‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villesChapitre 7 sur 93 · DU RI^GIME DES ÉCOLES PRIVEES · texte numérisé non relu

DU RI^GIME DES ÉCOLES PRIVEES

tient dans tous les rangs de la communauté une énergie d'action et une force de volonté qui ne peuvent se relâcher sans dommage pour celui chez qui elles existent. L'espoir du gain, d'un côté, la crainte de la perte, de l'autre, soutiennent l'équilibre des forces sociales et rendent, pour ainsi dire, impossible une déperdition sérieuse de ces forces; car , là où il y a non-valeur, où il y a lacune dans quelque rang que ce soit de la communauté, un des intérêts aspirans se hâte de prendre la place de l'intérêt oisif ou absent^ et rétablit l'harmonie momentanément troublée. S'il en était autrement, l'intérieur de la France, qui est si animé, si vivace, si brillant, n'offrirait bientôt plus que l'aspect d'un état frappé de langueur. Ce renouvellement perpétuel de sève sociale, dont l'effet est d'épurer et de fortifier la civilisation , ferait place à je ne sais combien de centres d'activité ou de castes qui, n'ayant que peu ou point de communication l'un avec l'autre , tiendraient les individualités fortes enchaînées à une médiocrité qui les irriterait à bon droit contre l'ordre social, et ne seraient favorables qu'aux hommes vulgaires, dont la position étant moins exposée , en raison de cet état de choses, aux tentatives de la concurrence, deviendrait d'autant plus onéreuse à l'état qu'elle acquerrait plus de stabilité.

d!l JETAT PHYSIQUE ET MORAL DES EKEANS

Le sort des en fans et des adolescens employés dans les fabriques, et généralement dans tous les établissemens qui sont mus par l'eau ou la vapeur, a excité depuis peu la sollicitude particulière du gouvernement. Le ministre du commerce et des travaux publics s'est enquisaux meilleures sources, auprès des chambres de commerce , des chambres consultatives des manufactures et des conseils de prud'hommes, de tout ce qui pouvait intéresser le développement de leurs forces physiques combinées avec le travail, leur santé, leur moralité et leur instruction. Quoique , à la rigueur , nous n'ayons à ^ BOUS occuper ici que de la question de l'instruction, considérée dans ses rapports avec l'apprentissage, et de celle du perfectionnement moral de l'enfant, ces deux questions se rattachent, par tant de points, à celle qui a pour objet la conservation des forces physiques de celui-ci, et de sa santé, que nous les comprendrons toutes trois dans le même chapitre, pour les éclairer mutuellement. L'ordre de la discussion exige que nous commencions par l'examen de la dernière, La solution de ces diverses questions dépend principalement de l'organisation du travail en France. On sent, en effet, que les bases de cette organisation doivent être respectées autant que possible, afin de ne pas porter le trouble dans les opérations de l'in-

EMPLOYÉS DAKS LES FABRIQUES. !l3

dustrie, par des changemens trop profonds et trop brusques.

Voici quelques explications qui donneront une idée de l'âge , à compter duquel les enfans sont employés par les fabricans : dans plusieiu*s localités de l'Isère, du Nord (Roubaix) ; du Haut-Rhin (Mulhouse); de la Seine-Inférieure (Rouen); et du Bas - Rhin (Stras* bourg) ; les enfans sont admis à faire partie des fabriques dès lage de six ans. Cet âge est po)tté à sept ans dans les départemens de l'Ain, de l'Aisne, de la Marne, de l'Indre, de Maine-et-Loire et des Vosges; mais, généralement, l'âge moyen d'admission est de huit à neuf ans. Les travaux dévolus aux eur fans, vers l'âge de six à sept ans, paraissent s||Ebor-. ner à bobiner le fil , ou à ramasser le coton qiii B'échappe des ventilateurs. On convient généralement, que les autres travaux auxquels ils sont employés, ne sont ni plus pénibles ni plusfatiganscpie ceux-là, et qu'en tout cas, ils ne sont pas au-daiius de leurs forces. Mais on avoue aussi, quoique la* avis soient moins unanimes sur ce point, que le séjour prolongé des enfans dans l'air épais des ateliers , leur est extrêmement contraire, (i)

(i) Consulter le discours prononcé à la chambre des commiines, sur les souffrances des enfans employés dans les filatures et fabriques d^ Angleterre, par IL^T. Sadkr;— -les obsenrations de M. Tillermé sur là durée trop loogue

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Les fabricans, dont les ateliers sont bien aérés et réputés salubres, contestent l'exactitude de cette assertion, en ce qui les concerne, et ceux dont les établissemens ne sont pas dans des conditions aussi favorables prétendent s'absoudre du reproche d'incurie ou d'indifférence en disant que les enfahs occupés dans leurs ateliers seraient moinssainement chez eux.

Dans la première hypothèse, et alors même que la salubrité de l'établissement ne serait pas douteuse , on ne saurait nier que des enfans retenus pendant douze et même quatorze heures dans le même atelier^ sans changer d'air , et appliqués à un travail forcé, quelque peu pénible qu'il soit, d'ailleurs, ne subittent un genre de vie incompatible avec la faiblesse de leur âge (i). Dans les asiles et dans les écoles, les forces naissantes de l'enfant sont exercées avec bien plus de ménagement et de prudence. Outre que la diversité des leçons rend le travail plus agréable et moins fatigant, ce dernier est coupé par des temps d'arrêt pendant lesquels l'enfant se livre à la récréation ou prend ses repas. Il passe successivement de la classe à la cour ou au préau, et dans ces diverses localités, il respire un air frais etpuf, ou du

du travail des enfans dans beaucoup de manufactures. {y4nn, d'hygiène publique et de médecine légale, t. xir, pag. 27a; — t. xviii, pag. 164.)

(i) Cetravailn'est interrompu que par deux repas d'une demi*heure chacun.

EMPLOYÉS DANS LES FABRIQUES. a5

moins un air sans cesse renouvelé. Quant à la durée du travail des écoles , elle n'est pas comparable à celle du travail qui a lieu dans les fabriques : elle n'excède pas six heures.

La différence est bien plus sensible encore dans la seconde hypothèse où l'aérage des ateliers n'étant pas conforme aux lois de la salubrité , l'enfant demeure plongé dans un air vicié pendant douze heures. Un tel séjour , quoi qu'on en ait dit, sera toujours plus contraire à la santé de Tenfant que celui de la demeure paternelle, car il n'est pas vraisemblable que dans ce dernier cas , l'enfant ne pût se permettre aucun déplacement , et que les besoins de la famille ne lui fournissent pas le moyen de sortir plusieurs fois chaque jour de la chambre commune, et de respirer librement au-dehors.

Les inconvéniens du travail auquel les enfans des manufactures sont assujétis ont encorei plus de gravité dans certains départ emens, tels que ceux de la Seine-Inférieure et du Haut-Rhin, à cause des distances considérables que les enfans ont à parcourir^ au sortir des ateliers, pour regagner la demeure de leurs parens, située dans les champs, souvent à une lieue de la localité où la fabrique est établie. Ce trajet étant effectué chaque jour pour l'aller et le retour, on ne doit pas être surpris que la société indus-

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trielle de Mulhouse, recommandable par ses lumières , autant que par la sagesse d'esprit qui la dirige , ait la première appelé l'attention dju législateur sur le sort des malheureux enfans attachés aux fabriques du lieu de son établissement.

' En parlant du travail imposé aux en£sms dans les fabriques, nous ne devons pas omettre de signaler un fait, qui, pour n'être qu'une exception , prouve combien il est important, pour la société, d'intei'venir dans le règlement du travail industriel, au moins en ce qui touche les enfans. Ce fait n'est particulier qu'aux grands centres de fabrication , mais il n'en est pas moins significatif pour cela. Il n'est pas rare, en effet, que dans ces localités, les enfans passent à travailler la nuit du samedi au dimanche; quand l'activité est forcée et continuelle, on se pourvoit d'une seconde troupe d'enfans, et alors, chaque troupe travaille une semaine de jour et une semaine de nuit. La chandbre consultative des manufactures d'Elbeuf , en répondant à diverses questions posées dans l'enquête ordonnée par le ministre du commerce, fait observer, à propos des travaux de nuit , que lorsque ces travaux deviennent nécessaires , le fabricant multiplie les moyens de production autant et plus que les forces humaines peuvent le comporter. Répétons, du reste , afin de n'être pas taxé d'exagé-

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ration, que cet état de choses, outre qu'il est exceptionnel , n'a lieu que dans les momens de presse. Enfin, ajoutons qu'il est onéreux au chef d'industrie, tant par le surcroît de dépense qu'entraîne l'éclairage de rétablissement , que pour les risques du feu, la détérioration des machines, et l'infériorité des produits.

Nous terminerons les détails relatifs au travail des enfans dans les fabriques ayant l'eau ou la vapeur pour moteur, par quelques renseignemens sur ce qui se pratique à Paris dans des établissemens analogues^ tels que les filatures de laine et de coton. Des enfans y sont admis dès l'âge de huit ans. La durée de leur travail n'est pas moindre de quatorze heures , et ce travail n'est interrompu que par deux repas d'une demi-heure chacun. Un tel ordre de choses est d'autant plus regrettable, que beaucoup de parens pauvres qui, par nécessité, y soumettent leurs enfans, se hâtent de les faire sortir de ce provisoire abrutissant , du moment qu'ils ont fait leur première communion et qu'ils peuvent être placés en apprentissage dans des ateliers ordinaires.

Les mœurs des enfans attachés aux grands établissemens industriels ne sont pas moins corrompues que leur complexion est affaiblie et étiolée. Les détails que nous avons donnés, en retraçant

a8 FTAT PHYSIQUE ET MORAL DES ElfCA^fS

ailleurs les habitudes et le genre de vie des classes ouvrières de Paris^ nous dispensent de nous occuper ici des mœurs des enfans appartenant à ces classes, et reçus dans les fabriques. IVIais nous profiterons des documens résultant de Tenquéte dont il a été parlé ci-dessus, pour faire connaître Fétat moral des en£ans employés dans les établissemens industriels des départemens placés au premier rang des centres de fabrication. Les lumières qui en sortiront ne peuvent qu ajouter un nouvel intérêt à ce que nous avons dit des enfans de la capitale, et prouveront que les habitudes licencieuses et dissolues que nous avons signalées comme familières, dans les fabriques de celle-ci, aux enfans non moins qu'aux adultes, affligent également dans d'autres localités les amis de l'ordre et des bonnes moeurs.

On a remarqué, et cette remarque nous étonne peu, que l'immoralité des enfans est d'autant plus grande, qu'ils sont admis plus jeunes dans les fabriques. C'est, en effet, dans les départemens de

l'Aisne, de llsère, de Maine-et-Loire, du Nord, du

Bas-Rhin^ de la Seine-Inférieure et des Vosges, où cet usage existe, que les plaintes sont les plus vives et les plus générales. Dans l'Isère, surtout, les enfans qui travaillent en fabrique paraissent se livrer aux plus grands désordres; il en est de même dans

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