TAT PnYSTQUK ET MORAL DES ENPANS
trielle de Mulhouse, recommandable par ses lumières , autant que par la sagesse d'esprit qui la dirige , ait la première appelé Tattention du législateur sur le sort des malheureux enfans attachés aux fabriques du lieu de son établissement.
En parlant du travail imposé aux enfans dans les fabriques, nous ne devons pas omettre de signaler un fait, qui, pour n'être qu'une exception , prouve combien il est important, pour la société, d'intervenir dans le règlement du travail industrie!, au moins en ce qui touche les enfans. Ce fait n'est particulier qu'aux grands centres de fabrication , mais il n'en est pas moins significatif pour cela. Il n'est pas rare, en effet, que dans ces localités, les enfans passent à travailler la nuit du samedi au dimanche; quand l'activité est forcée et continuelle, on se pourvoit d'une seconde troupe d'enfans, et alors, chaque troupe travaille une semaine de jour et une semaine de nuit. La chambre consultative des manufactures d'Elbeuf, en répondant à diverses questions posées dans l'enquête ordonnée par le ministre du commerce, fait observer, à propos des travaux de nuit, que lorsque ces travaux deviennent nécessaires , le fabricant multiplie les moyens de production autant et plus que les forces humaines peuvent le comporter. Répétons, du reste, afin de n'être pas taxé d'exagé-
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ration, que cet état de choses, outre qu'il est exceptionnel , n'a lieu que dans les momens de presse. Enfin, ajoutons qu'il est onéreux au chef d'industrie, tant par le surcroît de dépense qu'entraîne l'éclairage de rétablissement , que pour les risques du feu, la détérioration des machines, et l'infériorité des produits.
Nous terminerons les détails relatifs au travail des enfans dans les fabriques ayant l'eau ou la vapeur pour moteur, par quelques renseignemens sur ce qui se pratique à Paris dans des établissemens analogues, tels que les filatures de laine et de coton. Des enfans y sont admis dès l'âge de huit ans. La durée de leur travail n'est pas moindre de quatorze heures , et ce travail n'est interrompu que par deux repas d'une demi-heure chacun. Un tel ordre de choses est d'autant plus regrettable, que beaucoup de parens pauvres qui, par nécessité, y soumettent leurs enfans, se hâtent de les faire sortir de ce provisoire abrutissant , du moment qu'ils ont fait leur première communion et qu'ils peuvent être placés en apprentissage dans des ateliers ordinaires.
Les mœurs des enfans attachés aux grands établissemens industriels ne sont pas moins corrompues que leur complexion est affaiblie et étiolée. Les détails que nous avons donnés, en retraçant
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ailleurs les habitudes et le genre cle vie des classes ouvrières de Paris, nous dispensent de nous occuper ici des mœurs des enfans appartenant à ces classes, et reçus dans les fabriques. Mais nous profiterons des documens résultant de l'enquête dont il a été parlé ci-dessus, pour faire connaître l'état moral des enfans employés dans les établissemens industriels des départemens placés au premier rang des centres de fabrication. Les lumières qui en sortiront ne peuvent qu'ajouter un nouvel intérêt à ce que nous avons dit des enfans de la capitale, et prouveront que les habitudes licencieuses et dissolues que nous avons signalées comme familières, dans les fabriques de celle-ci, aux enfans non moins qu'aux adultes, affligent également dans d'autres localités les amis de l'ordre et des bonnes mœurs.
On a remarqué, et cette remarque nous étonne peu, que l'immoralité des enfans est d'autant plus grande, qu'ils sont admis plus jeunes dans les fabriques. C'est, en effet, dans les départemens de l'Aisne, de l'Isère, de Maine-et-Loire, du Nord, du Bas-Rhin, de la Seine-Inférieure et des Vosges, où cet usage existe, que les plaintes sont les plus vives et les plus générales. Dans l'Isère, surtout, les enfans qui travaillent en fabrique paraissent se livrer aux plus grands désordres; il en est de même dans
l'Aisne, où les enfans perdent toute espèce de retenue, du moment qu'ils sont sortis des ateliers* Dans le Nord, on cite des faits dont la vérité n'est contestée par personne. A Lille, par exemple, les ouvriers privés de la facilité de se loger hors des murs de la ville, parce que les portes en sont fermées trop tôt, à cause du régime militaire auquel elle est assujettie, les ouvriers, dis-je, se trouvent, par économie, dans la nécessité de se cotiser entre eux pour louer un même local où ils vivent en Bohémiens, Il en est qui ne craignent pas d'établir leur demeure jusque dans des caves, où ils couchent pêle-mêle, comme cette race nomade, sans distinction d âge ni de sexe. Enfin, dans les Vosges, l'usage immodéré de la boisson développe parmi les enfans une dépravation précoce et qui n'est arrêtée par aucun frein. De six à douze ans, là et partout ailleurs , ils essaient de marcher sur les traces de l'adulte : ils fument la pipe, fréquentent le cabaret et se choisissent une concubine, anticipant sur le vœu de la nature par des efforts impuissans, et voulant paraître hommes, alors qu'ils ont à peine atteint la limite de la première enfance.
Ces moeurs sont tellement extraordinaires, et d'un exemple si dangereux, qu'on a dû rechercher les causes auxquelles on pouvait les attribuer, afin de travailler à les corriger et à les épurer par toutes
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sortes (le moyens. Les chambres de commerce et de manufactures, ainsi que les conseils de prud'hommes appelés à éclaircir les questions posées par l'enquête, ont assigné diverses causes à l'immoraUté des cnfans des manufactures : les uns, et c'est le plus grand nombre, sembleraient imputer à la conduite déréglée et au langage indécent des parens la corruption prématurée des enfans employés dans les fabriques; les autres ajouteraient à cette cause le mauvais exemple que leur offrent, hors des établissemens où ils sont occupés, les ouvriers adultes et les enfans oisifs qui errent sur la voie publique dans tous les grands centres de population.
Les causes de dépravation que nous venons de rappeler sont en effet incontestables, et agissent fortement sur les enfans des manufactures; mais, pour ne rien déguiser, nous devons dire que le régime défectueux de celles-ci n'est pas sans influence sur les moeurs des individus de tout âge qu'elles rassemblent. Par l'effet de ce régime, non-seulement les travailleurs des deux sexes trouvent dans l'intérieur de l'établissement de fréquentes occasions de se voir et de se parler, ce qui, du reste, me paraît inévitable; mais l'heure de la sortie des ateliers étant la même pour tous, il s'ensuit que ces occasions amènent au dehors des rapprochemens et
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un commerce contraires aux bonnes mœurs. Il y a plus : on a signalé, dans certaines fabriques, une telle imprévoyance ou un tel mépris des lois de la pudeur, de la part des chefs d'industrie, que les enfans et les adultes des deux sexes sont contraints de fréquenter les mêmes lieux d'aisance, faute de localités séparées.
Tout concourt donc à appeler une réforme dans l'état physique et moral des enfans appliqués au travail des fabriques. La protection due à l'enfance et l'intérêt de la société ne permettent pas de différer davantage l'accomplissement de cette réforme importante. Le gouvernement l'a compris, et il paraît prêt à proposer une loi dans ce but.
D'après le rapport imprimé, fait par le bureau des manufactures au ministre du commerce, les opinions des chefs d'industrie composant les chambres de commerce et de manufactures, ainsi que les conseils de prud'hommes, sembleraient partagées sur l'âge où l'enfant serait légalement admissible dans les fabriques. Cet âge , selon les uns, devrait être fixé à neuf ans, et selon les autres, à dix ans. Le plus grand nombre toutefois inclinerait pour le premier parti, qui se rapproche en effet davantage de l'usage établi et de l'organisation générale du travail dans les manufactures. Les mêmes corps indus-