‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes, et des moyens de les rendre meilleuresChapitre 59 sur 156 · CHAPITRE P · texte numérisé non relu

CHAPITRE P

De l'ivrognerie. — Influence de ce vice, à Paris j parmi les classes ouvrières. — Examen des moyens cura tifs recueillis par M. Villermé dans les villes manufacturières du nord qu'il a parcourues. — Soustraire les enfans à la contagion des mauvais exemples de leurs jparens. Organisation de ce moyen. — Travail en famille. — Oisiveté du dimanche et des jours de chômage; comment occuper cette oisiveté; vues à ce sujet. — Quel effet moral y aurait-il à espérer d'une augmentation de droits perçus sur les liqueurs fortes? — Inconvéniens de l'emprisonnement appliqué comme moyen répressif à l'ivrognerie simple. — Avantages de la publicité donnée par la voie de la presse aux faits d'ivrognerie qualifiés crimes ou délits et punis comme tels. — Utilité de l'influence des entrepreneurs pour combattre le vice de l'ivrognerie, (i)

En retraçant les mœurs et les habitudes des ouvriers, à Paris , nous avons signalé un vice qui a pour effet , non-seulement de dégrader leur caractère

(i) Ce chapitre est d'uu bouta l'autre, une addition à mon premier travail.

220 ivrognerie; influence de ce vice

d'homme, mais de consumer inutilement une grande partie de leur salaire, et de priver ainsi leurs femmes et leurs enfans des choses les plus nécessaires à la vie. Ce vice est l'ivrognerie : il est répandu dans toutes les classes ouvrières, et en particulier, dans quelque corps d'état où une tradition funeste et invétérée, et peut-être la nature du métier ont contribué à le perpétuer. Les ouvriers des manufactures doivent être placés en première ligne, parmi ceux qui composent ces corps d'état.

Quoique Paris soit une des villes industrielles les plus actives de France , et que , sous le rapport des forces productives et du développement du travail, il ne le cède pas à Lyon , qui est néanmoins un immense atelier , il est constant , que les cas d'ivrognerie y sont moins fréquens , relativement à la masse de la population, que dans les principales villes des départemens du nord, où l'industrie manufacturière rassemble de nombreux ouvriers. Le quartier où l'on en constate le plus, est celui de la cité , et chose remarquable , c'est un de ceux qui sont le plus étrangers aux travaux de l'industrie ; sa position centrale et voisine des lignes de communication les plus importantes du commerce, le grand nombre de cabarets, de débits de liqueurs fortes, d'estaminets et de gargotes qu'on y rencontre , toutes

A PARIS. 2'2f

ces causes expliquent l'affluence des buveurs qu'il attire et les excès que cette affluence occasionne.

Le climat exerce une grande influence sur le penchant à l'ivrognerie : ainsi , il n'est pas douteux que les peuples du midi ne soient plus tempérans que ceux du nord, et, à cet égard, les générations, outre qu'elles sont plus précoces chez les peuples méridionaux, y sont aussi moins sujettes à ces inclinations basses qui avilissent l'homme, et le font descendre dans certains momens à l'état de brute (i). Les plaintes que le travail excessif et les mœurs corrompues des enfans des manufactures ont fait naître dans quelques villes , n'ont pas peu contribué probablement à déterminer un savant académicien que nous avons déjà nommé (2), et dont nous avons fait connaître l'honorable mission, à diriger de préférence ses recherches vers le nord , qui est plus spécialement la région des manufactures.

Un des chapitres les plus instructifs que nous avons remarqués dans son rapport à l'académie des sciences morales et politiques, est celui qui traite

(i) Voy. Ch. Roesch, de l'Abus des boissons spirilueuses, considérés sous le point de vue de la police médicale et de la médecine légale {Annales d kjgène publ., Paris, 18 38, t. xx, p. 5 et suiv.)

{ij M. Villermé, de l'Ivrognerie, principalement chez les ouvriers des manufactures {Ann. d'hygène publ„ Paris, 1839^ t. xxir, pag. 98 et suiv.)

l'il TNFLTir.NCE DU mAmE VICE DANS LES VILLES

de l'ivrognerie. L'auteur en assigne les causes avec autant de précision que d'exactitude, et il s'occupe ensuite de faire connaître les moyens que des hommes sages et expérimentés, appartenant à tous les rangs de l'industrie, lui ont indiqués dans les villes où il a séjourné , pour remédier à ce vice funeste , qu'il appelle avec raison le plus grand fléau des classes laborieuses.

Gomme j'ai été moi-même conduit, par mes propres informations, à méditer sur ce sujet si difficile, j'examinerai rapidement les solutions diverses que M. Viilermé a consignées dans son travail, soit pour adopter celles qui me paraîtront bien établies , soit pour contredire celles que je jugerai inadmissibles.

Le premier moyen curatif proposé consisterait à arracher les enfans et les jeunes gens aux exemples contagieux d'intempérance et d'immoralité que leur donnent les parens.

Ce moyen est, en effet, le plus propre à remédier au mal, en le coupant dans sa racine. Nous l'avons indiqué nous-méme, en parlant de l'instruction des classes ouvrières , et les documens nombreux que nous avons recueillis sur les effets moraux de la résidence des apprentis dans les ateliers où ils travaillent rendent à cet égard notre conviction complète. Cette conviction est aussi celle de beaucoup de chefs d'ate-

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