‹ Des colonies, et de la révolution actuelle de l'Amérique [microforme]Chapitre 24 sur 49 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

L'Espagne peut-elle reconquérir ses A mériques ? Que doit faire l'Espagne?

Nr Fun ni l'autre, et pas plus l’un que l’autre. Tout ce qui a été établi ci-dessus n’est, pour ainsi dire, que le préliminaire de cette grande question : en elle repose la décision de tout l'ordre colonial ; il dépend du résultat de la lutte établie entre l'Espagne et l'Amérique: car si celle-ci reste indépendante » Comme tout porte à le croire, par cela même toutes les autres colonies le deviennent. En effet, que sont ces colonies, les Antilles et le Canada ? Celuici resterait seul dépendant, pendant que toute l'Amérique serait libre, et cela à la porte des Etats-Unis, avec tout l'intérêt qu'ils ont ou qu'ils auraient à l’aggréger à l'indépendance |À générale de l'Amérique, avec les frais de garde que , dans çet éiat d’hostilités et de séparation

imminente, 1} coûterait à l'Angleterre. Il serait curieux desavoir cequele Canada a coûté à l’Angleterre, pendant sa dernièreguerreavec l’'Amérique : il est permis de conjecturer que la dépense excède la recette dans une proportion décuple. ILen serait de même pour les Antilles, qui, environnées de grandes colonies indépendantes , ne pourraient plus être défendues contre elles, qui ne vandraient pas même la peine d’être. gardées, et qui, dans cet état de dépendance , ne pourraient pas rivaliser de culture avec les colonies indéperdantes. Maintenant, depuis le détroit de Magellan jusqu’à la Californie, sur une étendue longue de«dix-neuf cent lieues, large de plusieurs centaines de lieues , on se bat, on s’égorge, on s’extermine : c’est le plus vaste tombeau que la fureur de Phomme ait encore creusé pour lui-même. C’est pour la seconde fois, depuis trois cents ans, que les Espagnols exterminent la population de l’Amérique : la première fois, parce qu’elle leur était inférieure ; la seconde, parce qu’elle a eu l’audace de vouloir leur être égale. | Déjà plusieurs fois, entre autres en 1768,

les naturels avaient tenté de reprendre l’empire de leur propre pays, et d’en chasser leurs maîtres. Si l'entreprise, formée par Tupac- Amaru, avait été couronnée du succès , C’en était fait de la domination espagnole en Amérique; mais ici C’est toute autre chose : ce ne sont plus les naturels qui poursuivent leurs maîtres les armes à la main, ce sont les Espagnols eux-mêmes, qui, réunis avec une partie de ces naturels, combattent la métropole, et demandent aux anciens Américains de les aider à briser le joug de PEspagne. Comme ou voit, la scène est bien changée, et l’action marche vers un dénoëment bien différent. Le mouvement, parti du royaume de Terre-Ferm e, s’est étendu dans un clin d'œil sur ce vaste continent : tant tout s’y trouvait mûr pour cet événement. On a profité, pour l’'accomplir, des

embarras dans lesquels l’Espagnesse trouvait en

Europe. À peine en at-elle été affranchie qu’elle

s’est occupée de ses Amériques; mais elle ya

trouvé un, peuple qui, après avoir comme elle

repoussé la domination de Joseph, s’apprétait à repousser la sienne propre, et ne voulait pas

plus de PEspagne que celle-ci n’avait voulu dé la France.

L'Espagne s’est présentée à l'Amérique avec ses lois anciennes, et des troupes pour les faire accepter. Inébranlable dans ses principes de propriété et d’exclusif, sur lequel le conseil des Indes veille comme le dragon veillait sur le jardin des Hespérides , elle a proposé à l'Amérique de se fermer pour tout autre que pour elle, et de ne plus servir qu’elle. Pour soutenir ces demandes, elle a lancé en Amérique quelques milliers d'hommes, restaurateurs armés de son empire; elle se dispose à renouveler ces envois; elle compte sur les diversions que feront en sa faveur les royalistes , excités surtout par le clergé espagnol d'Amérique qui,

là comme partout, se montre fauteur ardent du,

pouvoir absolu. L'Espagne a fait de Carthagène sa place d’armes : de là ses forces peuvent se porter facilement sur les côtes de la mer du Sud , et prendre à revers le Mexique et le Pérou. Sûrement c’est une partie du plan dont elle a confié l'exécution au général Morillo. La reprise la plus stricte de l’exclusif a été pro-

DES COLONTES, 161 clamée, et Partout où elle redévient Partout où ses partisans ont le dessu vient la loi commune,

fin de la liber

liberté du co

maîtresse, s, 1l redez de manitre à ce que la té du Pays soit aussi la fin de la mmerce, et que, soumise à l’Es-

pagne , l'Amérique le soit aussi aux ports dela. péninsule : c’est ce qu'il ne faut pas perdre de:

vue dans cette question. Par cette seule disposition, voilà tous les Européens parties dans la Cause : Car 1] n’y en à pas un seul qu’elle n’atteigne dans des intérêts trés-vivans, comme on le démontrera ailleurs. On sent bien qu'üne prohibition de cette natu re,remplaçant le c mérce libre, n’est pas propre colonies dissidentes à une métro reuse. Aussi, dans ces derniers temps, a-t-on vu la Havane intimider son vice-roi au point de Jui faire retirer l’extlusif dont il avait frappé la colonie. Il a dû reculer devant les murmures ‘’ane colonie formée à des habitudes qui sé loignent trop des maximes du conseil des Indes et du monopole de Cadix > Pour pouvoir être

reprises sur un simple commandement de: la métropole,

omà ramener les pole aussi oné-

ser pee

De cet état de choses naissent deux ques“

tions.

1° L'Espagne peut-elle reconquérir les Amériques : ?

2° Pourrait-elle les sbnserver?

La méilleure marière de décider ces questions est sans donte de comparer les moyens d'attaque ct de défense, lés moyens de conservation avec leurs difficultés, ct les frais de garde de ces colonies.

L'Espagne compte onze millions d’habitans.

L’Aniérique, quinze millions.

Balance en faveur de la colonie, quatre millions.

L'Espagne à vmgt-cimq mille lieues carrées.”

L’Amériqne, quatre cent soixante-huit mille.

L'Espagne ne peut attaquer l Amérique qu’agec la plus petite partie de sa population, ainsi sie faisait l'Angleterre à Pégard des Etats- Unis; entore n’auräit-elle pas à diriger contre les Amériques les troupes auxiliaires que lAnéleterre envoya combattre les Etats-Unis, ce que Von appelait alors lés insurgeris. Dans ce combat avec ses colonies, l'Espasne sera done

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