‹ Des colonies, et de la révolution actuelle de l'Amérique [microforme]Chapitre 25 sur 49 · OO, Æ . À · texte numérisé non relu

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réduite à ses propres forces : elle Opéréra donc, comme elle a déjà fait, par dés corps de troupes peu nombreux, envoyés de loin én loin, et dont le rassémblèment, le départ, le transport et l’arrivée, sont sujets à tous lés inconvéniens attaühés à cetté espèce d'expédition, chez tous Jes peuples, ét surtout chez un penple lent, faiblement pourvu des moyens prôprés à ces grands transports, peu soigneux de la composition dés équipages, de la conservation dés liomrés, peu susécptiblé dés soins de détail qui contribuént le plus à la bonné direction de ces armémens. Qu'il y a loin d’üné expédition de cette natüre faite par des Espagnols, à celle qui serait dirigéé pat des Anglais! Lés arme mens de l'Espagne serônt doiic faibles et tou jours entravés par la niture mêtae deladrninistration espagnole; mais que sont ces arrhémens en comparaison d’un pays tel qué ’'Ariéritque, aussi vaste, aussi difficile à pénétrer ên corps

‘d'armée, là où il n’ÿ a mi Chemins ni passages

sur des rivières étenduües et nombreuses , où Les villes sont séparées par de grandes distances, où'il faut parcourir dés espaoes immenses pour

atteindre un but quelconque, où il n’y a ni magasins, ni places de sûreté, ni hôpitaux ?

L'Amérique sera défendue par son climat, dont les Européens ne peuvent, sans le plus grand danger, braver les atteintes. Avant qu'un corps de dix mille hommes soit formé à Cadix, qu'il ait passé à bord plusieurs mois, qu'il ait prisierre et rendu quelques services, il faut comménce* par eu rabattre au moins un tiers. Les naturels w’ont à subir aucun de ces inconvéniens ; ils sont tout portés sur le champ de bataille; ils sont acclimatés , ils sont cent contre un. L'inégalité est visible. L'usage des armes, la science des combats est du côté du soldat venu d'Europe; oui, mais pour un temps :. toute cette tactique appartenait de même aux Anglais contre les Etats-Unis. De quel côté s’est rangée la victoire? Les Amiéricains espagnols s’aguerriront comme ont fait les Américains anglais; ils sont les plus faibles aujourd’hui, demain ils seront les plus forts. Pour vaincre, ils n'ont qu’à fuir; pour remporter la victoire ,U leur suffit d'éviter le combat, de substituer une gucrre nauonale à une guerre régulière, d’être

Partout autour de leurs ennemis, et jamais devanteux, de les harceler, de les fatiguer, de faire par lassitude ce qu'ils ne pourraient -exé- Cuter par la force. Ici, ce n’est pas le caicul des forces militaires qu’il faut faire, mais celui des forces humaines. On parle toujours de la guerre Sous Îes rapports de la science et de cette espèce d'honneur qu’on acquiert en champ clos, dans un tournoi > en se présentant devant lennemi, suivant toutes les règles de l'art et des Fonvenances établies dans ces sortes de luttes, au lieu de regarder la guérre dans son but, la destruction de l’ennemi, Or, c’est sous ce dernier rapport, on peut s’y attendre, qw’elle sera faite contre les troupes d’Espagne, Leurs ennemis ne les älaqueront point en front , mais en détail ; ils fuieront pour les harceler, pour les fatiguer, et finalement pour les ruiner : on fera en Amérique ce que les Espagnols ont fait en Espagne contre les F rançais , et les troupes de Ferdinand seront dans sa colonie comme celles de Napoléon furent dans son royaume, L'exemple est là ; il sera suivi ; il sera prescrit et imité par ceux-mêmes qui en ont tant souffert

en Espagne : car, comment douter qu’une foule de militaires français et étrangers nese précipitent vers ce champ de gloire ou de fortune ouvert à la turbulence, à l’amour de la richesse, à celui de la renommée, à horreur de Poisiveté, à laquelle nne allure générale de quiétisme, adoptée en Europe, les condamne pour longtemps , au désir de sortir de l’espécé d’abaissement et d’indigence, devenu l'apanage à peu prés général de Pétat militaire, en remplacement de ce qu'il valait naguère d’élévation et de fortune ?

L'Amérique espagnole sera guidée dans les combats par les anciens chefs des soldats français et allemands. Ceux qui se sont combattus dans les plaines de Castille se rencontreront encore dans celles du Paraguay, du Mexique et de la Nouvelle-Grenade. Le compagnon de Dumouriez, Miranda, à ouvert la carrière; des milliers d’autres la rempliront : PAnglais Browa, avec les vaisseanx de Buenos-Ayres, a épouvanté les côtes du Pérou; le conducteur d’une poignée de Français en Irlande, Humbert, a organisé les légions du Mexique. Qui

pourrait douter qu’une longue suite d'hommes, poussés par les mêmes mobiles, ne volent vers les mêmes contrées, vers les mêmes combats, vers la même gloire, vers la même fortune, vers le même terme d’une oisiveté qui leur pèse, d’une misère qui les dégrade, d’un Calme qui leur laisse trop de vide, vers la même satisfaction qué fait éprouver à des cœurs généreux lambition de s'associer à un grand peuple, combattant pour sa liberté et pour celle d’un monde entier ; entreprise la plus grande et la plus séduisante qui füt jamais? Les jours de la première découverte de l'Amérique ont lui de nouveau pour l’Europe : un nouveau monde s’est découvert à elle. Si, à la première époque, les Espagnols s'y précipitèrent seuls, c’est qu’alors chaçun avait assez de ses colonies ; que les routes de l'Amérique étaient peu connues, et la navigation inusitée pour la plus grande partie de l’Europe : mais aujourd’hui que le chemin de l'Amérique est fréquenté comme celui de Paris à Londres ; aujourd’hui que la mer est habitée comme la terre, des nuilliers d’Eurapéens accourront en Amé-

rique pour la défendre, comme les Espagnols accouraient à l’époque de sa conquête pour l’expolier, L'Amérique espagnole reverra des Pyzarre, des Almagre, sortis de toutes les parties de l'Europe; elle à déjà eu son Einiers, deux fois vengeur et conservateur de Buenos- Ayres; elle en trouvera d’autres dans tous les Européens qui recherchent la gloire et la fortune , que lon ne peut plus trouver en Europe. Osons le dire : les autels de ces deux divinités sont renversés, ou du moins bien rabaissés dans cette partie du monde; mais ils se relèveront en Amérique, dans ces proportions colossales qui n’appartiennent qu'aux grandes révolutions et aux pays dans lesquels tout est à faire. L’Espagne, réduite à ses propres forces, très-inférieures à celles de l'Amérique, aura de plus à combattre les hommes audacieux et aventureux de tous les pays; et l’on sait qu'ils sont tout ce qu'il y a de plus dangereux sur la terre. L’Espagne, faisant la guerre avec des détachemens

contre toute la population de l'Amérique pré-

sente sur les lieux, pourra bien, à laide de sa supériorité de tactique, ohtenir d’abord quef-

ques succés, comme firent les Anglais dans leur guerre d'Amérique. D'ailleurs , il est dans la natuse de toute guerre d’avoir des succès ba-

Jancés ; mais l'inégalité et les inconvéniens

d’une pareille guerre sont trop visibles, pour

ne pas agir contre l'Espagne de la manière la

plus défavorable, Les revers qu’elle ne peut manquer d’éprouver enfleront le courage de ses ennemis ; ils réduiront ses partisans au silence; ils décourageront ses soldats : elle finira par ne plus oser en envoyer, dans la crainte de fournir avec eux des rècrues à ses adversaires. Quels attraits peut-elle leur offrir qui équivalent aux motifs de défection que ses ennemis peuvent faire briller à leurs yeux? L'or et l'argent de leurs mines , les terres dont ils peuvent les doter, les épouses qu’ils peuvent leur donner à choisir, que de moyens de parler à leurs yeux, et de les déterminer par tous les séntimens qui portent l’homme vers le désir d’une meilleure condition et vers la main-qui peut l’offrir! Oui, en Calculant l’ensemble de ces considérations, en voyant que c’est l'exemple dela campagne de Moskousous les yeux, ainsi que celui dela guorre

qu’elle a faite chez elle » l'Espagne n’en fasse pas moins en Amérique une guerre quiréünit au plus haut degré tous les inconvéniens qui ont signalé ces deux expéditions infortunées, on ne conçoit pas comment l'Espagne à pu prendre le parti qu’elle suit à l'égard de P Amérique. L’expérience scra-t-elle donc toujours perdue ont les hommes? Mais il y a plus; l Espagne n’a pas même les moyens de continuer la guerre contre l'Amérique, et, de son côté, plus PAmérique combat, plus elle acquiert de moyens de résis-

tance. La raison en est sensible.

L'Amérique est devenue le soutien, et en

quelque sorte lanourrice de l'Espagne, comme, dans l’état de famille, l'enfant, devenu grand et riche, soutient les vieux jours de ses parens. D'où viennent les richesses de Espagne , soit comme tributs, soit comme revenus des particuliers, qui à leur tour alimentent la fortune publique? N’est-ce pas de Amérique ? Celleci envoie chaque année au trésor du roi, à Madrid, la somme de 60,000,000, et à Cadix plus de 150,000,000 pour solde de commerce, ou des revenus particuliers. Ces revenus, apportés

Dr Er à

et consommés en Espagne, grossissent ercore le trésor public, par les impôts soit directs soit indirects: car, en Espagne comme partout ailleurs, toute consommation renferme un impôt.

Or, toutes ces sources sont taries, et leur desséchement complète la détresse dans laquelle l'Espagne se trouve par les événemens qu’elle a éprouvés. Dans tout antre temps cette perte lui aurait été bien sensible : que ne doit-elle pas lui faire éprouver dans celui-ci! Avec quels moyens l’Espagne continucra-t-elle donc cette guerre ? Serait-ce avec les emprunts forcés qu’elle a frappés sur ses villes de commerce ? Mais cette ressource ne va pas loin, et malheur aux finances que lon alimente par de pareils moyens ! L'Espagne, qui n’a pas de quoi fournir aux dépenses de son intérieur (1), peut en-

PA

(1) On sait que le revenu ordinaire de l'Espagne, qui s'élève à. . ............ 240,000,000 f.

n’a pas suffi aux dépenses de paix de ce pays, même en y joignant les revenus de l'Amérique portés en Espagne,

core moins pourvoir aux frais d’une guerre d'Amérique ; déjà avec l'Amérique elle éprouvait un déficit: que fera-t-elle sans PAmérique contre Amérique? 11 est donc très- probable que ses envois de troupes iront en diminuant, jusqu’au moment trés- prochain auquel elle ne

Pourra plus y envoyer un seul homme : même.

en lui supposant les moyens qui lui manquent, comment proportionnerait-elle ses envois à des

besoins variables, incalculables à une grande distance du théâtre même des événemens , et qui, au moment de leur arrivée, ne correspondraïent plus à l’objet qu'ils devaient remplir ? Pour être toujours en mesure, et ne pas perdre

le fruit de ses premiers frais, l'Espagne devra.

toujours tenir prêtes trois armées et trois flottes : la première en Amérique, la seconde en mer à

et évalués à. , ,...,..,..... 60,000,000 f.

La dette s’est élevée successive-

ment à, .........,.,.... . 700,000,000

ce qui est une proportion plus forte que celle de la

France, relativement à son revenu.

et la troisième en Espagne, toujours sous voiles , pour courir au secours partout où elle serait appelée. L’étendue des colonies espagnoles exigera aussi des efforts proportionnés à létendue de ce vaste terrain : ainsi, il faudra à l'Espagne cinq armées pour contenir les cinq grandes divisions du Paraguay, du Mexique, du Pérou, de l4 Terre- Ferme et de la Nouvelle - Grenade, sans compter le Chili, la Havane et Porto - Ricco. C’est donc par centaines de mille hommes comme par centaines de millions que l'Espagne aura à compter. Elle s’est dépeuplée par la première conquête de l'Amérique; elle achèvera par la seconde l'ouvrage de la première, mais sans une compensation sembiable : car enfin, celle-là lui avait valu ses colonies, au lieu que celle-ci va les lui faire perdre.

Le mouvement général que l'indépendance a donné à l'Amérique a remué les Etats-Unis, de manière à exiger à leur égard des précauions de la part de l'Espagne : tout parmi eux conspire en faveur de cette indépendance, sug-

gestions, fournitures d’armes , enrôlemens vo-

lontaires ; la jeunesse des Etats-Unis prend son cssor vers le Mexique, ét leurs vaisseaux vers tous les ports ouverts par l'indépendance. Combien de temps encore durera cet état ) Sans amener une rupture ? et, dans le cas de celle-ci, comment l'Espagne fournirait-elle à ces nouveaux frais”? Cette intervention des Etats-Unis mettrait fin à une-lutte inhumaine et ruinensé pour tout le monde, et surtout pour l'Espagne: car chaque Américain que tue un soldat espagnol est un consommateur enlevé à l'Espagne; chaque ville brûlée est un retrait fait à la richesse, aux demandes des denrées que cetté ville aurait faites à Cadix. C’est comme si le roi de France faisait ruiner Lyon, brûler Louviers et Sedan. Lorsque Espagne se sera ruinée pour aboutir à ruiner ses colonies et à les perdre, en sera-t elle plus avancée ? Or, voilà précisément ce qu’elle fait. À la voir travailler, on dirait qu'à ses yeux il n’existe qu’une chosé au monde, la souveraineté et la propriété; que, pourvu que Pon règne et que l'on posséde, n'importe que l’on retire ou ne retire pas des produits, que la propriété soit fructueuse ou

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non, el que tout consiste à conserver la nue propriété d’un objet, tandis quan contraire, il y a mille occasions dans lesquelles les relations commerciales sont beaucoup plus productives que ne pourrait l'être la propriété, comm” l’a éprouvé l'Angleterre en perdant l’Amérique, dont elle a les profits par le commerce, sans avoir les frais de garde par priété.

Si PEsp=gne ne peut plus conquérir l’Amérique, si elle n’y a plus d'intérêt, comme nous le prouverons, elle ne pourrait pas davantage la conserver après la conquête.

En suivant les principes établis eur Ja population comparative des métropoles et des colonies, sur la nature et les effets du commerce exclusif, on est amené à conclure que la nonvelle conquête de l'Amérique pat l’Espagne ne serait que passagère , et que, dans des temps plus ou moins reculés, elle se retrouvera à leur égard dans la position où elle est aujourd’hui ; qu'à ü.10 seconde conqr te, il fandrait en ajou= tr uñe troisième, à une troisième une quatriême, jusquà ce que la métropole succombät

la pro-

ee pepe

pour jamais : ce qui serait la suite inévitable ° de ces collicions répétées.

L’ Amérique d'aujourd'hui est à à l'Amérique 1 de cent, de deux cents, de trois cents ans à ve: | nir, comme l Alfa du temps de la conquête | était à l'Amérique d’aujourd’hui. Les progrès de la première époque, comme ceux de la sesonde, en sont la cause. Les Espagnols, en bien peut nombre, s’établissent en Amérique, et voilà qu’ au bout de trois siècles, ils sont déjà au nombre de plusieurs millions g habitans; ils ajoutent à leur population propre une importation d'hommes, qui, à leur tour, se multiplient dans toutes les branches de " populauon coloniale; ils se mêlent avec les indigènes,

et, après un bar de temps assez court, ils sur-

passent la papieton de la métropole, malgré toutes les pertes qu'ont dû multiplier parmi eux les atteintes du climat, les exhalaisons de terres féuides, le séjour dus des lieux et parmi

des hommes inconnus, sans le secours des préservatifs que le temps et la science ont indiqués : et cependant leur nombre approche déjà de vingt millions d'hommes. Que sera-ce donc,

en partant du point anquel ils sont arrivés, en ayant pour racine de leur population à venir celle qui existe déjà, familiarisée avec toutes les propriétés du sol qu’elle habite, et jouissant de ce qui favorise partout l'essor de la poptilation ? Ceile de l'Amérique doit, avec le temps, s’accroître dans des proportions encore plus rapides que ne l’a fait celle des Etats-Unis » parce qu’elle est encore plus au large; parce qu’à des mers encore plus étendues et moins sauvages, à des rivières bien plus grandes, à des ports plus nombreux et plus sûrs , elle joint une terre infiniment plus féconde, et que les moyens de subsistances, qui sont partout les régulateurs de la population, ÿ sont plus abondans. L’Amérique espagnole, qui ex: présente d’infiniment plus étendus que les Etats-Unis, porte aussi à une extension de population supérieure à celle que les Etats-Unis peuvent obtenir. Lorsqu’on pense que quelques années ont suffi pour former, au Mexique, des villes de quatre-vingt mille âmes telle que Gwanaxuatao, dont le nom est à peine parvenu en Europe, on peut se faire

une juste idée de la population à laquelle elle IL. 12

est déstinée. Il s’en faut bien que la métropole soit susceptible des mêmes accroissemens. L’Espagne ne s’élèvera pas à vingt, à trente, à quarante, à cinquante millions d’âmes, en un mot, à une population dont on ne peut assigner la borne. ainsi que l'Amérique ne peut manquer de le faire. La colonie a cemmencé par linfériorité avec la métropole; elle a continué par l'égalité ; elle atteindra, dans peu, à l’incomparabiité. Or, dans cet état, comment l’'Espagne contiendra-t-clle sa colonie? Si son infériorité est déjà fort marquée avec la populaüon actuelle de sa colonie, comment fera-t-elle lorsque celle-ci sera encore beaucou p plus-nombreuse? Que lon indique, si l’on peut , les moyens de domination de douze à quinze millions d’Espagnols, sur quarante millions d’Américains , vivant à deux ou trois mille lieues d’eux : oùles premiers prendraient-ilsles moyens de contenir les seconds ? Si l'Inde comptait ‘a moitié des Anglais çomme habitans, que l’Amérique compte d’Espagnols, elle serait libre. Les Espagnols d'Amérique ne sont pas des Indiens régentés par une poignée d’Anglais ; ce

ne sont plus les sujets des Caciques ou des In- É cas, non plus que des novices dans les arts de ! © l’Europe; mais ce sont des Espagnols en Amérique, semblables en tout aux Espagnols d’Europe, et ayant, de plus que ces dernicrs, le véhicule qui soutient toujours celui qui défend sa liberté, à exclusion de celui qui ne fait que V’attaquer. Qu'importe aux trois quarts des soldats de Morillo que l'Amérique soit libre ou non : qu'ils descendent un momont dans leurs propres cœurs, et dans l’instant ils volent dans les bras de ceux qu’on leur fait combattre.

Leurs chefs et ceux qui les envoient, peuvent bien croire avoir un intérêt contraire à cette

liberté ; mais eux, où pourraient:ls le trouver ?

Au lieu qu'il n’y a pas un Américain qui w’en

sente l’importance ; et qui n’y porte l'intérêt et la chaleur que l’on met à la défense de sa propre

cause. C’est ce que l’on a vu dans la guerre des

Etats-Uinus. Les Anglais n’ont pas tardé à re-

connaître qu'ils avaient à faire à des hommes semblables à eux, qui, peur habiter le Nou-

veau-Monde, n’en savaient pas moins que ceux

ile l’ancien ; qui, à mesure que la lutte se pro-

lougeait, s’affermissaient dans leur résolution, pendant, qu’en Angleterre, les esprits s’éloignaient dusujet de la querelle, et que les bras des soldats, chargés de la soutenir, s’allanguissaient dans le ‘service d’une cause dont ils n’apercevaient pas distinctement le principe et le but: tandis que les Américains rapprochaient l’un de. l’autre avec la plus grande facilité, comme il arrive toujours dans ces espèces de débats, dont l’assaillant n’aperçoit pas l’objet bien distinctement, tandis que le défendeur le voit avec clarté, et le soutient avec persévérance. II ya si loin de venir d'Espagne en Amérique pour l'empêcher d’être libre, à vouloir étre libre en Amérique lorsqu’on l’habite! Le degré d’intérêt des deux parts assigne le degré d’activité qu’on apportera des deux côtés pour prévaloir.

L'Espagne serait donc évidemment trop faible pour conserver l'Amérique après une seconde conquête ; elle serait d'autant plus inhabile à le faire, qu’elle trouverait dans ses colonies des dispositious toujours croissantes vers cette même indépendance qu’elle vou-

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