien avec un zèle et une prévoyance qui ne se sont jamais démentis. Ce comité est désormais inséparable de l'institution des salles d'asile. En effet, qui, mieux que des mères de famille animées d'un dévoûment volontaire et désintéressé , pouvait surveiller utilement un dépôt si délicat et si fragile; qui , mieux qu'elles, pouvait l'entourer de cette sollicitude et de ces attentions dont l'enfance a tant de besoin. Des inspecteurs ou des inspectrices salariées n'apporte-
DAMES ÏNSPECTHICES. Il
raient pas dans leurs fonctions cette énergie morale, cette charité douce et ardente, qui est si ingénieuse, si féconde chez les femmes , et qui les rend si habiles dans tous les offices de la bienfaisance. Nous avons fait remarquer que la jeune population rassemblée dans les asiles appartenait à la partie la plus pauvre des classes laborieuses. Les dames chargées de son inspection occupent toutes, au contraire, une position élevée dans la société; elles ont du loisir, de la fortune, ou tout au moins de Taisance. Leurs fonctions ne se bornent pas à s'enquérir de l'état intellectuel et moral des asiles compris dans leur ressort ; elles reçoivent de la bouche des chefs d'étabhssement toutes les demandes qui peuvent tendre non-seulement à procurer des vêtemens aux enfans les plus malheureux, mais encore à soutenir leurs parens par quelques secours. Il est de ces dames qui , entraînées par leur zèle charitable, ne dédaignent pas de porter elles-mêmes leurs pieuses offrandes aux êtres accablés dont elles surveillent les enfans , et qui, à la vue d'une mère ou d'un père gisant malades sur quelques poignées de paille, ont éprouvé, après un vif saisissement, toutes les douceurs de la commisération , tout l'attendrissement de l'humanité; leurs paroles bienveillantes, plus encore que leurs libéralités, pénètrent jusqu'au
12 POPÎJLA.niTÉ DES SALLES D ASILE.
cœur (lu malade, et adoucissent les privations qui l'environnent. Si quelque chose ennoblit le rang et la fortune, c'est assurément une telle conduite. Elle fait plus , elle donne à la personne qui la tient, le sentiment de sa propre estime, et l'encourage à la pratique du bien qui est le fond de toute morale et de toute religion.
Les salles d'asile sont une des institutions les plus utiles et les plus populaires de notre temps. Dans une grande partie des villes industrielles, où l'autorité municipale a eu la sagesse d'en établir, les ouvriers, après quelque hésitation, n'ont pas tardé à en reconnaître les avantages, et à y envoyer leurs enfans. Ces écoles ont produit d'autant plus de bien par rapport à ceux-ci, que beaucoup d'entre eux, employés dans les fabriques comme rattacheurs, ou à d'autres titres, se livraient forcément à des travaux prématurés, et que le séjour de l'asile, en favorisant le développement de leurs facultés morales et intellectuelles, fortifie en même temps leur santé, et les prépare de la sorte insensiblement à la vie laborieuse et pénible qu'ils doivent commencer plus tard. Si la bienfaisance publique peut s'appliquer avec succès à l'amélioration morale du peuple, c'est sans contredit, en aidant par son intervention active, par ses conseils, et au besoin par ses dons, à la
POPULARITÉ DES SALLES d'aSILE. i3
multiplication et au soutien des salles d'asile. Une des questions les plus essentielles et les plus urgentes d'économie sociale, est celle qui concerne la fixation légale de l'âge auquel les enfans peuvent être employés dans les fabriques^ sans dommage pour leur santé et pour leurs mœurs , ou tout au moins de manière que ce dommage se fasse sentir le moins possible. Cette question a une connexité manifeste avec l'institution des salles d'asile^ puisque celles-ci ont été créées spécialement dans la vue de préserver les enfans de périls analogues à ceux qu'ils courent dans les grands établissemens industriels, lorsqu'ils y sont admis de trop bonne heure; et ce but n'intéresse pas seulement le sort de l'enfant du pauvre , mais celui de l'état lui-même, qui doit apporter la sollicitude la plus attentive dans la conservation des forces de la population, et dans l'intégrité de ses mœurs.
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SECTIOÎf II.
Ecoles élémentaires gratuites poar les garçons. — Etudes assorties dans ces écoles aax besoins des classes laborieuses, — Ecoles privées, extension illimitée des études dans ces écoles. — Difiicultés de mettre des bornes à l'ambition des parens et des élèves. — Impuissance de l'administration sons ce rapport, en raison de la liberté de l'industrie.
— Avantages qui balancent les inconvéniens de cet état de choses. — Enfans employé» dans les fabriques. — Leur état physique et moral dans certains départeroeos «rt à Paris-
— Nécessité d'une réforme à l'égard de ces enfans. — Données fournie» sur celte question par les chambres de commerce, des manufactures et des conseils de prud'hommes.
— Votes des grands conseils sur la même question. — Examen de ces votes. — Age d'admission.— Aptitude physique. — Durée du travail. — Distances à parcourir par les enfans pour se rendre dans les /abriques et pour regagner Itur demeure. — Vues d'amélioralion sur ces points essentiels. — De l'instruction de l'enfant préparatoire à l'entrée en fabrique. — Instruction complémentaire. — Nécessité de rendi-e l'instruction obligatoire et pour les enfans des fabriques et pour les apprentis de tous les arts industriels. — Distinction à faire entre l'industrie manufacturière et les professions mécaniques, quant à l'union de l'apprentissage avec l'instruction. — Point de départ de cette union, en ce qui touche ces dernières professions. Instructions morale et religieuse des enfans. — Prévisions de l'administration à cet égaid. — Cours normal publié à l'usage des maîtres pour l'éducation des enfans. — Question des vacances. — Inspection des écoles.
Les enfans recueillis dans les asiles en sortent, dès râge de cinq à sept ans, pour entrer dans les écoles proprement dites. Ces écoles sont dirigées ou d'après le mode simultané, ou d'après le mode mutuel. Les enfans qui les fréquentent, étant destinés à l'exercice des arts industriels, il leur suffit de recevoir une bonne instruction primaire. L'économie de cette instruction a été réglée par la loi, de manière que les connaissances dont elle se compose sont suffisantes pour éclairer un simple ouvrier, comme elles sont propres à former le contre-maître, par lequel il doit être conduit.
po'tjr les garçons. i5
Toutefois, quoique le législateur ait essayé de satisfaire tous les intérêts , et qu'il ait ménagé aux classes inférieures, qui jusqu'alors avaient été négligées, les moyens de se hire jour, par l'instruction^ dans la voie du bien-être, il n'est pas en son pouvoir de maîtriser la volonté de ceux en faveur de qui il a disposé. En les mettant à portée de s'éclairer, et par conséquent d'améliorer leur position, était-il convenable , était-il possible qu'il leur dît : Vous n'irez que jusque-là ? Non , sans doute. Il devait, ainsi qu'il l'a fait, laisser à l'ambition particulière un libre essor, sous peine d'encourir le reproche de comprimer d'une main le mouvement qu'il aurait fait naître de l'autre. La base fondamentale sur laquelle repose notre ordre social est la liberté sous la loi. Du moment que cette liberté agit dans le cercle qui lui a été tracé par le pouvoir civil, elle est irrépréhensible, en tant qu'elle ne préjudicie aux droits de qui que ce soit. Or, la mise en pratique de ce principe appliqué à l'instruction, ou, ce qui est la même chose ^ au travail, à l'industrie, comporterait-elle d'autres limites que celle du droit des tiers? Si, sous prétexte de la régulariser, on la soumettait à d'autres entraves, ces entraves ne mèneraient-elles pas à la résurrection des castes, au rétablissement du régime prohibitif et du privilège?
iG KCOLES PRIVÉES.
Outre qu'une pareille entreprise serait incompatible avec l'esprit de nos institutions politiques et avec nos mœurs, elle rencontrerait clans l'exécution une foule d'obstacles, soit de la part de l'intérêt individuel, soit de la part de l'intérêt public sainement entendu. Les écoles primaires se divisent en deux classes distinctes : les écoles gratuites, défrayées par l'administration municipale ; et les écoles payantes, établies et soutenues par l'industrie privée. Le pauvre qui apprécie l'utilité de l'instruction envoie ses enfans aux écoles gratuites, et ne peut guère les envoyer que là. En parlant du pauvre, j'entends désigner ici celui qui est porté sur le rôle des indigens, et secouru comme tel, et, en outre, celui qui, répugnant dans son malheur à profiter de l'assistance publique, est pourtant contraint à placer ses enfans dans les écoles gratuites, afin d'échapper à l'humiliation de recevoir, à titre d'aumône , la somme qu'il dépenserait pour payer l'instruction de ces mêmes enfans. Néanmoins, à côté de ces pères de famille plus ou moins malheureux, il est des individus dont les moyens d'existence sont bornés, incertains, et qui, rachetant par l'intelligence, l'activité et l'ordre, ce qui leur manque du côté du bien-être, préfèrent envoyer leurs enfans aux écoles privées ou payantes, plutôt que