‹ Des colonies françaises. Abolition immédiate de l'esclavageChapitre 2 sur 43 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

« II n'est pas possible, dii-on, de culurer les îles autrement que par des esclaves. Dans ce cas il vaudrait mieux renoncer aux colonies qu'A l'humanité. La justice, la charité universelle et la douceur sont plus nécessaires A toutes les nations que le sucre et Te café, liais tout le monde ne convient point de l'impossibilité prétendue de se passer du travail des nègres. Lorsque les Grecs et les Romains faisaient exécuter par leurs esclaves ce que font chez nous les chevaux et les bœufs, ils imaginaient et disaient que l'on ne pouvait faire autrement. »

Abbé Besgiir ,

Dictionnaire théologique.

Émancipation des noirs, tel est notre premier vœu. Prospérité des colonies, tel est notre second vœu. Nous demandons Tune au nom de l'humanité, l'autre au nom de la nationalité, toutes deux au nom de la justice. Expliquons-nous.

L'intérêt exclusif de la métropole fut la loi suprême qui présida à la fondation de nos colonies. Elles étaient instituées pour offrir aux produits du sol et de l'industrie du royaume des débouchés constamment ouverts, pour assurer à ces produits des marchés à J'abri de toute concurrence étrangère, et pour obtenir sans numéraire des denrées coloniales. Les hommes d'état du siècle de Louis XIV ne cachèrent point ces vues véritablement barbares.

La France, comme toutes les nations modernes qui se copient les unes les autres, adopta dés le commencement le système de l'exclusion absolue du commerce. La première pierre de nos établissemens d'outre-mer fut posée en 1626, et la première loi prohibitive date du 25 novembre 1634. C'est dix-sept ans après, en 1651, que Cromvvell lança le fameux acte de navigation qui interdisait par des moyens violens la liberté commerciale dont jouissaient l'Angleterre et ses colonies. Le privilège des transports pour nos îles fut accordé le 10 septembre 1668, à la compagnie des Indes occidentales. En 1670 nos ports coloniaux furent fermés aux navires étrangers ; en 1671 à toute espèce de marchandises étrangères ; en 1684 on retira aux colons eux-mêmes la faculté d'établir aucune manufacture, ils durent acheter tout de la métropole; plus encore, on leur défendit de raffiner leurs sucres, le raffinage étant réservé à la métropole.

Un siècle passa sans rien changer à cette étroite économie politique , et les instructions adressées le 25 janvier 1765 au comte d'Ennery, nommé gouverneurgénéral de nos possessions dans les Antilles , disaient entre autres choses : « La troisième vérité qui fait la * destination des colonies, est qu'elles doivent être » tenues dans le plus grand état de richesses possi- » ble, et sous la loi de la plus austère prohibition en » faveur de la métropole. Sans l'opulence elles n'at- » teindraient point à leur fin 1 ; sans la prohibition ce

1 Celle de consommer beaucoup de produits manufacturés de la métropole.

» serait encore pis, elles manqueraient également » leur destination , et ce serait au profit des nations » rivales. » Dans ces instructions on va jusqu'à dire : « que les colonies ne sont pas provinces de France r » que le colon est un planteur libresur un sol esclave. » Quelques années avant 89 on n'était guère plus avancé , el Malouet écrivait : « Une colonie est établie » pour le plus grand avantage de la métropole. Voilà » sa fin »

Ceux qui font de la politique à ce point de vue d'utilité matérielle et immédiate, ont calculé la valeur des îles à culture pour la France; ils se sont demandé brutalement «'t7 était profitable de les garder ou de les abandonner. — Les partisans des colonies ont affirmé qu'à elles seules, elles portaient presque la moitié de notre inscription maritime et de notre commerce extérieur. — La vérité sur ce point, la voici : Le président du conseil, dans la séance de la chambre des députés du 8 mai 4840, a prouve que les colonies n'employaient pas plus de six mille matelots* sur les cinquante-cinq mille dont dispose la France. On doit monter jusqu'à dire mille en considérant que la pèche de la morue occupe douze mille hommes de mer, et que les états très exacts de la marine élèvent à

1 Mémoires sur les Colonies.

9 Les notices statistiques publiées par la marine , donnent sur ce point les chiffres suivans pour l'année 1855. La Guadeloupe a reçu 485 navires français \ jaugeant 68,315 tonneaux, et montés de 4,585

* Sur ce nombre, 1&5 seulement venant d'Europe. Le reste appartient au • omrocrce local des colonies fMre elles, nu à la pèche de Terre-Neuve.

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un tiers du produit de uos pèches, ce qu'en consomment les colonies. Nos colonies ne représentent donc qu'un cinquième ou un sixième de notre puissance maritime, rien déplus.

Le commerce de France, d'après les tableaux annuels publiés par l'administration des douanes du royaume, importe pour 629 millions de francs et exporte pour 694 millions. C'est donc ensemble 1,323 millions. Dans ce chiffre les colonies figurent pour 48 millions d'importation, et 47 d'exportation, en tout 95. C'est-à-dire que leur commerce spécial ne dépasse pas le treizième de notre commerce général.

On a dit encore que le principal élément de prospérité du Havre reposait sur les Antilles, autre exagération. Le Havre, Dunkerque et les petits ports environnans, n'emploient que cinquante-un bâlimens à la navigation des Antilles de Bourbon et de la Guyane ' ; le débouché du Havre d'après les stalisti-

hommes d'équipage. La Martinique, 363 navires *, jaugeant 49,976 tonneaux et montés de 3,535 hommes d'équipage. En 1836, l'Ile Bourbon a reçu 145 navires français ** , jaugeant 41,152 tonneaux et montés de 2,183 hommes d'équipage. Pendant la même année de 1836, la Guyane a reçu 36 navires jaugeant ensemble 5,514 tonneaux et montés de 355 hommes d'équipage.— Nous ne jugeons pas nécessaire de faire observer que la quantité d'hommès d'équipage appartient au mouvement de navigation tout entier , et que plusieurs navires européens font deux voyages par an.

1 Almanach du Commerce du Havre , chez le Maie, au Uàvre ,

* Sur ce nombre , 14*) seulement vicunent d'Europe.

67 seulement venant d'Europe.

*•* *2 Tenant d'Europe.

ques industrielles, ne dépasse point soixante-dix mille barriques de sucre. C'est le frêt d'une centaine de navires. Le rapport de soixante-dix mille avec les cinquante-un bâti mens employés, est exact puisqu'il y a là dedans quelques sucres étrangers, et que la plupart des bâtimens font double voyage.

Enfin les droits perçus par la métropole sur les denrées provenant des colonies , ont été en moyenne de 1832 à 4838.

Martinique. . . . 10,483,191 fr.

Guadeloupe. . . . 15,143,691 Guyane française. 788,376 Bourbon 8,289,813

Total des colonies à cultures. 34,705,071 fr. *. En somme on voit que les colonies tiennent dans le commerce de France une place importante, mais pas aussi grande qu'il a été dit; que leur apport au trésor public est peu considérable, surtout si l'on en déduit les dépenses faites pour elles par l'état. Elles seraient donc moins utiles à la métropole et à son trafic extérieur qu'elle ne l'espéra en les fondant , qu'on ne le croit généralement et qu'elles ne le pensent ellesmêmes. Leur perte, au point de vue d'intérêt égoïste pourrait être envisagée sans effroi. — Elles consomment nos produits manufacturés à l'exclusion de ceux des autres nations , auxquelles elles pourraient en acheter quelques-uns meilleur marché; cela est vrai, mais nous achetons exclusivement leur den-

1 Statirtiqutt minittirielle* , déjà citées, tome 4.

rées, et c'est uo fait connu que nous ies Jeur payons "M0* 11 plus cher quelles ne nous coûteraient ailleurs. Au- natecepe dessous de 50 fr. les cent kilogrammes de sucre, afclespi la Martinique et la Guadeloupe perdraient; on en wodefa peut tirer à 30 et 36 fr. des colonies espagnoles. Le *aé©ent consommateur est donc ainsi frappé d'un impôt in- -îencoml direct au profit de nos possessions d'outre-mer. Les *< colonies, en aussi petit nombre qu'elles sont, centra- -^«e, lisent nos débouchés, limitent une portion de la na- vautre vigation française dans les Antilles, et l'empêchent V dtscuto! de se porter autre part, parce qu'on ne pourrait ache- &qd que ter autre part les denrées étrangères sur lesquelles : a l êo pèsent des droits prohibitifs. ten ha Les ports de mer , dont certes l'opinion est d'un ^(egrand poids, se sont déclarés, nous le savons, en .;<1Fra faveur des colonies 1 ; mais on peut croire qu'ils ont ; été aveuglés par le désir de faire tomber le sucre de betterave, nuisible au trafic maritime, et qu'ils ont ^èk* fait alliance avec les Antilles contre l'ennemi commun. i Reste à savoir si l'ennemi abattu, ils continueraient à voir du même œil la protection accordée aux Antilles? ^ Ce nombre de navires et de matelots qu'occupe le commerce avec nos îles ne trouveraient-ils point ^ d'emploi, si la marine marchande affranchie du pri- ^ vilége colonial pouvait aller faire échange sur tous les ^ fl marchés du monde qui lui sont ouverts? C'est une fe question fort admissible en présence de l'Amérique {^

1 Lettrei des Commissaires des Ports de Mer, à la Chambre des

Députés , 26 avril 1840. ^

du nord, qui n'a pas une colonie, et dont la marine marchande cependant a pris plus d'extension que celles de toutes les puissances à établisseroens d'outre-mer. Un moyen de favoriser notre navigation de commerce est assurément de lui donner à transporter des marchandises d'encombrement , comme le sucre ; mais parce qu'on n'en achèterait plus à la Guadeloupe ou à la Martinique , serait-ce à dire qu'on n'en pourrait acheter autre part?

Ne discutons pas davantage , nous n'avons posé la question que pour nous éclairer. Nous n'appartenons point à l'école de la politique des gros sous, nous avons en haine les doctrines des hommes d'état du xvue siècle; et que les colonies coûtent ou ne coûtent pas à la France, qu'elles lui soient ou ne lui soient pas onéreuses, nous les aimons; nous voulons que l'on ne s'en sépare pas, et nous les défendrons toujours, parce qu'elles sont françaises. Il y a quelque chose de monstrueux à dire, comme il a été dit, que les colonies ayant été instituées pour l'avantage des métropoles, l'avantage des métropoles doit prévaloir au détriment de tout intérêt colonial. On oublie beaucoup trop, il nous semble, en tout ceci que les créoles ne sont pas des vaincus, que les colonies ne sont pas des pays conquis, mais bien des terres peuplées de nos parens et de nos compatriotes, qui sont allés s'y établir sous la foi du pacte commun. Le quart au moins de la population blanche des lies est composé d'Européens français, le reste de colons français. Traiter de l'abandon possible de la Guadeloupe et de la Guyane ou de

l'abandon des départemens des Vosges et du Cantal , à nos yeux c'est tout un. En parlant « de ces petites lies dont la majorité des habitans ne sont pas Français, » un général trop célèbre a proféré une hérésie politique ; les habitans de la Martinique sont aussi Français que les habitans de sa commune.

Celles des colonies que l'odieux régime impérial nous a laissées, par la raison seule qu'elles font partie de la France, ont droit à la prospérité; et cette prosspérité étant, à notre avis, uniquement dans la belle culture de la canne, nous nous déclarons ennemi du sucre de betterave. Un tel motif nous suffit, et nous ne nous croyons pas obligé de rentrer dans une discussion déjà épuisée. Le fait des cent mille hectares enlevés dans le département du Nord aux céréales, pour les livrer à la betterave, nous semble peu grave, quelqu'importance qu'en ait voulu lui donner , il n'entre pour rien dans notre opinion. La betterave ravirait cent mille hectares de plus aux céréales, si on la jugeait utile à nos intérêts , qu'il resterait toujours assez de terres bonnes au blé pour en obtenir la farine nécessaire à la nourriture du pays. Ce n'est point non plus parce que la France ayant le monopole de l'approvisionnement de ses possessions d'outre-mer, il est rigoureusement juste qu'elle leur conserve le monopole du sucre, parce que fermant à leurs produite les marchés étrangers, c'est un devoir impérieux de leur assurer un placement avantageux sur le marché métropolitain ; ce n'est point par de telles causes que nous sommes déterminé, car toutes ces barrières peuvent être levées ;

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c'est parce que le sucre est le seul mode d'existence possible pour les colonies, parce que le cacao, le girofle, le café, le coton même et le mûrier qu'on tente d'introduire , n'y peuvent être qu'accessoires.

Les deux sucres rivaux en présence, se nuiront toujours l'un à l'autre, ils se ruineront l'un par l'autre, car ensemble, ils produiront toujours plus que la consommation. A quoi bon se troubler l'esprit pour chercher à pondérer leur concurrence? L'égalité des droits n'est qu'une déception de trantigeur timide. Quel avantage tirerait le pays de cette lutte funeste aux intérêts particuliers? Veut-on entretenir la betterave pour s'en faire une barrièreaux exigencesimpérieusesde la canne, ou pour combattre l'apathie routinière des planteurs? Le sucre étranger suffit de reste à cette fonction, il ne laissera jamais les colonies maîtresses d'imposer à la France leurs produits aux taux qu'elles voudraient fixer arbitrairement. Ce n'est pas nous que l'on peut croire disposé à laisser peser sur le pays des taxes au profit d'un petit nombre de privilégiés; il sera toujours temps, si cela devient nécessaire, de fixer le prix du sucre légalement comme on fixe celui du pain, pour maintenir cette indispensable denrée à portée du pauvre. Il faut se résoudre à tuer une des deux industries similaires , car il n'est d'aucune nécessité politique ni économique qu'elles subsistent toutes deux. Et comme le sucre indigène n'est pas une condition de vie pour la métropole, tandis que le sucre exotique est une condition de vie pour ses colonies, comme le sucre indigène ne peut que comproi. 6

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mettre l'existence du sucre exotique; nous disons qu'il faut détruire le sucre de betterave avec indemnité pour les fabriques métropolitaines *. Plus tard nous espérons prouver que la France, que le consommateur français, n'auront que profit à cette équitable mesure, rattachée à l'affranchissement et à un système colonial large, intelligent, bien entendu.

Les déclamations ignorantes et honteuses des antiabolitionisles ne sauraient, en nous passionnant contre eux, nous empêcher de reconnaître la vérité. C'est une erreur de prétendre que les produits coloniaux sont des produits exotiques (ce mot pris dans le sens d'étrangers) qui doivent être sacriûés en bonne économie aux produits nationaux. Encore une fois nos colonies sont des provinces françaises d'outre-mer , et leur industrie agricole est aussi nationale que celle de la fabriquede Paris. Le pavillon qui flotte sur les créneaux de la Pointe-à-Pitre, de Fort-Royal , de Cayenne ou de Saint-Paul, est le même que celui qui flotte aux tours de Notre-Dame. C'est donc bien une erreur que d'appeler les denrées coloniales des produits étrangers. Si Ton veut nommer les choses avec rigueur grammaticale, il faut les appeler des fruits exotiques na-

' Nous sommes partisan de l'indemnité aux betteraviers, parce que la France les a particulièrement encouragés à fonder leur industrie ; qu'elle s'est imposée, pour la faire fructifier, de grands sacrifices, à la vue desquels les fabricans se sont livrés eux-mêmes à des dépenses qu'ils n'eussent pas faites sans cela. Au surplus, nous entendons très fermement que les ouvriers, frappés par la suppression du sucre indigène, aient leur part de l'indemnité accordée à leurs maîtres. C'est justice.

tionaux. En s'exprimant d'autre façon, on légitime une certaine prétention familière aux créoles, qui disent que leurs droits sont mal appréciés, parce qu'ils sont mal connus.

11 est une objection à la destruction des fabriques de sucre indigène, qui ne doit pas être dédaignée, parce qu'elle est venue d'amis sincères du pays. Qu'arrivera-t-il, ont-ils demandé, si une collision éclate en Europe et intercepte les voies à nos produits coloniaux? Faudra-t-il encore, comme sous l'empire , payer le sucre six francs la livre? Ne regrettera-t-on pas alors d'avoir ruiné une industrie nécessaire?— Ce serait ici le cas de dire, puisqu'il est question du peuple français :

Je ne sais pas prévoir le malheur de si loin.

Mais ne soyons point si superbe, c'est d'économie industriellequ'il s'agit; disons simplement: de tefles craintes sont vaines et sans fondement. — L'état actuel de l'Europe ne permet plus de redouter ces guerres désastreuses qui engageaient tous les peuples les uns contre les autres. Si notre marine militaire ne savait pas défendre et convoyer notre marine marchande, nous aurons les neutres, empressés à venir approvisionner nos marchés, parce qu'ils y trouveront intérêt; et, en supposant le cas le plus extrême, on sera toujours^ temps quoi qu'il arrive de rétarblir les sucreries métropolitaines. Les champs sont là, les procédés sont connus, les machines ne sont pas longues à construire, et dans un pays comme le nôtre , une année ou deux

suffiraient à mettre la production indigène en rapport avec la consommation.

Bonaparte a toujours sacrifié les intérêts maritimes de la France a son développement militaire; égoïste comme il Tétait, il n'a pas voulu de la gloire navale qui pouvait faire ombre à la sienne : il a fait déchoir la France, comme puissance maritime, et après avoir sordidement vendu la Louisiane, après avoir perdu Saint-Domingue, la reine des Antilles, par ses tentatives liberticides, il nous a mis hors d'état de revendiquer nos droits sur des îles qui ne sont plus à nous, quoiqu'elles nous appartiennent1. La France en est réduite aujourd'hui à quatre colonies à cultures \ Loin de les sacrifier, c'est un devoir pour elle de les conserver, car elles lut sont bonnes comme points militaires, comme asile et lieu de ravitaillement pour sa marine de guerre, aussi bien que pour sa marine marchande. Elles lui peuvent devenir d'un immense avan-

1 C'est au traité de paix de 1814, que la France a perdu Sainte-Lucie , Tabago , l'Ile de France et les Seychelles.

A Voici la liste des possessions d'outre-mer qui nous restent.

En Amérique : la Martinique ; la Guadeloupe avec ses dépendance» Marie Galante , la Désirade , les Saintes et une partie de Me Saint- Martin ; la Guyane ; Saint-Pierre et Miquelon , rochers arides à peine peuplés.

En Afrique : le Sénégal , Gorée, Bourbon et Sainte-Marie, près de Madagascar.

En Asie > Pondichéry et Karikal , cote de Coromandel , Mahé , cote de Malabar , Yanaon , cote d'Orixa , Chandernagor , Bengale.

De toutes ces possessions, il ne faut considérer que la Martinique , la Guadeloupe , la Guyane et Bourbon comme colonies, les autres ne sont que des établissemens ou des comptoirs.

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Uge commercial , si une fois Ton voulait s'en occuper, si l'on voulait y appliquer un système éclairé d'administration.

Les colonies grecques, on le sait, ne furent fondées que par des migrations de leurs métropoles , auxquelles on accordaient toutes les faveurs de la cité. Le souverain et véritable principe des colonies n'est point d'être exclusivement utiles à leur métropole, mais bien d'être utiles et d'offrir un séjour propice à ceux des enfans de la mère-patrie qui vont s'y établir. Voilà leur réelle destination politique et économique ; voilà aussi la source la plus sûre de leur prospérité, de leur grandeur. Nos colonies n'ont pas le quart de la population qu'elles peuvent contenir; l'esclavage a dévoré les masses énormes de nègres que la traite y avait jetées; un tiers seul du sol cultivable est en exploitation. N'est-ce pas une chose qui ferait sourire de pitié le plus volgaire citoyen d'Athènes, s'il en pouvait revenir un au monde, de voir que nous possédons là-bas des plaines immenses, ou la générosité de la nature sollicite des bras qui lui manquent , tandis que le trop plein continental arrive jusqu'à la plétore avec tous ses symptômes de désorganisation et de souffrance!

Le pouvoir, au sein d'une nation mécontente, ne se soutient que par le moyen artificiel de la peur qu'inspirent les révolutions à une bourgeoisie égoïste. Il emploie toutes ses forces à se conserver. La France, loin de recevoir de lui les inspirations qui l'agrandiraient, est sans cesse occupée à combattre ses tendances envahissantes. Si nos hommes d'état avaient de l'am-

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bition pour elle, au lieu d'en avoir pour eux-mêmes, ils tourneraient les yeux vers les colonies. Nulle politique ne serait plus à propos que celle qui, encourageant et protégeant les émigrations d'outre-mer, dégorgerait ta métropole d'une population dont le sort misérable fait sa honte et son inquiétude.

« Tous les ans plusieurs milliers des enfans de la » France passent les mers; les États-Unis les accueil- » lent; ils vont fertiliser, au profit des Américains , » les nouveaux états de l'ouest. C'est une recrue de » consommateurs que nous fournissons aux manufac- » tures anglaises; quand il serait si facile de détourner » l'émigration et de conserver à la France ses enfans, » à notre industrie des consommateurs, à nos colonies

• des bras dont elles ont besoin. Chaque émigrant qui » se dirigerait vers nos colonies, non seulement irait » créer sur un sol français une richesse nouvelle , » mais il augmenterait par ses consommations l'étendue » du marché national. Et qu'on n'essaie pas d'opposer » aux colonies le commerce étranger. Sans parler de » la concurrence formidable que nous rencontrons » sur toutes les places étrangères, et des caprices de » la diplomatie commerciale; il est prouvé qu'à part » même tout monopole exclusif, les populations colo- » niales ont toujours une préférence marquée pour » les produits de la mère-patrie. C'est ainsi que quel-

• ques colons français, malgré la triste condition que » leur ont faites les institutions coloniales, l'état ar- » riéré de leur industrie et l'absence complète de » moyens de crédit, consomment tous les ans pour

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» quarante-huit millions de marchandises françaises. » C'est ainsi que malgré la scission politique qui a » séparé les États-Unis de I* Angleterre, l'Amérique » du nord est encore aujourd'hui le plus important » débouché de l'industrie anglaise. »

Rien de plus juste, rien de plus vrai que ces réflexions, que nous empruntons à un autre 1 , parce qu'elles expriment toute notre pensée mieux que nous ne le ferions nous-même. On ne peut envisager, sans en être saisi, les bénéfices d'une émigration bien réglée aux colonies. Elle développe les immenses avantages dont elles sont susceptibles , elle en fait des points sûrs, vigoureux, armés d'une population active en état de les défendre presque seule contre nos ennemis. Les émigrans attirent lescompagnies financières avec leurs fertiles capitaux ; ils appellent la science, qui vient aider la culture tropicale des merveilleux procédés qu'elle découvre chaque jour ils mettent en exploitation les terres délaissées; ils doublent, triplent, quadruplent les produitscoloniaux, le nombre des navires employés à leur transport, celui des matelots qui les portent,

• Article non signe du journal l'Office de Publicité, 10 mars 1841. Nous regrettons de ne pouvoir citer l'auteur de cet excellent morceau.

* M. Paul d'Aubrée vient de publier une brochure ( Question coloniale tous le rapport industriel , chez Félix Malteste et C*. , 1841) , dans laquelle il montre les avantages que l'application des grands procédés industriels procurerait aux colonies, et les bénéfices considérables que 1 ou trouverait, seulement à séparer l'agriculture de la fabrication, aujourd'hui réunies dans une même main. Le travail de M. Paul d'Aubrée , d'une grande portée de vue , d une lucidité d'exposition remarquable, mérite toute l'attention des économistes.

et par suite les revenus que la douane en extrait; enfin recevant de leurs peines une rétribution plus équitable qu'en Europe, il deviennent pour l'industrie métropolitaine des consommateurs aisés, multipliés ; et les ouvriers de France ne gémissent plus sans travail devant des monceaux de produits sans issues. — L'industrie métropolitaine, la marine marchande, la marine de l'état, les hommes, les choses et la morale, trouvent à gagner dans cet heureux mouvement.

Hélas! de long-temps encore, rien de ce splendide avenir ne se réalisera. Long-temps encore le gouvernement de France, livré aux mains qui l'avilissent, exercera vis-à-vis des colonies à peu prés le rôle de ces proconsuls romains qui étouffaient les pays conquis sous leur inique protection ; et les Français ne pourront songer à leurs terres tropicales !

Il n'est pas plus dans le génie de la nation anglaise que dans le nôtre , d'aller peupler toutes les parties du monde , et de bazarder de gros capitaux en de lointains pays. Ce qui contribue à rendre nos voisins faciles à ces entreprises hardies, c'est que leur métropole fait toutpour les y encourager. Quelque part qu'ils aillent, il sont assures de trouver des consuls et des agens pour les protéger, d'y sentir la main de la mèrepatrie qui veille sur eux, d'y avoir des moyens de communication avec elle. Un Anglais établi au Mexique, à la Havane, au Brésil, aux Antilles, dans l'Inde, en Amérique, dans la Guyane, partout, sait à huit jours près quand il recevra ses journaux de Londres. Deux fois par mois, mille vaisseaux sillonnent les

mers, sans autre objet que de lui porter des nouvelles de sa ville. Il y compte, il s'appuie sur cette confiance, les relations intimes ne sont point brisé; il sait ce qui se passe at home, et ces rapports continuels sont des soutiens qui ne l'abandonnent jamais.

On applique la vapeur à la navigation transatlantique, le commerce bazarde sur les vastes mers quelques steamships. A peine cette nouvelle voie est-elle ouverte que le gouvernement anglais s'en empare, passe rapidement des traités, et à l'heure où nous écrivons, un service à vapeur pour le transport des mallepostes et des dépêches de l'état sillonne déjà l'Océan , excite l'admiration des amis comme des ennemis, et par sa rapidité magnifiquement organisée met les principaux points du globe et les frères émigrés à quelque jours de distance de l'Europe !

Le Français qui s'era barque, au contraire perd tout; il est perdu lui-même, il marche vers un long exil. Ceux qui dirigent nos affaires voient nos petits morceaux de chemin de fer centupler le nombre des voyageurs , un simple service régulier de voitures établi d'une commune à l'autre l'industrie, éclairer les hommes, améliorer tout, et ils ne comprennent pas de quel avantage de tels moyens nous seraient sur les mers. Le voudra-t on croire, la France n'a pas même une ligne de paquebots avec ses colonies ! Ce sont les Anglais qui portent nos dépèches et nos lettres à Saint-Pierre ou à la Basse-Terre ! ! C'est par une telle ineptie administrative qu'il faut expliquer la médiocrité de notre commerce maritime. C'est par ce

défaut de relations réglées et solides, par cette indifférence pour lesenfans du pays qui vont tenter la fortune au dehors, que nous avons perdu (pour citer un exemple) l'immense débouché que nous offrait le Mexique. Nos nationaux à force de s'y voir livrés à eux-mêmes ont quitté la partie, et avant que la dernière expédition militaire, si tardivement entreprise , si détestablement conduite, eut achevé de nous ruiner pour toujours dans ces contrées, leur commerce était échu aux Anglais et aux Américains du nord , quoiqu'individuellement les Mexicains nous préférassent beaucoup à nos antagonistes, et pour notre caractère et pour notre qualité de christianissimos.

Le gouvernement a semblé vouloir jeter un instant les yeux sur cette grave question; on a parlé de lignes à vapeur. Mais qu'a-t-on fait? Selon l'usage, les choses ont été remises à l'examen d'une commission , et Dieu sait ce que font les enquêtes chez nous! Les Anglais auront des steam-packets sur toutes les routes de l'univers, que notre commission n'aura pas rédigé son rapport. Et cependant Marseille , Bordeaux , le Havre, ont offert de créer des lignes à leur propre compte si l'on voulait seulement les aider! Mais l'administration, avec ses désirs de tout absorber, veut conserver la direction et l'exploitation d'une pareille entreprise , et songe à disposer les paquebots en bâtimens de guerre pour s'en servir dans un cas donné. L'idée nous paraît mauvaise. Construisez des bâtimens de guerre à vapeur tant que vous pourrez , cela est sage, mais laissez au commerce ses navires de coin-

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tnerce avec leur rapidité nécessaire, que vous ralentirez en voulant les rendre propres au combat. Les choses à deux fins ne sont jamais bonnes. En diminuant la vitesse, vous perdez la possibilité d'entrer en concurrence avec nos rivaux. Mais quoique vous décidiez, au nom du pays décidez promptement. Ce qui peut multiplier et régulariser nos relations avec l'étranger, mérite plus que jamais considération. Vivifiez par tous les moyens imaginables notre commerce extérieur pour augmenter notre force extérieure. Le pavillon anglais couvre une navigation de trois millions de tonneaux , le pavillon français n'en protège pas plus de six cent mille. Jugez. M. Reybaud qui est une autorité dans toutes ces questions , a démontré 1 que c'est dans le fait décisif des cent soixante mille matelots formés par la marine marchande des Anglais, que réside la supériorité de leur marine militaire. Nous n'en avons nous que cinquante-six mille bons à mettre sur les vaisseaux de l'état un jour de guerre * ! C'est ainsi que le développement de nos colonies qui

1 Revue des Deux-Mondes , numéro du 1er mai 1840.

• Voici ce que le président du conseil a déclaré dans la séance du 8 mai 1840 : « Notre personnel maritime se monte à 110,000 hommes, depuis les mousses pris à 10 ans jusqu'aux hommes âgés de 50 ans. 14,000 mousses, 17,000 novices, 10,000 ouvriers des ports, 10,000 capitaines el maîtres au cabotage. 11 reste donc 55 à 56,000 hommes de 18 à 50 ans , bons à mettre sur les vaisseaux de l'état au jour du danger. La marine royale en absorbe 19,000, les diverses navigations marchandes, mer du nord, mer de l'Inde, cote d'Afrique, Méditerranée, 17,000, pèche de la morue, 12,000, pèche de la baleine, 2,000, et enfin , colonies , 6,ooo.

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sont des marchés tout créés , de larges débouchés tout ouverts, serait à la fois une œuvre oatiooale propre à nous mettre en état de reprendre notre niveau comme puissance maritime.

Ceci nous ramène à rémigration tropicale qui peut, avec une protection éclairée, tripler rapidement l'importance de nos possessions d'outre-mer. Outre les moyens que nous avons déjà indiqués, pour l'encourager et la provoquer, il faut que le sort fait aux colonies ne leur rende point onéreux les échanges qu'elles feront avec la métropole , il faut qu'elles puissent y trouver avantage, et que le gouvernement veille luimèmeà coque les marchandises qui leur sont imposées soient toujours de la meilleure qualité.

Une servante de Fort-Royal qui attachait quelque chose devant nous, prit une feuille d'épingles, et deux ou trois de ces épingles s'étant courbées Tune après l'autre , se prit à dire : « Oh! ce sont des épingles françaises ». 11 n'est que trop vrai, c est-là un cri spontané hors d'Europe. La manufacture française, môme dans les colonies françaises, est déshonorée. M suffît aux revendeuses foraines qui courent les habitations de dire à un nègre que telle marchandise est anglaise, pour qu'il la prenne de préférence à la nôtre. Les maîtres, de même. Houes \ chaînes d'attelage, coutelas*, ils achètent tout de contrebande à prix double, lassés

1 Instrument aratoire pour la culture de la canne. C'est une bêche en forme de pioche.

• Espèce de sabre propre à couper la canne.

de payer à leurs compatriotes des instrumens qui se brisent ou se tordent après huit jours de service. Nous avons vu, en visitant les magasins de commission de la Dominique, des houes et des coutelas d'une forme spéciale que 1* Angleterre fabrique exprès pour nos colonies, où elles entrent en fraude. C'est un fait honteux à dire, mais d'une triste authenticité. La détestable qualité des produits de fabrique française a considérablement nui à notre commerce d'exportation; la pacotille nous cause sur les marchés étrangers un mal qu'on ne saurait imaginer, et le mot trop commun dans nos ateliers : « Bah ! c'est assez bon pour les colonies, » nous a ravi bien des millions. La mauvaise foi la plus effrontée, préside malheureusement aussi à nos envois au dehors. La parfumerie française est une branche considérable du trafic interlope de nos colonies avec les West-lndies, car les Anglais qui font de nous tous autant de petits maîtres musqués usent dix fois plus de pommades et de senteurs que les Français. J'ai vu sur leurs toilettes des pots de pommade fabriqués de telle manière qu'ils n'avaient pas six lignes de contenu, quoiqu'ils eussent en réalité trois pouces de hauteur. C'est vendre un morceau de faïence pour de l'essence de jasmin.

Il faudrait au contraire que toute marchandise qui sort de France fut particulièrement soignée et expédiée avec la plus rigoureuse probité. Il n'y a pas d'autres moyens de rétablir notre crédit. Puisque nos fabricans entendent si mal leurs devoirs d'honnêtes gens et leurs intérêts de manufacturiers, il serait opportun

d'établir aux frontières des bureaux d'examinateurs à la qualité des objets exportés, avec droit de détruire toute chose reconnue mauvaise, comme on coule chez les marchands de vin leurs liquides frelatés. Nous voudrions, en outre, que le nom de l'expéditeur déloyal fût signalé dans les journaux , comme celui des boulangers qui vendent à faux poids. Il y va tout ensemble des intérêts du commerce extérieur, et ce qui est plus précieux encore, de l'honneur national.

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