‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes, et des moyens de les rendre meilleuresChapitre 85 sur 156 · TOT DTî silence; système d'aueurn · texte numérisé non relu

TOT DTî silence; système d'aueurn

par la présence et par l'attrait sympathique d'êtres malheureux en qui réside le même besoin. On en jugera par les détails suivans :

Dans tous les pénitenciers organisés en Amérique, d'après le système d'Auburn , les infractions à la règle du silence sont punies de la réduction de nourriture, du cachot ténébreux ou de la peine du fouet. L'application de ces divers châtimens est faite avec rigueur et pourtant les occasions de les infliger semblent se multiplier de plus en plus. La crainte des coups de fouet est elle-même un frein impuissant là où elle semblerait pourtant devoir être augmentée par l'absence de toute information préalable et de tout contrôle. Ainsi , à Sinsing , où les châtimens corporels sont prodigués avec une sévérité inexorable par les gardiens des condamnés , investis sous ce rapport d'une sorte d'omnipotence , la nature comprimée ne laisse pas de se faire jour. Les détenus parviennent, à force de ruse et d'adresse, à communiquer entre eux, soit à voix basse, soit par signes. Ils sont si habiles à tromper la surveillance de leurs gardiens que les plus pervers trouvent le moyen de concerter des projets criminels , dont ils remettent l'exécution après leur sortie du pénitencier. La lutte incessante qui existe entre les condamnés et ceux qui ont en main la force répres-

LOI DU silence; système d'auburn. 287

sive peut faire naître, d'un moment à l'autre, une révolte générale de la part des premiers. Cette considération, ou la lassitude des surveillans, amènera tôt ou tard, d'après le sentiment public, une certaine tolérance quant à l'usage de la parole. M. Demetz, envoyé sur sa demande avec M. Blouet, architecte, dans les États-Unis d'Amérique, pour y étudier les progrès de la science des prisons depuis la publication intéressante de MM. de Beaumont et de Toqueville, sur Tétat et l'administration des pénitenciers de cette contrée, annonce, dans le rapport plein de faits et de documens utiles qu'il a adressé au ministre de l'intérieur, qu'il y a déjà relâchement dans la discipline de l'établissement fondé à Sinsing ; il observe avec raison que ce relâchement est une conséquence plus ou moins tardive, mais inévitable du régime lui-même ou plutôt du principe sur lequel il repose , et il s'écrie ; où trouver, en effet , des hommes qui puissent être chargés de maintenir une discipline aussi rigoureuse , sans devenir, à la longue, ou cruels ou négligens ?

La Grande-Bretagne a essayé du système silencieux dans quelques-unes de ses prisons, sans faire usage des châtimens corporels ; mais cet essai a échoué, et il a fallu recourir à l'emploi de la force physique pour vaincre les résistances.

^88 SYSTKMESILEIVCIKUX; PRfSONS DE LA GR.-BRETAGNF.

A Coldbathfields (Écosse) , où l'application des peines corporelles est environnée de certaines formes, et où le détenu est admis à porter des accusations et des plaintes contre le gardien , le directeur, homme d'une intelligence et d'une capacité remarquables, n'a pas moins de soixante rapports à examiner chaque matin, et en ]836, bien qu'il ait, du reste, tous les moyens désirables pour faire marcher le système, les châtimens infligés dans le pénitencier pour causeries et juiemens, se sont élevés j.usqu'à 5,i38 (i). En i838, ils n'ont pas été moindres de 9,7^0, sur une population de 1 3,8 12 détenus. (2)

Dans la maison de correction de Wakefield, également soumise à la règle du silence, les punitions se sont élevées durant la même année à 12,44^? pour ime population de 3,438. (3)

Enfin, dans toutes les autres prisons de l'Angleterre , soumises à la loi du silence , on a compté 54,825 punitions, pour une population totale de 109,495.(4)

(1) B.a]}T^on sur les pénitenciers des États-Unis, par MM. Demetz et A.Blouet.Paris, i838, in-fol. , p. 42.

(2) Rapport de^M. Moreau-Christophe , inspecteur général des prisons, sur les prisons de l'Angleterre , de TÉcosse , de la Suisse, de la Hollande et de la Belgique , Pam, iSSg, in-4. p. 70.

(3) /^iW., même page. ^

(4) Ibid., m»'me page.

SYSTEME silencieux; PRISONS DELA GR.-ERETAGNE. 289

Ces résultats m'ont paru d'autant plus remarquables, que le système de classification forme le régime légal des prisons de l'Angleterre , et que ce système, combiné avec l'obligation absolue du silence introduite par les réglemens pour neutraliser les vices qu'il renferme , n'a pu réussir à empêcher les communications verbales.

MM. Crawford et Russe! , inspecteurs généraux des prisons de l'Angleterre , en résumant dans leur dernier rapport^ les objections qui s'élèvent contre la loi du silence , répondent à ceux qui prétendent que, quelques mots lancés à la dérobée ne sont pas de nature à corrompre ceux qui les prononcent. <c En admettant , en effet , qu'un seul mot ne soit a pas aussi contagieux que dix, est-ce qu'une suite ce de mots successivement échangés entre les mêmes « personnes pendant un certain nombre de jours, « toutes les fois que l'occasion les réunit , ne con- « stitue pas des phrases complètes ? est-ce qu'on a ce besoin, au surplus de beaucoup parler pour se ce dire beaucoup de choses? est-ce qu'un signe n'est ce pas toute une proposition, tout un projet, tout un ce discours? nous avons mille exemples de prisonce niers, soumis aux lois les plus sévères du silence ce le plus absolu, qui, au bout de quelques semaines ce savaient les noms et les particularités les plus II. 19

agO SYSTÈME SILENCTETJX;

« minutieuses de l'emprisonnement de leurs comcc agnons de préau ou d'atelier. « (i)

Le pénitencier de Genève repose ainsi que les prisons ar)gl,ûses sur la double base des classifications et du silence; il est en outre soumis au régime cellulaire de nuit. Cet établissement qu'on a justement et spirituellement appelé une prison micros^ copique, ou infiniment petite, et que quelques écrivains ont offert à l'imitation du reste de l'Europe comme un modèle à suivre contient, terme moyen, soixante détenus. Ce chiffre ne peut s'élever plus haut, parce que, indépendamment de cinquante-six cellules de nuit, la maison ne possède que deux cellules de punition et quatre ou cinq places dans l'infirmerie. (2)

Malgré le petit nombre de détenus remis à sa direction, et l'appareil d'un personnel considérable; malgré le ressort prétendu si puissant des classifications, et le mode de surveillance le plus étendu en même temps que le plus aisé, le directeur du péni-

(1) Rapport de M. Moreaii-Cbrislophe, inspecteur général des prisons, sur les prisons de l'Angleterre , de l'Ecosse , de la Suisse, de la Hollande et de la Belgique, Paris, 1839, in-4,page7i.

(2) Rapport de M. Moreau-Christophe déjà cité page 149- — Consultez aussi, Observallons sur l'iiyg'icnc des condamnés détenus dans la prison pénitentiaire de Gcnhe par Ch. Coindel — Rapport sur un point de l'hygiène des prisons , fait à la commission administratii's du parlement de Genève^ par Marc D'Espine (Annales d'hygiène publique, t. xix.p. 273. — t. p. i83)

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