‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes (volume 2)Chapitre 15 sur 337 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Chiffonniers. — Gain du chiffonnier, division de ses tours de ronde. — Triage de la marchandise pendant ses intervalles de repos. — Chiffonniers ambulans et chiffonniers entreposeurs. — Manière de vivre du chiffonnier ambulant. — Ses saillies. — Ses goguettes en cas de riche trouvaille. — Tableau de l'intérieur du chiffonnier. — Gain des chiffonnières et des enfans. — Traits des mœurs des uns et des autres. — Désordres communs à tousi — Elémens dont se compose cette classe de la population.

L'extension que l'industrie a 'prise à Paris depuis 3o ans a donné au métier de chiffonnier qui occupe le dernier degré de l'échelle industrielle , une certaine importance. Hommes, femmes, enfans, tous peuvent se livrer aisément à l'exercice de ce métier, qui n'exige aucun apprentissage et dont les instrumens sont aussi simples que les procédés; une hotte, un crochet et une lanterne, voilà tout le matériel du chiffonnier.

Le chiffonnier adulte, pour gagner de ^5 à l\o sous par jour, selon les saisons, est obligé de faire communément trois rondes, deux de jour, et une de nuit; les deux premières ont lieu de cinq heures du matin à neuf heures, et de onze heures à

MOEURS DES CHIFFONNIERS. Io5

trois heures, et la troisième, dans la soirée, de cinq à onze heures et quelquefois minuit. Le chiffonnier déjeune à neuf heures et dîne à trois heures.

Dans les intervalles de ses recherches, il en trie le produit qu'il appelle la marchandise , et il va vendre ce produit au maître chiffonnier ou au chiffonnier entreposeur. Beaucoup de ceux-ci tiennent des garnis ordinairement affectés au logement des chiffonniers ambulans qui n'ont pas de domicile fixe ; ils réservent le rez-cle- chaussée du garni pour y emmagasiner les objets de leur commerce.

L'opération du triage se fait dans le logis ou hors du logis suivant que le chiffonnier demeure dans ses meubles ou en garni; dans le premier cas, le chiffonnier qui tient à avoir un logement salubre se procure un cabinet distinct et indépendant de sa chambre pour y placer le butin résultant de ses rondes et pour en faire le triage; dans le second cas, et lorsqu'il a affaire à un logeur propre et bien réglé, il trie en plein air , à moins d'intempéries qui naturellement doivent le contraindre à se mettre à l'abri. La hotte du chiffonnier n'est pas seulement le réceptacle des objets de son industrie, elle est encore le panier de son ménage. Il prend parmi les immondices qu'il exploite tout ce qui peut servir à son

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