‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villesChapitre 15 sur 93 · DES ERFAN8 DES 0LA6SES LABORIEUSES · texte numérisé non relu

DES ERFAN8 DES 0LA6SES LABORIEUSES

i^ame un pareil ministère. Toutes ces qualités seraient même sans effîcadté, si elles n'étaient accompagnées d'un zèle vrai pour les intérêts de l'enfance et d'une vocation naturelle pour son éducation. Dans un ouvrage récent, M, Degérando (i) a tracé aux iiistituteurs primaires les directions qu'ils avaient à suivre pour l'éducation physique, morale et intellectuelle de leurs élèves. Ce livre, que l'on peut cx>n6idérer9 à juste titre , comme le manuel des instituteurs, est remarquable surtout par les vues sages et clairement exposées qu'il renferme j au sujet de l'éducation morale des enÊins de la classe pauvre. Il remplit, sous ce rapport, une lacune qui existait dans tous les ouvrages publiés jusqu'ici sur l'instruction populaire. Ses nombreux et utiles travaux comme écrivain moraliste, sa coopération éclairée à tous les essais qui ont eu pour objet d'avancer et de perfectionner l'enseignement élémentaire, lui donnaient plus de droit qu'à tout autre de guider l'instituteur dans une voie si difficile et pourtant si négligée. Il parcourt , dans divers entretiens, les principaux devoirs qu'il importe d'enseigner aux enfans des conditions laborieuses, et il le fait de manière à faciliter beaucoup la tâche de chaque instituteur^ et à me

(i) Cours nçrmal des instituteurs primaires^ Paris, iSSg, i toI. in^ia*.

64 '^ni'ES B EXÉCUTIOir POUE LEDUCATIOir

dispenser de revenir sur les sujets variés qu'il traite, autrement que par une analyse très rapide.

Son entretien sur l'art de cultiver la raison et de former le jugement de l'enfant se rattache par tant de points à la morale, que je ne puis m'empecher d'en dire quelques mots.

Si la rectitude du jugement est utile à tous les êtres raisonnables , elle l'est plus particulièrement , s'il est possible, à ceux dont le lot est de vivre à la sueur de leur front, par l'exécution journalière de travaux rudes et pénibles. En effet, moins les individus qui appartiennent aux classes laborieuses ont de motifs et d'occasions d'éclairer et d'aiguiser leur esprit , pins il leur importe d'être munis d'une raison droite et ferme, et d'un jugement sain. L'auteur est donc fondé à penser qu'il convient de ramener toutes les idées de l'enfant du pauvre au bon sens , à cette logique naturelle qui est la boussole la plus sûre de nos actions et qui est, à vrai dire , l'instinct de l'esprit. Il veut, par une suite nécessaire, bannir des premiers exercices de la pensée tout ce qui ressemble à de la subtilité; il choisit pour sujet de ces exercices les faits les plus simples et les plus usuels. Ainsi il introduira , dès le début , son élève dans la sphère de la vie réelle et positive, parce que c'est là qu'il doit remplir, autant et plus que qui que ce soit,

DES ElTFAlfS DES CLASSES LABORIEUSES. 65

i;: sa tâche d'homme et de citoyen. Il sera sobre de

/ définitions et de dissertations; mais il lui enseignera

les moyens de se rendre compte de ses idées en les

décomposant et en remontant des effets aux causes.

II lui donnera , dans cette vue y de petits problèmes

dont il laissera la solution à sa propre intelligence ,

lui ménageant le plaisir de s'applaudir de ses succès

et de s'éclairer par ses mécomptes. En dernier résul*

tat, le dessein de l'auteur est aussi judicieux que

sage, puisqu'il a pour objet de réaliser un vœu imi-

versel, celui d'approprier Téducation de l'esprit,

chez le pauvre, à sa condition sociale.

Parmi les enfans admis dans les écoles gratuites , il en est qui sortent des salles d'asile , et ceux*là , ayant déjà reçu les premières teintures de Féduca* tion , n'ont réellement besoin que d'une direction plus large et plus éclairée , que l'instituteur est à portée de leur donner sans autre préparation. Le surplus se compose, en grande partie, d'enfans privés de toute espèce d'instruction, ou, ce qui est pis, ayant reçu, soit dans leurs familles, soit parmi leurs camarades , l'éducation du désordre et du vice : [ceux-ci exigent des soins d'une nature toute différente. Dans le premier cas, il suffit à l'instituteur de combler une lacune, de réparer le temps perdu; dans le second , il sera obligé de détruire les habitudes n. 5

66 VOTS D'iXÉCUTIOIf POUR L ÉPITCATION

vicieciaes, d'effacer les souillures; maïs, quelque pénible que soit cette obligation , il devra être disposé à l'indulgence, car les enfans qu'on lui amène, victimes de torts d'autrui, ne méritent que plus de sollicitude et d'intérêt.

L'éducation morale de l'enfant serait imparfaite et même impossible, si elle n'était subordonnée à l'étude de son caractère. L'amour-propre , la vanité, l'esprit de domination, si communs chez les enfans appartenant aux classes aisées, ne laissent pas de se montrer aussi dans l'école primaire. Ceux en qui ces penchans existent affectent quelquefois de s'y livrer avec d'autant plus de liberté que la condition de leurs parens est plus humble et plus malheureuse. I^ directeur de l'école ne saurait combattre avec trop de force et d'empressement des dispositions répréhensibles chez tous , mais plus condamnables encore dans les rangs de la classe indigente, où elles sont tout ensemble un défaut et un contre-sens. En revanche, il doit traiter avec des égards particuliers les enfans qui , exposés de bonne heure ^ aux humiliations d'une condition pauvre et d'une existence dépendante, sont atteints par le découragement et abattus par la crainte. Il faut les relever à leurs propres yeux, ranimer dans leur cœur la confiance que tout être libre doit avoir en se^ propres forces,

BSS ElTFANS DES CLASSES LASORIEUSES. 67

les engager à se rapprocher de leurs camarades et à compter sur leur sympathie. En même temps, pour que cet espoir ne soit pas trompé , il est à propos d'inspirer à ceux-ci des sentimens doux et bienveillans à leur égard. La même protection est due à ceux qui, affectés de quelque disgrâce extérieure ou de quelque difformité, seraient embarrassés ou rougiraient de Tespèce de défaveur qui semble attachée à leur personne.

Après avoir indiqué les moyens de façonner et de discipliner le caractère, M. Degérando s'occupe de développer dans lé cœur des enfans lès affections sociales. Le procédé le plus simple et le plus puissant pour arriver à ce but consiste à aimer l'enËint de manière à gagner sa confiance et à le convaincre que, dans son instituteur, il a trouve un protecteur et un ami. La reconnaissance, dans ce cas , doit nécessairement éveiller en lui la sensibilité et amener l'affection.

Quant aux relations mutuelles des élèves ^ sans prétendre les faire naître par une action directe , il peut les rendre faciles par une influence conciliante, par une grande impartialité et par un soin scrupuleux à éviter tout ce qui serait de nature à créer des dissensions ou des rivalités jalouses entre ceux qu'il

est appelé à diriger. Les enfans ne sont pas seule-

68 VUES DEXBCUTIOir POUR LÉDUCATIOIf

ment capables d'attachement et d'obligeance pour leui'S camarades, ils sont susceptibles encore d'émotions généreuses; et l'auteur cite des circonstances où ces émotions ont donné lieu à des traits de dévoûment pleins de charme.

Enfin, l'auteur traite , dans une suite de plusieurs entretiens, des moyens d'inspirer aux enfans le sentiment de leurs devoirs. Après avoir mis l'instituteur primaire à portée d'agir sur le caractère et sur le cœur de ses élèves, il l'éclaîre maintenant sur l'art de présider aux premiers mouyemens de leur con^ science, à leurs premiers essais dans les exercices delà vie morale; ses enseignemens à cet égard offrent ime grande variété d'aspects , comme le sujet lui-même. Toutes les notions fondamentales du devoir y trouvent leur place, et elles empruntent de l'éducation religieuse cette force qui grave dans la conscience les hautes vérités de la morale universelle.

Quoique les divers sujets de l'écrit que nous venons d'analyser soient, en général, bien choisis, il en est deux que l'auteur a passés sous silence, et qu'à notre sens, il aurait dû au moins indiquer, en raison de leur importance et de leur utilité réelle : l'un est la passion du jeu, et l'autre le vagabondage. Ces deux écarts si funestes à l'enfance auraient dû

DES KNFAirS DES CLASSES LÀBORIEUSCS. 69

être signalés en traits vifs et frappans dans un livre destiné à la préserver des dangers qu'elle court le plus communément dans les grandes villes. J'essaierai donc de suppléer de mon mieux au silence de lauteur.

La passion du jeu est une de celles qui s'éveillent le plus tôt dans le cœur de l'enfant du pauvre ; elle amène d'ordinaire le vagabondage , car elle finit par préoccuper, par absorber l'enfant tout entier, et par lui faire prendre en dégoût toute autre occupation. Combien de malheureux enfans chez qui cette passion ne se fut jamais développée , si elle n'avait été encouragée et fomentée par les excitations de ces petits joueurs de profession qui errent sur les places» sur les ports, sur les boulevards, et dont l'influence vicieuse attaque dans leurs premières années, et pour ainsi dire à leur début dans la vie , les enfans des classes laborieuses ! Quelle occasion pour l'insti-^ tuteur de faire ressortir les avantages de la soumis* sion, de l'ordre et du travail , en les opposant aux privations et à l'abandon , qui sont la suite triste , mais nécessaire de l'inconduite et de la dissipation ! La vie de l'école, malgré les devoirs quelle impose, lualgré le frein de la discipline qui gène momentanément la liberté des élèves, n'est-elle pas mille fois préférable à l'agitation, au dénûment ou à l'existence

yO VUES D EXECUTION POUR L EDUCATION

chétive des enfans dispersés, sans guide et sans pro* tection , sur le sol glissant et périlleux d'une grande cité? Dans Tune, le travail est tempéré par le plaisir; les amusemens et la gaîté de la cour ou du préau font oublier aisément la contrainte passagère de la classe. Cette contrainte même finit par être un bien et un délassement, car le calme et le travail deviennent un besoin après les ébats bruyans de la récréation. Dans l'autre , au contraire , tout est émotion , difficultés et embarras. Les premiers pas de l'enfant dans la voie du désordre y sont marqués , dès qu'ils sont connus de la famille, par de sévères remontrances, par des menaces et enfin par des punitions. L'enfant, dominé par l'amour du jeu, commence par vendre sa cravate, son mouchoir, sa casquette, pour en jouer le prix. Avant d'en venir à cette extrémité, peut-être tentera-t-il de dérober quelques sous sur le salaire de ses parens, en allant faire des em« plettes pour le ménage ; mais ce moyen , éventé ou insuffisant, il est entraîné, par l'exemple et les conseib de ses compagnons de désordre , à se dépouil* 1er, ainsi que nous venons de le dire , de partie de ses effets, afin de satisfaire sa funeste passion. Plus ses torts se multiplient, plus il fuit la vue de ses parens. Un jour, il arrive trop tard : il Iourte à la porte, il fie Qomme^ il demande à se coucher; on ne lui ré-

DES EICFAirS DES CLASSES LABORIEUSES. 7I

pond pas y ou si Ton veut bien lui répondrCi c'est foar lui refuser l'entrée du logis; en sorte qu'il est réduit à reposer sur le palier ou dans l'allée. Le lendemain , on le reçoit ; mais c'est pour l'empêcher de sortir. Il est retenu captif; on le met au pain et à l'eau. Au bout de quelques jours, il devient libre, et c'est pour recommencer sa vie désordonnée.

Que fera*t-il alors? Après tant d'épreuves toujours trompées, peut-il espérer de nouveau son pardon? Il n'est rien qu'on ne puisse espérer de la miséricorde paternelle ; toutefois il n'a pas la force de se résoudre à rentrer sérieusement dans le devoir ; ses mauvais penchans l'emportent : il était joueur, il devient vagabond. De ce moment, l'enfant, insoumis et égaré par ses mauvaises pensées, n'a plus d'asile. Faible et inexpérimenté , il s'est privé volontairement de tout appui. Dans la maison paternelle, il n'avait pas à s'inquiéter de sa subsistance, de ses vétemens, de son gîte. Livré désormais à lui-même, il faut qu'il pourvoie à tous ses besoins : nécessité d'autant plus pénible, que les habitudes vicieuses qu'il a contractées l'ont assujetti à des besoins étrangers à son âge, et qu'il n'eût pas connus s'il fût resté fidèle à ses devoirs.

Pour subsister f il offrira ses services sur les halles, sur les ports; mais ils nô seront pas toujours accep«

7a vofis d'bxécutio» iK>tiK l'iJducatiow

tés, ou ils ne lui procureront qu'un salaire insuffi — sant. 11 sera contraint de descendre au rôle de men— * diant; mais la mendicité est interdite, et d'ailleurs il sait bien que le dénûment où il se trouve réduit ne doit être imputé qu'à sa désobéissance et à ses mauvais penchans.

Cependant il faut vivre, il faut un abri pour y prendre son sommeil. Il se nourrira de quelques pommes de terre, d'un morceau de pain noir; il reposera sur le pavé, au coin de quelque borne, comme un chien errant et abandonné. Mêlé à de jeunes vagabonds plus corrompus et plus audacieux que lui, il finira par se livrer comme eux à des industries illicites, à la fraude et au vol. Ce dernier pas franchi, le voilà posé comme ennemi de la société ; il court risque, d'un moment à l'autre, d'encourir les rigueurs que la loi réserve aux enfans qui vivent en état de vagabondage et de rapine. II est ramassé durant la nuit, par une ronde, endormi sur le carreau d'une halle ou sous l'arche d'un pont ; il est surpris commettant un petit vol, ou nanti des objets qu'il vient de dérober. Mis sous la main de la justice, ses parcns, invités à le reprendre, exposent devant le tribunal et devant le public ses torts envers eux, ses égaremens, les vaines tentatives qu'ils ont faites pour le ramener à des sentimens meilleurs; en un

DES EITFAirS DES CLASSES LABORIEUSES. 78

Tùotj la nécessité d'infliger un châtiment à celui que l'indulgence et le pardon n'ont jamais pu toucher. Ces explications ont lieu en présence de l'enfant assis sur la selielte des mal&iteurs. Il est confus , il baisse la tête, il verse des larmes, en entendant la voix paternelle; mais l'indulgence doit avoir un terme. Le tribunal rend une sentence qui ordonne la détention du jeune vagabond, dans une maison de correction, pendant plusieurs années.

J'ai cru devoir donner quelque étendue à ces détails, parce qu'ils sont généralement peu connus ^ et qu'ils peuvent fournir à un instituteur intelligent la matière d'instructions utiles et intéressantes, par le contraste des situations. En fait de morale , les circonstances les plus simples, les plus usuelles, les plus rapprochées de nous, sont celles qui nous frappent davantage. En parlant aux enfans du pauvre des écueils qu'il lui importe d'éviter, il convient de lui signialer les chutes que ces écueils ont occasionées à des enfans de sa condition qui n'ont pas su s'en garantir. C'est ainsi qu'on réussit à les préserver de fautes semblables et à les maintenir dans la voie de la raison et du devoir.

La loi sur l'instruction primaire a soulevé à Paris, et probablement ailleurs, une question grave par les conséquences que sa solution peut exercer sur l'état

moral des enfans appartenant aux classes labo* rieuses. Cette question a pour objet de savoir si les vacances admises d'après les usages de l'université, dans tous les établissemens consacrés à l'instruction publique, seront maintenues ou supprimées dans les écoles gratuites. Je ne parle pas des vacances ordinaires, mais de celles qui terminent l'année scolaire.

Le comité central d'instruction primaire, à Paris, s'est prononcé contre le principe des vacances envisagé dans ses rapports f soit avec les maîtres, soit avec les élèves. Je ne connais pas les motifs de sa délibération ; mais il n'est pas difficile de les devi« ner, ou du moins d'en fournir d'assez plausibles pour corroborer la résolution qu'il a prise.

Ainsi, pour ne parler d'abord que de l'intérêt des maîtres, le comité a pu ne voir, dans les fonctions d'instituteur, que des fonctions ordinaires, c'est-àdire l'exercice d'une profession honorable sans doute, mais assujettie, comme toutes les professions, à des travaux continus. Cette façon de penser est d'autant plus raisonnable, que les écoles élémentaires gratuites sont des établissemens publics fondés et entretenus avec les deniers de la cité , et que les instituteurs nommés et rétribués par elle ne sont, en réalité, que des employés dépendant de l'admi-

QUESTION DES VAiCANCES. ']S

iiistration municipale autant que de l'université. Si cette assimilation est exacte, pourquoi leur accorder annuellement, et à titre de privilège, un congé qui serait refusé à toute autre personne chargée d'un service ou d'un emploi administratif. Il existe des cas rares de légitime empêchement où ce congé devient nécessaire ; aussi l'administration a-t-elle pourvu à cette nécessité par la création de trois places salariées d'instituteurs suppléans; mais on peut conclure de ce qui précède que, hors ces cas, l'administration est en droit de faire rentrer les instituteurs primaires qu'elle salarie sous l'empire de la loi commune à tous les employés placés sous son autorité.

Quant aux élèves , il est sensible que le comité central a dû être déterminé par des considérations prises spécialement dans la situation précaire et souvent malheureuse de leurs parens, situation qui oblige ces derniers à un travail non interrompu , exécuté le plus souvent dans des localités éloignées de leur demeure, et qui les met dans l'impossibilité de surveiller leurs enfans. Le principe des vacances peut être soutenu en faveur des élèves appartenant à des familles aisées^ ou dont la condition n'est pas excluLsive d'une utile surveillance; mais ce principe appliqué aux enfans de la classe pauvre ne saurait

76 QUESTION DES VACAKCES.

engendrer que des abus, ainsi qu'une longue expérience Fa démontré en mettant ces enfans sur la pente du désordre, du vice et du vagabondage.

M. le ministre de l'instruction publique à la sanction duquel la résolution du comité central a été soumise, n'a pas cru devoir adhérer aux motifs sur lesquels elle est appuyée, parce qu'ils portaient atteinte aux principes des vacances qu'il lui paraît utile de conserver.

Il ne serait peut-être pas impossible de trancher, par un compromis, la question qui a partagé le co* mité central et le ministre de l'instruction publique et qui est restée indécise. Ce compromis me semblerait du moins très raisonnable par rapport à l'intérêt des instituteurs, lequel se trouverait garanti au moyen de la mesure que nous allons proposer.

Parmi les élèves aspirant à diriger une école d'enseignement mutuel, et dont les études sont tournées vers ce but, il serait aisé d'en préparer un nombre suffisant à la suppléance par des essais où leur capacité pouc l'enseignement serait mise à l'épreuve. Ces essais étant prolongés pendant une quinzaine de jours^ et au besoin pendant un mois , dans des classes qui leur seraient confiées sous l'inspection des maîtres,' permettraient à l'administration de discerner, d'après les rapports de ceux-ci, les candidats les

QUESXIOir DIS VACANCES. 77

plus halnles. Les élèves-tnaîtresy qu'elle aurait distin-* gués et jugés dignes de conduire une école, seraient destinés à remplacer, à l'époque des vacances, les instituteurs en congé, et autant que possible ceux-là même dans les écoles desquels ils auraient été mis à Fessai. Cet exercice, qui ne coûterait rien à l'administration, exciterait une utile émulation parmi les aspirans , puisqu'elle leur offrirait le moyen de se classer et de prendre rang parmi les sujets les plus dignes du choix de l'administration. Ces suppléans ne seraient, du reste, employés qu'à titre de noviciat et seraient distincts du petit nombre de suppléans créés pour faire face aux cas d'empêchement y de maladie et autres qui pourraient obliger les maîtres titulaires à suspendre leurs cours.

Les instituteurs, qui, comme on le pense bien, doivent appuyer la résistance du ministre à la résolution du comité central, arguent contre celle-ci des difficultés qu'elle rencontrerait ou des inconvéniens qu^elie ferait naître dans la pratique. Quant aux difficultés d'exécution , le procédé que nous venons d'indiquer nous parait suffisant pour les aplanir.

Le même procédé doit avoir en outre pour effet de prévenir les inconvéniens qui pourraient exister dans l'emploi d'un suppléant qui ne serait familier n\ avec les élèves ni avec les habitudes du maître,

78 QUESTIOir DIS VACiJfCES.

puisque, selon notre opinion, relève-maître; admis^ à l'essai dans une école et reconnu capable d'enseigncr deviendrait , préférablement à tout autre , le suppléant du maître de cette école.

La mesure à laquelle nous nous sommes fixé entrerait, comme on voit, dans la pensée du ministre, en ce qui concerne les maîtres, et dans celle du comité central , en ce qui touche les élèves. Sous ce dernier point de vue, j'avouerai que les exigences du comité central me semblent en parfait accord avec Fintérét des familles, de la société et de^ enfans euxmêmes, et qu'il a prudemment agi en faisant fléchir les traditions scolaires devant l'intérêt social.

•L'enseignement primaire doit être apprécié d'après d'autres idées, d'après d'autres théories que celles dont a coutume de se servir à l'égard de l'instruction secondaire. Cette instruction étant en général le partage des classes aisées , le principe des vacances soutenu en faveur des élèves qui font partie de ces classes^ ne saurait avoir d'inconvénient dans son application , et la raison en est , que les loisirs de rélève sont habituellement réglés et surveillés par le père de famille. Mais à l'égard des enËms, dont l'origine est obscure et la condition laborieuse, le point de vue est bien différent. Il est évident que, dans ce dernier cas, le principe des vacances a une

QUESTION DES VACAHCES. 79

portée d'une extrême gravité, parce qu'il s'applique à des masses d'élèves non surveillés et qui ne peuvent pas l'être. Nés de parens condamnés par la nécessité à un labeur continuel, soit dans l'intérieur du logis, soit au dehors y les vacances doivent se convertir pour s eux en des travaux temporaires et utiles au ménage , ou bien en loisirs susceptibles de hasards et de périls de tout genre. Ces hasards et ces périls, nous venons de les décrire avec assez d'étendue pour nous dispenser d'y revenir de nouveau. Les traits du tableau que nous en avons fait, rapprochés de ceux que nous avons esquissés au chapitre des vagabonds (t. i*' p. 192), constituent la critique la plus sévère et en même temps la plus juste de la théorie des vacances appliquées aux écoles gratuites. Pour que ces écoles atteignent complètement le but moral que l'on s'est proposé en les fondant, il faut qu'elles offrent aux élèves un asyle toujours ouvert et, pour ainsi dire, un abri contre les tentations et les pièges de la voie publique. L'influence de celle-ci est dissolvante et corruptrice, autant que l'influence de l'école est pure et féconde. Fermer l'école pendant six semaines, un mois , ou seulement quinze jours, et lancer l'enfant sur la voie publique, c'est l'exposer à une foule de hasards capables de compromettre son avenir , alors que ses

8o QUESTION DES VACANCES.

mœurs sont à peine formées et que ses habitudes sont encore incertaines.

Ceci témoigne assez qu'il y a au fond de la question des vacances, considérées dans ses rapports avec les classes pauvres , un tout autre intérêt que celui de ménager aux enfans appartenant à ces classes y un repos et une récréation plus ou moins prolongés. Le régime ordinaire des écoles satisfait convenablement au besoin de récréation ; il y satisfait d'autant mieux , que les enfàns qu'elles ras* semblent se connaissent davantage, et s'excitent à l'envi , au plaisir et à la gaîté. L'intérêt parallèle à celui dont le ministre de l'instruction publique s'est déclaré le défenseur , est un intérêt profond , c'est l'intérêt de la société. Celle-ci doit tenir avant toutes choses , à ce que la moralité et la sécurité publiques soient solidement garanties ; et, c'est pourquoi , elle a droit d^exiger que ces grands bienfaits de la civi* lisation soient appréciés à leur juste valeur, dans la solution d'une question dont l'importance est toute relative , et ne saurait balancer la gravité d'un intérêt tel que celui de l'utilité générale.

Ce dernier intérêt étant étroitement lié à la question qui nous occupe, ainsi que nous venons de le faire voir, il semble que cette question ne saurait demeurer plus long-temps indécise, et que le ministre

QUESTION DES VACANCES. 8l

de rinstruction publique , en sa qualité de membre du gouvernement , ne peut mieux faire que de la I résoudre d'une manière conforme aux vues du comité central , c'est-^à-dire , dans le sens de l'intérêt social II y a y ce me semble, d'autant moins de motifs de s'y refuser, que le principe des vacances est d'ailleurs conservé intact pour les instituteurs primaires comme pour les autres , et qu'il continue de profiter à tous les élèves autres que ceux des écoles élémentaires communales gratuites.

A une époque où les meilleurs esprits appellent une réforme dans nos lois pénales et dans le régime intérieur de nos prisons, où chacun comprend la nécessité de diminuer les causes et les occasions du vagabondage parmi les enfans de la classe pauvre, puisque le vagabondage mène droit au vol, je crois, qu'il est d'une haute importance de fortifier la discipline des écoles élémentaires, et que, pour arriver à ce résultat , le premier pas à faire est de supprimer les vacances, afin que l'action de la discipline scolaire ne cesse pas un seul instant de se faire sentir aux élèves sitôt qu'ils sortent de la maison paternelle. Cette mesure , quoique rigoureuse en apparence, n'est pas moins favorable à l'enfant qu'à sa famille et à la société. Elle prémunit l'enfant contre les dangers de la voie publique , sans rien oter aux II. 6

8a QUESTÏOW DES VACANCES.

amusemens honnêtes et animés , qui lui suffisent. Elle vient en aide à la famille qu'elle remplace dans l'exercice d*une surveillance qui lui est impossible; enfin , elle sert la société par son caractère préventif, en opposant une forte barrière à la propagation du désordre et du vice.

Les observations qui précèdent s'appliquent aux écoles simultanées aussi bien qu'aux écoles mutuelles. Toutefois , il nous reste à examiner comment il serait possible d'introduire, dans les premières de ces écoles y un mode de remplacement analogue à celui que nous avons proposé à l'égard des dernières.

La congrégation des frères de la doctrine chrétienne se recrute au moyen d'un séminaire ou d'une maison de novices, qui sont formés à l'enseignement et entretenus aux fi*ais de la congrégation jusqu'au moment où ils reçoivent ,une destination en qualité d'instituteurs; Les ressources sur lesquelles cette dépense est imputée sont variables, comme les dons des personnes bienfaisantes qui s'intéressent à la prospérité des écoles des frères , et à leur multiplication. Elles ne sont d'ailleurs alimentées par aucune subvention provenant des deniers publics ; de là une incertitude fâcheuse dans le recrutement de ces congrégations, qui nuit sensiblement au développement de l'instruction populaire , là où les

QUESTION DES VACAITCES. 83

frères possèdent des établissemens scolaires et la confiance des familles. A Paris, où ces établissement sont nombreux et fréquentés par un grand nombre d élèves, les novices manquent, en sorte que^ dans plusieurs arrondissemens, les ressources persou» nelles de l'enseignement se trouvent au-dessous de» besoins.

£n réfléchissant aux moyens de lever cette dernière difficulté, j'ai pensé que le conseil municipal pourrait parvenir à procurer aux écoles conduites par les frères les instituteurs qui leur manquent* en votant des fonds suffisans pour l'entretien d'un certain nombre de novices, qui recevraient en temps et lieu une destination utile, et qui, en tout cas^ pourraient être employés à suppléer les instituteurs titulaires, à l'époque des vacances. Je ne me dissi^ mule pas les embarras qu'entraînerait l'organisatioii complète de cette suppléance, car elle exigerait assez de noviceè pour remplacer à-la^^fois , et les maîtres et les sous-maîtres. Mais si cette idée que j'émets comme un projet à étudier, ne fournissait pas les moyens de répondre à la double nécessité que je viens de signaler, elle servirait au nfloins k créer des élèves sous-maîtres , réservés pour les écoles futures de la ville , et , en attendant une destination spéciale, ils pourraient, durant les vacances,

sinon continuer les cours dans leur ensemble , au moins présider à la garde des enfans qui seraient tenus de se rendre aux écoles comme par le passé, et aux exercices que Ton jugerait compatibles avec le nombre de novices dont on pourrait disposer : il serait aisé d'adjoindre à ceux-ci quelques frères servans , pour la garde des enfans.

Le conseil municipal et l'administration ne doivent pas perdre de vue que les frères appartiennent pour la plupart à des familles pauvres, et que les novices seraient hors d'état de subvenir à leurs besoins, soit par eux-mêmes , soit par leurs familles, s'ils ne trouvaient dans le sein de la congrégation les moyens de subsister. Cela ne saurait être autrement, puisque, dès qu'ils sont admis au noviciat, ils demeurent soumis à la règle de l'institut, qui les contraint à vivre séparés du monde. Il suit de là qu'il ne serait pas juste d'établir à cet égard une comparaison entre eux et les élèves-maîtres qui se vouent à la méthode de l'enseignement mutuel. Ceux-ci , en effet, ne sont assujettis à d'autres devoirs qu'à suivre les leçons du cours normal destiné à les éclairer sur l'exercice des fonctions auxquelles ils aspirent; et ils peuvent employer le reste du temps d'une manière fructueuse pour eux, soit comme répétiteurs, soit à tout autre titre.

Les écoles dirigées par les frères sont celles qui laissent le plus à désirer à certains égards , sous le rapport du régime intérieur. Pendant le temps des classes elles sont irréprochables , ou du moins elles marchent de pair avec les écoles mutuelles; mais elles sont inférieures à celles-ci, pendant le temps d'arrêt qui sépare la classe du matin de la classe du soir, parce que, durant cet intervalle, les enfans élevés dans les écoles mutuelles ne sortent point, prennent leur repas et se divertissent sous les yeux du maître; tandis que ceux qui reçoivent l'instruction dans les écoles de frères ne sont gardés que là où il existe des préaux ; et malheureusement les écoles de cette dernière catégorie forment le plus jpetit nombre.

La surveillance des enfans durant tout le cours de la journée étant un élément indispensable de l'éducation populaire, un élément sans le secours duquel les bonnes semences de l'école peuvent être frappées de stérilité par la réaction du dehors, je me permettrai de représenter au conseil municipal non pas que les préaux sont une annexe nécessaire des écoles gratuites, ce qu'il sait aussi bien que moi^ mais qu'il est urgent d'en créer partout où il n'en existe pas, et d'abandonner les locaux qui n^offrent pas assez de surface pour en établir. Plus l'ad-

ministratian s'occupera d'organiser et d'assurer la garde des enfans du pauvre dans l'intérieur des écoles, moins elle aura de frais de police et de journées de prison à payer; car, en définitive, les lacunes des écoles sont tôt ou tard comblées dans les prisons, avec cette différence que l'école, telle que nous la comprenons , dote la société de bons fils , de bons ouvriers, de bons citoyens; tandis que la prison, telle qu'elle est maintenant régie d'après nos lois pénales, ne fait qu'aggraver la corruption des jeunes détenus par leur contact mutuel. Si cette Corruption ne trouvait un frein , lors de l'élargissement des jeunes détenus, dans l'influence seconrable du patronage, elle exposerait la société à des récidives sans cesse renaissantes de la part des libérés qui rentrent journellement dans son sein. Je me suis petit-être trop appesanti sur la nécessité de la garde continue des enfans dans les écoles ; mon extuse sera toute simple : celui qui observe les faits avec bonne foi et avec quelque discernement ne saurait fermer les yeuxà la lumière. Lorsque une vérité lui est révélée par le concours d'un grand nombre de faits qui ont la même signification, pourquoi s'abstiendrait-il de la proclamer et de la répandre, du moment que la chose publique peut en éprouver une amélioration notable ?

INSPECTION D£S EGOLKS. 87

Le véhicule le plus actif et le soutien le plus puissant des écoles résident dans l'inspection. En effet, les persomies investies par la loi ou par des délégations spéciales du droit d'inspection , peuvent influer de ia manière la plus utile sur la prospérité des écoles, soit ea wutenant les efforts des maîtres par leurs encouragemens , soit en éveillant l'émulation des élèves par un examen attentif et bienveillant de leurs travaux. Toutefois , s'il appartient à l'inspecteur de distribuer l'éloge quand il est mérité, il lui appartient aussi de déverser le blâme sur l'instituteur et sur les élèves, lorsqu'ils ne remplissent pas leurs devoirs.

Les inspecteurs ou les visiteurs sont assez nombreux à Paris pour étendre leur vigilance sur toutes les parties du service des écoles, sur les instituteurs comme sur les élèves. Les fonctions qu'ils ont à remplir sont énumérées avec précision et d'une manière complète dans un petit ouvrage publié récemment par M. Demoyencourt (i), chef d'institution à Paris, l'un des hommes les plus éclairés en matière d'enseignement , et des plus dévoués au sage déve* loppement de l'instruction élémentaire. J'ai remarqué avec intérêt, dans cet ouvrage, que l'auteur re-

(i) Agenda du visiteur des écoles primaires, Paris^ zSSg, m-l2.

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