‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes, et des moyens de les rendre meilleuresChapitre 7 sur 156 · DIFFICULTÉ DE METTRE DES BORNES · texte numérisé non relu

DIFFICULTÉ DE METTRE DES BORNES

est en éveil quand il consulte, elle l'est bien plus lorsqu'on lui adresse à ce sujet des observations qu'il n'a pas demandées.

D'après les dispositions connues des gens du peuple ou de la petite industrie , le parti le plus sage est de laisser faire , d'autant mieux que le travers qui porte les parens à donner à leurs enfans une instruction supérieure et même moyenne, est beaucoup moins commun qu'on ne le pense. L'autorité publique a organisé ses écoles primaires du premier degré et du degré supérieur, de manière à ôter à la vanité des parens tous moyens de se satisfaire; elle n'a introduit dans son programme que les connaissances strictement nécessaires à la masse des travailleurs, sans viser à la recherche ni à la profondeur. L'administration ne peut répondre que de ses actes et de la direction de ses agens ; elle n'a rien à prescrire à l'enseignement établi par l'industrie particulière, et encore moins à l'intérêt individuel. C'est à l'opinion publique et à ses organes à signaler au peuple les écueils qu'il doit éviter , quant à la manière d'instruire ses enfans , et à le prémunir ainsi contre les tentations de sa vanité et contre les illusions d'une tendresse malavisée. Il y a toujours eu et il y aura constamment dans un grand état des personnes déclassées; ce déclassement est un mal,

A. l'ambition des parens kt des élèves. 19

sans contredit, parce qu'il dénote une situation équivoque ou fausse chez quelques membres de la société, et que cette situation doit nécessairement produire des embarras et du trouble dans l'économie sociale; mais ce mal, comme tous les travers, comme tous les vices, ne saurait être prévenu d'une manière absolue, parce qu'il tient en même temps et à la vanité des parens et à celle des enfans. Il y a des jeunes gens qui auraient pu devenir de bons contremaîtres et qui végètent dans un bureau d'écrivain ou dans quelque étude, sans autre espoir que celui de gagner péniblement leur vie. Je dis péniblement, car, à coup sûr , leur labeur est plus rude et surtout plus ingrat que celui d'un contre-maître qui, avec de l'ordre et de l'application au travail , peut se flatter de parvenir un jour au rang d'entrepreneur. Ils présument tellement de la considération attachée à leur prétendue instruction , que , dans les niomens de chômage , pressés par le besoin , ils préfèrent supporter les privations les plus dures plutôt que de quitter leur mince industrie pour une profession mécanique, encore que leur jeunesse les mît à portée de fournir dans l'exercice de celle-ci une carrière utile et honorable. Les préjugés entraînent tous les jours dans de semblables erreurs.

Quoi qu'il en soit, ces inconvéniens, dont nous

2() AVA.NTAGrS QUI BALANCENT LES INCONVKNIENS

ne dissimulerons pas la gravité, ne sauraient être mis en parallèle avec les avantages que l'état doit se promettre de l'égalité civile, qui est im corollaire de la liberté sous la loi. En effet, les progrès de la civilisation et la vitalité du corps social dépendent de l'émulation de tous et de la concurrence permanente des intérêts. Dans aucune nation, le sentiment de l'égalité n'est plus profond et plus général qu'en France. Ce sentiment, qui est aussi une idée, ou pour mieux dire une théorie et un droit, a produit, depuis cinquante ans, dans notre pays, un immense développement de forces et de richesses ; c'est à lui plus qu'à toute autre cause qu'il faut rapporter la grandeur de la France dans toutes les carrières. Il tient tout le monde en haleine, les uns pour conserver et pour accroître ce qu'ils ont acquis; les autres, pour acquérir ce qui leur manque et pour ajouter également à leur avoir. Cette aspiration universelle vers un mieux indéfini est la loi de tous les peuples policés, mais principalement des peuples libres. Voilà pourquoi, au milieu d'une telle fermentation, il importe que l'administration soit sage et éclairée , et que la liberté individuelle ne puisse pas excéder certaines limites, dans l'intérêt de tous. Le mouvement ascensionnel des classes inférieures vers les plus hauts degrés de l'échelle sociale entre-

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