EMPLOYES DANS LES FABRIQUES
l'Aisne, où les enfans perdent toute espèce de retenue, du moment qu'ils sont sortis des ateliers^ Dans le Nord, on cite des faits dont la vérité n'est contestée par personne. A Lille, par exemple, les ouvriers privés de la facilité de se loger hors des murs de la ville, parce que les portes en sont fermées trop tôt, à cause du régime militaire auquel elle est assujettie, les ouvriers, dis-je, se trouvent, par économie, dans la nécessité de se cotiser entre eux pour louer un même local où ils vivent en Bohémiens. Il en est qui ne craignent pas d'établir leur demeure jusque dans des caves, où ils couchent pêle-mêle, comme cette race nomade, sans distinction d'âge ni de sexe. En6n, dans les Vosges, l'usage immodéré de la boisson développe parmi les enfans une dépravation précoce et qui n'est arrêtée par aucun frein. De six à douze ans, là et partout ailleurs , ils essaient de marcher sur les traces de l'adulte : ils fument la pipe, fréquentent le cabaret et se. choisissent une concubine, anticipant sur le vœu de la nature par des efforts impuissans, et voulant paraître hommes, alors qu'ils ont a peine atteint la limite de la première enfance. Ces mœurs sont tellement extraordinaires, et d'un exemple si dangereux, qu'on a du rechercher les causes auxquelles on pouvait les attribuer, afin de travailler à les corriger et à les épurer par toutes
3o VUES DE RÉFORBIE PROPOSEES'
sortes de moyens. Les chambres de commerce et de manu&ctures , ainsi que les conseils de prud'hommes appelés à éclaircir les questions posées par l'enquête, ont assigné diverses causes à Fimmoralité des cnfans des manufactures : les uns , et c'est le plus grand nombre , sembleraient imputer à la conduite déréglée et au langage indécent des parens la corruption prématurée des enfans employés dans les fabriques ; les autres ajouteraient à cette cause le mauvais exemple que leur offrent, hors des établissemens où ils sont occupés, le^ ouvriers adultes et les enfans oisifs qui errent sur la voie, publique dans tous les grands centres de population.
Les causes de dépravation que nous venons de rappeler sont en effet incontestables, et agissent fortement sur les enfans des manufactures ; mais , pour ne rien déguiser, nous devons dire que le régime défectueux de celles-ci n'est pas sans influence sur les mœurs des individus de tout âge qu'elles rassemblent. Par l'effet de ce régime, non-seulement les travailleurs des deux sexes trouvent dans l'intérieur de l'établissement de fréquentes occasions de se voir et de se parler, ce qui , du reste, me parait inévitable ; mais l'heure de la sortie des ateliers étant la même pour tous, il s'ensuit que ces occasions amènent au dehors des rapprochemens et
A L EGARD DES EStAVS DE FABRIQUES. 3l
un comiuerce contraires aux bonnes mœurs. Il y a plus: on a signalé, dans certaines fabriques, une telle imprévoyance ou un tel mépris des lois de la pudeur, de la part des chefs d'industrie, que les enfans et les adultes des deux sexes sont contraints de fréquenter les mêmes lieux d'aisance, faute de localités séparées.
. Tout concourt donc à appeler une réforme dans l'état physique et moral des enfans appliqués au ttrarail des fabriques. Là protection due à l'enfance et l'intérêt de la société ne permettent pas de différer davantage l'accomplissement de cette réforme importante. Le gouvernement Ta compris, et il paraît prêt à proposer une loi dans ce but.
D'après le rapport imprimé, fait par le bureau des manbifactures au ministre du commerce, les opinions des chefs d'industrie composant les chambres de commerce et de manufactures, ainsi que les conseils de prud'hommes, sembleraient partagées sur l'âge où l'enfant serait légalement admissible dans les fabriques. Cet âge, selon les uns, devrait être fixé à neuf ans, et selon les autres, à dix ans. Le plus grand nombre toutefois jnclinerait pour le premier parti , qui se rapproche en effet davantage de l'usage établi et de l'organisation générale du travail dans les manufactures. Les mêmes corps indus-