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Des classes ouvrières en France, pendant l'année 1848

p En présence des conséquences formidables du mouvement révolutionnaire qui s’est opéré au commencement de cette année , le chef du pouvoir exécutif a demandé à l’Académie des sciences morales et politiques son concours en faveur du rétablissement de l’ordre moral , profondément troublé dans notre pays. L’Académie a répondu à cet appel par des publications déjà appréciées de l’Europe entière, et elle a chargé l’un de ses membres de parcourir les principales régions manufacturières de la France , pour y

constater la situation exacte des classes ouvrières. Je viens vous apporter aujourd’hui les résultats de cette longue et sérieuse exploration , qui embrasse nos principaux foyers d’industrie au nord et au midi ; et je crois me conformer fidèlement à l’esprit du programme que vous avez tracé , en vous exposant sur toutes choses la vérité sans réticence, et sans préoccupation économique ou politique.

Jamais , en effet , la vérité n’eut plus besoin d’être connue et proclamée dans les questions sociales. Il s’est répandu depuis quelque temps sur ces hautes questions des illusions si étranges, qu’il faut beaucoup de courage pour les dissiper, et pour remettre en honneur les vérités les plus élémentaires. C’est par la seule évidence des faits qu’on peut espérer de convaincre désormais la foule des hommes aveuglés par l’esprit de secte ou par l’esprit de parti, et jetés hors des voies de la raison par cette fascination irrésistible qu’exercent toujours sur les masses les grands bouleversements politiques. Comment empêcher les populations de croire qu’on peut changer du jour au lendemain les lois éternelles qui régissent l’ordre social , quand il suffît d’une

poignée d’hommes déterminés pour renverser une constitution en quelques heures? Ces terribles coups de main, quand ils réussissent, exaltent l’orgueil naturel de l’homme au lieu de le confondre, et il se croit tout permis à condition de tout oser.

C’est au trouble jeté dans les esprits par ces grandes commotions qu’il faut attribuer le désarroi des opinions et des doctrines sociales au temps où nous vivons. Pour comble de malheur, au lieu de se borner à un petit nombre d’hommes voués par état aux études ou aux contemplations économiques, le désordre a gagné les classes laborieuses, et leur a fait croire qu’il existait des spécifiques pour toutes les maladies inhérentes aux sociétés humaines. Ces maladies elles-mêmes , nées des développements rapides et déréglés de la croissance manufacturière dans les pays les plus avancés de l’Europe , ont été présentées comme l’œuvre systématique des grands entrepreneurs d’industrie, qui n’en souffrent pas moins que leurs ouvriers. Personne , sans doute, n’a osé encore se mettre en révolte ouverte contre la Providence ; mais il s’est trouvé des écrivains passionnés qui ont exagéré

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la peinture de nos infirmités sociales, et qui en ont rejeté toute la responsabilité sur les institutions politiques. C’est ainsi que nous avons vu > depuis quelques années , les gouvernements les plus solides en apparence, mis en coupe réglée et renversés à des époques périodiques, sans "qu’on ait fait disparaître un seul des maux que leur chute devait expier ou réparer. Loin de là, la plupart de ces maux se sont aggravés avec une intensité nouvelle, et ils semblent menacer de ruine la société tout entière.

C’est que leurs causes générales et essentielles n’appartiennent pas exclusivement , selon ''H l’erreur commune, à l’ordre politique. L’expérience a prouvé en tout pays qu’il ne suffisait pas de renverser des gouvernements pour dé- - truire des abus, et que la richesse publique obéissait à des lois tout à fait indépendantes de la constitution politique des États. La politique n’exerce qu’une action secondaire sur la marche naturelle de la production , soumise à des lois providentielles dont les sociétés ne s’affranchis-' sent jamais impunément.

Par quelle fatalité donc notre pays , si favo- - risé du ciel entre tous les autres, est-il devenu,

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dans ces derniers temps , le foyer de tant de théories subversives qui menacent de nous replonger dans les ténèbres de la barbarie? Comment la contrée la plus heureuse de l’Europe a-t-elle pu se méconnaître et se calomnier au point de tenter sur elle-même les expériences hasardeuses qu’elle a été un moment obligée de subir, et que des novateurs implacables poursuivent avec acharnement? Pourquoi enfin entendons-nous répéter de toutes parts que la révolution politique dont le terrible contre-coup agite encore l’Europe, n’est que le prélude d’une révolution plus profonde, destinée à ébranler la société jusque dans ses fondements ? Nos pères n’auraient-ils rien conquis pour nous depuis 1789 ? Nos savants n’ont-ils rien découvert, nos ingénieurs rien appliqué , nos ouvriers rien gagné en talent, en aisance, en dignité, depuis le commencement de ce siècle ?

Le moment est venu de réduire à leur juste valeur les fausses idées qui se sont répandues dans notre pays sur la condition des classes ouvrières ; idées qui sont exploitées aujourd’hui au détriment de l’ordre social lui-même , sous prétexte de le refaire à neuf, après Dieu. Il faut

prouver, par l’exposé sincère et saisissant du véritable état des choses, que s’il existe en France des misères réelles , ces misères sont inséparables de la faiblesse humaine, et partout adoucies par le progrès des mœurs et des institutions. On en parlait bien moins alors qu’il en existait davantage, et, avec elles, beaucoup moins de ressources pour y porter remède. On vivait au sein du malheur comme dans une atmosphère naturelle, et la philanthropie n’affectait pas .les formes de langage menaçantes et incendiaires qui distinguent les novateurs de notre temps. Aussi , avant de soumettre au jugement du pays et de l’Académie les faits les plus caractéristiques de la situation actuelle des classes ouvrières en France, il convient d’exposer rapidement comment ces classes sont devenues, par une espèce de privilège, l’objet spécial des sympathies de nos économistes et de nos hommes d’État, quoiqu’elles ne représentent qu’une faible portion de la grande famille des travailleurs. Ce serait commettre une grave erreur que de confondre dans le môme examen ce qui est relatif aux ouvriers des villes et à ceux des campagnes , aux ouvriers enrégimentés des grandes

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usines et aux artisans des corps de métiers.

La misère pèse d’un poids très-inégal sur ces membres divers de la famille industrielle. 11 existe une différence énorme entre le paysan qui travaille libre au grand air, et maître de la cabane qui l’a vu naître, et l’ouvrier de manufacture attelé aux rouages de sa mécanique , locataire souvent insolvable d’un réduit chétif et malsain. Il ne faut pas confondre non plus ces habiles travailleurs du Jura et de la Picardie, cultivateurs pendant l’été, horlogers ou serruriers pendant l’hiver, avec les habitants étiolés des caves de Lille, entassés pêle-mêle dans des habitations immondes , dont la vue seule fait horreur. Au sein même de la capitale, les ouvriers intelligents et sédentaires de la rue Saint- Martin n’ont rien de commun avec les chiffonniers nomades de la rue Mouffetard et du faubourg Saint-Jacques. L’observateur exercé à l’étude de ces graves questions n’ignore pas que dans une filature de coton on compte, pour le même nombre d’heures de travail , des salaires très-différents. On voit des éplucheuses et des cardeuses condamnées à vivre au milieu d’épais nuages de poussière, pendant que les fi-

leurs et les rattacheurs respirent librement dans de vastes ateliers bien éclairés, bien aérés. Dans les usines consacrées à l’industrie des toiles peintes , certains ouvriers travaillent sans cesse les pieds dans l’eau courante , tandis que d’autres, enfermés dans des étuves suffocantes, ne cessent jamais d’être inondés de sueur.

Que dire des différences bien plus tranchées qui existent dans la condition des ouvriers du Nord et de ceux du Midi, de l’influence exercée par le climat sur le bien-être , de celle qui résulte de la supériorité de l’instruction et de mille causes agissant en sens divers, et qui permettent rarement d’assimiler la position d’un ouvrier à celle d’un autre? L’infinie variété des aptitudes, des métiers, des tempéraments, produit ime égale variété de situations , de profits, de salaires. Il suffit d’entrer dans une usine pour y trouver une foule de catégories d’ouvriers, dont la nomenclature défie la mémoire la plus exercée. La fabrication d’une aiguille exige plus de dix opérations délicates, et celle du fil à coudre en exige le double. Il n’y a pas une locomotive, un banc à broches, un métier de tis-

sage, qui n’ait mis à contribution l’habileté de cent personnes.

L’observateur attentif des procédés de l’industrie rencontre bien d’autres sujets de méditation quand il pénètre dans le sein des ateliers, et qu’il y étudie les conditions si diverses de la fabrication des tissus de soie , de fil , de laine et de coton , les travaux de la métallurgie , les constructions navales , les arts chimiques, et ce vaste domaine des industries spéciales qui constitue une encyclopédie immense. L’existence de toutes ces manufactures est exposée à des vicissitudes incalculables, et parfois au-dessus de toutes les précautions de la prudence humaine. Une bonne partie de nos soies viennent de l’Italie, et le principal débouché de nos soieries est en Amérique. Nous sommes tributaires des États-Unis, du Brésil, de l’Égypte, pour nos manufactures de coton , qui s’arrêteraient frappées de mort, si ces contrées lointaines cessaient de nous fournir leurs matières premières. Nous tirons une masse considérable de chanvres , de la Russie , et nos plus belles laines viennent de l’Allemagne. L’existence de nos fabriques est sans cesse à la merci d’un droit d’entrée ou

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de sortie. Nous ne pouvons pas faire de bons aciers sans avoir du fer de Suède. Notre navigation à la vapeur ne peut pas se passer des houilles anglaises. De quelque côté qu’on porte ses regards , on reconnaît que les peuples les plus avancés en civilisation et en richesse sont dans une dépendance plus étroite que les autres de leurs voisins et de tous les marchés du monde. C’est en vain qu’ils s’efforcent de secouer ce joug salutaire et de rêver une indépendance impossible : leur grandeur même les condamne à une solidarité fatale avec les autres peuples , et ils ne sauraient s’y soustraire qu’en perdant leur rang parmi eux.

On devine déjà, sur ce simple aperçu, combien il est difficile à une nation de vivre dans l’isolement, et de trouver en elle seule les éléments de toutes les solutions économiques et sociales. Quelles que soient les institutions qu Ja régissent, elle ne peut se soustraire à la loi uni- . verselle, ni rester seule maîtresse des conditions du travail dans ses manufactures. Tôt ou tard il lui faudra compter avec la concurrence des marchés étrangers, soit qu’il s’agisse d’obtenir des matières premières, soit de vendre des pro-

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duits fabriqués. Elle ne peut même pas obéir aux plus noblcb instincts de sa générosité, sans tenir compte des procédés et des conditions du travail dans les pays voisins.

Les grandes transformations de nos fabriques, depuis vingt-cmq ans surtout, ont mis au jour cette vérité importante, et n’ont pas peu contribué à produire les diverses crises où se débat le travail manufacturier parmi nous. Nous voyons tous les jours disparaître les petits ateliers, le travail éparpillé, les métiers domestiques. L’industrie s’organise en usines* immenses qui ressemblent à des casernes ou à des couvents, pourvus d’un matériel imposant, servi par des moteurs d’une puissance infinie. Les ouvriers s’entassent par centaines , quelquefois par milliers , dans ces laboratoires sévères, où leur travail , soumis aux ordres des machines , est exposé comme elles à toutes les vicissitudes résiütant des variations de l’offre et de la demande. Leurs souffrances prennent bientôt le caractère d’une calamité publique, et se manifestent par des grèves menaçantes qui troublent la paix des cités, et qui offrent aux artisans de désordres une proie facile et assurée, Tant que

ces manufactures ne sont pas encombrées de populations surabondantes, le salaire peut y être maintenu à un taux suffisant pour les faire vivre; mais bientôt la protection même dont les diverses industries nationales sont l’objet y appelle une concurrence effrénée, qui produit l’abaissement des prix et celui des salaires.

Les économistes avaient prévu depuis longtemps ces crises redoutables ; et M. de Sismondi poussait le premier cri d’alarme il y a près de trente ans, bien avant que le système manufacturier eût pris les développements extraordinaires qui frappent aujourd’hui tous les regards. Il avait exposé avec beaucoup d’éloquence les inconvénients de ce système ; mais il ne con-

I cluait pas, et son beau livre n’a conservé qu’une grande valeur de critique, rien de plus. Cependant le flot du paupérisme ne cessait de monter et la misère de s’accroître, surtout dans les pays de manufactures. Les meilleurs esprits de l’Europe étaient profondément préoccupés de ce contraste , tous les jours plus remarquable , de la détresse des uns et de l’opulence des autres , en dépit de la masse de produits créés par le travail perfectionne de tous. D’où venait ce eon-

jtraste ? Comment expliquer cet accroissement parallèle et simultané de la richesse et de la pauvreté ? Tel est le problème qui s est clevé, en quelques années, des termes d une simple difficulté économique aux proportions de la plus haute question sociale de notre époque.

Au premier rang des causes qui lui ont imprimé ce caractère de grandeur et d importance, il faut placer la longue durée de la paix, et la persistance aveugle des gouvernements à conserver presque intacte une législation économique faite pour d’autres temps. La production manufacturière a été encouragée partout sur une échelle immense, partout protégée par des droits prohibitifs, et bientôt refoulée sur elle-même par l’absence de débouchés, par des représailles sévères , par la concurrence intérieure. Des fabriques innombrables se sont élevées sur toute la surface de l’Europe, rivales les unes des autres, avec la prétention de se supplanter, plutôt que dans le but plus légitime et plus rationnel d’échanger leurs produits. Nulle règle sérieuse n’a présidé à ces créations hâtives , qui se sont multipliées au milieu des crises, et qui ont mis à de si rudes épreuves les entrepreneurs

et les ouvriers. Une guerre nouvelle, plus active et plus passionnée peut-être que leurs anciennes luttes militaires, a éclaté entre les grandes puissances, et se poursuit infatigable , au travers des péripéties les plus inattendues. Chaque peuple veut aujourd’hui produire son ijfer, sa laine et ses tissus de fil, de soie et de coton. Nos climats brumeux disputent au ciel même des tropiques la production du sucre, sans souci des intérêts de la navigation et des colonies.

Jl devait résulter tôt ou tard, de cette lutte désordonnée, des complications redoutables. Déjà l’Europe s’était accoutumée à assister tous les cinq ans , sur un point ou sur un autre , à des liquidations désastreuses qui détruisaient des capitaux péniblement accumulés , et qui infligeaient aux écarts de la production des châtiments périodiques. Tant que ces malheurs n’oiit atteint que les capitaux , sans menacer le sort des classes ouvrières , on s’en est peu ému ; on n’en a pas recherché la loi fatale ; on n’y a vu qu’un motif de réclamer des privilèges plus étendus, des droits protecteurs plus élevés pour les entrepreneurs d’industrie. L’appât trompeiy de ce bénéfice a fait croître sans cesse le nom-

bre des usines qui se nuisaient par leur concurrence même, et qui , plus tard , demandaient au salaire les sacrifices devenus nécessaires pour assurer quelques profits au capital. Trop souvent aussi , séduits eux-mêmes par l’élévation temporaire des salaires, les ouvriers des champs ^ se sont précipités dans les villes, et n’y ont trouvé que déception, incertitude et misère. L’industrie française a vécu d’une vie fébrile, artificielle , souffrant tout à la fois , en dépit des ta-^ rifs , de la concurrence étrangère et de sa propre concurrence.

C’est au moment où ce dangereux état de choses arrivait à son plus haut degré d’intensité, que l’Europe se jetait à corps perdu dans la construction des chemins de fer , et frappait de stérilité momentanée une masse de capitaux ) vraiment effrayante. On eût dit que les classes ouvrières n’avaient été conviées avec tant de fracas au travail des manufactures que pour assister à ses funérailles. Les capitaux s’immobilisaient tout à coup et sur tous les points , par centaines de millions , en achats de terrains et en constructions improductives. Une disette presque générale enlevait au fonds de roule-

ment de l’industrie européenne près de un milliard en 1847. Peu «à peu l’Europe ressentait aussi les fâcheuses conséquences de l’exagération de son état militaire en temps de paix. Les armées permanentes y étaient devenues hors de proportion avec ses besoins et avec la situation de ses finances. Le produit du travail des contribuables s’écoulait par mille canaux stériles ; et nos hommes d’État, trop confiants dans la fortune de la France , abusaient de sa fécondité en enfants prodigues, comme si toute prospérité n’avait pas ses règles et ses limites.

Déjà, sur plusieurs points du territoire, des symptômes précurseurs de l’orage avaient éclaté, et le malaise s’était fait sentir de préférence aux industries organisées en grands ateliers, telles que celles de la laine, du fil et du coton. Des crises, plus fréquentes dans ces régions manufacturières que dans les autres, y avaient mis à nu les misères inhérentes au système de concentration. La grande affluence des travailleurs et le perfectionnement des machines y avaient exercé plus de ravages que partout ailleurs , et on y raisonnait aussi plus vivement des causes premières de cette situation difficile. C’est sur-

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tout à Paris, à Lyon , à Lille, à Rouen , et dans quelques autres centres manufacturiers, que les discussions étaient ardentes et animées. Là, de temps immémorial, l’esprit d’opposition et d’indépendance avait développé l’énergie du caractère et l’intelligence naturelle des populations ouvrières. Ces populations, habituées à prendre une part active aux luttes politiques , s’étaient nourries depuis quelques années de doctrines nouvelles, répandues avec persévérance par des écoles d’origines et de tendances très-diverses , que l’on confondait sous le nom de socialistes , et qui n’avaient de commun entre elles qu’un même sentiment de haine contre la société. Les écrivains les plus éminents de ces écoles se plaisaient à signaler avec amertume les vices de notre organisation économique ; et , à force de généraliser quelques observations de détail vraies et profondes, ils étaient parvenus à faire adopter comme articles de foi leurs critiques les plus injustes, et leurs peintures les plus fausses de la condition et du sort des classes laborieuses.

Bientôt ces doctrines hardies eurent leurs tribunes et leurs journaux, et les ouvriers sorti-

rent définitivement de la politique, pour se jeter dans l’arône des questions sociales. On vit apparaître une suite de formules ambitieuses et dogmatiques , telles que l'exploitation du travailleur par le capital y F égalité du salaire , le droit d'association , le droit au travail y et une foule d’autres maximes qui avaient le mérite d’être d’une simplicité extrême pour des hommes naïfs, et de ressembler à des apophthegmes religieux. Ces formules furent plus tard inscrites sur des drapeaux sanglants , et obtinrent l’honneur d’être développées officiellement dans une enceinte jadis consacrée à des débats plus calmes ; mais elles n’étaient encore qu’à l’état de théorie, lorsque la révolution du 24 février éclata.

Quelques-uns des hommes qui ont dirigé les premiers pas de cette révolution ne craignirent pas d’annoncer au monde étonné qu’elle avait pour but de changer complètement les bases sur lesquelles la société repose , ainsi que les lois organiques du travail. Leur armée se composait surtout des ouvriers des grandes villes , dont la soudaine insurrection avait mis fin au régime qui venait de tomber, et qui attendaient

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impatiemment la réalisation des promesses décevantes qu’on leur avait faites. En vain la France entière, adhérant à ce grand mouvement , n’y voulait voir qu’une révolution politique : elle n’a cessé de lutter depuis dix mois contre l’interprétation qu’on lui en a donnée , et l’on a pu croire un moment qu’il lui faudrait deviner, sous peine de ruine, celte énigme terrible dont nos neveux, peut-être, n’auront jamais le mot. Grâce au ciel , l’expérience touche à sa fin , et nous savons maintenant ce que coûtent à l’honneur des empires et au repos des sociétés ces accès d’orgueil qui prennent quelquefois aux hommes ; mais il faut que la leçon profite à tout le monde, et que chacun jette à son tour un regard méditatif sur ce champ de bataille.

Je viens de le parcourir d’une extrémité de la France à l’autre , et de visiter avec une entière impartialité d’âme nos grands foyers industriels, naguère si llorissants, aujourd’hui si désolés. Si c’est par leurs applications qu’on doit juger de la valeur des doctrines , la France a bien fait de se borner au premier essai de celles qu’on prétendait lui imposer. Ce simple essai sur quelques points , la peur qu’on en a

eue sur tous les autres , ont suffi pour produire une perturbation plus grave et plus profonde que celle qui a suivi la double invasion de 1814 et de 1815. On ne saurait l’évaluer à une perte moindre de dix milliards ; et personne n’oserait dire où la ruine se serait arrêtée, si le pays indigné n’en avait tressailli jusque dans ses entrailles, et n’avait arraché à l’industrie, de sa puissante main , cette ceinture de Nessus.

La grande erreur est venue de l’idée qui a fait confondre la nation entière avec la population agitée de quelques villes de fabrique , et qui a prétendu assujettir à la règle d’une communauté l’indépendance individuelle et la liberté du travail, conquises par nos pères. Dès l’instant où les vieilles conditions de son existence ont été menacées , le travail a été comme frappé de mort. La discorde a pénétré dans l’atelier, et la • tyrannie du nombre avec elle. La production a .été mise en état de siège, et livrée à tous les cajprices de la force brutale. Les uns ont demandé la réduction des heures du travail, et les autres | l’augmentation du salaire. Ici on a interdit le .travail des prisonniers ; ailleurs on a repoussé lia coopération des ouvriers étrangers. Les uns

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ont voulu élire leurs chefs, d’autres proscrire les leurs. On a supprimé le travail à la tâche et réhabilité celui à la journée , plus favorable à la paresse humaine. Tout ce qui pouvait être enté contre le développement de la richesse )ublique l’a été en quelques mois sous toutes les ormes, et la classe ouvrière a failli devenir victime de tous les systèmes préconisés en sa faveur. Il n’y a pas une recette dont on n’ait essayé pour assurer son bonheur, et peu s’en e§t fallu que le travail ait disparu complètement au milieu des efforts désordonnés dont le prétexte était de le rétablir.

La création des ateliers nationaux occupera une place spéciale dans le long catalogue des saturnales économiques de l’année 1848. Nulle mesure révolutionnaire n’a été plus funeste aux ntérêts de l’industrie et à la moralité des classes Juvrières. Ces ateliers ouverts à l’indiscipline sont devenus le refuge de tous les perturbateurs et de tous les oisifs accourus à Paris , comme vers la métropole du culte nouveau. Ils ont servi de place de sûreté à tous les ouvriers mécontents de leurs maîtres , ou disposés à leur faire subir des conditions léonines. Dès l’instant

où ces ateliers ont été établis , nul entrepreneur d’industrie n’a pu se croire certain de conserver la sécurité dans les siens, ni d’exécuter une commande avec exactitude. Le travail y était devenu un objet de railleries perpétuelles; et l’on eût dit, avoir ces nombreuses troupes de lazzaroni errants dans nos faubourgs , que les grandes cités de France étaient tombées au pouvoir d’une armée d’occupation vivant à ses dépens.

Cette contagion a profondément perverti l’esprit des classes ouvrières , en leur faisant croire qu’elles pouvaient s’assurer, par la menace et par l’oisiveté, une existence qui ne peut être ho- A norablement obtenue que par le travail. Elle les a détournées des véritables voies de la production pour les jeter dans les hasards d’une vie aventureuse et flottante; elle a failli transformer le peuple de France en un peuple famélique et mendiant , auquel il faudrait bientôt faire , comme jadis aux prolétaires de Rome , des distributions de pain et de vivres , pour le tenir en respect. On retrouve dans presque tous les départements la trace vivante des lieux où ce triste météore a passé. Il est peu de fabriques qui n’en

aient éprouvé la funeste influence, et dans lesquelles il n’ait laissé des souvenirs qui ne s’effaceront pas de longtemps. Les circonstances politiques nées de la révolution de Février sont venues aggraver cette situation déjà si critique , et il est impossible de n’en pas tenir compte dans une appréciation sérieuse de l’état économique du pays , à la suite de ces grands événements. Appelés tout à coup à exercer dans toute leur plénitude les droits de la souveraineté populaire, excités par l’atmosphère ardente des * clubs , électeurs en permanence dans ces moments de rénovation de tous les pouvoirs , gardes nationaux continuellement sous les armes, les ouvriers ont vécu d’une vie tellement agitée , que .l’ atelier a dû leur paraître monotone et odieux. Ils ne comptaient plus les jours, comme de vrais moines , que par les fêtes dont le gouvernement lui-même leur donnait l’exemple. Ils s’étaient habitués à penser qu’il dépendait de leurs votes, et de leurs armes encore. fumantes , de changer les conditions fondamentales du travail. Ils avaient renversé un trône en quelque heures , et ils ne pouvaient pas comprendre qu’il leur fût impossible de détruire

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le vieil édifice économique dontles réformateurs, devenus maîtres du pouvoir grâce à eux , leur avaient annoncé depuis si longtemps la fin prochaine et inévitable.

Ces audacieuses attaques ont été faites avec une violence et une constance infatigables, surtout dans la ville de Paris ;'et c’est cette grande cité qui en a le plus souffert. Aucun des citoyens qui l’habitaient alors n’oubliera ces longues processions d’ouvriers portant des étendards sinistres, et qui semblaient voués à une grève perpétuelle. On eût dit qu’ils conspiraient euxmêmes contre les industries qui les faisaient vivre , et qui s’évanouissaient une à une devant leurs prétentions sans cesse renaissantes. L’ébénisterie, l’orfèvrerie, la carrosserie , la sellerie, la fabrication des bronzes, celle des papiers peints et de tous les articles de goût succombèrent les premières , menaçant d’une ruine totale notre commerce d’exportation , notre commerce de détail, et l’existence des ouvriers incomparables que l’Europe nous enviait. Il y eut un moment où, frappés d’une espèce de vertige , tous les corps de métiers cessèrent de travailler, pour chercher, comme jadis les al-

chimistes , dans de vaines utopies ou dans de coupables projets de spoliation , l’amélioration de leur sort. On dressera quelque jour le bilan de cette époque néfaste , et le chiffre du capital perdu pendant la longue durée des chômages de nos industries, apparaîtra dans toute son ampleur. Six mois déplus, et la France tombait de son rang dans le monde , frappée au cœur, ruinée dans ses finances , dans ses manufactures , dans toutes les branches de la production nationale.

Il est temps d’examiner quelles ont été sur toute l’étendue du territoire, et principalement dans les foyers spéciaux d’industrie que l’Académie nous a donné mission d’explorer, les conséquences de la perturbation économique dont ces régions ont subi l’influence. En déterminant les villes de Rouen, de Lyon, de Bordeaux, de Marseille et de Lille, comme points culminants deces zones industrielles, l’Académie a voulu offrir, aux ports de mer et aux villes de fabrique, un' témoignage égal de sa’ sollicitude , et juger, d’une manière , en quelque sorte synoptique , du véritable état des classes ouvrières dans le pays tout entier, tf est dans ces grands centres

de travail que les esprits ont été le plus agités , et que l’industrie a éprouvé le plus de dommages ; c’est là que les plus graves questions sociales appellent l’attention des économistes et des hommes d’État. Aussi convient-il, avant d’entrer dans l’examen de l’état particulier de chacune de ces régions , de signaler entre elles quelques différences caractéristiques bien dignes de méditation.

Les villes de Rouen , de Lille et de Lyon , spécialement vouées à la fabrication des tissus de fil , de soie, de laine et de coton, présentent sous tous les rapports la même physionomie économique et sociale ; le travail y est généralement organisé en grands ateliers isolés ou en ' petits ateliers groupés, et les populations y sont agglomérées au plus haut degré de concentration ; l’insalubrité des habitations y remonte à une époque très-reculée, et caractérise de la manière la plus frappante ,1’état déplorable d’une partie de la population. Nous le décrirons dans sa hideuse vérité , en axposant les faits particuliers à chaque ville ; mais nous devons , avant tout , dénoncer à l’attention publique ce triste apanage des villes de fabrique , comme Time des

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principales causes de tous les fléaux qui pèsent sur la classe ouvrière. A ce premier symptôme fâcheux , particulier à l’industrie de la filature et du tissage , il faut ajouter la tentation funeste et presque irrésistible d’attacher les enfants dès l’âge le plus tendre à la glèbe de l’atelier, et de les priver ainsi du bienfait de l’instruction élémentaire, même quand l’État la leur offre gratuitement dans sa munificence.

La condition des classes ouvrières est bien supérieure dans les villes du Midi , et nommément dans les villes de Bordeaux et de Marseille : au lieu de vivre dans des ateliers fermés , aux ordres des machines , les ouvriers de ' ces grandes cités maritimes travaillent presque toujours à l’air libre , sur le port , dans les chantiers , dans les chais , et ils habitent des demeures généralement saines et spacieuses; leurs enfants , trop jeunes pour être occupés , comme dans les filatures, à des travaux facilités par les machipes, fréquentent régulièrement les écoles, se portent mieux, et deviennent plus robustes et plus instruits que les enfants des (dateurs et des tisserands de Rouen , de Lyon et de Lille, Là , peu ou point de chômages meur-

triers , pas de réductions soùdaines dans les salaires, pas de révolutions d’ateliers produites par le perfectionnement continuel des machines, mais des industries patriarcales, exercées de père en fds , souvent pendant plusieurs générations. On se ferait donc une bien fausse idée de la condition du travailleur en France, si on pouvait confondre dans la même catégorie ceux du Nord et du Midi , ceux de Lille et de Rouen avec les ouvriers de Marseille et de Bor- 'deaux.

Les crises qui troublent périodiquement les industries de la filature et du tissage ne sauraient atteindre les villes maritimes ,^ni exercer sur leurs populations des ravages aussi profonds que ceux dont le spectacle est si commun dans les cités manufacturières. Nulle misère au monde n’est comparable à celle des habitants du quartier Martinville , à Rouen , et du quartier Saint- Sauveur, à Lille. On ne rencontre jamais dans le Midi des enfants scrofuleux, rabougris, rachitiquesj par troupes , comme dans certaines villes du Nord ; à défaut de logements salubres et de soins maternels , la douceur du climat les protège , et le maître d’école s’en eippare avant

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le manufacturier. On n’y voit pas non plus de ces jeunes invalides qui ont perdu un doigt , une main ou un bras engagés dans les engrenages perfides de la filature de cotoh , de la laine ou du lin : inappréciables avantages qui suffiraient seuls à faire comprendre l’immense différence de condition des classes du Nord et de celles du Midi! Elles diffèrent en effet profondément, et jusque dans leurs plaisirs. Les ouvriers du Nord consomment trop souvent dans les cabarets le fruit de leur travail ; les ouvriers du Midi préfèrent les promenades du dimanche, la chasse, la pêche, les parties de plaisir à la campagne et en famille. Et quel est le voyageur qui n’a pas été frappé aussi de la supériorité physique des femmes d’ouvriers de Marseille et de Bordeaux , sur celles de Rouen et de Lille? On dirait que «ces femmes appartiennent à deux races différentes , tant les premières l’eipportent sur les autres par leur beauté naturelle, et par les qualités non moins remarquables de l’esprit et du cœur. Elles souffrent moins ou elles ont moins souffert dans leur enfance : voilà la vraie raison de cette supériorité relative.

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Ces considérations expliquent pourquoi la crise sociale a beaucoup moins pesé sur les populations du Midi que sur celles du Nord. Le iMidi a été moins infesté que le Nord des publilcations incendiaires qui ont perverti avec tant (de rapidité les ouvriers de -nos manufactures. Il suffit, de se rappeler les titres abjects ou odieux de ces myriades de feuilles heureusement éphémères , issues de la fermentation des esprits , pour se faire une idée de la fatale in- > fluence qu’elles ont dû exercer. Cette lèpre immonde n’a pas encore pénétré dans nos campagnes^ dont les ouvriers semblent étrangers aux excès du peuple des villes, et repoussent , avec une énergie bien rassurante pour l’ordre social , les théories hostiles à la propriété.

Mais , parmi les cités que le fléau des idées de désordre a le plue ravagées, il faut placer en ” première ligne la ville de Lyon et celle de Saint- Étienne. Le travail manufacturier n’est pas organisé dans ces deux villes comme à Lille et à Rouen ; il ne l’est pas non plus comme à Marseille et à Bordeaux. L’industrie de la soie s’exerce à Lyon dans des ateliers de cinq ou six métiers , appartenant à des contre-maîtres sé-

dentaires qui les louent, moyennant rétribution, à des compagnons nomades , au jour fou à la semaine , le plus souvent à l’aide d’un prélèvement sur le prix des façons. Chaque maître, ouvrier ou chef d’atelier, reçoit du fabricant , qui est un simple commissionnaire, la matière à employer, le dessin à exécuter, et le salaire du travail. Ainsi habitué à débattre lui-mème scs propres intérêts, l’ouvrier lyonnais jouit d’une indépendance morale dont on ne trouve l’équivalent dans aucune autre ville manufacturière. L’exécution des commandes est abandonnée forcément à son libre arbitre. Maître de l’emploi de son temps et de sa volonté , il n’a* jamais à consulter que ses besoins ou scs convenances, et il se montre, à cet égard , d’une susceptibilité extrême. Le souvenir des luttes de 1831 et de 1834 n’a pas peu contribué, non plus, à lui donner une haute idée de lui-même ; et il existe, à cet égard, des traditions dont la chaîne est d’autant plus facilement entretenue , que les ouvriers de Lyon se connaissent presque tous , et ont entre eus des rapports beaucoup plus fréquents et plus intimes que ceux de la capitale.

Saint-Étienne gravite ordinairement dans

36 DES CLASSES OUVBJEBES

l’orbite de Lyon , avec une population moins considérable sans doute, mais d’un caractère plus irritable et plus emporté. Ce sont des ouvriers rubaniers, des armuriers, des forgerons , des mineurs. Ils vivent en famille , par groupes organisés presque militairement, et aussi disciplinés pour leur défense collective qu’ils le sont peu pour le travail. Moins éclairés que les ouvriers de Lyon , plus rudes , plus opiniâtres , ils ont fourni de nombreux éléments d’activité aux troubles qui ont agité cette partie de la France ; et, malgré les généreux efforts de plusieurs grandes compagnies établies parrçii eux , ils ont poussé*plus d’une fois l’esprit de sédition jusqu’à méconnaître l’autorité publique et la voix de leurs chefs. Un moment, depuis les événements de février dernier, chaque puits d’extraction de houille a eu son gouvernement provisoire , qui intimait des ordres , parfois obéis , aux dépositaires du pouvoir et aux propriétaires des mines. Je citerai , à la fin de mon rapport , quelques copies de ces étranges notifications ; elles donneront une idée exacte de la disposition des esprits dans cette région industrielle de la France.

C'est là surtout et à Lyon , il faut le dire, que s’est établi le véritable foyer des doctrines antisociales qui ont dénaturé le sens moral, naturellement si juste et si droit , des classes ou- " vrières. Nulle part ailleurs, si ce n’est à Paris , ces doctrines n’ont été soutenues avec autant de cynisme et de persévérance. Mauvais livres , mauvais journaux , mauvais clubs , mauvais pamphlets, tout, jusqu’aux réunions habituelles en plein air, semble y avoir distillé la corruption morale et faussé le jugement des populations qui vivent dans la sphère d’action de ces deux villes. La contagion s’est étendue à Limo- * ges, à Guéret, à Clermont , où elle a exercé des ravages inouïs. Mais cette contagion n’a jamais franchi le rayon des villes de fabrique ,• et le symptôme le plus remarquable qui la caractérise , c’est qu’elle ait toujours expiré au contact de l’agriculture et de la vie des champs, ou au grand air des villes maritimes. Le contraste de ces deux tendances se manifeste quelquefois dans le môme département. L’esprit des populations ouvrières n’est pas le môme à Rouen et au Havre, à Lille et à Dunkerque. On dirait que les habitudes d’ordre et de discipline du

noble métier do marin , y élèvent l’âme à des hauteurs inconnues dans les régions manufacturières.

L’observation de ces phénomènes , si dignes de l’attention des économistes et des hommes d’Élat. , nous guidera plus tard dans les conclusions à émettre sur le rapport soumis au jugement de l’Académie. S’il est démontré , par l’exposé de l’état économique et moral des travailleurs français dans les grands centres de production , que ce soit à l’influence de l’agglomération, des crises , des chômages, des variations dans le prix des salaires , de l’emploi abusif et prématuré des enfants, qu’on doive le malaise manufacturier dont le contraste est si frappant avec le progrès du bien-être dans les autres classes de la population , nous saurons tous quel est le côté vulnérable de la situation , et le pays s’efforcera d’y pourvoir. Entrons donc résolument dans ce grave examen, et commençons par l’industrie cotonnière, la plus souffrante de toutes , surtout dans le département de la Seine-Inférieure.

INDUSTRIE COTONNIERE.

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