EXAMEN DU RAPPORT DE MM. DEMETZ ET BLOUET
à s'y promener durant une heure chaque jour. Il peut même, suivant son état de santé, y passer la journée tout entière. Les cellules des autres prisonniers sont plus spacieuses et plus saines. Les malades sont traités dans des cellules particulières, dépendantes d'un étage supérieur et désignées sous le nom de cellules d'infirmerie. Il arrive, quelquefois, que les malades sont autorisés à se promener dans la grande cour de l'établissement, accompagnés d'un surveillant. Les prisons deTrenton et deMoïa-Mensing ne sont point pourvues de cour, quoiqu'elles aient été bâties d'après les mêmes données que celle de Cherry-Hill. Ce mode de construction, s'il faut en croire les renseignemens publiés à ce sujet par M. Blouet, dans son rapport, ne laisserait rien à désirer sous le rapport de la distribution de la cellule et de son étendue, et offrirait d'autres avantages qu'on ne rencontrerait pas dans le système de Cherry- Hill ; ces avantages tendraient à diminuer le montant de la dépense des constructions, en restreignant l'étendue de l'emplacement et à réduire considérablement les chances d'évasion.
M. Blouet fait observer, que dans l'opinion du docteur Bâche, médecin du pénitencier de Cherry-Hill, les prisonniers, dont la détention n'excède pas trois ans, pourraient se passer aisément de petites cours,
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mais qu'elles sont nécessaires à ceux dont la détention excède ce terme (i). Toutefois, malgré le poids d'une semblable opinion, éclairée d'ailleurs par l'expérience, M. Blouet termine son rapport, en proposant pour la France un plan de prison conforme au système de Philadelphie, tel qu'il est pratiqué àTrenton et à Moïa-Mensing. Il a figuré dans son projet pour l'usage des malades , huit promenoirs découverts et séparés , en même temps que des préaux, ayant la même destination.
La prévision de M. Blouet à l'égard des prévenus malades est pleine d'humanité et comble une lacune importante dans le système pensylvanien. Pourtant ce n'est pas sans surprise que nous avons remarqué la limitation assignée par l'habile architecte à ses promenoirs. Plus la pensée de naturaliser en France le principe de la séparation individuelle, qui préside à l'économie intérieure d'un grand nombre de prisons américaines, était hardie et morale en ellemême , plus MM. Demetz et Blouet devaient aller au-devant des difficultés qui pouvaient leur être opposées en raison des préjugés existans contre toute importation étrangère, en matière de mœurs, et de la nouveauté de l'entreprise. Or, les honorables voya-
(i) Rapport, page 99.
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geurs qui, après MM. de Beaumont et de Tocqueville, leurs généreux devanciers, ont répandu tant de lumières sur la question pratique de l'emprisonnement, étudiée dans les maisons de détention les mieux administrées de l'Amérique, me semblent avoir imité avec une exactitude trop méticuleuse le système de Philadelphie.
On objectait contre la réclusion séparée qu'elle n'était applicable qu'aux condamnés à courtes peines, et qu'elle devait avoir pour effet de paralyser l'action pénale, en obligeant l'administration d'user trop fréquemment du droit de grâce, afin d'atténuer la rigueur des longues détentions.
Il fallait donc attaquer de front cette objection , et la détruire dans sa base, en admettant les détenus valides aussi bien que les malades à prendre de l'exercice plus ou moins souvent dans les promenoirs et les préaux, suivant leur âge, la nature de leur condamnation ou le nombre de leurs récidives. En procédant de cette manière, MM. Demetz et Blouet eussent été fondés à répondre à ceux qui arguent contre le principe de l'emprisonnement séparé mis en pratique à Cherry-Hill, de la date peu reculée de son établissement^ 827) etde l'insuffisance de ses épreuves, que l'expérience avait été jusqu'en 18 36, époque de leur visite , complètement favorable au système ,
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d'après les tables de mortalité et l'état comparé à l'entrée et à la sortie du pénitencier, de la santé de chaque détenu ; que les notes hygiéniques et les solutions diverses du docteur Bâche , médecin de cette maison (i), démontraient que le régime de celle-ci avait généralement profité à la masse des détenus, en les soumettant à une vie calme, laborieuse et régulière ; que ce résultat avait été constaté par eux non-seulement à l'égard de condamnés à moins de deux ans , mais aussi en ce qui concerne des individus constitués en état de captivité depuis six années, et n'ayant quitté le pénitencier que par suite de leur libération ; que les faits avaient prouvé que l'emprisonnement séparé ne différait pas, sous le rapport de l'état sanitaire des prisonniers , de celui qui repose sur la vie commune , au moins pendant une période de six ans, puisque les détenus se portaient aussi bien dans un cas que dans l'autre, et peut-être mieux; que, quant aux détentions plus longues, ils seraient en droit de supposer , d'après le succès constant d'une expérience de neuf années (2) , qu'elles n'offriraient pas, dans un pénitencier semblable à ceux
(1) Rapportât M. Demetz , pièces justificatives, notes, n° 28 et ag.
(2) Depuis le voyage de MM. Demetz et Elouet, il s'est écoulé trois ans , qui paraissent n'avoir apporté aucun changement aux données qu'ils ont recueillies.