‹ Des colonies, et de la révolution actuelle de l'Amérique [microforme]Chapitre 9 sur 49 · G2 DES COLONIES · texte numérisé non relu

G2 DES COLONIES

possible ? car les états doivent calculer le placement de leur argent comme le font les particuliers. Lorsque da France avait de la puissance dans PInde, ou la perspective d’un retour à la puissance, la seule probabilité du succés pouvait justifier l’emploi de l'argent qu’elle dépensait dans ses colonies oricntales; mais depuis qu’elle a perdu l'Ile-de-France, et que tonte l'Inde appartient à l'Angleterre, ses calculs doivent suivre le changement qu’ont subi les objets auxquels ils se rapportaient antérieurement. La France ne doit plus entretenir un soldix dans l'Inde, ni dépenser pour elle un seul écu. | Les colonies françaises des Antilles ont changé de face par la révolution de Saint-Domingue, et la cession de Sainte-Lucie à l’'Angleterre : celle-ci annule l'établissement militaire de la Martinique. D’ailleurs il devient sans objet dès qu'iln’y a plus de Saint-Dominguepour la France: car ce n’était pas pour la Martinique qu'il avait été formé; elle en valait peula peine, etn’en aurait pas payélesfrais;maisla Martinique étaitle port de guerre et l'arsenal du riche Saint-

Domingue. La Martinique et la Guadeloupe ne

sont donc plus que deux fermes, productives il est vrai, mais qui ne peuvent plus être considérées que sous des rapports d'utilité, et non plus de puissance : deux comptoirs, deux champs ouverts, et rien de plus. Tout armement fait en vue de ces colonies qui dépasserait le soin de l’entretien de l’ordre intérieur est un vrai contre-sens, une perte d'argent dommageable à la métropole comme iuutile à la colonie.

La France ne doit donc plus être comptée comme état colonial.

L'Espagne , qui était naguère la prenñère puissance coloniale en surface, la seconde en richesses , est à la veille de devenir la dernière; car dorénavant, pour avoir des colonies, elle doit commencer par les reconquérir. Son état colonial est donc enveloppé des nuages du plus sombre avenir, et s’apprête à donner ouverture à la plus grande révolution dont le monde ait encore été le témoin. Si jamais fortune ne fut plus colossale , jamais aussi chute aura été plus lourde; si jamais on n’a tant possédé, jamais aussi on n’aura tant perdu , et cela par une

suite de fautes dont l'étendue et l’opiniâtreté n’admettentnicommisération, ni excuses. Nous disons que l'Espagne perdra ses colonies, à la différence de Angleterre , qui s’est enrichie à perdre les Etats-Unis, parce que l'Espagne ne retirera point par le commerce ce qu’elle aura perdu avec la souveraineté, ainsi qu’a fait l’Angleterre qui reçoit, par ses relations commerciales avec les Etats-Unis, plus qu’elle n’en recevait par, sa souveraineté, et qui, en même temps, sc trouve n’avoir plus à payer les frais d'établissement et de garde. C’est là que se marque la différence entre les peuples industrieux et les peuples oisifs, ennemis du travail : quand une perte arrive, ceux-ci se trouvent sans moyens de réparation ; tandis que les peuples laborieux ont ménagé, dans leur travail même, ,

| tous les moyens de réparation aux pertes qu'ils, peuvent éprouver. =

En résultat, des cinq puissances colomiales

(car nous ne comptons pas le Dauemarck et

la Suède) une seule est affermie; tout le reste

croule et tient à rien. Quel spectacle! Comme

il est digne d’attention ! surtout lorsqu'on vient à

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penser que cet immense changement est l’ouvrage des vingt dernières années, pendant les- . quelles les germes que recélaient les institutions coloniales de tous les peuples se sont dévelop« pés en liberté, ont agi avec toute leur force, et ont fini par amener l'ordre de choses que nous allons avoir à examiner. Les peuples qui ont co-ordonné leur conduite aux principes de l’ordre colonial, ont conservé leurs colonies ; Ceux qui s’en sont écartés, les ont perdues. Les effets ont Correspondu exactement aux causes ; et, comme il est juste, chacun a fini par re-. cueillir ce qu’il avait semé.

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