‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villesChapitre 68 sur 93 · CHOIX DES SURVEILLANS · texte numérisé non relu

CHOIX DES SURVEILLANS

hospices, leâ écoles communales, en un mot, tous les établissemens d'utilité publique confiés au clergé en totalité ou en partie.

MM. les évêques ne s'inquiètent peut-être pas assez d'éclairer et de fixer les rapports qui doivent exister entre les délégués de leur autorité et ceux de l'autorité civile. Leur attention devrait se porter d'autant plus sur la facilité et la régularité de ces rapports, que la position mixte des membres du clergé, ou des congrégations attachés à un établissement public, donne à tous leurs actes un caractère un peu équivoque. En effet, dépendant de deux autorités parallèles , ils inclinent naturellement vers celle dans la milice de laquelle ils se sont engagés et dont ils portent les insignes; de là, un esprit de réserve et de gêne; de là des incertitudes, des velléités de résistance et quelquefois des collisions, qui inquiètent, affaiblissent ou paralysent Faction de l'autorité laïque, autorité seule responsable devant la loi, et dès-lors, justement jalouse de l'intégrité de ses attributions. Dans notre siècle, le premier devoir et le principal intérêt du clergé, est de vivre en bon accord avec la société civile, et de s'accommoder à ses moeurs , à ses besoins et à ses lois, pour mériter et obtenir sur les esprits l'influence qu'exige l'exercice de son ministère de paix et de consolation.

Admettra-t-on des visiteurs spéciaux et privilégiés dans les maisons de jeunes détenus , et en général dans les maisons de correction et de force? J'ai résolu afârmativement cette question , dans le mémoire que j'ai présenté à l'académie, parce que le système de l'emprisonnement individuel n'avait pas alors fait les progrès qu'il a faits depuis à l'aide desdocumenset des rapports , que le gouvernement a eu la sagesse de rendre publics. Quoique partisan déclaré du système cellulaire complet, j'étais comme beaucoup d'autres sous l'empire de certaines préoccupations, de certains préjugés que l'observation et l'étude ont fait évanouir ; inquiet de l'existence d'un individu circonscrit durant une captivité plus ou moins longue, dans une cellule dont il lui était interdit de franchir le seuil, je m'étais attaché à l'in** stitulion des visiteurs, comme a un des tempéramens les plus propres à adoucir la séquestration continue et non interrompue de cet individu. Je croyais même

quecette institution était inséparable du système ainsi déterminé; mais, dès l'instant que le droit de locomotion hors de la cellule a pu être attribué aux détenue sans troubler l'harmonie nécessaire du système; dès l'instant que l'exercice de ce droit a été réglé, de telle sorte, que la santé du corps et de l'esprif du détenu n'avait à courir aucun risque, j'ai reconnu^

que le travail avec les diverses formes qu'il doit recevoir ^ ainsi que les relations successives des surveillans , des contre-maîtres , des employés supérieurs de la prison et des ecclésiastiques attachés à celle-ci, seraient autant de sujets de distraction et de soulagement pour les détenus^ et qu'à tout perdre, l'intervention des visiteurs serait moins un besoin réel pour ceux-ci qu'un embarras pour l'administration.

En effet , sans parler des difficultés qu'il y aurait à rencontrer des visiteurs assez raisonnables et assez fermes pour ne pas procurer furtivement à leurs cliens^ quelqùes-uiies des douceurs réprouvées par les règles de la discipline de la prison ; sans parler des considérations d'humanité qui feraient obstacle aux poursuites nécessitées par la violation de ces règles, ou qui rendraient ces poursuites illusoires en désarmant la rigueur de la justice (1)9 je pense que le libre accès qu'ils auraient dans la maison de détention les enhardirait plus ou moins à contrôler les mesures et les actes des directeurs , quoique ces ao tes et ces mesures fussent hors de leur compétence;

(i) En ^àjaérique , tout visiteur qui, par quelque don prohibé , unéliore la pesiiion d'un déleuu , est sujet à poursuite et peut être condamné i ime forte amende.

et que bien loin de trouver en eux des auxiliaires, les directeurs y trouveraient des censeurs plus zélés qu'éclairés. Cette supposition est peut-être trop absolue; mais ne fût-elle dans le cas de se réaliser qu a l'égard de quelques-uns, toujours est-il qu'il y aurait de la témérité à recevoir habituellement dans une prison des hommes capables , sinon en totalité, au moins en partie , de froisser ou de traverser l'action de l'administrateur responsable par des critiques irréfléchies ou par des collisions inattendues.

La crainte que j'exprime ne paraîtra pas hasardée à ceux qui ont eu l'occasion d'observer et de connaître les rapports existant entre l'autorité et les sociétés charitables avouées et admises par elle dans les établissemens pénaux , hospitaliers ou autres , ^ qu'elle dirige. Il est rare que ces rapports ne soient pas altérés de la part de quelques membres de ces sociétés par la méconnaissance des droits de l'administration et des règles de la hiérarchie y règles qui sont le principal ressort de la force publique. Je ne disconviens pas que l'administration ne se montre quelquefois elle-même trop ombrageuse; néanmoins, tout en reconnaissant ce qu'il peut y avoir de vrai dans les reproches qu'on lui adresse touchant sa susceptibilité, je persiste à croire que, d'après le développement progressif donné par la science et la II. 24

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pratique au principe de risolement des détenus, en France, la création de visiteurs officiels présenterait plus d'inconvéniens que d'avantages, lors même que le choix de ces visiteurs serait fait avec toute la prudence et le discernement convenables.

Il nous reste à parler , puisque nous traitons du personnel des prisons, de l'influence morale que les employés supérieurs de celles-ci doivent exercer sur les jeunes détenus soumis à la vie cellulaire, et ' formant dans la même maison une population agglomérée d'environ 5oo individus.

On a voulu, d'abord, prêter au directeur une action trop étendue et trop multipliée sur les détenus pour être efficace. On a paru croire, que ce fonctionnaire visiterait tous les jours 5oo enfans pour s*enquérir de leur état et leur adresser quelques paroles bienveillantes. Une pareille tâche, d'ailleurs impraticable , consumerait saiis profit pour l'établissement, la meilleure partie du temps du directeur. Ce dernier ne doit pas ainsi prodiguer sa présence et son autorité. Sa principale occupation est d'administrer la maison confiée à ses soins , et cette occupation qui consiste à surveiller tous les rouages de la machine et à les faire marcher avec intelligence et avec ensemble,serait incompatible avec des fonctions^ telles que celles qu'il aurait été question

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de lui attribuer, sans compter que ces fonctions de détail et de pure bienfaisance ne rempliraient pas le but pour lequel el\e$ auraient été créées.

Les visites du directeur, dans les cellules, doivent être déterminées par un motif particulier et important, lorsqu'elles ne se rattachent pas aux tournées générales qu'il est tenu de faire fréquemment dans toutes les parties de la maison pénitentiaire pour en assurer la bonne police et la discipline; elles peuvent être utiles quand il s'agit d'imposer à un enfant rétif ou mutiné, de le stimuler dans le premier cas ou de le réduire à l'obéissance dans le second. Le rôle du directeur serait néanmoins trop pénible s'il n'avait à s'exercer que dans des circonstances critiques. Le maintien et le relief dé son autorité exigent aussi qu'il se montre bon et compatissant envers les détenus qui par leur conduite méritent des paroles d'encouragement^ et qu'en sévissant dans certaines occasions, contre des enfans insoumis, il sache dans d'autres conjonctures fortifier la résignation et la patience de ceux qui sont en voie d'amendement.

J'ai été témoin, en visitant les jeunes détenus assujettis à la règle de la réclusion individuelle, d'un fait qui prouve que la morale n'^ pas besoin de beaucoup de développement pour pénétrer dans le cœur d'un enfant et pour l'émouvoir. Ce fait concerne un en-

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tenus. Le jeudi et le dimanche, jours de congé, ils devraient consacrer leur temps à visiter les prisonniers et à converser avec eux.

Un établissement a été fondé nouvellement par M. Demetz, ancien magistrat, à Métray ( Indre-et- Loire), pour y recevoir les jeunes délinquans, acq^uittés comme ayant agi sans discernement. Le fondateur de cet établissement lui a donné la forme d'uue colonie agricole. L'important essai que la France doit à M. Demetz n'est pas le premier que cet honorable et vrai philanthrope ait entrepris. Il a doté la capitale d'une institution charitable qui lui manquait, et dont l'objet est de soutenir par des secours les prévenus et accusés acquittés, dès le moment de leur mise en liberté, jusqu'à ce qu'ils aient pu se procurer du travail. Cette institution, si prévoyante et si utile, paraît être en voie de prospérité, c'est-àdire qu'elle possède assez de ressources pour assister beaucoup de malheureux dignes d'intérêt, puisque la justice a reconnu et proclamé leur innocence.

La colonie agricole, destinée à offrir un asile aux enfans dont il a été parlé ci-dessus, ne saurait être mise en parallèle, quant à l'utilité des résultats, avec l'établissement créé en faveur des prévenus acquittés. Elle peut servir pourtant, à certains égards, d'an-

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exemples, sur lesquels les employés supérieurs des prisons devraient régler leur conduite envers les jeunes détenus. Leur habileté consisterait à tirer parti des circonstances pour faire rentrer les détenus en eux-mêmes^ et pour exciter dans leur cœur un repentir salutaire. A cet égard, il n'y a pas de marche à tracer ; le choix des circonstances est une affaire de tact, de même que les paroles à dire doivent être fournies par l'à-propos, qui peut varier , suivant la manière d'être des interlocuteurs.

Ces réflexions ne sont pas moins applicables aux ecclésiastiques chargés de l'instruction religieuse, qu'au directeur, à l'inspecteur si l'on juge d'en créer un, qu'aux instituteurs et au médecin; je ne prétends pas faire allusion ici aux instructions religieuses préparées par le prêtre , instructions qui me paraissent non-seulement utiles, mais indispensables à l'amélioration morale des détenus; je parle de ses rapports avec le détenu dans la cellule. Il est sensible que, dans cette dernière situation, Tombre de la morale dogmatique et de l'apprêt chez le prêtre, serait une faute et irait directement contre le but d'un véritable apôtre de prison. Après les ministres de la religion, l'instituteur et le sous-instituteur sont ceux qui peuvent travailler le plus efficacement à Famendement des jeunes dé-

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lation rurale, soit que les enfans sortis de cette po* pulation résident encore dans les campagnes, soit qu'ils se soient enfuis dans les villes. Je désire vivement que Ton réussisse à trouver, paitni les jeunes vagabonds de nos grandes cités, des sujets capables de se vouer sincèrement aux travaux des champs, non pendant le temps où ils demeureront privés de leur liberté, ce qui ne saurait être révoqué en doute, puisqu'ils y seront contraints , mais après qu'ils seront sortis de la colonie, par suite de leur libération définitive, et lorsque d'anciens souvenirs les solliciteront à rentrer dans la bruyante activité des villes.

Quel que puisse être le résultat moral de l'influence du nouvel établissement sur l'avenir desenfans qu'on y aura formés aux travaux de la campagne, il est aisé de prévoir que les candidats ne manqueront pas à la société bienfaisante, sous les auspices de laquelle cet établissement doit être organisé. En effet , du moment qu'un enfant placé sous le coup d'une détention de plusieurs années, sera appelé à. choisir entre une cellule, si toutefois le principe de la réclusion séparée vient à prévaloir, et une colonie agricole, il optera pour celle-ci, parce qu'il y trouvera des compagnons, de l'espace, de la liberté toutes choses qu'il ne rencontrera pas dans la vie

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cellulaire ou dont plusieurs ne lui seront départies que sous certaines restrictions^ et à des jours déterminés. Il est donc à croire que la crainte du séjour de la cellule, dont l'enfant ne manquera pas de s'exagérer les rigueurs, le rendra docile et obéissant, et que la colonie conservera généralement ses jeunes habitans.

£st-ce à dire, cependant, qu'il y ait quelque comparaison à établir , sous le rapport de l'amendement à espérer, entre la colonie naissante et le pénitencier de la capitale, tel qu'on se propose de le réorganiser? je ne le pense pas. J'attends des effets décisifs de la séquestration complète des jeunes détenus, tandis que la colonie de Métray^ quelque généreuse et méritoire qu'en soit d'ailleurs la pensée, ne permet d'espérer de l'influence de cette pensée qu'un succès problématique. Tous les établissemens pénaux ou disciplinaires qui renferment des individus sortis de la classe vicieuse et soumis au régime de la vie commune, pèchent également par l'insuffisance de la surveillance, et par une corruption entretenue, là même où la surveillance est la plus étendue et la plus sévère , sinon par le langage , au moins par les signes et la seule vue de gens vicieux ou pervers, qui, au -dedans d'eux-mêmes, doivent se mépriser les uns les autres, pour peu qu'ils aient la conscience

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de leur propre abaissement. Ce sentiment de honte est commun aux enfans aussi bien qu'aux adultes; car je pourrais nommer de jeunes libérés qui, à leur sortie de la maison pénitentiaire , ont refusé de tra« Tailler dans des ateliers où la société de patronage avait déjà placé un ou plusieurs de ses pupilles ; pour n'être pas exposés à rougir d'eux-mêmes en leur présence*

A Dieu neplaise, du reste , que je veuille décourager les efforts de l'homme généreux qui s'est voué avec tant d'abnégation de ses propres intérêts > à lœuvre toute paternelle de la réforme de l'enfance vicieuse ; à Dieu ne plaise que je veuille refroidir le zèle de ses dignes coopérateurs ou des nombreux citoyens qui apportent tous les jours leur offrande pour soutenir une entreprise inspirée par des sentimens si purs! Dévoué moi-même à une idée de réforme y il m'est permis , ce me semble , d'abonder dans le sens de cette idée^ dés-lors que mes paroles ne tendent pas à détourner les gens de bien de s'associer à l'exécution d'un projet dont l'issue , quelle qu'elle soit , ne saurait diminuer en rien le mérite du dévoûment et des sacrifices de ceux qui auront eu l'honneur d'y concourir.

Nous avons envisagé jusqu'ici les jeunes délinquans dans les liens de la détention cellulaire; sui-

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