GOUT DU PEUPLE POUR LES SPECTACLES
il s'est opéré dans les mœurs une révolution qui a dépossédé le théâtre dramatique de son ancienne faveur, pour en investir les assemblées législatives, autre théâtre où l'on est tout ensemble, acteur et spectateur.
L'habitude des amusemens dramatiques est demeurée tenace et invariable dans la moyenne et la petite industrie , et surtout parmi les commis marchands, les ouvriers et les apprentis. C'est cette classe ou plutôt cette multitude de spectateurs qui défraie la représentation des drames extraordinaires et monstrueux mis au jour depuis quelques années, par une école dont la muse en délire semble se complaire clans le viol , l'adultère, l'inceste et le meurtre. Le public blasé des oisifs ne manque pas , au reste , d'accourir le premier à ces drames pleins d'atrocités et de frayer le chemin à la foule des spectateurs.
Il est une autre classe d'écrivains qui, pour exciter la curiosité du vulgaire, par un attrait non moins puissant , s'est attachée à mettre sur la scène, des malfaiteurs doués d'une étonnante habileté dans la science du crime , qui leur fait jouer le principal rôle, et livre à leurs saillies, à leurs lazzis, et à leur moquerie mal déguisée, les agens de l'autorité ainsi que les autres personnages mêlés aux évènemens de
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la pièce. Il n'est donné qu'à eux de captiver l'attention du spectateur. Audace, sang-froid, fertilité d'esprit, gaîté piquante dans les propos , tout ce qui peut intéresser le public, le divertir, on le retrouve en eux. Ils se jouent de la vie des hommes avec la plus froide cruauté, et leur insouciance avant et après îa perpétration du crime est entourée de tels dehors, assaisonnée dételles bouffonneries, que l'indignation est étouffée dans le cœur par ces infâmes facéties, à l'instant même où elle serait près d'éclater.
Quiconque a vu représenter ou lu Y auberge des Adrets et Robert-Macaire , drames célèbres parmi le peuple , reconnaîtra sans peine la justesse de mes observations. Il est impossible de pousser plus loin la science du genre. C'est le triomphe , c'est l'apothéose de l'audace dans le crime. Les honnêtes gens et la force publique sont mystifiés d'un bout à l'autre dans ces deux drames. Robert-Macaire et Bertrand, voleurs de profession, en sont les héros, et après avoir échappé à la mort comme par miracle dans la première pièce, ils y échappent de nouveau dans la seconde, en se sauvant à l'aide d'un ballon.
La tendance de l'une et de l'autre école est d'une extrême immoralité. Je suis loin de vouloir leur imputer cette tendance à mauvaise intention , mais je