XIX
(2) Morpain, Études anatomiques et pathologiques des grandes leures
(Thèse, 11“ 278; Paris, I852j.
mon collègue et ami Spiess, que j’avais prié de faire à ce sujet quelques recherches, et que je remercie sincèrement de rempressement qu’il a mis à répondre à mon appel, ayant ouvert 4 fœtus (deux, à terme, un à cinq mois, l’autre à sept mois), n’a pu constater l’existence d’aucun canal. Bien plus, quoique j’eusse pris le soin de ne pas l’avertir du résultat négatif que j’avais obtenu, ni de la disposition que j’avais constamment rencontrée, la description qu’il a bien voulu me communiquer est exactement semblable à celle que j’avais consignée dans mes notes.
Lorsqu’on a disséqué la grande lèvre et qu’on a mis à nu l’ouverture externe du canal inguinal , on voit passer par cet orifice les vaisseaux du ligament rond, entourés parmi tissu cellulaire fin, et se perdant dans la grande lèvre. — Dans aucun cas , je n’ai pu découvrir le moindi’e vestige d’une cavité séreuse à ce niveau; j’ai pu disséquer les vaisseaux, les dissocier, les couper même complètement ; toujours j’ai pu m’assurer ensuite, même chez les sujets les plus jeunes, que je n’avais nullement intéressé le péritoine.
D’autre part, en examinant du côté de l’abdomen , au niveau du point où le ligament rond pénètre dans les parois abdominales, on voit le péritoine recouvrir en se déprimant légèrement l’orifice supérieur du canal inguinal, pour se réfléchir immédiatement sur le ligament rond, qu’il entoure complètement.
En se portant ainsi des parois abdominales sur le ligament rond, le péritoine forme un double pli semi-lunaire, dont les bords libres, concaves et plus ou moins saillants, limitent, en dehors du ligament rond, une dépression ou une fossette, dont la profondeur varie. Lorsqu’on vient à exercer des tractions sur la paroi abdominale , on voit cette fossette se prononcer davantage et simuler chez certains sujets l’ouverture d’un véritable canal. Mais il est facile de s’assurer que celle disposition n’est qu’apparente, qu’elle est due à ce que.
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en tirant sur la paroi abdominale et sur le péritoine, on augmente la saillie des replis qui se portent sur le ligament rond, et par suite la profondeur delà dépression qu’ils circonscrivent; qu’au niveau de cette dépression, la séreuse passe au-dessus de l’orifice supérieur du canal inguinal , sans s’y enfoncer, et enfin que, dans aucun cas, on ne saurait assimiler celte simple fossette à l’ouverture d’un canal séreux se prolongeant dans l’intérieur du trajet inguinal. Il suffit , pour bien saisir cette différence , d’examiner comparativement l’orifice du canal péritonéo- vaginal, qui, chez le fœtus mâle, s’observe en dehors du cordon spermatique, au point où celui- ci pénètre dans le canal inguinal.
Dans un seul cas, à l’ouvertui e d’une petite fille à terme, je crus avoir trouvé le canal de Niick. Il existait, en dehors du ligament rond du côté droit, une ouverture bien réelle; mais les dimensions mêmes de cette ouverture, qui dépassaient celles d’une plume d’oie, ne tardèrent pas à m’inspirer quelques doutes. Je remarquai en même temps une vascularisation anormale du tissu cellulaire sous-séreux, qui était à ce niveau rouge, injecté, et offrait une induration assez sensible pour donner une rigidité toute particulière aux bords de cette ouverture. L’appendice du cæcum situé au voisinage présentait une coloration rouge, absolument semblable à celle qui existait au niveau du canal inguinal, et ses dimensions répondaient exactement à celles du diverticule péritonéal. Enfin, si j’ajoute que le mésocæcum était beaucoup plus développé qu’on ne l’observe à cet âge, je ci'ois pouvoir affirmer, sans crainte de me tromper, qu’il s’agissait dans ce cas d’un véritable sac herniaire.
A part cette seule exception que je devais signaler, nous avons toujours observé, Spiess et moi, une simple fossette, située en dehors du ligament rond, au niveau de l’orifice inguinal supérieur, sans aucune ouverture ni aucun canal
séreux.
Comment expliquer cependant la description donnée par la plupart des anatomistes? On se rendra peut-être compte de leur erreur lorsqu’on saura que rien n’est plus facile que de créer artificiellement le canal de Nuck. Le tissu cellulaire sous -péritonéal , au niveau de la fossette inguinale, présente une laxité très-grande, et permet le facile glissement de la séreuse ; il eu résulte que, lorsqu’on recherche l’existence d’un canal , une pression assez légère avec un stylet mousse suffit souvent pour enfoncer le péritoine dans le canal inguinal. De même, loi’squ’on tiraille avec une pince les parties cellulo-vasculaires qui sortent par l’orifice inguinal externe et qui se continuent avec le ligament rond, à mesure que celui-ci s’enfonce dans le trajet inguinal, sous l’influence d’une traction légère, il entraîne le péritoine, et on voit se produire un véritable canal séreux. Mais un examen un peu attentif suffira pour montrer que , par ce moyen , on crée de toutes pièces un canal qui n’existe pas, et dont on ne trouve aucun vestige lorsqu’on étudie les choses en place, ou qu’on dissèque avec soin les parois du trajet inguinal.
Je serais donc tenté d’admettre que l’erreur des anatomistes qui ont admis le canal de Nuck et qui prétendent l'avoir vu provient de ce qu’ils l’ont produit artificiellement, ou bien de ce qu’ils ont eu affaire à des sacs herniaires. Cette dernière supposition me paraîtrait la [dus probable, cai‘, en voyant la facilité avec laquelle on peut déprimer le péritoine au niveau de l’ouverture inguinale interne , il est permis de croire que la hernie inguinale doit être très-fréquente chez les petites filles, opinion déjà émise par A. Cooper et Dupuytren , mais
qu’ils fondaient sur une antre raison , la présence d’un canal ouvert.
^ Toutefois , je pense que, pour nier d’une manière absolue l existence du canal de Nuck, il faudrait un plus grand nombre d observations, et je regrette que le temps ne m’ait pas permis de multiplier ces recherches que je me propose de poursuivre.
Mais , quoique peut-être insuffisants , les faits qui précèdent sont encore assez nombreux pourauloriser à conclure que, si le canal de Nuck existe réellement, c’est à titre d’exception assez rare, puisque dans vingt-cinq cas où ou l’a recherché avec le plus grand soin, on n’en a découvert aucune trace.
Interrogeons maintenant les faits pathologiques et voyons ce qu’il faut penser d’une prétendue hydrocèle congénitale chez la femme. Malgré mes recherches, je n’ai pu réunir que deux observations qui puissent être rapportées à cette variété de collection séreuse. La première a été mentionnée en quelques mots par Lecat.
Obs. V (I). — Lecat a trouvé, sur le cadavre d’une femme (le 40 ans, le canal de Nuck, de la grosseur d’une plume d’oie, sortant par l’anneau; la poiiiou placée au-dessous de l’annoau Formait une vésicule de la grosseur du doigt, remplie d’une humeur aqueuse. La femme n’avait jamais eu de hernie.
L’absence complète de .détails , le nom même de l’auleiir de celte observation, lui enlèvent toute espèce de valeur.
La seconde observation est due à P.aletta ; elle mérite d’être rapportée presque textuellement.
Obs. VI (2). — Une femme, atteinte d’aliénation mentale, portait dans l’aine gauche une tumeur ovoïde, lisse, à peine douloureuse et rénitente, comme une vessie remplie de liquide. Celte tumeur éiait située obri(|uement au-dessus de l’aine gauche, et se terminait en has et en dedans k la partie supérieure de la grande lèvre de ce côté.
Quoique tous les signes qui annoncent une hernie intestinale manquassent chez cette malade, néanmoins plusieurs médecins pensèrent que telle était la nature de cette tumeui. En effet, quelques mois auparavant, on avait observé dans la même région une tumeur, du volume dune noisette, que la compression faisait disparaître, et celte circonsUmee avait lait décider cpi’il y avait déplacement de l intestin. En consé-
(1) 2'ransaclioiis phi/osophfques, L XLVll, p. 2'22; 17ol.
(2) l’aleüa, SuU' ulrocele delle donne. Idem. deW InslU. liai. ; t. l,
qiTouce fie celle opinion , l’opéraliou fui prali(|iiée comme pour une hernie, el fit mellre à découvert uu sac disteudu par une énorme quantité de sérosité jaunâtre et qui ne reufenuait rien autre eiiose. La sui face interne de cette cavité était ruj^ueuse. En portant le doigt dans la partie supérieure de ce sac, on trouva son orifice ou l’anneau inguinal sensiblement dilaté, et, pour peu qu’on pressât, l’extrémité du doigt pénétrait dans la cavité du ventre. Ce sac ouvert longitudinalement fut rempli ensuite par quelques plumasseaux de charpie, soutenus par un bandage. La suppuration ne tarda pas à s’établir, et depuis la cicatrisation, qui s’opéra rapidement, il n’y a pas eu récidive de la tumeur aqueuse.
G. Regnoli(l) qui, comme Palella, admet sans conlestalion l’existence du canal de iNuck, n’hésite pas à affirmer que dans l’observation précédente, la collection séreuse avait bien son siège dans l’intérieur de ce canal. C’est ce qui me paraît loin d’étre démontré. Quoique Paletta nous apprenne qu’au moment où il examina la tumeur, il n’existait aucune apparence de hernie, on voit par la lecture de cette observation, que la malade en avait présenté les symptômes quelques mois auparavant, et qu’on avait décidé à cette époque qu’il s’agissait d’une hernie intestinale. Dès lors n’est-il pas plus simple de penser que les viscères ayant été réduits et n’ayant pas subi de nouveau déplacement, l’épanchement de sérosité s’est produit dans l’intérieur du sac vide, comme cela arrive assez fréquemment.
Paletta ne nous dit pas non plus ce qui lui a fait reconnaître que la cavité dans laquelle il a pénétré était bien le canal de Nuck dilaté, et la description qu’il donne peut tout aussi bien s’appliquer à un sac herniaire.
Mais, dira-t-on, à supposer même qu’il y ait eu une hernie, celle-ci pouvait occuper le canal de Nuck, et, dans ce cas, ou aurait encore eu affaire à une hydrocèle congénitale com-
(I) Ilefjiioli, Sur l hyilrocèlc chez lu femme; méd., 2' série, t. V, p. lO'i ; 1834).
Pise, 1832 {Arch. ^én. de
pliquée de hernie, comme cela s’observe chez l’homme. A cette objection je répondrai que la hernie inguinale congénitale chez la femme n’est pas mieux démontrée que l’hydrocèle congénitale. Après la lecture d’un certain nombi’e d’observations, je demeure convaincu que c’est sans aucune preuve, mais seulement par analogie avec ce qui a lieu chez l’homme, et dans l’hypothèse d’un canal de Nuck, que la plupart des auteurs admettent la hernie congénitale de la femme.
Le fait suivant, rapporté par A. Gooper, va nous servir d’exemple :
Obs. Vil. (1). — Sur le corps d’une vieille femme apporlée pour les dissections, on aperçut à cliaque aiue un léger relief. En pressant sur l’abdomen qui contenait une petite quantité de li quide, ces tumeurs étaient rendues beaucoup plus distinctes. Les deux keniies inguinales étaient congénitales . Le canal était large et aussi dilaté qu’il l’est ordinairement chez l’homme. Le ligament rond était enveloppé d’une tunique vaginale distincte, dans laquelle était placé l’intestin, qui présentait avec ce ligament les mêmes rapports qu’avec le cordon spermatique chez l’homme.
A. Gooper déclare qu’il s’agissait d’une hernie congénitale, c’est-à-dire dans le canal de Nuck, mais on en cherche en vain la preuve. Gar cette tunique vaginale dont il parle petit tout aussi bien être un sac herniaire ordinaire produit par la pression des viscères au niveau de l’anneau inguinal inlerne, et j’ai montré avec quelle facilité on peut déprimer le péritoine en ce point chez le fœtus et chez l’enfant nouveau-né.
En résumé donc aucun fait n’autorise à admettre l’existence de l’hydrocèle congénitale, pas plus que celle de la hernie congénitale chez la femme, dans le sens qu’on attache habituellement à ces mots ; et ce résultat de l’étude des observations pathologiques vient confirmer la conclusion à laquelle
(1) A. Gooper, OEuures chir.jWad. franr., p, S97, obs. 203; l'aris, 1837.
j’avais été amené par mes recherches anatomiques, à savoir, la rareté excessive, si je n’ose encore dire, l’absence constante du canal de Nuck.
2° Hydrocèles herniaires. — Le diverticule péritonéal dans lequel se produit l’accumulation de sérosité, au lieu d’être le vestige d’un étal normal, peut être le résultat d’une lésion pathologique ; c'est ce qu’on observe pour les sacs herniaires. Nous ne devons nous occuper ici que des cas où la cavité communique plus ou moins largement avec l’abdomen. Or, dans ces circonstances, l’hydrocèle du sac herniaire présente deux variétés, suivant qu’il contient des viscères, ou bien qu’il est vide ou déshabité.
a. Hydrocèle du sac herniaire avec viscères (hydro-entérocèle, hydro-épiplocèle réductibles.) — Le sac herniaire contient habituellement avec les viscères une certaine quantité de sérosité, mais, en général, lorsque la hernie e.st réductible (et c’est le cas que j’examine ici), celte quantité est peu considérable. C'est seulement lorsqu’il existe en même temps une ascite, que le liquide contenu dans l’abdomen, pénétrant dans le sac de la lieniie, le distend outre mesure. On a pu, dans de semblables cas, évacuer tout le liquide de l’ascite en plongeant le trocart dans la tumeur. Je me borne à signaler le fait qui n’offre pas d’autre intérêt.
0. Hydrocèle du sac herniaire déshabité (pseudo-kystes sacculaires). — Il serait important de distinguer iietleiuent celle variété de collection séreuse de celle que nous étudierons plus loin, et qui se forme également dans un sac herniaire déshabité, mais complètement isolé de la cavité péritonéale. Les expressions de pseudo-kystes et de kystes sacculaires que nous propesons auraient l’avantage, en indiquant le caractère dilférenliel de ces deux variétés, c’està-dire la communication avec le péritoine ou l’isolement parlait, de restreindre le sens du mot hydi'ocèle, dont on a
un peu abusé et que l’ou a étendu à une fuule d’alTections différentes.
Les pseudo-kystes sacculaires offrent des variétés intéressantes l’elativement à la forme et aux dimensions de l’ouverture par laquelle le sac communique avec le péritoine. Tantôt 1 ouveiiure est large et la communication facile, tantôt le sac étant plus ou moins rétréci à son collet, le liquide séreux accumulé dans sa, cavité éprouve une certaine difficulté à être refoulé dans l’abdomen.
11 est bien rare, lorsque l’orifice de communication est large, que les viscères ne pénètrent pas dans le sac. Dans le cas d’ascite, J. Cloquet pense que 1a sérosité abdominale peut, lors du resserrement de l’abdomen, transmet’re au péritoine qui recouvre les anneaux toute la force d’impulsion qu’elle reçoit des muscles ; elle peut en conséquence le pousseï’ devant elle par ces ouvertures et former un sac rempli de sérosité. Celte proposition est fondée sur une observation ;
Ods. Vlll (I). — L’n vieillard de 72 an.s, afl'eclé d’iiti calarrlie |)ulinoi)aire violent, consulta J. duquel pour une tumeur survenue à l’aine gauclie depuis quinze ou vingt jours, augmenlant pendant les accès de toux. Il n’existait aucune tuméfaction de la région inguinale, mais seulement une grande laxité dans l’anneau. Sous l’influence d’un léger effort, cette région se soulevait, se distendait. Cloquet icconuut alors que la tumeur était formée par un sac herniaire qui descendait au devant du cordou testiculaire et était uni(|uemeut rempli par de la sérosité, dont la fluctuation était manifeste. La tumeur se réduisait spontanément et reparaissait au moindre effort, ou pai' le fait seul de la statiou verticale. Cloquet examina très-souvent cette tumeur pendant les accès de toux, et il ne |)ut jamais y lencontrer l’inleslin ou l’épiploon. Le malade mourut trois mois et demi après l’api)antion de la hernie. L’abdomen pouvait contenir 3 pintes de sérosité jaunâtre. On ti’ouva du côté gauche un sac de liernie inguinale interne, long de 2 pouces, facilement réductible et rempli seulement de sérosité.
(1) J. Cloquet, thèse citée, p. 20. obs. 2*
Mais, indépendamment des cas où la sérosité provient manifestement de la cavité abdominale, il en est d’autres dans lesquels on voit le sac, abandonné depuis un temps plus ou moins long par les viscères qu’il contenait, devenir le siège d’une accumulation de liquide. Le plus souvent alors le collet du sac s’est rétréci, de manière à prévenir la rentrée des viscères, et ce rétrécissement se présente à différents degrés, depuis une simple diminution dans le diamètre de l’ouverture, jusqu’à une constriction telle que le sac ne communique plus avec le péritoine que par un orifice extrêmement étroit et quelquefois même presque imperceptible.
Cette évolution du sac herniaire, qui peut aboutir à l’oblitération complète du collet, ne saurait être étudiée longuement ici. Indiqué pour la première fois par Saviard,le l esserremçnt graduel du collet du sac a été mentionné depuis par tous les auteurs qui se sont occupés des hernies. C’est surtout aux beaux travaux du professeurJ.Cloquet que l’on doit les connaissances anatomiques les plus précises à ce sujet. Toutefois l’explication qu’on a donnée du phénomène a beaucoup varié, ce qui tient peut-être à ce que le mécanisme suivant lequel s’opèrent le resserrement et l’oblitération du collet du sac n’est pas identique dans tous les cas. Je me bornerai à rappeler que, dans l’opinion la plus généralement admise, la cause principale du resserrement du collet du sac est une inflammation adbésive qui soude entre eux les plis formés par le froncement du péritoine au niveau du col du sac. A mesure que ces plis se multiplient, et sous l’influence d’inflammations nouvelles, l’orifice se rétrécit davantage et peut arriver à se fermer complètement. On pense en outre que la pression delà pelote du bandage contribue à amener ce resserrement, en agissant par pression et Irottement, c’est-à-dire comme cause déterminante d’inflammation. Cependant je pounais citer des observations dans lesquelles le resserrement et même l’oblitération complète du collet du sac ont eu lieu, quoique les malades
n aient jamais porté de bandage ; mais de plus amples développements seraient hors de propos, et je renverrai sur ce sujet, qui appartient plus spécialement à l’étude des hernies, aux travaux de J. Cloquet(l), Deraeaux (2), Roustan(3),Malgaigne (4).
Quoi qu’il en soit du mécanisme du resserrement du collet du sac herniaire, le fait existe et a été constaté un assez grand nombre de fois, soit dans des hernies inguinales , soit dans des hernies crurales.
L’observation la plus ancienne appartient à Saviard.
Obs. IX (5). — Le 5 février 1690, l’on apporta à l’Hôtel- Dieu une malade, âgée de 22 ans, qui avait la fièvre, de grands vomissements et le ventre fort tendu et fort douloureux. Après l’avoir un peu questionnée, je connus par ses réponses qu’elle avait eu depuis deux ans une descente qui rentrait andedans et s’en échappait facilement dans les commencements, mais que sa tumeur n’étant pas rentrée depuis six mois, elle ii’avait pas laissé pour cela de porter son brayer.
Je lui ôtai son bandage pour voir et toucher la tumeur de l’aine, qui me parut d'un cararlére assez douteux, de sorte que, après avoir fait inutilement quelques tentatives pour la réduire, néanmoins sans violence, jugeant cette tumeur plutôt humorale que partiale ^ je me contentai d’y faire appliquer les émollients joints aux résolutifs: mais la violence delà fièvre l’ayant emportée deux jours après, je fis l’ouverture de son cadavre.
Après l’ouverture faite aux téguments du bas-ventre, j’aperçus une quantité d’eau considérable épanchée dans la capacité, les intestins tout gangrenés et chargés de purulence dans leur surface. J’ouvris après cela la tumeur de l’aine, où je trouvai un bon demi-setier d’eau , contenue dans une poche pareillement formée du péritoine, et j’/ aperçus une
(1) J. Cloquet. Thèse citée.
(2) Demeaux. Recherches sur l’évolution du sac herniaire. {Annales de la chir. franç. et éirang., t. V ; p. 31 ')•
(3) Koustaii. De quelques modes de guéi'ison naturelle des hernies, etc {Journ. de t hir. de Malgaigne, t. I, p. -93 et 323).
(■1) Malgai{îne. Anal, chir., l. Il, p. 3!5, 2® édit. 1859).
(5) Saviard {Obs. chir., p. 120, obs. 22; l’aris, 1702).
trés-pclile utti>crturc, par la(|uellti la sérosilé, répandue daus oe!le poche, coinmuniquaiL avec les eaux qui éiaieuL épaucliées dans le bas-venlre. Enfin, les ligaments ronds de la matrice passaient par-dessous celle tumeur.
On peut conjecturer, du Saviard, que le trou de la descente s’étant à peu près consolidé, la sérosité contenue daus cette poche s’y était épanchée peu à peu du bas-ventre par la petite ouverture que l’on y remarquait.
Celle observalion inte'ressanle, que j’ai voulu rapporter en entier, appartenait sans doute à une hernie inguinale, autant qu’on peut le supposer par certains détails. Ghassaignac a observé un fait semblable dans lequel l’ouverture de communication permettait l’introduction du doigt dans la cavité abdominale (obs. 81).
J’ai pu rassembler plusieurs autres observations de collections séreuses siégeant dans des sacs herniaires déshabités à la région crurale. Dans la plupart des cas, la cavité du sac communique alors avec l’abdomen par un véritable canal plus ou moins long et sinueux, et dont le diamètre varie. Dans un luit de Dupuytren, que nous rapporterons (obs. 82), les dimensions de rouverture permettaient tout au plus d’y introduire, et avec beaucoup de peine, l’extrémité du petit doigt. Mais la communication peut être encore beaucoup plus étroite. C’est ainsi que chez trois malades opérés par Sanson , Ghassaignac et îNivet (obs. 80, 102, 109), on pouvait à peine
y introduire une sonde cannelée.
Enfin nous citerons le lait suivant qui présente un grand lutérét par la précision des détails anatomiques :
Obs. X(1). — Houel présente à la .Société anatomique une pièce provenant dune femme d’une soixantaine d’années, suvantaux pre[)ai’alions anatomi(|ues dans les pavillons de I hcole. Une dissection minutieuse montre la tumeur, du vo lume d’une petite orange, placée entre deux feuillets cellulaires bien distincts, en avant du canal crural droit. L’un de ces Ixmil-
(1) llouel {.Société anal 2ie année 16î6, p. lt5'J).
leLs esl \Qfascia siiperficia/is abdominal, l’aiilre le fascia mperfirialis fémoral. La tumeur esl formée par un kyste mince, transparent, mollasse, comme une outre à demi pleine, et contenant un liquide séreux un peu sanguinolent. Elle est libre de partout, sauf de sa partie supérieure et un peu postérieure, où elle offre un pédicule fibreux qui plonge dans le canal crural en se dirigeant vers l’abdomen. Ce pédicule est creux, de façon à permettre l’introduction du stylet par son ouverture siq)érieure qui communique avec la cavité abdominale; malgré cela, onnc peut pas, lorsqu on laisse les choses bien en place, faire refluer le liquide du kyste jusque dans l'abdomen. La cavité abdominale renferme aussi un peu de liquide séreux légèrement rouge; l’épiploon adhère par un point à la paroi abdominale, tout près du canal crural.
Il est inutile d’insister pour faire comprendre toute l’importance pratique de celte disposition anatomique, par suite de laquelle une semblable tumeur, tout en communiquant librement avec la cavité péritonéale, peut cependant paraître parfaitement enkystée. J’aurai à revenir sur ces faits et à a'direr de nouveau l’atlenlion sur ces pseudo-kystes de l’aine, au point de vue du diagnostic et du traitement.
Les parois du sac offrent habituellement une assez faible épaisseur et revêtent les caractères d’une membrane séreuse ; dans d’autres cas, les parois sont épaisses, inégales, constituées par un amas de tissu cellulo-adipeux; la collection séreuse paraît alors occuper le centre d’une véritable tumeur graisseuse. Ou a discuté pour savoir si, dans ces cas, la cavité séreuse communiquant avec le péritoine est un ancien sac herniaire qui, après avoir contenu les viscères, s’est rétréci et s’est entouré de graisse, ou bien si la tumeur graisseuse, formée primitivement à l’extérieur du péritoine, a entraîné celui-ci en se développant à l’extérieur et en formant ainsi un diverticule. Dans la première opinion présentée pour la première lois par A. Paré, puis soutenue de nos jours par Bigot (1) et Ber-
(1 ) Bigot, thèse de Paris 1B21, u® 175.
nutz (1), le sac serait un reste de hernie et la tumeur graisseuse qui l’entoure et lui forme une épaisse paroi, serait le résultat même de la guérison, tandis que dans la seconde explication donnée pour la première fois par Scarpa et défendue par Velpeau (2), le diverlicule péritonéal qui occupe le centre de la tumeur serait un commencement de sac herniaire produit par le développement de la tumeur graisseuse.
Ce n’est pas ici le lieu de discuter cette question, que l’on a eu presque toujours, à mon sens, le tort de mal poser, et je serais porté à admettre l’un et l’autre mode d’origine. Ce qui importe, c’est de savoir que des pseudo-kystes, communiquant encore plus ou moins librement avec la cavité abdominale, peuvent se renconti-er au centre de tumeurs graisseuses. J’en citerai quelques exemples.
L’enveloppe graisseuse peut présenter diverses variétés de forme et d’épaisseur. Elle est ordinairement constituée j)ar des masses adhérentes, que séparent des cloisons celluleuses, de manière à donner à la tumeur une surface bosselée, inégale, chagrinée; dans un cas cité par Chassaignac, elle ollrait l’aspect de ganglions lymphatiques plus ou moiiis ramollis (obs. 81).
La surlace interne des pseudo-kystes que nous étudions, habituellement lisse et polie, présente dans quelques cas des traces d’inflammation plus ou moins violente; elle est vasculai'isée, j’ouge, recouverte de l^usses membranes ou de pus.
Enfin le contenu a varié dans sa quantité et ses qualités. L)ans 1 observation de Saviard on a vu que le pseudo-kyste contenait un demi-sotier de sérosité ; dans un autre fait dû à INivet, il renlermait 5 à 6 gros de liquide rougeâtre. Le conlenu du kyste est habituellement formé par de la sérosité pure, citnneou bien légèrement rougeâtre et sanguinolente, ce qui est dû probablement aux tentatives de réduction :
(1) Cernutz, thèse de Paris 1S46, n® 193.
(2) Velpeau, Dictionn. en 3ü, t. I, p. 2i'9.
dans le cas de complications intlammatoiies, la sérosité est remplacée quelquefois par un liquide séro-purulent ou même purulent. Nous en fournirons plus tard des exemples.
Nous netei'minerons pas ce qui a trait à ces pseudo-kystes, formés par d’anciens sacs herniaires, sans faire remarquer une circonstance singulière, c’est que les six observations complètes que nous avons pu rassembler s’appliquent à des femmes.
Il» CLASSE.
DES COLLECTIONS SÉREUSES DE l’AINE NE COMMUNIQUANT PAS AVEC