‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villesChapitre 35 sur 93 · I 56 DES CONJONCTIONS ILLEGITIMES ; LEURS CAUSES · texte numérisé non relu

I 56 DES CONJONCTIONS ILLEGITIMES ; LEURS CAUSES

en détourner, ils vous répondront en vous citant des exemples pris parmi leurs propres camarades; or, ces exemples, dans leur opinion, doivent les absoudre du reproche d'immoralité , parce qu'il faudrait l'étendre à trop de personnes.

Toutefois, la puissancedô l'exemple est plutôt une cause secondaire qu'une cause capitale et directe de la propagation du concubinage dans les classes ouvrières. La cause véritable et déterminante , c'est le défaut d'argent, soit pour se procurer les pièces exigées par l'autorité , de chaque couple ayant l'intention de se marier, soit pour payer les frais de célébration du mariage civil et religieux, soit enfin pour se vêtir convenablement ^X faire la noce.

En retraçant dans la deuxième partie de cet écrit les principaux traits des mœurs des ouvriers , j'ai montré combien étaient fragiles les liens qui unissaient les concubinaires entre eux, et jusqu'à quel point la fragilité de ces liens était préjudiciable à la femme. J'ajouterai à ces premiers traits quelques circonstances qui prouveront combien le sort de la femme libre dans la classe pauvre est précaire, humiliant et misérable.

Il y a dans les conjonctions illégitimes des classes ouvrières, deux périodes à observer: celle qui embrasse la première époque du commerce , époque de

PES CONJONCTIONS ILliGItlMEâ ; LEURS CAUSES. iS'J

contentement, d'aisance et de plaisir, et celle qui est marquée par les affections , mais aussi par les soucis de la paternité. Tant que les enfans sont en perif nombre, et qu'ils coûtent peu , la bonne intelligence des parens n'est pas troublée ; mais à mesure que les enfans se multiplient et grandissent, les charges deviennent lourdes, et les douceurs de la paternité font place aux embarras nés des besoins de la famille, et d'une vie agitée par les vicissitudes quelquefois cruelles de l'industrie. Ces embarras se font d'autant plus sentir, que le chef de la famille est moins économe et moins réglé. Quand on a contracté l'habitude de fréquenter le cabaret et de boire pour satisfaire de prétendues convenances de camaraderie, on se crée des besoins qui anticipent nécessairement sur les besoins journaliers de la famille, et cette famille, légitime ou non, souffre toujours plus ou moins de l'insouciance et de la mauvaise conduite de celui dont le premier devoir était de la soutenir.

Les souffrances répétées de la famille aigrissent le père et la mère l'un contre l'autre. Celle-ci se plaint, au nom de ses enfans, celui-là gronde et se met en colère. De là des collisions intérieures, de mauvais traitemens exercés par le plus fort contre le plus faible , et à la longue ces tristes discordes fi-

l58 INFLUENCE DU CONCUBmAGE,

Dissent par la disparition du père et l'abandon de ]< mère et des enfans. Il est des femmes énergiques , qui, lasses d'employer vainement, à l'égard de leurs conjoints plongés dans le désordre, ' la voie des représentations et des reproches, parviennent à force de travail à pourvoir seules à l'entretien de leurs familles j et dont l'indulgence envers les auteurs de leur infortuné les porte de plus à fournir à ceux-ci les moyens d'existence qu'ils dénient eux-mêmes à leurs propres enfans.

Je ne doute pas que beaucoup d'autres mères de famille n'eussent assez de force de caractère pour se suffire à elles-mêmes , et pour élever leurs enfans sans autres ressources que le produit de leur travail; mais la bonne volonté ne suffit pas dans les affaires de la vie, il faut des occasions favorables pour exercer cette volonté, et malheureusement ces occasions qui sont les sources elles-mêmes du travail, varient ^vec les éyènemens et les intérêts de la société; leur nombre diminue ou s'accroît en raison de la concurrence des travailleurs et des besoins des consommateurs. Le défaut de travail ou sop insuffisance a décidé de l'avenir de plus d'une mère de famille , et par contre-coup , de celui de ses enfans. Les plus courageuses et les moins dépourvues de travail , ai* dées par les bureaux de bienfaisance, parviennent

SUR LE SORT DES ENFANS, QUI E|ï SOITJP LE FRUIT. I Sq

à faire tête aux di£Eicultés de leur position^ malgré Tâbandon de leurs conjoints. Il en est parmi elles qui ont des enfans de trois lits différens et qui confondent quelquefois les noms de leurs pères , tant leurs relations avec ceux-ci ont été passagères et mal établies. D'autres privées complètement de travail , et n'ayant pour soutenir leurs enfans que les faibles secours de l'assistance publique , finissent par céder à la détresse qui les accable et s'éloignent de leurs enfans qui , dès-lors , sont livrés à toutes les horreurs du besoin , ou bien elles s'associent à un nouvel amant pour assurer avec leur propre subsistance celle de leurs familles.

Les enfans qui appartiennent à ces dernières familles sont moins malheureux sans doute , que les premiers obligés par la fatalité de leur naissance de recourir à la mendicité ou au vol pour exister ; cependant les affections changeantes de leurs mères , le manque de retenue des nouveaux amans de celles-ci et d'elles-mêmes, en leur présence , agitent de bonne heure leurs jeunes têtes et relâchent peu-àpeu les liens qui les attachaient à celles qui avaient élevé leur première enfance. Ce relâchement occasionne des mutineries d'une part , des châtimens de l'autre , en sorte que les enfans finissent par abandonner leurs mères , autant par un sentiment con-

1 6o DIFFICÏ3LTES Qlf ÉPROUVENT LES GENS PAUVRES.

fus de mépris, que par la crainte des mauvais traitemens auxquels ils sont ordinairement en butte.

Les enfans issus de conjonctions illégitimes sont prédestinés par leur naissance à tous les coups de la mauvaise fortune. Placés dès leur bas âge sur la pente du vice, entourés de mauvais exemples, sollicites par des passions éveillées avant le temps, ils se perdent lorsqu'ils savent à peine discerner le bien d'avec le mal. C'est parmi eux que les fauteurs de la mendicité , du vagabondage et du vol cherchent et trouvent des recrues. Les rapports annuels de la société de patronage des jeunes libérés de Paris, renferment à cet égard des documens non moins intéressans que positifs.

Affligés de l'état de désordre dans lequel vivent les concubinaires , affligés surtout de l'abandon de leurs enfans déposés par eux en grande partie , dès leur naissance, à l'hospice des enfans-trouvés , des hommes bienfaisans et pieux se sont associés pour faciliter, pour encourager les mariages dans la classe pauvre, et pour assurer par suite la légitimation des enfans naturels, nés de parens unis entre eux par un commerce illégitime.

On ignore généralement les difficultés que les gens pauvres éprouvent pour se mettre en mesure de contracter mariage. Ties actes nécessaires à cet

POUR CONTRACTER M^RrAGK. l()T

effets sont souvent fort nombreux et coûtant fort cher; ils ne sont délivrés gratis qu'à Paris et aux seuls iudigens inscrits. Quand il y a nécessité d'é* crire au loin pour obtenir les actes voulus par la loi, que peuvent faire des malheureux dont toutes les relations avec leur pays natal sont depuis longtemps interrompues, qui, d'ailleurs, ne savent même pas lire, qui ont oublié ou n'ont jamais su le lieu et l'époque du décès des auteurs de leurs jours, et qui, dans leur pénurie extrême, sont hors d'état de payer le prix et le port de ces mêmes actes ? Que peuventils quand l'un d'eux est étranger, que les actes sont insufBsans ou irréguliers, et qu'un jugement du tribunal civil devient indispensable? Qui aplanira les obstacles ? Comment les frais seront-ils acquittés? Toutes ces difficultés rendraient le mariage impossible pour une foule de gens pauvres, s'ils n'étaient dirigés, par les conseils d'hommes éclairés et s'ils n'étaient secourus par l'autorité et la bienfaisance

publiques.

C'est à cette œuvre aussi pénible qu'utile au bon ordre de la société que se sont voués les hommes recommand^les dont j'ai parlé ci-dessus. Ils ont placé leur association sous le patronage de saint François R^is , dont la vie fut marquée dans nos provinces méridionales par d'admirables efforts pour ir. II

l6a TRAVAUX ET TÎIENFAÏTS DUS

Textirpation du vice et l'amélioration des mœnrs. Ils se réunissent tous les dimanches de midi à trois heures , rue des Fossés-Saint- Jacques, n® 1 1 , pour connaître les besoins des indigens et pour leur fournir les moyens de se marier. Us ont à répondre, chaque jour de réunion, à près de trois cents personnes, he plus grand ordre et la plus grande défiance régnent parmi celles-ci. On n'y voit pas seulement des couples vivant en concubinage^ mais aussi de futurs époux en danger d'y tomber , lesquels n'ayant ni les moyens ni le temps de se procurer les actes nécessaires à la célébration de leur mariage viennent solliciter les bons offîces de l'association. On y remarque, et ce n'est pas le spectacle 1q moins intéressant, les concubinaires nouvellement mariés , qui se présentent devant l'un des membres de l'association pour la remercier de son obligeant concours et pour recevoir le certificat qui doit les mettre à même de retirer leurs en&ns de l'hospice. L'air serein et satisfait du mari annonce qu'il vient d'accomplir un grand devoir. Quant à la femme, son visage rayonne d'une douce joie, et, en effet, c'est elle que le retour aux bonnes mœurs, a le plus favorisée en lui permettant de se parer sans rougir du titre d'épouse et de mère. L'établissement de la société charitable de Saint-.

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Régis, date de 1826. Elle a contribué par son active intervention, depuis cette époque jusqu'au i'' janvier 1837, à la célébration civile et religieuse du mariage de près de 8,000 indigens et à la Légitimation de plusieurs milliers d'enfans naturels, dont un grand nombre ont été retirés de l'hospice des enfans trouvés. La société assure,' que presque toujours la première sollicitude des nouveaux époux après leur mariage, a pour objet d'obtenir de l'administration des hospices^ la remise de leurs enfans^ et qu'une expérience de dix années constate qu'ils les élèvent de leur mieux, leur inculquent des principes moraux et font d'eux de bons sujets.

On doit reccmndtre que l'administration des hospices s'impose de grands sacrifices, en remettant gratuitement ces enfans à leurs parens mariés ; mais quel dédommagement et quelle satis&ction pour une administration toute bienfaisante que d'assurer la possession d'état d'enfant légitime à plusieurs milliers de ses élèves qui sans cela n'eussent jamais éprouvé ni même connu les charmes de la famille ; de se décharger des soiiis et de la dépense de leur tutelle pour l'avenir, et de se prémunir par de sages concessions contre les chances de nouveaux dépôts delà paît des parens de ces mêmes élèves. £n der-*

nier résultat, la conduite de l'administration profite

l64 TRAVAUX ET BIENFAITS DUS

tout À-la-fois à la morale publique et à ses propres finances. C'est un des moyens les plus sûrs et les plus efficaces pour tarir la principale source de la bâtardise, qui n'est que trop souvent^ aussi, celle du vagabondage et du vol.

On jugera de la haute importance des services rendus par l'association de Saint-Régis, à la cause des bonnes mœurs, quand on saura quelle est la différence qui existe entre le nombre des enfans légitimés, par suite du mariage des couples adressés, avant i836, à cette société, et celui des enfans légitimés, appartenant aux couples qui lui ont été envoyés en ] 836. £n effet, les mariages antérieurs à cette dernière année, et s'élevant à 1 85, ont produit la légitimation de a49 enfans, tandis que les 275 mariages accomplis par la société durant cette même année, n'ont légitimé que 209 en£ans. Cette disproportion sensible tient à ce que la société de Saint Régis, devenant de jour en jour plus connue, on lui adresse fréquemment des couples qui ne vivent que depuis quelques mois dans le désordre, et même, on certain nombre de personnes qui sont près seulement d'y tomber, tandis qu'autrefois la société ne s'occupait guère que des concubinaires, vivant ensemble depuis nombre d'années et ayant déjà beaucoup

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d'enfans , dont quelques-uns même étaient sur le point d'atteindre leur majorité.

La société de Saint-Régis n'a pas de revenus assurés. Ses ressources s'élèvent à près de dix mille francs par an, provenant des dons de la charité publique, des cotisations de ses membres , des offrandes de MM. les curés et des secours annuels des hospices, de l'administration municipale et du ministre de Imtérieur. On cite plusieurs villes importantes qui ont fondé dans leur sein de pareils établissemens. Il serait à désirer, qu'il y en eût un dans tous les grands foyers de l'industrie. L'autorité devrait à cet égard fournir aux hommes bienfaisans toutes sortes d'encouragemens pour les excitera s'associer, et protéger leur société avec une faveur particulière, parce qu'elle répond à des besoins véritables et qui excèdent le plus souvent les facultés des hommes simples et laborieux qui les éprouvent. L'un des moyens les plus certains de parvenir à la restauration des bonnes mœurs, est de constituer la famille sur la base légitime du mariage : or, la société , dont nous aimons à proclamer les services, n'a pas d'autre but, et, sous ce rapport, elle a droit, à mon gré, d'être comptée parmi les institutions les plus conservatrices. Je ne dois pas laisser ignorer, au surplus, qu une société protestante s'est formée pour faciliter , par

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son entremise officieuse, le mariage des person professant le culte évangélique, dont le peu de sources ne leur permet pas de subvenir aux dé{ ses exigées pour légitimer leur union. Cette soc paraît faire le même bien que la société dont n avons d'abord parlé.

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