SECTION IV
Erale» primaires 'fupêri«urcs. — Objet de leur institution. — Cet objet, qui est de forffler des contre-maîtres et des employés pour l'industrie peut-il être rempli par les écoles projetées? Baisons de douter. -^ Examen critique des écoles d'arts et métier» de Cliàlons et d'An^rs. — Ecoles spéciales à substituer à ces écoles. ~ Arantages qu'il 7 aurait à substituer aux écoles primaires supérieures des écoles industriellesapéciole*. — DtrectioB pratique et morale qu'il conTÎendrait d'imprimer i ces dernières écoles. — Classes d'instruction élémentaire et de dessin ponr les adultes. — Empressement des oamncrs à smrte ces cours, r- Cours de cbant. — Goût des éUres pour ces exercices. • Leur utilité morale. — Iféccssité de les multiplier^
Nous n'avons parlé jusqu'ici que des écoles primaires élémentaires. La loi sur l'instruction primaire exige que^dans les communes chpfs-lieux de département et dans celles dont la population excède six mille âmes, il sôit établi par les soins, de l'adminis- I.. 7
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tration municipale, et sur les fonds de la commune, une école primaire supérieure.
L'enseignement^ dans ces dernières écoles, doit comprendre, d'après le programme déterminé par la loi, les élémens de la géométrie et ses applications usuelles, spécialement le dessin linéaire et l'arpentage, des notions des sciences physiques, et de l'histoire naturelle applicables aux usages de la vie , le chant , les élémens de l'histoire et de la géographie^ et surtout de l'histoire et de la géographie de la France.
£n instituant des écoles primaires supérieures, on a eu le dessein, à ce qu'il paraît , de former des chefs d'ateliers et des contre-maîtres éclairés pour les manufactures et les ateliers, en même temps que des employés pour les différentes branches de commerce. Mais a-t-on bien calculé les moyens d'atteindre ce but ? Quand un élève sortira de ces écoles , est-on bien sûr que, déjà Ëimilier avec un degré supérieur d'instruction, il se résignera au rôle modeste de compagnon; car dans l'industrie, il faut nécessai- Toçient être ouvrier avant de prétendre à être Gontre<-maitre, de même que dans l'armée, on n'est sousofficier qu'après avoir été soldat. Croit-on que les avenues épineuses de l'industrie, la médiocrité de la condition d'ouvrier , de celle même de contre-mai-
DES ÉGOLFS PRÎMAIRES StlPlSRIEUAKS. 99
ire ou de chef d'atelier ne donneront pas à ion ambidoQ un essor plus élevé.
On nous répondra sans doute que les élèves nés dans la classe ouvrière y seront fixés par l'habitude, parles mœurs de la famille, par la volonté des parent.
Je ne conteste pas Tinfluence des exemples de {a Éimilley je n'en nie pas la force { mais remarquée que les situations respectives du père de famille Qt de rélève ne sont plus les mêmes. D'un côté , c'e^t un honnête chef d'atelier, à peine lettré, lequel s'impose de péniblea 3acrifice3 pour l'éducation de ae^ enfaus, éducatiop qui, d'après ses vues, doit aplanir devant eux les difficultés qu'il a rencontrées dans l'apprentissage comme dans l'exeroice de sa profê^ sion , et leur fournir les moyens d'aller plus ipin que lui y fians sortir, toutefois , de sa carrière* De l'autre, c'est un jeune homme dont l'esprit est cultiv^, qui n'en est plus aux rudim^ns de l'instruction élémeti)taire, mais qui, parvenu au degré le plus élevé d^ l'instruction primaire , entrevoit avec peine le mor ment ou il sera obligé de saisir la lime ou le roJbot, pour apprendre l'état qui doit le faire vivre* ta prftr tique n'est plus à^ses yeux l'application manuella de la théorie , elle en est la corruption , pu tout iu moins la mise en oeuvre rude et grossière, 11 se £roit un savant , il ne saurait descendre au rôle d'ouviier;
lOO OBSERVATIONS SUR LES ECOLKS D ARTS ET BTÉTIERS
cette hypothèse n'est pas du tout gratuite. J'ai recueilli un certain nombre de faits, qui constatent que des jeunes gens destinés à des professions mécaniques, ont montré de la répugnance pour l'exercice de ces professions, du moment qu'ils ont acquis quelques notions scientifiques et le genre d'instruction que l'on se propose de donner dans les écoles primaires supérieures. Je connais tel entrepreneuri qui n'a pu vaincre cette répugnance, chez son fils ou son neveu, qu'en le retirant d'une prétendue école industrielle, pour l'incorporer immédiatement dans l'escouade d'un contre-maître, afin de le plier aux mceurs dés ouvriers, en les lui rendant communes, et de l'instruire graduellement par un apprentissage réel et journalier, à prendre un jour en main la direction de sa maison. Toutes les fois que la théorie doit aboutir à l'exercice d'un art libéral , il est rare qu'elle manque son but , parce que , dans c&cas, l'esprit s'allie à l'imagination ; mais si cet art est d'un ordre inférieur, s'il rentre dans la classe des métiers proprement dits , dès-lors la vanité vient au secours de l'esprit , et lé théoricien résiste avec opiniâtreté à l'acte de la main , parce que la matérialité de cet acte n'est pas suffisamment idéalisé et ne s'annonce sous aucun signe artistique.
V^ >ïktns les écoles des arts et métiers de Ghâlons et
DE CHALONS ET d'aITGERS. IOI
dlngers , le gouvernement a essayé d'obvier aux iocouyéniens que je viens de signaler, en exigeant par un nouveau règlement du ^3 septembre i83a, des candidats aux bourses, la preuve qu'ils ont fait pendant un an, l'apprentissage d'un des arts et métiers analogues à ceux qui sont enseignés dans les écoles ; il a, de plus^ déclaré que les candidats , dont les parens ou correspondans prendraient l'engagement de les placer, au sortir de l'école , soit comme apprentis , soit comme ouvriers dans une industrie dont les élémens leur auraient été enseignés , seraient préférés , à connaissances égales.^ La même préférence a été accordée à ceux pour lesquels cet engagement aurait été contracté par les villes, les départemens, ou par des associations de bienfaisance.
Le gouvernement a si bien compris l'importance qu'il y avait à placer immédiatement dans des éta« blissemens industriels des élèves boursiers , ^sortis des écoles qu'il administre , que le droit de présentation à plusieurs bourses , réservé à la société d'encouragemens, a été grevé aussi d'une charge, semblable. L'innovation introduite par le règlement cidessus mentionné témoigne, que jusque-là les écoles de Chàlons et d'Angers n'avaient répondu, ni l'une ni l'autre, à l'attente de l'autorité fondatrice, et que les jeunes gens qu'on y recevaient, pouvaient bien
loi OBSERVATIONS SUJR LES ÉCOLES d'aRTS ET MÉTIERS
y acquérir dés lumières plus ou moins étendues sur l'industrie 9 mais non la ferme volonté de s'attacher après l'achèvement de leur éducation , à un atelier privée soit comme apprenti , soit comme ouvrier.
£n subordonnant l'admission des candidats à cette doubla précaution, les a-t*on conduits sûrement au but qu'on a voulu atteindre ? l'apprentissage an* térieur à l'admission ^ leur a-t-il fait contracter les habitudes simples et laborieuses des ouvriers ? Si l'on répond par l'affirmative y je demanderai si ces habitudes n'ont pas été profondément altérées par le séjour de: l'école*
Deux écrivains versés dans la connaissance de l'économie industrielle , le rédacteur du Phare indu^riel (i) et M. Monfolcon (2), ont jugé tous deux avec ' sévérité , l'organisation des écoles de Châlons et d'Angers^ Mais la sévérité du second est plus tempérée que celle du premier, adversaire déclaré des écoles d'arts et métiers. Leur opinion est identique, cependant , sur un point : ils affirment qu'au sortir de l'école, les élèves sont peu enclins à accepter la condition d'ouvriers, qu'ils considèrent comme étant au-dessous d'eux, bien qu'ils ne doivent, poui ainsi dire , que la traverser pour se mettre en étal
(i) Feuille du aa août i 838.
(2) Codcrftoralàlet ouoricrs, 3* cdil. Lyoû , i838, in-8.
DE CHALOro «T B^ASÙERS. Io3
de parvenir aux premiers emplois de l'industrie.
Ces opinions , publiées plusieurs années après la ïïdêe en vigueur du dernier règlement , et fortifiées par le témoignage de plusieurs autres personnes édairées, donneraient à croire que les prévisions de ceux qui Font formulé né se sont pas réalisées, et que l'influence de l'école est loin d'être en accord avec c^qu'on a dû supposer à l'apprentissage qui a précédé Fadmission.
Aussi f avouerai que j'adopte pleinement, à ce su/et, Topinion du rédacteur du Phare, opinion qui aurait pour objet de substituer aux écoles de Châ* Ions et d'Angers des écoles spéciales , telles que celles des Mineurs de Saint-Etienne, de tmnture de Lyon et celle de dessin de Nimes. Dans chacune de ces écolesy l'élève parcourt naturellement^ ainsi que ses camarades, les premiers degrés de la hiérarchie industrielle, sans embarras ni mauvaise honte, parce que sa condition est ou a été celle de tous les autres élèves. D'apprenti, il devient ouvrier, et des fonctions de simple ouvrier, il passe à celle de contre-maître. Llnstruction professionnelle lui est départie gra<» duellement et de telle sorte, qu'en quittant l'écolci 11 peut prétendre, dans un établissement industriel à l'emploi le plus difficile qu*il a exercé comme élève, sans être astreint à un second noviciat. Kon-seu*»
Iq4 écoles SPiciALES INDUSTRIELLES; LEUR UTILITIÉ.
lement la substitution proposée rae semblerait utile pour remplacer les grandes écoles que je viens de désigner, mais elle le serait aussi pour tirer un meilleur parti des écoles primaires supérieures, dont le but est, quant à présent, tout-à-fait vague et indéterminé. L'autorité s'inquiète avec raison du déclassement d'un grand nombre de jeunes gens, qui la sollicitent pour entrer dans les cadres de l'administration, et tout en voulant remédier à cette imprudente déviation, elle ne fait que l'accroître par des établissemens scolaires, sans physionomie et sans application réelle. Réduisez le nombre des écoles primaires supérieures et créez à leur place des écoles spéciales dans chaque chef «lieu d'arrondissement ou dans chaque département, vous parviendrez ainsi à procurer aux élèves sortans, une position convenable. Ils se hâteront d'entrer dans les manufactures, parce qu'ils y seront admis avec un emploi supérieur, tel que celui de contre-maître ou d'empjoyé. Ce que je demande est, du reste, justifié par l'expérience de toutes les écoles spéciales qui intéressent les services publics ou l'armée, écoles où les élèves sont formés pour exercer à leur sortie des emplois d'ingénieurs, d'officiers de tontes armes, en un mot, des fonctions qui les mettent en état d'appliquer tout de suite et avec profil dans Je rnonde réel les connaissances.
ÉCOLES SPECULES UerBUSTRIELLES; LEUR UTILITÉ. Id5
qu'ils ont acquises dans les écoles préparatoires. Les directeurs d'usines ou employés et les contremaîtres sont appelés, les derniers surtout^ à remplir dans les manufactures, le rçle d'administrateur et de censeur. Ce rôle est entouré de difficultés et eiige, dans celui qui en est revêtu, une réunion de qualités propres à le rendre apte à manier les es« prits, à les discipliner sans effort et par la seule autorité de sa parole et de son exemple , à servir les intérêts de l'ouvrier, sans nuire à ceux de l'entrepreneur, enfin à diriger le travail pour l'utilité de tous. Cet art de conduire les hommes n'est pas commun ; aussi voudrais-je que l'administration plaçât à la tête des écoles spéciales des directeurs très éclairés et capables de cultiver eux-mêmes le moral de leurs élèves en même temps qu'ils surveilleraient la cul* ture de leur intelligence. Si l'on a le dessein d'introduire une réforme durable dans les moeurs des classes ouvrières, il faut commencer par tremper fortement celles des contre-maîtres. Il faut leur recommander sans cesse la tempérance , l'économie, la modération, Tamour de la règle, du travail, l'éloignement de (outes sortes de clubs et d'association secrètes, associations qui n'ont jamais procuré aucun avantage véritable à leurs membres et qui ne leur ont attiré que des embarras, des périls et sou-
Iû6 CLASSES DtT SOIR POUR LES ADIÎLTES;
vent des malhears irréparables. La morale de Fatelier doit sortir d'une autre bouche que de celle de Taumônier ; elle suppose des connaiissances que celui-ci ne peut avoin Les directeurs des écoles spéciales seraient au-dessous de leur tâche, s'ils ne faisaient une étude approfondie de tout ce qui se rattache aux moeurs et au bien-étre des ouvriers ; ib formeraient des contre-maîtres sans esprit de conduite, sans expérience morale et partant sans influence; car si Fouvrier apprécie dans le contremaître les lumières et L'expérience de l'homme du métier, il n'estime pas moins le savoir-vivre et les directions de l'homme moral.
J'arrive maintenant aux classes d'adultes ; et c'est par un examen rapide de ces classes que je terminerai cette section.
Les cours d'adultes ont été créés pour l'instruction intellectuelle, morale et professionnelle des ouvriers de seize à quarante ans, et au-delà. Ils comprennent les premiers élémens de l'instruction , le dessin linéaire et le chant. Ces cours sont suivis à Paris avec un empressement extraordinaire ; le nombre des élèves s'accroît tellement, que les places manquent. Les allocations du conseil municipal ont été plus que doublées, pour faire face aux besoins du service, et il faut s'en féliciter.
EMPR£SSEM£1VT DES JÉLÈVES. IO7
L'établissement des classes d'adultes se recom* mande par une double utilité : elles favorisent l'essor et le perfectionnement de l'industrie par l'enseignement du dessin linéaire et de l'ornement » en même temps que par la difïusion de l'instruction élémentaire; d'autre part, elles répandent dans les masses des maximes de saine morale : maximes qui s'impriment dans les coeurs , à Faide de chants corn** posés sur la musique des maîtres les plus renommés. M. Wilhem , à qui l'on doit la noble pensée de ces chants populaires ^ les anime et les soutient par la propagation d'une méthode simple et unique^ enseignée^ d'après les mêmes principes^ aux enfians comme aux adultes. Aidé de nombreux répétiteurs qui sont à la tête d'autant de cours, il prépare dans ces cours ^ et dans des réunions mensuelles où se rassemblent plusieurs divisions, d'élèves^ ces chants d'ensemble, auxquels l'élite de la population de Paris a tant de fois applaudi dans les réunions générales de rOrphéon , et où la voix argentine de l'en&nt se marie 9 par de doux et aimables accords, à la voix mâle et vibrante de l'adulte;
Je ne pense pas qu'il soit besoin de justifier les classes d'instruction élémentaire, non plus que celles de dessin; dans toutes (je parle principalement de celles dirigées par les frères ), les sages instituteurs