CERCLES ; LETTR UTILITÉ
avec profit, pour l'exercice de leur profession telle localité plutôt que telle autre. Afin même de mieux atteindre ce but, chaque abonné aurait le droit de faire admettre gratuitement dans le cercle, tout étranger , domicilié sur le territoire de l'ancienne province, que ses affaires ou ses convenances auraient attiré momentanément à Paris. La durée de celte admission ne pourrait excécier un certain temps.
On recevrait dans le cercle, tous les journaux et les meilleures revues. On y formerait une bibliothèque composée de bons livres et principalement d'ouvrages historiques. Les jeux de hasard y seraient prohibés, et quant aux autres jeux, dont il serait permis de restreindre le nombre, en ne tolérant que les jeux les plus savans , un tarif en déterminerait la mise la plus élevée , qu'il serait interdit de dépasser.
Ces établissemens pourraient, je pense, subsister concurremment avec les cabinets de lecture , répandus autour des écoles et pourvus de salles d'étude. En effet les cercles sont des lieux de conversation et de plaisir, tandis que les cabinets de lecture ne sont consacrés qu'à l'étude et principalement à l'étude du droit ou des sciences médicales. Quelque attrait que puissent offrir les cercles que nous
POUR LES ÉLÈVES DES HAUTES ÉCOLES. ^iZ
proposons, il est douteux que cet attrait agisse fortement sur les abonnés des salles de lecture, car ces abonnés passent pour les moins aisés des étudians et pour les plus laborieux. Il n'est donc pas à croire qu'ils abandonnent le cabinet de lecture pour le cercle, et il ne l'est pas davantage qu'ils aient le moyen de supporter les frais réunis des deux abonnemens. J'espère donc que ces établissemens seront de nature à prospérer simultanément les uns à côté des autres, et c'est dans cet espoir que j'ai mis en avant le projet de fonder des cercles pour la jeunesse des écoles, projet qui a pour but de multiplier les centres honnêtes de réunion et d'attirer par le plaisir ceux que l'étude serait impuissante à captiver hors le temps des cours.
Depuis quelques années, il s'est introduit dans les mœurs de la jeunesse française, des habitudes germaniq!ies et hollandaises qu'elle semblait avoir dédaignées jusque-là, et qui, outre qu'elles sont incommodes pour nombre de personnes, occasionnent à ceux qui s'y livrent des dépenses qui ne laissent pas d'être considérables. Ces habitudes ont donné naissance à deux gouffres nouveaux pour le temps et l'argent de la jeunesse studieuse : ce sont les estaminets et les divans. Les cafés étaient certes plus que sulfisans pour lui ménager des passe-temps
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et des distractions. Je ne dissimulerai pas qu'en proposant d'établir à Paris et dans les grandes villes des cercles littéraires et familiers, mon dessein a été de combattre dans la jeunesse ces habitudes de fraîche date et de la ramener à ses anciens goûts dont le type délicat, vif, léger et brillant a toujours été français.
La vie des commis-marchands , et en général des employés des diverses maisons de commerce, est beaucoup moins indépendante que celle des étudians. Le loisir des premiers ne date que de la fin du jour, c'est-à-dire du moment où les affaires ont cessé d'avoir cours, tandis que celui des derniers dépend de leur zèle plus ou moins vif pour l'étude , et à vrai dire, de leur propre volonté. Pour l'étudiant, dont la journée est partagée entre des cours de toutes sortes , il serait superflu d'en introduire de nouveaux le soir dans le cercle auquel il appartiendrait. Ce serait grever les fonds de l'établissement de dépenses qui pourraient être remplacées par d'autres mieux assorties aux besoins réels des abonnés : aussi me suis-je abstenu de faire , à cet égard, aucune proposition.
Mais il n'en est pas de même en ce qui touche les employés des maisons de commerce. Ces employés sont peu instruits : quelques-uns sont à peine let-
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très, et pendant la journée, ils n'ont ni les moyens ni le temps de cultiver leur esprit. Pour cette classe de jeunes gens, l'enseignement du soir serait extrêmement utile, autant pour l'accroissement de leurs lumières que pour leur perfectionnement moral. Non-seulement il profiterait aux élèves, mais il tournerait à l'avantage des commerçans eux-mêmes, en occupant les loisirs de leurs employés de manière à rendre ceux-ci meilleurs.
L'établissement de ces cours n'exigerait qu'un local par arrondissement, assez vaste pour y recevoir les nombreux élèves qui ne manqueraient pas de se présenter : je ne parle, au surplus^ que des arrondissemens spécialement affectés au commerce. Les maires de ces arrondissemens seraient encore les personnes les plus propres à organiser les moyens d'instruction que nous venons d'indiquer; la plus grande difficulté consisterait à trouver des ressources pour y parvenir. Les demander à l'administration municipale, ce serait faire peser sur son budget une charge qu'elle ne doit pas supporter et qui n'entre pas dans la catégorie de celles que les lois imposent aux communes. L'administration ou la cité qu'elle représente est contrainte, avec raison, de procurer aux enfans de la classe pauvre les premiers élémens de l'instruction qui servent à former son cœur en
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même temps que son esprit. A Paris , et personne n'oserait le contester, elle remplit largement cette obligation, car elle ne se contente pas de fournir l'instruction h. l'enfance , ainsi que le veut la loi, elle la donne aux adultes pour lesquels elle a créé des classes particulières, en ne consultant que sa propre générosité.
Les employés des maisons de commerce ne font partie ni de la classe pauvre ni de la classe aisée : ils appartiennent à une classe qui, à la vérité, se rapproche plus de la première que de la seconde, mais qui est en dehors de celle-ci, et qui, par conséquent, ne saurait prétendre aux libéralités municipales que l'état de pauvreté commande en faveur des nécessiteux. A défaut de la cité, le commerce seul serait appelé à prendre sur lui le fardeau de la dépense nécessaire pour l'établissement des cours projetés. Une cotisation annuelle, proportionnée au nombre des chefs d'industrie répandus dans les divers arrondissemens, et en rapport avec le nombre présumé des élèves, servirait à former autant de fonds distincts qu'il y aurait de cours à créer, et permettrait de réaliser une pensée éminemment morale et civilisatrice, qui ferait le plus grand honneur au commerce parisien.
Pour que le cotisable ne restât point étranger à