‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villesChapitre 33 sur 93 · II. lO · texte numérisé non relu

II. lO

l46 INTERVJiîîTION DE L* ADMINISTRATION POUR LE

rain3 i;ie manqueraient pas à cet effet dans les faubourgs Saint-Marcel, Saint- Jacques, Saint- Antoine et Saint-Yictor, où ils font leur résidence habituelle. Ces maisons, construites à bon marché, devraient contenir une grande cour et un préau couvert, très aéré, Le triage se ferait , l'été dans la cour, et l'hiver dans Je préau. On affecterait une partie de la cour et du préau à la garde des hottes qui y seraient déposées le soir, par chaque survenant, au fur et à mesure de son arrivée. Il recevrait un numéro correspondant à celui de la case où la hotte serait déposée, et cette case devrait être disposée de manière à protéger l'orifice de la hotte contre toute soustraction. Cette précaution serait indispensable pour ôter tout sujet de crainte au déposant. Celui-ci se rendrait ensuite dans la chambrée ou le dortoir qui lui aurait été désigné. Je préférerais de grands dortoirs à des chambrées, parce que le couchage pourrait y être mieux distribué et que l'air y circulerait mieux. Enfin , pour que la maison répondît à sa destination f il faudrait que le chiffonnier y trouvât sûreté pour 3a récolte et un gîte commode pour sa personne , moyennant une rétribution à-peu-près égale aux prix courans des garnis ordinaires. L'exploitation de ces maisons serait adjugée à un principal locataire par l'administration , qui réglerait d'avance

LOGEMENT DES CLASSES INFIMES DE LA SOCIÉTÉ, l/^']

à laide d'un tarif affiché dans chaque maison , la rétribution à payer par les sous-locataires. Elle déterminerait aussi le coucher à introduire; le hamac me paraîtrait le mode de couchage le plus économique , le plus salubre et le moins encombrant. On ferait coucher les chiffonniers en état d'ivresse , sur des lits de camp, établis le long des murs , au-dessous des hamacs, qui seraient superposés par étages, suivant l'étendue et la hauteur des salles. Il existe ^ dit-on ^ à Gènes , une caserne occupée par des marins , où l'on fait usage depuis long- temps, avec succès , de hamacs surperposés pour le coucher des habitans. Il serait aisé de se procurer, par l'entremise de notre consul , un plan figuratif de cette caserne , et surtout de sa distribution intérieure par rapport à l'entente du couchage.

A l'égard des individus malfaiteurs ou autres, qui ont coutume de loger dans les garnis de dernière classe, l'administration pourrait aussi les héberger dans de grands corps de logis qu'elle ferait construire sur des terrains vacans dans les faubourgs, et, à défaut de terrains, dans des bâtiraens, ayant servi de couvent ou de fabrique, dans des localités éloignées, autant que possible, du centre de la ville. Elle adjugerait de même la location de ces établissemens à des particuliers qui les exploiteraient pour leur

l/|8 ASÎLÎ-S DE NUIT.

compte^ d'après les prix énoncés au tarif fixé d'avance par l'administration. L'emploi des objets de literie devrait être réglé de concert avec l'administration qui déciderait du choix. Peut-être serait-il à propos d'introduire dans les maisons en question l'usage simultané des lits ordinaires et des hamacs. On se déterminerait d'après les exigences des occupans.

Il va sans dire que ces maisons seraient assujetties AUX mêmes formalités légales que les hôtels et maisons garnis ordinaires.

La vigilance des agens préposés au service des rondes de nuit a fait disparaître, depuis dix ans du pavé de Paris ou des fossés des boulevards , cette nuée de misérables qui, pour donner deux ou trois sous de plus à la consommation de liqueurs fortes, se privaient volontairement d'un abripendantlanuit et dormaient à la belle étoile. Avant l'organisation de ce précieux service, les agens de police faisaient de temps en temps dans Paris ou hors du mur d'enceinte des battues qui occasionaient la capture de deux à trois cents vagabonds gisant sur la voie publique. Ces vagabonds cachaient quelquefois de véritables voleurs.

Les principales villes industrielles de l'Angleterre renferment, comme nos grandes cités, mais eu beau-

ASILES DE JSlilT. l^Q

coup plus grand nombre , cette classe de gens sans aveu, qui tient l'autorité constamment en éveil pour le maintien de l'ordre social. C'est pour eux que Liverpool a créé dans son sein un asile de nuit {night aâylum)j qui leur est ouvert gratuitement. Londres en a fondé trois, mais les autres grandes villes n'ont pas encore suivi leur exemple; et je crois qu'elles ont raison de ne pas se hâter. Les maisons d'asile ne datent pas d'aujourd'hui en Angleterre. Celle de Liverpool remonte à t8i6, époque désastreuse pour toute l'Europe. La classe riche et bienfaisante qui conçut la pensée de cette institution, fonda jusqu'à trois asiles de nuit dans la même ville ; mais la misère ne diminuant pas , le nombre des malheureux restant le même, les souscripteurs se lassèrent en i83o d'entretenir ces établissemens dispendieux; ils furent alors fondus en un seul, dont la dépense fut mise à la charge du conseil municipal et de la charité publique.

Malgré le caractère touchant de l'asile de nuit , j'ai la conviction qu'il produit plus de mal que de bien. Si l'on n'avait pas eu la prudence de restreindre à cinq nuits par an, pour chaque indigent, le refuge accordé par l'établissement aux malheureux, on aurait favorisé l'intempérance et la fainéantise , au lieu de secourir la véritable infortune. Au moyen

l5o NÉCESSITÉ DE MODIFIER

de la restriction apportée à l'usage de l'asile, on ne pourvoit qu'aux cas fortuits et momentanés de détresse absolue, et c'est tout ce que l'on pouvait faire sans de graves inconvéniens. (f)

Nous avons eu long-temps à Paris un asile de nuit célèbre par le ramas de prostituées , de vagabonds et de bandits qu'on y recevait habituellement: c'était l'hôtel d'Angleterre. Ce repaire effroyable ayant été le théâtre d'un meurtre, l'autorité a pris le sage parti de le faire fermer. Les maisons d'asile lors même <jue le séjour du pauvre n'y serait que temporaire et accidentel, comme dans celle de Lîverpool, offriraient chez nous une prime d'encouragement à la fainéantise et à l'ivrognerie. Pour moi, sMl était question d'en établir dans la capitale ou ailleurs, je les répudierais comme un présent capable de corrompre les habitudes de la classe pauvre et laborieuse accoutumée généralement chez nous, grâce à la sage direction des secours publics, à payer de ses deniers son coucher comme son pain.

Puisque Fobjet essentiel de ce chapitre est de garantir la salubrité publique, en procurant aux familles appartenant à la population ouvrière , ainsi qu'aux individus rangés dans la classe vicieuse, des

(t) Reçue britannique^ i836, article tiverpool, page 240.

LES R^GLEMENS DE VOIRIE. l5l

constnictîons habitables^ appropriées à leur condition et à leurs besoins^ je ne négligerai pas Toccasion de renouveler ici Tékpression d'un vœu tant de fois répété, celui d'une réforme dans les réglemens de voirie.

Ces réglëmens renferment des lacunes qui ne peuvent être comblées que par une loi et qui, dans Fétat actuel des choses, enchaînent Faction de Taùtorité. Les propriétaires abusent de la manière là plus fâcheuse du silence des réglemens pour donner aux bâtimens qu'ils élèvent dans les cours de leurs maisons une hauteur démesurée , jusque-là, qu'il n'est pas rare de voir des emplacemens de très peu d'étendue, entourés de corps de logis de six ou sept étages. L^usage du droit de propriété est d'autant plus exorbitant dans ce cas, qu'il contraste d'une manière frappante avec Fusage du même droit exercé sur la voie publique. Le service de celle-ci soumet le propriétaire à des proportions de hauteur qu'il ne peut pas dépasser, tandis que, à quelques pas de l'alignement, ce même propriétaire peut se livrer impunément à toutes les suggestions de la cupidité. Là même où les réglemens sont explicites , mais insuffisans, les propriétaires trouvent une issue pour échapper aux pro-

hibitions qu'ils contiennent. C'est à l'aide de ces

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subterfuges qu'ils parviennent à pratiquer dans les combles de leurs constructions bordant la voie publique des étages en mansardes qui constituent une surélévation en fraude des lettres-patentes du aîT août 1784 ou plutôt de l'esprit de leurs dispositions»

Ce dernier abus a bien moins de gravité que le premier , parce qu'il porte une atteinte mobis profonde à la salubrité publique. L'exhaussement excessif des constructions intérieures, ajouté au peu de hauteur des logemens et à leur étroitesse, est le mal le plus intense auquel il soit nécessaire de porter remède. Ce mal n'agit pas seulement sur la santé de ceux qui habitent ces constructions gigantesques, mais il influe aussi, quoique plus faiblement, sur la santé des locataires qui occupent le corps de bâtiment ayant face sur la rue, en ce qu'il intercepte jusqu'à un certain point l'air et la lumière qui leur sont nécessaires.

Nous savons que l'autorité préfectorale , dans le département de la Seine, a signalé dans maintes occurrences au ministre compétent, les inconvéniens que nous venons de rappeler, et qu'il n'a pas tenu à elle que Ton ne s'occupât de la révision et de la codification des réglemens de voirie.

Il serait temps aussi que l'on mît les anciennes règles de l'art de bâtir en accord avec l'état actuel

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des connaissances sur la matière. Les constructeurs désireraient que l'administration modifiât, dans ce but, les prescriptions dçs régleraens relatifs à la nature, à la qualité et à Temploi des matériaux de construction. Aujourd'hui comme autrefois,on exige en France que l'on donne à un bâtiment neuf une solidité capable de résister à l'action du temps pendant plusieurs siècles. Ce n'est pas ce qui se pratique en Angleterre où l'on se contente d'une solidité relative; c'est pour trente, quarante ou cinquante ans que l'on bâtit dans ce pays. La durée est moindre , mais le produit du capital employé est plus élevé; et cette hausse dans le produit peut très bien se concilier avec une diminution dans le taux des loyers. La coutume des Anglais, sous ce rapport, mériterait d'autant plus d'être imitée parmi nous, qu'outre l'avantage de favoriser également le propriétaire et le locataire, elle aurait pour effet de laisser beaucoup à faire et à recommencer dans l'avenir et d'assurer à perpétuité du travail à une classe nombreuse d'ouvriers, de fournisseurs et d'artisans. Elle faciliterait beaucoup, en particulier, la construction des habitations du pauvre, qui maintenant sont si coûteuses.

i54 dIt mariagb oAirs ses rapports

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