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pourrait appeler an de leurs passe-temps, consiste à £iire la chasse aux rats dans les cours dépendantes de quelques-unes des maisons qu'ils fréquentent. Ils les attirent à l'aide de certaines substances atta« chées à des chiffons qu'ils ramassent dans les rues. Pour cet effet y ils placent en tas ces chiffons à proximité des crevasses des murs, et dès qu'ils peuvent supposer que les r^ts sont blottis dans les chiffons , ils lâchent dans la cour leurs chiens qu'ils dressent pour cette chasse, et en un clin-d'œil , ils se rendent maîtres des rats dont ils mangent la chair et vendent la peau.
Les logemens garnis qui reçoivent la nuit le limon de la société sont de véritables égouts. Ceuxlà même qui ne sont pas fréquentés par les chiffonniers offrent, par suite de l'agglomération des locatsures et de leurs sales habitudes, des foyers dangereux d'infection. H y a des chambres garnies qui contiennent jusqu'à neuf lits séparés par de petites ruelles suffisant à peine au passage des habitans, et ces lits sont bien souvent occupés par deux personnes qui ne se connaissent pas, et ne se sont jamais vues. La différence des sexes n'est pas un obstacle à ces cohabitations nocturnes et fortuites , quoique les préposés de la police ne négligent rien pour empêcher les désordres. Parmi Ie3 chambrées de fem-
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mes , il en est une dans le quartier de la Cité , qui est renommée par le tableau de décrépitude et d'abjection qu'elle présente. Les femmes qui l'occupent habituellement sont de vieilles ivrognesses dont plusieurs sont suspectes de vivre de vol. La police a l'œil ouvert sur ces femmes , comme sur tous les babitans des mauvais garnis. II arrive quelquefois aux agens de faire des descentes au point du jour dans la maison où se trouve la chambrée dont nous venons de parler, et de voir toutes les femmes qui l'occupent sur leur séant , pour faciliter les recherches. Le spectacle de ces momies animées a quelque chose de sépulcral , et l'on dirait que le célèbre auteur de GiUBloê y a esquissé jadis le portrait de Léonarde.
Il £aut s'être occupé d'anatomie sociale avec un esprit sérieux d'investigation pour se ùàre une juste idée de la population qui vit dans les replis les plus cachés de la société. Quand même le sujet mis au concours par l'Académie des sciences morales et politiques ne m'aurait fourni que l'occasion de plonger dans cet abîme de misère , de bassesse et de vice 9 je me croirais suffisamment récompensé des nombreuses récherches auxquelles je me suis livré» L'imagination malgré sa fécondité et sa hardiesse , ne saurait atteindre^ 9 en cette matière , à la hauteur
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de la réalité» Celle-ci a un caractère , une physiono« nue, une étrangeté qu'il faut avoir vus, sinon de près, ce qui n'est donné qu'aux préposés de la police, au moins dans une certaine perspective , pour pouvoir assumer sur soi la responsabilité d'un historien eiact. Qu'on ne taxe donc pas de roman les traits de mœurs ni les détails d'intérieur que j'ai indiqués dans ce chapitre. Quoique adoucis par la réserve que j'ai du imposer à ma plume, ils n'en sont pas moins vrais dans le fond. Tai sacrifié la crudité du trait et de la couleur au respect des bienséances. Voilà la seule infidélité dont je m'accuse.
Après avoir signalé les causes d'insalubrité existent dans les logemens garnis , habités par la por* tion la plus infirme et la plus abjecte de la classe vicieuse, il est impossible de ne pas réfléchir sur la nécessité d'apporter un remède efficace à un état de du)6es aussi contraire aux droits de l'humanité et de la civilisation. Cependant^ la réflexion , fixée sur ce triste sujet, est plus puissante pour expliquer le mal que pour le guérir. Quand, au lieu d^atténuer la misère par 1^ sobriété et .l'économie, le prolétaire, car il est bien permis d'user de cette qualification eta pariant du chiffonnier et du vagabond, le prolétaire, di»je ; aspire à boire dans la coupe des pl^irs réservés à la classe riche et aisée , quand il cherche , non
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pas à humecter ses lèvres dans cette coupe , mais à s'y abreuver jusqu'à l'ivresse par un fol orgueil, il se dégrade d'autant plus qu'il veut s'élever davantage. La froide raison n'oserait rien reprendre à des plaisirs raisonnables, et elle se révolte à la vue des excès d'une intempérance qui l^tte en vain contre la misère. C^ éréthisme de la sensualité en haillons , abrutit le pauvre de plus en plus , en même temps qu'il réduit dans ses mains les moyens de subvenir aux premiers besoins de la nature; il faut, dès-lors, que le pauvre rachète ses dépenses insensées par des privations ou par le plus ignoble abaissement. C'est ce qui arrive, en effet, trop souvent à ces malheureux ; ils boivent pour dix sous d'eau-de-vie dans une journée^ et ils iront passer la nuit pour deux sous dans un infâme repaire. Voilà le secret de la misère d'une grande partie d'entre eux ! voilà le secret de l'existence, sur presque tous les points de Paris, de ces masures sales, infectes, qui leur servent de refuge.
L'administration doit tolérer ce qu'elle ne peut empêcher ; c'est pourquoi elle tolère ces seatines des grandes cités, en les surveillant; mais une semblable tolérance exclut-elle , de sa part, la faculté de &ire construire à ses frais des maisons spécialement destinées au logement , soit des chiffonniers , soit des autres parties de la population qui végètent
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dans les derniers rangs de la société ? je ne le pense pas. Les maisons garnies de quatrième classe comptent parmi elles bon nombre de repaires ou d'égouts. Si l'administration^ dans des vues d'intérêt général, se croit obligée de ménager un écoulement aux eaux bourbeuses d'une cité telle que Paris, par des ouvrages construits à grands frais , à combien plus forte raison nç doit-elle pas se rendre maîtresse de cet autre bourbier, formé de la classe misérable et virieusequi fourmille dans cette vaste capitale? A ne considérer que l'hygiène publique , il est certain que la communauté gagnerait sensiblement à creuser un lit à ce bourbier d'une nouvelle espèce, et d'autant plus dangereux, qu'il n'influe pas moins sur le moral que sur le physique des populations. L'exécution de ce projet ne serait pas une charge tout-à-fait gratuite pour l'administration , le produit qu'elle en retireraitn'offriraitpas sans doute l'équivalent del'intérêt du capital qu'elle y emploierait, mais il pourrait représenter une partie assez considérable de cet intérêt , et les non-valeurs qu'elle aurait à supporter trouveraient leur compensation dans le surcroît de garantie assuré à la salubrité publique.
Voici comme je concevrais la réalisation du plan de ces constructions : je voudrais qu'on bâtît des maisons particulières pour les chiffonniers ; les ter-