QUE LA CLASSE PAUVRE EN RETIRE. I
Daissance'dans des hospices, lorsque les parens ne craignent pas de les abandonner à la pitié publique ; elle les soutient et les élève jusqu'à ce qu'ib soient réclamés par eux; et s'il est des parens assez dénaturés pour abjurer tout-à-fait les sentimens et les devoirs de la paternité, elle se substitue à leur place par une magnanime fiction, et met leurs enfans à portée de se suffire un jour à eux-mêmes. Les orphelins ont droit à une égale protection.
Cest avec une sollicitude non moins attentive que l'autorité distribue aux adultes pauvres, en état de santé ou de maladie , des secours qu'ils ont la &culté, quand ils sont malades, de recevoir à domicile ou dans des établissemens hospitaliers. Plusieurs de ces établissemens sont consacrés au soulagement de la vieillesse infirme ou accablée par l'âge. Enfin le pauvre, grâce à la sage et paternelle administration des deniers publics, trouve assistance et appui dans Je pouvoir, soit pour lui-même, soit pour sa famille, depuis sa naissance jusqu'à son dernier jour. Cette protection spéciale, ne fût-elle que la compensation de l'impôt perçu indirectement sur le salaire du pauvre, il y aurait de Tinjustice à ne pas la constater. *
Le lecteur me saura peut-être gré de lui faire
conaaitre sommairement les élémens de la dépense
180 COIÎ^TRIBUTION mpiRFCTE; AVANTAGES
occasionée à la ville de Paris et à Tadministration des hospices de cette grande cité, par les besoins des classes pauvres. Je ferai d'abord remarquer que cette dernière administration possède, à titre patrimonial, des biens particuliers qu'elle tient de la piété bienfaisante des riches, et dont les revenus, montant à environ 6,000,000 ^ tournent exclusivement au profit des indigens ; elle reçoit en outre, sur les produits annuels de Toctroi rangés parmi les produits des contributions indirectes, une subvention municipale quin'est pas moindre de 5,ooo,ooo et qu'on peut évaluer au sixième environ de l'intégralité des droits d'entrée , montant, durant les années prospères, à près de 3o,ooo,ooo; ces droits sont perçus sur 900,000 individus, formant le total de la population de Paris. Or, en admettant que la classe pauvre tout entière figure pour un tiers dans ce total, son tribut, dans le produit annuel de l'octroi, n'excéderait pas 10,000,000^ dont la moite serait absorbée complètement par elle , et dont le surplus aiderait au paiement des services municipaux 9 qui ne lui sont pas moins utiles qu'au reste des habitans.
QoanHià Tessence des droits, une longue expérience a prouvé que les réductions faibles et opérées ftur quelques droits partiellement, sont presque
QUE Lk CLASS£ PAUVRB EN AfiTlAEi j8f
toujoui^ sans résultat propre à améliorer la condition du redevable et qu'elles profitent le plus souvent au vendeur, rarement au consommateur ; que des réductions trop fortes et capables d'entraîner la suspension des travaux entrepris pour l'utilité publique communale , diminuent les produits même dans une proportion considérable^ et mettent Tadministration dans la nécessité de soulager un nombre presque double d'infortunes. En matière d'octroi, il Ëiut, pour ne rien hasarder ^ régler les taxes de manière à pourvoir tout ensemble au soulagement de la classe indigente , à l'intérêt du commerce et aux nécessités du service municipal. Il est aisé de jeter dans un discours sur le budget, quelques phrases éloquentes coptre l'impôt qui pèse sur le pauvre; mais un homme politique ne doit pas voir seulement dans le pauvre l'individu; il doit voir aussi en lui le citoyen, lors surtout qu'il s'efforce de le rendre apte à jouir de la plénitude des avantages sociaux. Le pauvre est membre de la grande famille comme nous tous; il paie de sa personne pour défendre l'ordre et les lois, soit dans les rangs de l'armée, soit dans les rangs de la garde civique. Pourquoi serait- il exempté de l'impôt? La contribution indirecte est une contribution éminemment appro* priée à l'exiguité des ressoiuxes du pauvre. Il Tac*
l84 O^ ^^UVEATSrfillEMS A BON HARCHi.
compagnies ou aux particuliers , ceux*ci s'indemai* sent dé leurs fournitures , de leurs frais de production j et réalisent le bénéfice, objet de leur entreprise, par des péages et des taxes de toute sorte j qui sont payées par la masse du public , au iîir et à mesure de l'usage qu'elle fait de^ choses d'utilité publique, et cela ne saurait être autrement. . Il est aisé d'apercevoir, en définitive , que dans les deux situations, la différence n'est qu'apparente et gît dans la seule qualité du producteur. Or, que ce producteur soit un être moral, comme l'autorité, ou un être réel, comme un particulier, toujours estil qu'il lui faut de l'argent pour créer des produits, et que cet argent doit lui être fourni par l'impôt, ou rentrer dans ses mains s'il en a fait l'avance par des taxes particulières; ce qui, en réalité, est tout un. Lies compagnies n'ont pas à rétribuer, il est vrai, des collecteurs pour recueillir les capitaux néces* saires à l'exécution de leurs entreprises, ainsi que le fait l'état pour la perception de l'impôt j mais elles ne se croient indemnes à l'égard du public, que lorsqu'elles ont recouvré sur le produit de leurs tarife, et leurs avances en capital , et les intérêts de ces avances. En supposant donc que la taxe imposée aux contribuables fut assise de manière à pourvoir à deux objets de dépense , qui , sans être les mém^^
DES GOUVEaNElKElfS A BON MAHCHIÉ. l85
ne seraient pas moins utiles au public , et ne coûte* raient pas plus cher, tels que le prix du travail d'une part et les frais de perception ou l'intérêt des avances, de Tautre ; n'est-il pas vrai, ainsi que je l'ai dit, que le sacriBce d'un individu quipaie à l'état ou à une compagnie pour jouir des avantages sociaux , est le même dans un cas comme dans l'autre, et qu'il n'y a de différence que dans les mots , puisque dans les deux systèmes, il existe un capital pour la production, et un prélèvement, soit pour solder l'intérêt des compagnies, soit pour payer le traitement des
collecteurs?
Les gauvememens à bon marché, chez des peuples
également dotés des avantages de la civilisation, sont donc des gouvernemens fantastiques. Ces peuples peuvent être administrés avec plus d'économie les uns que les autres ; mais , à coup sûr, les écrivains qui ont tant préconisé les gouvernemens dits à bon marché, et en particulier, celui de l'Amérique du nord, ne les auraient pas cités comme des gouverne* mens modèles } s'ils n'avaient eu en vue, en dernier résultat, qu'une simple question d'économie comparative. Ils ont cru trouver en eux la source d'un allégement immeinse de l'impôt, considéré dans toutes ses branches, et en cela, ils ont été dupes, je ne di* rai pas de leur ignorance, njais de leur imagination*
t86 DES SPECTACLES.