NÉCESSITÉ D ASTREINDRE LES ENFANS
quête, et ces bons esprits appartiennent à l'industrie, ont fait l'observation très sensée qu'il fallait s'efforcer de continuer l'éducation de l'enfant jusqu'à l'âge de treize ans : cette opinion est aussi la mienne/
En tout cas, je crois important de faire l'observation que les écoles ne seraient pas exactement suivies, si les enfans n'y étaient conduits en troupe par un serviteur de la manufacture qui les ramènerait de même. Cette manière d'agir produirait une grande économie de temps, et pour les exercices scolaires et pour les travaux industriels.
Il reste à savoir maintenant si les enfans seront astreints à suivre les écoles.
S'il su£Qsait pour résoudre cette question , de s'appuyer sur ce qui se pratique chez les autres peuples, les mo}^ens de solution ne nous manqueraient pas; car, en Allemagne, les enfans appartenant aux classes ouvrières et agricoles , quelque inférieure que soit , d'ailleurs , la condition de leurs parens, sont tenus de fréquenter les écoles. Les chefs de famille qui ne veillait pas à l'accomplissement de cette obligation , laquelle pèse et doit peser encore plus sur eues: que sur leurs enfans , sont passibles d'une amende. £n Angleterre , la même obligation subsiste aussi, par rapport aux parens des enfans destinés à l'industrie
A SUIVEE LB8 ÊCOUiS. fyj
manufacturière» Malgré de. semblables exemples , comme la légitimité de ce devoir n'est pas généralement bien comprise, je tâcherai de la rendre sensible par quelques réflexions.
C'est une erreur de croire qu'un père de famille ait le droit de faire jouir ou de priver ses enfens du bienfait de l'éducation , suivant sa manière de voir, ou selon la conduite que ses parens ont tenue envers lui, pendant sa première jeunesse. Ce préjugé n'est malheureusenient que trop répandu parmi \qs classes laborieuses, et pourtant, jamais opinion ne fût ni plus fausse , ni plus dangereuse.
En effet, sans parler des devoirs que la qualité de père impose à chacun , envers ses enfans , et dont le plus impérieux est de l'élever dans des sentimens d'honneur et de moralité ; sans parler des avantages qu'il doit retirer lui-même de l'accomplissement de son œuvre, avantages qui ne peuvent manquer d'accroître le bonheur de sa vie et d'assurer le respect de sa vieillesse , il est un intérêt qui domine tous les autres , et même celui de la famille: c'est l'intérêt de l'état. Une expérience constante, ayant fait connaître qu'il se rencontre des pères assez corrompus, ou assez peu prévoyans, pour se montrer indifférens sur l'éducation physique et morale de leurs enfans, Fétat est en droit, sans contredit, de s'enquérir
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des motifs d'une incurie aussi blâmable , et d'exiger, pour la sécurité de ses membres autant que pour sa défense, l'accomplissement d'un devoir que le père de famille aurait méconnu ou négligé à son propre préjudice. Il existe une étroite affinité , entre la constitution de la société civile et celle de la famille. Plus les membres de celle-ci ont été nourris dans de bons sentimens, et assujettis à des habitudes régulières par les auteurs de leurs jours, plus la société renferme en elle d'élémens de tranquillité, de force et de durée ; de même, plus le père de famille favorise par son travail , sa sollicitude et ses soins, le développement des forces physiques de ses enfans, plus la génération naissante promet à l'état une population énergique et capable de l'enrichir par ses travaux dans l'atelier, comme de le défendre par son courage sous les drapeaux.
Les esprits éclairés et les bons citoyens ont donc eu raison d'éveiller l'attention du gouvernement sur le sort desenfansdes classes laborieuses, et, eu particulier, sur le régime auxquels ils sont soumis dans les fabriques. Si l'on veut se rappeler les détails que nous avons donnés relativement à ce régime, on se convaincra que l'intérêt public, aussi bien que l'humanité, exige qu'il soit mis un terme à un désordre non moins nuisible aux enfans du pauvre qu'à l'état. Or, le seul
A SUIVRE LES ISCOLES. 49
remède qu'on puisse apporter à ce désordre , est de rendre l'école obligatoire jusqu'à l'âge de douze ans révolus , c'est-à-dire , jusqu'à treize ans.
A Sedan , où les classes ouvrières sont remarquables par un esprit d'ordre , d'économie et de discipline, digne d'être offert comme modèle à beaucoup d'autres villes manufacturières ; les enfans ne sont admissibles dans les fabriques bien conduites, qu'à l'âge de douze ans, et grâce au bon accord et aux exhortations des chefs d'industrie, leurs parens mettent le plus grand soin à les envoyer à l'école jusqu'à ce qu'ils soient parvenus à cet âge.
Nous ferons observer à cet égard , qu'à Paris , dans toutes les industries autres que celles qui s'exercent par le moyen d'usines considérables, les enfans ne sont reçus en apprentissage, que lorsqu'ils ont fait leur première communion , c'est-à-dire , à douze ans accomplis. De deux à six ans , on les conduit dans les salles d'asile , et de six à douze ans , ils fréquentent les écoles élémentaires. Sous ce rapport, les enfans pauvres , du moins ceux dont les parens sont secourus par les Bureaux de bienfaisance , ne sont pas traités autrement que les enfans d'ouvriers élevés dans les écoles payantes. L'administration municipale a eu la sagesse de se conformer à l'usage général, non sans avoir à lutter dans plusieurs II. 4
5o MOYENS GOERaTIFS COKTEE LES PARENS RÉGALCITR.
arrondîssemensi contre la mauvaise volonté des £Eimilles, de sorte que Tenfant ne reçoit la qualité d'apprenti que lorsqu'il a puisé, dans les écoles, les premiers rudimens de l'instruction intellectuelle et morale , qui le rendent propre à comprendre et à respecter les devoirs de la société.
L'obligation de suivre les écoles étant introduite dans la loi à intervenir , par quels moyens réussirat-on à en assurer l'accomplissement? Des mesures coërdtives nous paraissent indispensables pour cet effet, et elles doivent être dirigées tout ensemble contre les parens et contre les chefs d'industrie. L'embarrassant pour l'administration ne sera pas de faire observer la loi par la classe indigente qu elle secourt , puisque une des conditions essentielles de l'assistance publique tend à mettre les enfans de cette classe dans l'obligation de fréquenter les écoles primaires, mais d'empêcher qu'un certain nombre de pères de famille étrangers à cette catégorie ne parviennent à éluder le vœu de la loi en faisant travailler leurs enfans chez eux. Cependant, quelque grave que puisse être cette difficulté, je ne doute pas qu'on ne soit à même de la surmonter, soit par la surveillance d'inspecteurs vigilans, soit par des secours, si, comme je l'espère, on obtient des conseils municipaux d^s crédits plus abondans pour la
EXTEIfSION A DONNER AUX SECOURS PUBUGS. 5l
distribution des secours publics. En effet , la réÛ8« tance n'étant à craindre que de la part des derniers degrés de la classe pauvre , il n'y a pas de meilleur moyen y pour la prévenir ou pour la vaincre, que de leur ôter tout prétexte d^en user autrement quie lé plus grand nombre , en les £aisant participer aux 11» béralités réservées aux indigens. L'extension que la bienfaisance publique recevrait par ce moyen ne saurait aYOÎr d'inconvénient , à cause des règles qui la gouvernent et qui font que Padminist ration res« tera toujours la maîtresse de la direction et de Fap* plication de ses dons. Quelque prudence, au surplus^ que l'on apporte dans la mesure projetée en faveur des enfans des fabriques et dans la coml;>inaison de cette mesure avec les besoins et les convenances du travail industriel , on n'échappera pas à la nécessité d'augmenter les crédits des établissemens chafita« blés. 11 sera important, néanmoins, de régler Temploi de ces crédits , de façon que leur augmentation ne dépasse pas des limites raisonnables , et c'est à quoi l'autorité doit pourvoir, afin de concilier tous les intérêts.
L'Angleterre a créé des inspecteurs pour assurer l'exécution du bill qui règle les rapports des chd£» de fabrique avec les enfans qu'ils emploient ou avec leurs parens. L'activité et la vigilance de ces inspec-
5a COWSIDÉRATlOIfS SUR L cicioir
teurs ont fini par surmonter la résistance que les mesures prescrites par le bill avaient rencontrée de la part des ouvriers comme de celle des maîtres. Le gouvei*nement possède des documens, à cet égard, qui lui permettront d'introduire dans l'ordonnance réglementaire y qui sera publiée à la suite de la loi à intervenir , des dispositions propres à faciliter l'exécution de celle-ci dans tous les départemens manufacturiers. On pourra combiner les fonctions de ces inspecteurs avec celles des inspecteurs des écoles primaires , et arriver ainsi plus sûrement à une répression prompte des infractions faites aux réglemens mis en vigueur dans chaque localité.
Nous n'avons parlé, pendant le cours de cette section , que des enfans des fabriques mues par l'eau ou par la vapeur; mais nous nous associerions volontiers au vœu des notables commerçans qui demandent que la loi future s'applique indistinctement à toutes les grandes usines où l'on emploie des enfans , sans acception d'industrie et sans avoir égard à la nature de la force motrice.
Parmi les arts industriels, il faut distinguer ceux qui exigent l'établissement de grandes usines, tels que les fabriques et les manufactures, de ceux dont les opérations mécaniques dépendent de l'intelligence, de l'adresse et de la force de l'ouvrier* Cette
DE l'aPPAENTISSAGB AVEC L'INSTRUCTION. 53
distmctioD., qui tient à la différence intrinsèque des deux catégories que nous venons d'indiquer, ne permet pas de diriger l'éducation des enfans destinés à l'uoe ou à l'autre d'après les mêmes doqnées. En effet, dans ïes manufactures, les travaux de l'enfant ou plutôt ses occupations n'exigent pas de force corporelle proprement dite ; il peut y être appliqué dès l'âge d,e six ans à sept ans, ce qui serait impraticable dans les autres métiers , ,pù l'eçfànt n'çst admissible comme ,apprenti qu'à un âge où il est déjà capable de quelque force et d'une certaine intelligence.
De là vient que généralement^ el;il faut applaudir à cet usage dans Fintérét de l'instruction morale et religieuse des Qjni^s du peuple, on ne çeçoit dans les ateliers 4e5 apprentis que lorsqu'fls oiit atte^it l'âge de doiizejt treize ans. Il serait à d^irer (yle le point de départ d# l'apprentissage fût le mçme ^ans toutes les industries; mais l'organisation du travail^ dans les manufactures résiste à cette imiformité. L'éducation des enfans destinés suix grands étabUssemens industriels réclame donc une direction à part, une direction assez souple et a^ez irrégulière pour s'accommoder aux besoins et aux ressource^ de chaque localité. Il esfc^ probable que, dans la majeure partie des fabriques, l'insti^uction sera menée de front
54 CONSIDÉRATIONS SUA l'uHION
aTec le travail industriel, et que, de ce côté, les iDouTemens de ranité, l'irréflexion, rimpradence, qui occasionnent d'ordinaire le déclassement de tant d'individus, au grand détriment de la société, ne seront pas à craindre, en raison de l'état d'indigence habituel des Êunilles.
, Quant aux enfans destinés à l'exercice de profestnans mécaniques, je ne pense pas qu'il y ait rien à changer à l'usage jétablL Dans un âge aussi tendre que celui de l'enfance, l'éducation ne saurait ^re associée à l'industrie , à moins: d'une impérieuse nécessité. Pour former l'esprit et le cœur^de Félère, l'instituteur a besoin de le posséder tout entier, et à chaque instant du jour; car, à cet âge, il ne s'agit de^rien moins que de façonner l'homme dans Yjmbnt > et tme tâche aiissi délicate ne compf^tç pas"4'^utre4nfluence.que celle de l'instituteur, surtout quand la famille de félèVe appartient au derni^ degré des clàAes ouvrières.
En effet, à quoi aboutiraient lés efforts de l'institutQ;ur, s'il avait à lutter jion-seidement contre les défauts rfatureli de l'enfant, niais encore contre les mauvaises impressions que ce dernier recevrait in- £ailliblenfent de l'inconduite des ouvriers employés dama le même atelier que lui? N'est-ce pas assez IK»r un instituteur d'être obligé de combattre au
DE L'ABPAEirTISSlOE à^EC L'INSTRUCTION. 55
dedans de son élève les inclinations grossières et les idées fausses ou pernideuses qu'il puise continuel* lement à son insu sous le toit paternel ? Ne sait-on pas que beaucoup de parens qui envoient leurs en» fans à l'école, par pure déférence pour l'administration qui les secourt, affectent, par ignorance ou par corruption, de ne tenir aucun compte d^ l'instnic* tion, et qu^ils ne se font pas scrupule même d'en<veloppear ^ dans heurs dédains les enseignemens les plus sacrés y qui forment la base et la sanction de toute morale ? Les choses étant ainsi , l'insfituteiir manquerait le but de sa mission, ou ne la rempli* rait qu'à demi^ s'il n'était pas maître de tout le temps de son élève, jusqu'à l'âge de l'adolescence, afin de former son caractère et ses premièredr fnosurs. Ajoutez €pte non-seulement le développement de Fédocalion éprouverait des obstades , par suite du coh-^ cert qu'on établirait entre elle et rappfeniissâge, mais que l'accroissement des fordés ^physiques de Tenfiint serait également contrarié et entravé par ce concert malentenda et intempestif.
L'union de l'apprentissage avec l'instruction n'est vraiment utile que lorsque l'enfant, pourvu des premiers élémens de celle-ci, çst jugeasses fort, corporellevient, pour se livrer aux fatigues d'uiVé profession mécanique. Dès^lors^ en souscrivant le contrat
56 C019SIDÉRATI0NS SUR l'CNION
d'apprentissage, les parens dont le salaire est assez élevé pour leur permettre d'accorder à l'entrepreneur ou au chef d'atelier un laps de temps plus long que celui qui forme la mesure ordinaire du temps d'apprentissage, stipulent, en retour de cette concession tout à l'avantage du maître, que leur enfant disposera pendant la journée de tel nombre d'heures pour suivre un cours de dessin linéaire ou de perfectionnement. A défaut de la prolongation du temps d'apprentissage, ils donnent à l'entrepreneur une somme d'argent représentative du prix de ce même apprentissage. En un mot, par une prévoyance sage et louable, le père de famille ménage à son fils le moyen.de gagner sa vie de la manière lapins convenable à' sa condition , en apprenant un métier et en complétant st)n éducation. Ce procédé me paraît être le seul qui doive être recommandé, parce qu'il est conforme à la raison , à l'intérêt de l'enfant et de sa famille, en même temps qu'à IJintérêt du maître. À Paris, lés ouvriers économes et rangés rfélèvent pas autrement leurs enfans. Ceux-ci sont in • struits dans un cours particulier fondé pour eux par les frères de la doctrine chrétienne; il a Heu de cinq heures à sept heures.
A Nantes, l'école dite des apprentis^ créée par la société industrielle de cette ville en faveur des en-
DE Ii'APPRe!mSSi.GE AVEC L'iNSTAUCTIOUr. Sj
fens de la classe pauvre, est gouvernée par les mêmes règles , c'est-à-dire que, partie de la journée de Tapprenti , qui a puisé, avant sa mise en apprentissage, les premiers élémens de l'instruction dans l'école primaire, est employée à l'école spéciale avant l'heure du déjeuner des ouyriers, et que le surplus appartient au travail de l'atelier. Cette école organisécf et soutenue par la bienfaisance prospère de plus en plus, grâce au désintéressement des- chefs d'atelier, qui n'exigent aucun prix d'apprentissage et recherchent même les apprentis honorés de la protection de la société industrielle. Celle-ci assure à chaque enfant le pain qui lui est nécessaire pendant la durée de l'apprentissage et plusieurs personnes charitables, qui s'intéressent à l'œuvre de cette société, s'empressent, auj^esoin, de l'aider de leurs dons pour procurer aux en&ns placés sous sa tutelle des effets d'habill^saent que leurs parens n'auraient pas pu leur fournir. La société industrielle de Nantes a été devancée dans l'honorable carrière ;OÙ elle est entrée par celle de Mulhouse , renomn^ée par le nombre et l'importance de ses publications ^ mais je doute que son émule et son ainée ait mieux compris les besoins de l'éducation professi^qne]|e, et que les établissemens fendes à Mulhouse pour l'utilité de la classe ouvrière soient
S8 msTRircnoir ; necessitiê D'ÉrsifDRs la coirTAAmTË
plus nombreux et plus complets que ceux de la ville de Nantes. Je ne puis exprimer, au reste, qu'un doute à ce sujet, n'ayant eu occasion de connaître et d'étudier que les belles institutions, dont la ville de Nantes a droit de s'enorgneilUr.
En dernier résultat, j'admets comme une chose utile et désirable, le concours de l'instruction et de l'apprentissage, mais, seulement, lorsque l'enfant a acquis un certain degré de force, et que son esprit aussi bien que son cœur ont reçu une première culture , soit dans l'asile, soit dans l'école primaire.
En discutant là question de l'instruction dans ses rapports avec les enfans des classes ouvrières , j'ai cru devoir suivre pas à pas les données de l'enquête, qui a borné ses recherches et ses propositions aux enfans destinés MX grands établissemens industriels, ou qui en font déjà partie. Ma tâche a donc été partielle et circonscrite aussi bien que celle de Tenquéte. Cependant, tout en convenant (}ue le gouvernement a dû considérer comme urgent de procurer des moyens d'instruction, ou plutôt d'éducation aux enfans des manufactures, etyd'assurer les effets de sa sollicitude pa» la contrainte, nous pensons qtfft l'intérêt de la morale publique exige davantage, et que la loi à intervenir serait incomplète
AVX APPHENTIS DS TOUS LES ARTS mBÛSTRIELS. Sg
si elle n'embrassait indistinctement dans ses prévi« siens toutes les variétés des classes laborieuses.
£n effet, n'y aurait-il pas une véritable anomalie â rendre l'instruction obligatoire pour certaines parties de ces classes , lorsque le surplus aurait la &•« culte de s'affiranchir de cette obligation ? n'y auraitil pas un contre«sens social à décréter que les pères de famille les plus pauvres seraient, sous peine d'amende ou d'emprisonnement , contraints de faire instruire leurs enfansj et à donner aux moins pauvres, par Teffet d'une omission dont les conséquences n'auraient pu être suffisamment pesées , l'idée ou la liberté de laisser les leurs dans l'ignorance. Ce dernier résultat découlerait nécessairement des bases de la loi projetée, puisque les ouvriers des manu- &ctures sont les plus pauvres et les moins. rangés de tous ceux qui composent la classe laborieuse. Si vous ajoutez à cela, que. les indigens appartenant aux autres branches de l'industrie et , en général , aux classes nécessiteuses de la population ^ ne sont secourus par l'administration , que sous la condition expresse d'envoyer leurs enfans à l'école , il sera démontré que la loi à intervenir, quoique conçue dans un esprit d'ordre et de conservation , ne tendrait à rien moinf qu'à porter une atteinte profonde aux principes constitutifs de f économie so-
6o PR^TTSIONS DE l'a^DMINISTRATIOIT
cîale y en agissant sur les masses dans un sens dia-' métralement opposé aux règles les plus simples de cette économie.
Il importe donc de rendre l'instruction obligatoire pour toutes les classes de la société, et de placer l'observation de co principe sous une sanction pénale. Toutefois , il est bien entendu que la loi où il serait écrit ne deviendrait exécutoire, dans chaque localité, qu'au fur et à mesure de la création d'un nombre d'écoles en rapport avec les besoins de la population. La sphère de la loi devant acquérir plus d'étendue, d'après ce nouveau point de yue^ il serait nécessaire de multiplier les inspecteurs , en raison des besoins du service.
Tous ceux qui connaissent les habitudes et le genre de vie des classes ouvrières savent que les enfans nés dans ces classes ont plus besoin d'être élevés que d être instruits, et que l'enseignement primaire manquerait son but le plus utile, s'il s'occupait avec plus de soin de l'éducation de^l'esprit que de celle du ca« ractère. Aussi , le comité cçntral d'instruction primaire à PariS;, appelé à organiser cet enseignement de concert avec l'université et l'administration ^ a-t-il senti la nécessité de régler d'une manière précise l'instruction morale et religieuse, en lui assignant une heure spéciale dans la distribution du temps
SUR L'jirSTHUGTIOir MORALE ET RELIG. DES ENFANS, 6l
affecté aux divers exercices des écoles mutuelles. Cette instruction est donnée aux élèves, tantôt sôus forme de lecture et d explications , tantôt sous forme d'interrogations. La prière et Texplication du catéchisme la complètent. Le comité central n^a pas jugé convenable de s'occuper de cette branche d'instruction dans les écoles simultanées , parce que les frères de la doctrine chrétienne, qui les dirigent, y ont suffisamment pourvu.
Le mode d'éducation adopté par le comité, à l'égard des écoles mutuelles , peut être considéré comme le mode officiel^ le mode légal, institué pour moraliser les enfans instruits dans ces écoles. Il est capable de produire d'excellens effets , surtout par les interrogations qu'il comporte ; car l'élève , qui s'attend d'un moment à l'autre à être interrogé, doit nécessairement tenir son attention en éveil , réfléchir sur les paroles du maître, sur les réponses de ses camarades, et se préparer de la sorte à répondre de son mieux, quand son tour d'être interrogé sera venu» Mais il est un autre mode d'éducation , dont l'application non prévue par les élèves , toute d'accident, et amenée par la conduite personnelle de chacun d'eux pendant la durée de la classe, est le ressort le plus efficace que l'instruction puisse employer pour les former à la vie morale; ce procédé est tout-à-
6a vrms d exécution pour L'ÉDUCAfriow
jEait dénué de calcul et spontané comme la circonstance qui le met en lumière: voilà pourquoi il frappe plus particulièrement les élèves, et les instruit d'autant mieux qu'il s'offre plus naturellement à leur intelligence et à leur discernement. Il a sa source dans la façon d'agir de chaque enfant , dans ses écarts , dans ses fautes , et dans toutes les allures de son être , lorsque ces allures blessent en quelque chose les règles du devoir et la discipline de l'école. La jeune communauté, dont se compose celle-ci, n'est, ni plus ni moins , que la société civile en état d'apprentissage. Cet apprentissage n'en est encore qu'à son premier degré , il est vrai; mais, par cela même, il mérite de la part de l'instituteur primaire , l'attention la plus soutenue et la sollicitude la plus bien* veillante. C'est à lui qu'il est réservé de mettre en culture et en valeur morale, la conscience naissante de ses élèves , en faisant tourner à leur profit commun les fautes aussi bien que les bonnes actions de chacun d'eux. Ce rôle le transforme tout à-la?fois, en père de famille, en magistrat , en prêtre, et place dans ses mains pour les épurer et les féconder les premiers germes de la société.
Il suffit de connaître l'inexpérience et la mobilité du jeune âge pour se rendre compte de la patience, de la présence d'esprit et de la fermeté calme que