‹ Des colonies, et de la révolution actuelle de l'Amérique [microforme]Chapitre 8 sur 49 · PR FT · texte numérisé non relu

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sairement des affections de l'Europe aux affections de l'Amérique? Il ne peut manquer de devenir tout Américain, et anti-Européen dès qu’il s’est fait extra-Européen. Placé au centre du grand mouvement qu’éprouve ce vaste coutüinent, 1l sera bien plus occupé de ce qui se passera à ses portes, que de ce qui se passera loin de lui. Ce changement, ce transport du Gouvernement du Portugal en Amérique dénature, dans son principe, l’état colonial du Portugal, ou plutôt, en le rendant lui-même colonie, il a fait qu'il n’y a plus de colonies pour lui.

Sürement c’est en considération du Brésil que le Gouvernement portugais a iusisté sur la conservation de la traite : on sent bien l'intérêt que le Brésil y avait; mais on n’en peut apercevoir aucun du côté du Portugal ; car 1l n’a plus de colonies, et, dans cet état, Ia traite ne lui importe pas plus qu’à PAutriché et qu’à la Prusse. La nouvelle distance du Portugal le classe parmi les états extra-coloniaux.

La Hollande, sage et modérée dans son ambition coloniale ; comme elle L ‘it dans toutes

ses inclinatiôns, jouissait, à l’aide des rivalités de la France et de l'Angleterre, d’une puissance de convention. Dans le fait, c'était l’impossibilité de laisser ses colonies à la discrétion de lune ou de l'autre, qui lui en avait garanti la possession. Par le nouvel ordre qui a créé le royaume des Pays-Bas, cet état, remplaçant la Hollande, a gagné en moyens de garder ses colonies des Indes; mais il a perdu ses plus im- Portantes possessions, et avec elles l’avant-mur qui les couvrait, ct qui les défendait toutes. Le cap de Bonne-Espérance ne lui appartient plus; il a passé dans les mains de la trop heureuse Angleterre; de plus celle-ci occupe l'ile de Ceylan : sa puissance a tout absorbé dans

l'Inde. Ce nouvel ordre de choses change en-

tiérement l’état colonial du royaume des Pays- Bas : à vrai dire, il n’a plus de colonies , Car on n’a pas de colonies, quand celles que l’on possède sont dans un tel état de dépendance qu'on ne les possède que sous le bon plaisir d'autrui, quand on est assuré de les perdre toutes les fois qu’elles seront attaquées, et qu’on est sûr qu’elles le seront toujours, enfin,

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lorsque la crainte de les perdre fait vivre dans un état continuel de dépendance et de subordination. Or voilà l’état dans lequel la perte du Cap et de Ceylan, avec la prodigieuse élévauon de la marine et de l'empire anglais dans l'Inde ont amené les choses, par rapport aux colonies du nouveau royaume des Pays - Bas :

privé de ses deux points d’appui les plus importans, il ne lui reste aucun moyen de défendre ses colonies; dans toute guerre, elles commenceront par être le but des premiers coups de l'Angleterre , et sa proie nécessaire. L'imminence de ce danger influera toujours sur les démarches du nouvel état ; et, au point auquel les choses sont arrivées, il n’a plus besoin de troupes dans ses colonies que pour le maintien du bon ordre intérieur , et contre les naturels de ces contrées, car toutes les troupes qu'il destinerait à les déféndre, ne retarderaient pas de vingt-quatre heures la prise de ses colonies par les Anglais. Il en est des colonmies du royaume des Pays-Bas comme de celles de la France ; ce ne sont plus que des comptoirs et des fermes , mais aucunement des

moyens de puissance : comme elles ne défen- .dent plus rien , elles ne doivent plus être défendues. La France et les Pays- Bas doivent suivre pour leurs colonies la même règle de conduite , en paix comme en guerre. Le royaume des Pays-Bas n’est donc plus une puissance coloniale : ses colonies ne doivent plus être comptées que comme des factoreries, ou des comptoirs de commerce ou de banque.

Cela est d'autant plus malheureux que les Hollandais , qui composent encore la seule population cles te du royaume des Pays-Bas, sont Je peuple éminemment colonial, celui dans lequel se montre davantage la réunion des qualités propres à faire fleurir des colonies. Économie, opimiätreté de travail, modération de désirs, calme inaltérable, ces qualités élémentaires de tout bon ordre, et principalement de l’ordre colonial , se retrouvent dans le plus haut degré chez le Hollandais : qn’on voie ce qu'ont opéré parmi eux ces admirables qualités dans ce qu'ils ont exécuté à Batavia , à Surinam, au cap de Bonne- Espérance. Quelle autre nation aurait soutenu l’aspect de pareils

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À DES COLONIES. 57 il 4 travaux, aurait osé se fixer dans des lieux aussi ji 4 repoussans * aurait su substituer à des rgarats Lu 3 infects , au séjour des repules, des cités aussi d s riantes, des cultures dont la richesse a été ache- . Le 4 tée au prix de tant de sueurs ? L’Anglais est dde 4 plus propre à la conquête, ainsi qu’à ladminisivent tration politique de grandes colonies , mais‘ il eries n’a pas en partage celte économie, cette téna- Hol. cité au travail, qui font des Hollandais un peuol- ple à part, et qui, à la longue, finissent par Fopue constituer la supériorité coloniale ; car, aux B nu colonies comme partout ailleurs , elle apparcelui tient au travail, et doit en dernier ressort finir 1H1qn par lui rester. Le Français aime trop le luxe Ur et ses jouissances , ainsi que la rapidité de la our fortune , pour réunir beaucoup des qualités ahités qui constituent l'aptitude à faire fleurir des copale- lonies ; 1l n’en faut pas juger par Saint-Domindan s gue , terre privilégiée s’il en fut jamais, car qu on à que n’y auraient pas fait des Hope: ? Le RUES à Français voudrait ôter sa roue à la Fortune, 1a , à f pour lui subsutuer des ailes. L’Espagnol n’a En ‘ aucune qualité coloniale : il a fui le travail en reils

Amérique, comme 1l le fuit en Espagne; il a

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couru aux mines, et non pas à la culture ; partout où 1l n’a pas trouvé de métaux, il s’est éloigné comme sl n’y avait rien à faire: il est resté dans son indolence , et a substitué l’économie stérile de son dde des jouissances à l’économie productive du: Hollandais , qui ajoute au travail par le travail, et à la richesse par la richesse. L’Espagnol est le Midas des colonies , changeant tout en or, et mourant de faim au milieu de son or.

L’Angleterre est la puissance coloniale par excellence, en raison de la prééminence de sa marine, de la richesse de ses capitaux, de l’'étendue et de la fécondité des colonies sur lesquelles elle règne. En effet, elle règne sans compétiteurs et sans crainte d’en avoir daus toute l'Inde et dans les mers d'Asie ; elle en tient les clés par la possession du Cap et de l'Ile-de-France; elle en domine toutes les mers par occupation de Ceylan, du Malabar et de la côte de Coromandel. Aux Antilles, ses possessions participent aux chances créées par le nouvel état des Nègres, et par le royaume de Saint - Domingue, Au Canada , rien ne l’a

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ébranlé et rien ne le menace, le temps n’est pas encore venu. L’Angleterre occupe donc dans l’ordre colonial un rang trop élevé pour ue pas mériter d’y faire classe à part; rien ne peut lui être comparé; elle est hors de pair avec tout le morde, et de sa pluce a celle qui la suit immédiatement , il n’y a en pas seulement une d'intervalle, 1l y en a mille.

La France a perdu l'Ile-de-France et Saint- Domingue : la perte de l’une l’efface de l'Inde; la perte de Pautre l’annule aux Antilles. La Martinique, sans Sainte-Lucie, ne sert à rien ; Bou:bon w’est plus qu'une ferme isolée au milicu des mors; l'Ile-de-France le protégeait. Si cette ile était peu de chose sous les rapports commerciaux , elle était très-importante sous ceux de la politique et de la guerre. Sa position en faisait l’avant-mur des établissemens français dans l’Inde, la relâche de leurs vaisseaux, l’arsenal de leurs escadres et leur poste d’alarme contre les établissemens anglais. En 1735, on commença à lui reconnaître ces propriétés, et ‘le célèbre La Bourdonnaye fut chargé d’y travailler d’après cette vue; cet homme extraor-

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dinaire tira l’île du néant, et y fit on y prépara tout ce qui pouvait Kdutle les intentions de son gouvernement : celui-ci continua de s’en dccuper et la fortifia sous la direction de l’habile ingénieur d’Arcou. Dans cet état, l’Tle-de- France avait la double propriété % protéger les établissemens français, et di inquiéter ceux des Anglais en troublant foi 4 navigation ; elle a parfaitement rempli cette detéhatés dans la guerre d'Amérique, aussi bien que dàns les denx dernières, pendant lesquelles on a va cet ébène relégué au bout du monde, sans secours’ de la métropole, sans communications avec elle > Supporter avec une constance admirable un blocus qui, pendant plusieurs années, assujétit cette ile aux plus dures privations. On a vu lés habitans , malgré leur détresse, désoler le commerce angliis , aller insulter les côtes de PAsie, et, réunissant l'énergie civile au courage militaire , résister à Ja fois aux ennemis de leur tranquillité intérieure ainsi qu’à ceux de leur indépendance; les Anglais d’une part, et de l’autre les commissaires des assemblées francaises. Car, il faut le dire.

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l'Ile-de-France et Bourbon n'avaient pas moins à se plaindre de la France que de l’Angleterre, et leur zèle avait d’autant plus de mérite qu’ils avaient moins demoufs pour en avoir, et qu'ils pouvaient fort bien profiter des embarras de la métropole pour se soustraire à son joug, et vivre dans une indépendance qui aurait tourné toute entière à leur avantage, et même à celui de la France; car l'Ile-de-France indépendante valait encore mieux pour elle que l'Ile-de-France anglaise. Maintenant que la France l’a perdu, il ne lui reste aucun moyen de remettre le pied dans l’Inde, ni d’y sceitenir les minces établissemens qu’on lui a rendus à la paix. Que sont en effet quelques points isolés placés à quatre mille lieues d’elle, et comme perdus au milieu de l’immensité des possessions anglaises ? C’est à peu près comme si la France possédait trois ou quatre villages en Angleterre. Vaudraient-ils ce qu'ils coûteraient ? Que feraient-ls pour sa puissance réelle? Et s’ils coùtaient beaucoup d'argent, comme font les établissemens français de l’Inde, alors l'argent de la France ne serait-il pas le plus mal employé

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