‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes (volume 2)Chapitre 1 sur 337 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

La question de morale qui a donné lieu à la rer cherche et à l'étude des faits d'après lesquels cet ouvrage a été conçu et rédigé primitivement , avait pour objet de déterminer les élémens dont se compose, dans les grandes villes, la partie de la population réputée dangereuse, par ses vices, son ignorance et sa misère, et d'indiquer les moyens à employer pour la rendre meilleure, (i)

Cette question, quoique fort importante, si l'on en juge par les termes mêmes de son énoncé , était cependant restreinte à l'observation d'une classe spéciale : la classe dangereuse et ignorante. Afin d'offrir un tableau complet de la lie des grandes villes,

(i) Voici les termes même de la question mise au concours par l'Académie des sciences morales et politiques : Rechercher d'après des observations positives , quels sont les élémens dont se compose à Paris , ou dans toute autre grande 'ville, cette partie de la population qui forme une classe dangereuse par ses vices, son ignorance et sa misère ; indiquer les moyens, que l'administration, les hommes riches ou aisés, les ouvriers intelli gens et laborieux pourraient employer pour améliorer cette classe dangereuse et dépravée.

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j'aurais dû ajouter au point de vue marqué dans le programme de l'Académie des sciences morales et politiques un autre point de vue beaucoup moins étendu, mais non moins curieux : celui de la classe dangereuse lettrée, à cause du rôle que l'intelligence joue dans la dépravation des individus auxquels ce point de vue se rapporte. Mais les limites assignées par l'Académie à la question mise au concours, m'imposaient le devoir de ne pas sortir du cadre, qu'elle avait tracé aux concurrens. Je dus, en conséquence, laisser dans l'ombre la partie de la population dangereuse , qui formait le complément naturel de mon mémoire.

Lorsque je fus informé de la distinction dont l'Académie avait bien voulu honorer ce travail, et de la récompense qu'elle m'avait décernée , j'éprouvai aussitôt le besoin d'agrandir le plan de mon ouvrage. Je dis mon ouvrage , car le manuscrit du mémoire envoyé par moi au concours, n'avait pas moins de 4°o pages in-folio. J'entrepris de nouvelles recherches, et je fus bientôt à portée de remplir le vide forcé de mon premier plan qui n'était et ne pouvait être que celui de l'Académie. En me déterminant à donner plus de développement u sujet de mon mémoire , je pris à tâche en même temps de me conformer scrupuleusement aux ob-

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scr varions judicieuses de l'Académie qui m'avait signalé quelques imperfections.

L'œuvre que je publie est le produit des nouvelles recherches que j'ai faites, et de la refonte d'une partie de mon premier travail. J'aurais Voulu indiquer ici les changemens et les additions que j'ai apportés au mémoire qui a obtenu le suffrage de l'Académie , afin de n'être pas taxé d'étendre son approbation à des idées et à des opinions qu'elle n'aurait pas été à même d'apprécier. Mais, toute réflexion faite , j'ai cru qu'il serait plus convenable d'appeler par des notes l'attention du lecteur sur les parties neuves de mon travail , au fur et à me* sure qu'elles passeraient sous ses yeux.

Ce livre est, tout ensemble, un ouvrage d'administration et de morale. L'administrateur y trouvera des documens et des traits de mœurs peu connus jusqu'ici , sur les classes vicieuses et misérables qui foisonnent dans la ville de Paris, de même que dans les autres capitales du monde civilisé. Il pourra juger des précautions et des moyens répressifs employés par l'autorité publique pour garantir l'ordre intérieur de cette grande cité, ainsi que la sûreté de ses habitans et de leurs propriétés. Le moraliste, en lisant le même ouvrage, aura la faculté d'y étudier le vice dans ses principales variétés , d'en appro-

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fondir les causes , et de suivre pas à pas le progrès de ses développemens.

La morale s'est constamment produite dans les écrits des philosophes sous des formes didactiques et purement spéculatives; ses préceptes, son utilité, son influence sur le bonheur de l'homme, y sont exposés avec une raison élevée, avec une onction touchante, avec une éloquence pleine d'énergie. J'ai cru devoir m'imposer un autre rôle. Il m'a semblé que la morale basée sur les faits, et découlant du fond même de la narration , offrirait un nouvel aspect et un nouvel attrait. L'histoire n'est si intéressante que parce que la sentence de l'historien est placée à côté du fait , et qu'elle s'efface quelquefois pour laisser au fait tout seul le soin d'instruire, ou, pour mieux dire, d'enseigner le lecteur. 11 en est de même des jeux de la scène; il en est de même de l'apologue.

Cette union des faits et de la morale m'a paru si naturelle et si féconde, que dans la partie philosophique de mon travail, j'ai jugé convenable de m'interdire toute espèce d'artifice oratoire. J'ai décrit les mœurs du vice, ses désordres et ses excès. Je l'ai personnifié, caractérisé, dans les principales conditions de la société, et j'ai ensuite rappelé les lois éternelles du devoir, en essayant, autant que je le

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