SOCIÉTÉS DE PA-TRONAGE
vons-les maintenant hors de la maison de discipline, soit qu'ils l'aient quittée par suite de leur mise en liberté provisoire, ou par suite de leur libération définitive.
La mesure des mises en liberté provisoire, ayant une origine plus récente qu« celle des mises en liberté définitive dont elle est, en quelque manière, l'épreuve et la préparation , je parlerai d'abord des formes qui précèdent les libérations définitives , et ensuite de celles qui se rattachent au& libertés provisoires.
Il existe à Paris un établissement aussi modeste qu'utile , qui a signalé les premières années de son existence par des succès toujours croissant ; cet établissement est la société de patronage des jeunes libérés, que l'on peut considérer comme l'auxiliaire et le complément du pénitencier où ces derniers ont passé leur temps de purification et de réforme. Alar* mes des pièges et des dangers qui attendent les jeunes délinquans au moment de leur mise en liberté, des philanthropes éclairés se sont associés pour guider leurs pas mal assurés dans le monde, pour leur procurer du travail, et pour donner un bon emploi au pécule qu'ils ont lentement amassé , en travaillant dans les ateliers de la maison pénitentiaire. La tâche que cette société s'est généreuseoient
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imposée constitue une sorte de tutelle officieuse ou de patronage.
Avant d'être placé sous l'autorité toute morale du patron , qui lui est choisi par l'association , le jeune libéré devient l'objet d'une enquête dans laquelle son caractère , ses habitudes , les mœurs de ses parehs et les vicissitudes qui ont marqué le cours à peine commencé de sa vie sont retracés avec détail, et souvent avec un touchant intérêt. Ces petites biographies entreprises pour l'instruction du patron de l'enfant, offrent la plupart un caractère original et même dramatique, parce qu'elles mettent en scène de jeunes êtres , qui jetés de bonne heure dans le tourbillon du monde, s'y sont fait remarquer par la précocité de leur esprit , par la hardiesse et la ténacité de leur caractère et par l'ardeur de leurs passions ; ils faisaient partie d'une classe à part dans la société active, et leur influence sur la paix et la morale publiques était assez notable pour fixer d'une manière spéciale l'attention et la vigilance des agens de l'autorité. C'est la crainte de voir se grossir dans le sein de la capitale ce levain dangereux, que l'on retrouve du reste dans toutes les grandes villes, qui a donné naissance à la société de patronage des jeunes libérés.
Indépendamment des enquêtes nécessitées par
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la sortie définitive clés enfans arrivés au terme de' leur détention , enquêtes . dont il vient d'être parlé, il en est d'autres qui sont faites dans un esprit différent , c'est-à-dire pour éclairer l'administration sur le mérite des demandes qui lui sont adressées par les parens de quelques jeunes détenus , à l'effet d'obtenir la mise en liberté provisoire de ceux-ci. Ces enquêtes^ nous l'avons dit ailleurs, portent sur la conduite habituelle et la moralité des parens en même temps que sur les titres de l'enfant à la faveur sollicitée pour lui. Ces titres résultent des diverses notes fournies à son égard par les employés supé** rieurs du pénitencier, et sont discutés dans l'enquête, dont la conclusion est favorable ou défavorable à la demande. Ces enquêtes servent à éclairer l'opinion du préfet de police et du procureur général appelés à donner tous les deux leur avis sur la demande en liberté provisoire. Le garde-des-sceaux statue ensuite d'après cette instructipn.
Quoique le sort malheureux des jeunes détenus intéresse généralement, et que beaucoup de personnes applaudissent aux efforts de la société de patronage, il est d'autres personnes encore plus nombreuses qui nient l'importance civile et les bienfaits de l'œuvre de cette société, tandis que les membres de celle-ci s'appliquent à répandre la connaissance de
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leurs travaux pour accroître leur nombre , et diminuer ainsi par une coopération plus étendue les chances de corruption qui menacent la population pauvre dans son germe. Les adversaires, je ne dirai pas les détracteurs de leur œuvre , déversent le mépris sur les enfans qu'ils ont adoptés par lîn sentiment de commisération autant que de dévoùment à là chose publique. Us disent tout haut que lé père de famille se doit tout entier à ses propres enfans ; que protéger des vagabonds', des mendians, des voleurs en bas âge , c'est offrir une prime au vagabondage ^ à la mendicité et au vol: en un mot, ils contrarient par ces discours imprudens ou tout au moins irré«fléchis la propagande de charité entreprise par la société de patronage pour le maintien de Tordre et des bonnes mœurs.
La philanthropie est sujette sans doute à des illu** sions comme les affections les plus honnêtes de l'homme, mais ici les adversaires de la société de patronage n'ont pas envisagé l'objet, qu'elle s*ést proposé, sous son véritable point de vue. L'amour de l'enfance délaissée ou flétrie par des égaremens passagers n'est pas le seul mobile qui la fait agir ; elle en puise un autre non moins puissant, dans l'intérêt de la grande famille dont l'avenir dépend de la moralité de la population naissante : c'est
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ce double levier qui caractérise ses actes et qui attire à elle les amis de l'humanité aussi bien que
les amis de la morale publique. Les enfans, qu'elle appelle noblement sa famille, sont nés dans les dernières classes du peuple et livrés dès Tâge le plus tendre à toutes les angoisses du besoin, à toutes les humiliations de la misère : heureux quand ils n'ont pas été entraînés au vice par les mauvais exemples de leurs parens.
Ceux-ci ne se font pas tous également un devoir de visiter leurs enfans dans la maison de discipline , il en est qui leur tiennent rigueur non-seulement durant tout le temps de leur captivité, maïs qui, après leur libération , refusent de les recevoir. Je pourrais citer un jeune libéré, qui pendant plus de deux ans, a fait négocier vainement sa réconciliation avec ses parens et qui n'a eu le bonheur de rentrer dans le sein de sa famille que , grâce aux sollicitations réunies de son frère, de son patron et de son chef d'atelier. Que serait devenu cet enfant, après sa sortie du pénitencier, s'il n'avait pas trouvé un appui dans l'intervention du patronage ? Il est des enfans, qui sont éloignés de leur père ou de leur mère par une répugnance née d'un sentiment honnête et qu'ils confessent tout haut avec une sorte d'indignation ; cette répugnance vient de ce que le père est
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un ivrogue et vit en concubinage avec une femme^ qui pour l'enfant est une cause perpétuelle dé xiia^ . grins; elle vient de ce que la mère se livre à la prostitution. La société ne doit-elle pas s'applaudir de ce que des hommes de bien prennent en main les intérêts des enfans placés dans cette situation ou dans une position analogue et se substituent à leurs parens ? Il me serait facile de multiplier de semblables exemples.
Au surplus, si les détails où nous sonames entrés en parlant des jeunes vagabonds, sont encore présens à la mémoire du lecteur, il n'aura pas de peine à se convaincre de Téminente utilité du patronage; il verra dans son institution un rempart contre l'immoralité et la dépravation des enfans des classes nécessiteuses du peuple. Préserver la jeunesse de la contagion du vice en la surveillant dès ses premières années , est un des services les plus signalés que les personnes bienfaisantes puissent rendre à leur pays; mais tendre une main secourable à l'en&nce égarée ou déchue , la relever de cet état de déchéance et d'abaissement par des paroles pleines de douceur et d'énergie , c'est, je crois, une oeuvre sinon plus honorable au moins plus difficile que la première : c'est la tâche, c'est l'oeuvre sainte du patronage.
On dit, que cette société accorde aux jeunes libé-