‹ Des colonies, et de la révolution actuelle de l'Amérique [microforme]Chapitre 21 sur 49 · RATE · texte numérisé non relu

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En effet ; que sont des:colonies? Des champs de culture destinés à produire ce qui doit payer les retours acquis dans la métropole, au prix de ces productions. Les colonies produisent pour avoir de quoi consémmer ; mais est-ce par la guerre ot: par la paix que ces champs coloniaux Peuvent être fécondés ? Lorsqu’au lieu de fleurir par les paisibles Oécupations de la culture, le colon voit son champ devenir un champ de bataille, et les mains qui maniaient les féconds instrumens du labourage, attachées au manier ment d’armes meurtrières; lorsqu'au heu de labourer il faut combattre; lorsqu'an lieu de fournir des denrées à la métropole , et de recevoir les siennes , il faut se défendre contre ses soldats , ministres de ses vengeances et vengeurs de son joug, alors la colonie ct la métropole ne sont-elles pas également souffrantes ? Que ne souffrait pas l’Angleterte , pendant sa lutte àivec ses colonies ? Quel mal le combat de l'Espagne contre PAmérique nefaitil pas à l'Espagne, et quel mal, à son tour, ne reçoit pas l'Amérique, par l'attaque de l’Espagne ? Si pour ramener Buenos-Ayres au de-

voir il faut commencer par le détruire, l’Espagne et l'Amérique ne serzient-elles pas également appauvries ? C’est à peu près comme si un homme incendiait sa ferme et tuait son bétail, pour rétablir l’ordre parmi ses laboureurs.

Voilà donc tout le monde ruiné, ou-dans le.

chemin de l'être, parce que l’on n’a pas tenu comyte de la nécessité de préparer la séparauon nécessaire de la colonie avec la métropole: Le mal s’aggrave encore et devient double, lorsqu'il y a à la fois mélange des sangs ét combat contre la métropole, ainsi qu'il arrive aujourd’hui en Amérique. Les royalistes espagnols massacrent les indépendans espagnols; les Noirs et les sangs mêlés massacrent indistinctement les Espagnols , soit royalistes, soit indépéndans; de plus ils se massacrent entre eux; de plus encore les indépendans de toutes les couleurs ont à combattre les Espagnols d'Europe: ceuxci les massacrent sans pitié partout où ils leur tombent sous la main; à leur tour ils sort mas- sacrés par eux ; et, ce qui. est le plus: fort, on

a vu le besoin de se défendre et de se délivrer

à jamais de maîtres aussi durs faire recourir. à

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la terrible ressouree d’émanciper les Noirs, Comme a fait Bolivar en arrivant à Carracas.

Qu'on juge par là des fléaux de toute espè que verse à la fois sur les colonies et.sur les métropoles une éruption d'indépendance qui n'a été préparée Par aucun Caltul, dirigée sur aucun plen, et qui s’effectue au milieu d’un chaos tel que doivent le produire le choc des intérêts, celui des populations ennemies » des massacres, des incendies, et de tout ce qu’ férocité d'habitude parmi de tels combat Peut créer de désastres. | En supposant même que la métropole acceptât le divorce prononcé par la colonie, et la laissät maîtresse de SOn Sort, quel horrible imbroglio ne serait pas la suite de l'abandon fait de lui-même à un enfant qu’on jette ainsi dans le monde, après avoir rompu ses lisiéres j mais sans avoir préparé pour lui les moyens de s’en passer! Ainsi que l'Espagne éclairée sur ses vrais intérêts eût abandonné ses colonies à elles-mêmes, qu’elle eût cessé de s’en méler, de se dépeupler et de se ruiner en s’en mélant, et en continuant de le faire avec tant d'infor-

ce

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tune, que serait devenue cette masse énorme une fois mise en mouvement ? car il ne faut pas oublier que c’est del’Amérique entière que lon parle. Si lon n’a pu retenir son ébranlement, comment sy prendra-t-on pour le diriger et pour le régulariser? Que l'on considère cette masse ainsi lancée dans un tourbillon de révolutions , surune mer d’agitations et de troubles. A qui sera-t-il donné d'établir quelque uniformité sur cette étendue de terres, sur cette bizarrerie de configurations, sur ces écarts de la nature, sur ces proportions gigantesques, sur

toutes ces populations si différentes d’origine,

de goûts, et livrées à des directions si opposées? A qui appartiendront ces mines eldorado prodiguées au nouveau monde, ces fleuves dont la possession fait la force et la richesse des Etats ? De combien de membres, et desquels se formerait une association particulière? Les peuples qui regardent l'Océan Pacifique et PAsie, ceux qui sont tournés du côté de l'Europe , les habitans du Mexique et du Pérou se réuniraientils, se tiendraient-ils séparés? Toutes ces di-

vergences d'opinion , de conduite , toutes ces

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scissions contradictoires ne se sont- Témarquer dans la séparation de avec l'Espagne ? Qui réunira tous ce

ul en imposera à tous ces révoltés ? Quiira les chercher dans leurs déserts, derrière

qui sont des mers, dans leurs foré trables, sur leurs monta

desfleuves ts impénégnes qui sont les plus

que fait trouver à € toute espèce, exécutés par les plus policés, ont nt les effets de 0e frontières de l’A]ar au delà tout est à peu près comme en Amérique. Aux Antilles, des parties si difiés rentes de mœurs, de langage, de sang, d’étendue territoriale, et que les difficultés mises par les saisons mêmes entre leurs communications, achévent de ténir séparées, E: le gou-

elles pas fait l'Amérique s dissidens?

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vernement, cet objet capital et litigieux dé toute association humaine, commént ét par qui serait-il réglé? Qui forcerait à s’y soumettre? Ici, on voudrait être en monarchie; là, en république; ailleurs, des chefs absolus : que de choses, que d’embarras, que de sang et de malheurs, avant qu’un arrangement bien cimenté terminât toutes les difficultés, et tarît la source des calarnités qui en découleraient! Tous ces malheurs sont évités dans la séparation préparée, qui, en coupant, il est vrai, les liens des colonies avec les métropoles , ne le fait cependant qu’avee toutes les précautions que la prévoyance et la sagesse peuvent dictér, et que d'aussi grands intérêts réclament. Par elles on se rend maître de la séparation même, et l’on joint aux fruits actuels des colonies ceux qu’on est fondé à attendre d’un meilleur ordre de choses. Par exemple , dans la séparation non préparée, le mode de gouvernement, source la plus ordinaire des troubles civils , surtout lors de l'établissement, flotte sans régulateur et sans point d’arrêt : on n’en aperçoit d'aucune espèce; au contraire, dans la séparation cal-

culée, la substitution d’une antorité tout organisée est lé premier acte qui suit la séparation ; il en découle nécessairement, il n’y à ni suspension ni hésitation dans les pouvoirs publics. En aucun moment, la sûreté et l’ordre ne sont troublés, et les colonies continuent de jouir

de leur tranquillité accoutumée » de rem-

plir leur destination et l'attente de la mé-

tropole. Ainsi ont fait les Etats-Unis : chez

eux la séparation, dirigée par les hommes les

plus habiles de cette contrée, hommes qui auraient honoré l’ancien monde comme ils: ho-

norent le nouveau, partant d’un point fixe et unique pour arriver à un but également fixe et simple, renfermait une uniformité d’intérêts , de vues et d'actions , comme de localités. C’étaient des Anglais d'Amérique qui demandaient aux Anglais d'Europe, leurs auteurs, de les laisser jouir des bienfaits de leur virilité , et qui s’apprétaient à suppléer par les armes au Consentement qu'ils prévoyaient devoir être refusé à leurs actes de respect. Aussi n’y a-t-il pas eu parmi eux un seul instant d’hésitation dans le choix du gouvernement, ni un instant

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