‹ Des colonies françaises. Abolition immédiate de l'esclavageChapitre 29 sur 43 · III · texte numérisé non relu

III

r" 0nfe"« COÛCe as** ,K«. ,

s libres. ' u*cot Herrr des

Auparavant, examinons les.,,,^ °«e plusieurscmient oppo S IT'T^'^ennédi^ davage à la lih«.»i "~rtUn d instituer nour n»<*„ culaire

'*on sunll ' ana,ysons *» diverses ^T^" * 1 ^ «u suppose compatibles aven i» • . combinaisons au*

ia prudence. ^ JUS,,cee« ce que Ton ap^

Pour cela nous n'avons ri

syslèmes sur lesquels lâ * faire ^ deXaminer

^ a demandé dqJt^™rn> Premier système • . p ™n8ei8,,eoiens au mjnjstè

affranchit d'aval ', EmanciPa«on partielle ,11 •

" 0 avance les enfans h „.» |wueue» Progressive. On

™« modique, on les laisse aus "f'^' m0yenna« «"e inden>

édition dapprenUs.C rava^I^ l"W parens *«t âge détermjn; ^ pétant acquis au maître jus-

^ -, le pécule dïï.lïS ^ *

^ges coloniaux lui

rent la jouissance, on l'autorise enGn à racheter à prix débattu sa liberté au moyen de ses économies. Chaque esclave Arrive ainsi successivement à la liberté pour prix de son travail et de sa bonne conduite. »

Nous avons toujours beaucoup de répugnance à raisonner dans le sens de l'esclavage. Cette loi qui frappe de servitude le sein d'une femme , et lui dit : « Le fruit de tes entrailles est maudit \ » nous parait hideuse. A nos yeux tout enfant qui vient au monde est libre , son maître n'a pas plus de droits véritables sur lui que sur sa mère. Mais nous sommes condamné à prendre les choses telles qu'elles sont. Allons donc jusqu'au bout. — D'abord on ne peut affranchir les enfans à naître moyennant une somme modique. Un enfant nouveau-né coûte assez cher à son maître, de même qu'un poulain à son éleveur. La négresse qui se déclare enceinte cesse de travailler comme les autres. Cinquante ou soixante jours avant et quarante jours après ses couches, elle ne fait absolument rien , elle reste à la case et reçoit l'ordinaire ; durant toute l'année qu'elle est nourrice , elle va au travail une heure après et en revient une heure avant les autres.

Ces usages aussi humains que conservateurs de la propriété nègre, nous les avons trouvés établis sur toutes les habitations V Cela est si vrai que la fécondité des esclaves femelles

1 Les enfans qui naissent des esclaves appartiennent aux maîtres des femmes esclaves, art. 12 du Code noir.

* C'est la règle, c'est l'usage commun, mais ici comme toujours nous devons signaler des excepUons qui tiennent essentiellement à l'état d'esclavage où l'individu possédé est contraint, d'abord et avant tout de se conformer aux ordres de l'individu possesseur , sous peine du fouet , de la prison et des chaînes. Ainsi le rapport du juge d'instruction dans une plainte en sévices, portée contre un M. Vaultier Moyencourt («8 juillet 1841 ) , établit que l'esclave Antoinette , enceinte et malade , ayant reçu l'ordre de se rendre au jardin malgré la demande qu'elle faisait d'aller à l'hôpital et n'ayant pas obéi , fut mise au cachotà neuf heures du matin ; que là elle se sentit prise de mal d'enfant et accoucha dans la journée de deux jumeaux. M. VaulUer disait pour sa justiBcation , qu'ignorant l'état avancé de grossesse d'Ànloi-

est une véritable charge, on peut dire une calamité pour les petits propriétaires nécessiteux. Ils ne veulent pas forcer la femme enceinte ou nourrice, de crainte de la perdre j ils

nette (une femme qui accouche le jour même de deux jumeaux) » il avait voulu la punir d'un acte de paresse compliqué de désobéissance.

M. Vaultier n'était pas compromis pour ce seul fait.

Le juge d'instruction avait en outre constaté par procès-verbal , qu'un petit nègre de douze à quatorze ans, était enchaîne depuis sept mois dans récurie de cet habitant. La chaîne pesant ensemble seize livres , était assez longue pour que l'enfant put donner aux chevaux l'herbe que Ton déposait à côté de loi. Il portait sur le corps des traces de coups de fouet et se trouvait dans un grand état de débilité.

C'est là un fait constant , positif, irrévocable , le colon ne le nie pas il n'avait , disait-il , d'autre moyen de punir ce petit nègre marron et maraudeur incorrigible. — Il y a torture , elle est malheureusement trop évidente ; ce jeune nègre a été pendant sept mois un chien à rattache ; la seule différence est qu'il avait la chaîne au pied au lieu rie l'avoir an cou. Mais les mœurs coloniales sont telles , le délire que donne Yetprit maître va si loin, M. Vaultier avait si peu la conscience de son crime , que le lieu de séquestration était l'écurie ; or les écuries n'ont pas de portes aux colonies, tout le monde a la faculté de voir ce qui s'y passe , et le juge d'instruction , tant on avait peu l'envie de se cacher , ne fut instruit du mal que par un gendarme envoyé là pour y mettre les chevaux ! Le coupable n'est pas du tout un méchant homme, il a bonne réputation de maître, et il est certain que se privant une fois des services de son mauvais petit esclave, il aurait pu le plonger dans un cachot infect s'il l'avait voulu.

M. Vaultier a été poursuivi, et bien entendu acquitté. En revanche , M. Goubert, le juge d'instruction, reconnu à quelques enquêtes semblables pour magistrat abolitioniste, exposé aux coups delà coalition créole , fut révoqué assez brusquement de l'office qn'U remplissait par intérim. — Les colons voient un ennemi personnel dans tout magistrat qui se déclare ami des esclaves , et en le faisant chasser promptement, ils dégoûtent ceux qui pourraient être tentés de r imiter. Peut-être est-il bien que ce soit ainsi? Les obstacles que l'on oppose à l'action émancipatrice servent encore à accélérer son triomphe, en démontrant par leur nature même combien la cause est juste et bonne. Le désordre moral de la société des Antilles, l'odieux de certains actes des hauts fonctionnaires et le scandale des acquittemens judiciaires sont devenus , comme le disent les créoles sensés, d'énergiques dissolvans du pouvoir dominical , et les causes qui hâtent le plus la mesure de l'affranchissement.

doivent, bon gré mal gré se priver de son travail , et son fruit est trop long à mûrir pour être autre chose qu'un embarras. Le nègre est un outil quelque peu pareil aux machines à vapeur où il faut de grands capitaux pour en tirer profit. — Quel a été un des vices les plus signalés de l'apprentissage anglais ? Que reprochait-on le plus vivement aux maîtres? C'est que sachant qu'ils perdaient leurs droits sur les esclaves au bout de septannées, ilsnecraignaientaucunementde lesexcéderet voulaient obliger les femmes enceintes ou nourrices k ne pas abandonner leur tâche, pendant que celles-ci, de leur côté, abusant de môme de l'état mixte où l'on se trouvait, prétendaient ne plus rien faire.

Le rachat au berceau ne donnera donc que fort peu d'économie d'abord , et deviendra fort onéreux ensuite. Effectivement , l'esclave ne pouvant nourrir ni vêtir son enfant, le projet en laisse la charge au maître , et c'est pour cela sans doute qu'on abandonne à ce maître le travail de l'apprenti ; mais alors, ou ce jeune apprenti , ce nouveau citoyen prendra-t-il la faculté d'aller à l'école ? ne sait-on pas que sur les habitations, les marmailles, selon le terme d'usage, sont utilisés vers l'âge de six ans, à l'époque môme où ils peuvent commencer leur éducation primaire. Supposons une minute qu'il soit possible de tourner ces embarras et qu'on achète l'enfant, supposons qu'on puisse parer à la fraude qui présentera comme esclaves des enfans nés libres, afin de gagner l'indemnité. Que va-t-on en faire? Les laisser à la garde de leurs parens! c'està-dire que l'on abandonne à des esclaves le soin d'élever des citoyens , et que le fils soustrait par ses prérogatives de libre à l'infamie des châtimens corporels, y verra son père et sa mère soumis tous les jours ! Ne serait-ce pas monstrueux ? Et remarquez encore que l'on donne à l'enfant par droit de naissance une liberté que le père et la mère ne peuvent acquérir que par le travail. Singulier moyen pour créer l'esprit de famille dans la race nègre! quel autre pourrait-on employer si l'on tenait à faire naître l'envie du père contre le fils, et le mépris du i. 22

fils à Tégard du père ? Il y a lieu de s'étonner que la commission ait cru devoir demander des lumières sur le mode d'affranchissement auquel 31. Passy a donné son nom. Depuis long-temps ce mode est réputé impraticable. Si Ton nous objectait que nous le proposâmes nous môme il y a huit ans 1 , nous répondrions en toute humilité qu'un examen plus mûr des circonstances environnantes nous y a fait renoncer. Une autre preuve eocore que ce projet n'est pas bon, c'est que les créoles pur sang disent qu'il est le meilleur. Ils ont raison dans leur sens: de tous les moyens d'abolir, c'est celui qui abolit le moins.

S iv.

RACHAT FORCÉ PAR LE MOYF.» Dl PÉCtLF..

Les mahrcs ne veulent pas du rachat forcé. — Tous les esclaves ne sont pas à même de se faire un pécule.— Le rachat par le pécule nuit à 1'établissemont spontané du travail libre. — Le maître, s'il le veut, peut empêcher un esclave de gagner de l'argent.— L'cscla\e ne doit pas payer sa liberté, on lui devrait plutôt donner une indemnité pour tout le temps ou il a été retenu en esclavage.

Le complément de ce premier système est le rachat forcé au moyen du pécule devenu légal. Tous les conseils coloniaux Font énergiquement repoussé. « Le pécule légal et le rachat forcé , a dit la commission de la Guadeloupe , n'auraient ni le concours du conseil , ni l'assentiment des colons. Imposés par la force, ils ne trouveraient d'appui que dans la force. » La principale raison que Ton donne de cette répugnance si formelle, c'est que le rachat forcé amènerait la ruine des ateliers, parce que les bons sujets, les hommes capables, se rachèteraient et qu'il ne resterait que les cravates. Peser la valeur d'une telle fin de non recevoir à l'égard d'un pauvre esclave,

1 De l'esclavage des noirs, etc. Si l'on était tenté de lire notre projet , on y verrait que nous n'échappions à son vice principal qu'en arrachant les enfans aux père et mère pour les élever dans de grands ëtablissemens publics, aux frais de la nation.

qui par de rudes économies est parvenu à ramasser de quoi payer son cadavre, cela est inutile ici : il ne s'agit pas de savoir ce qui est bien, il s'agit de constater ce qui est. Les créoles ne voulant pas à tort ou à raison du rachat forcé, il faudra en venir à des arbitrages dans lesquels le maître perd le prestige dont il est entouré, ou bien arrêter un maximum et un minimum de prix dont la fixation ne peut satisfaire personne , et qui engendre des mécontentemens et des procès. N'oublions pas ensuite que toute mesure , mesure de détail s'entend , à laquelle les maîtres seront antipathiques , deviendra d'une exécution très difficile.

Dans l'espèce , il est aisé d'établir que l'application serait à peu de chose près impossible , et que jamais l'esclavage ne pourra finir comme on l'espère par le rachat forcé. Quoiqu'on dise de l'amélioration du sort matériel de l'esclave, quoique nous en ayons dit nous môme avec sincérité , il est un nombre infini d'esclaves qui seront toujours hors d'état de former un pécule assez gros pour se redimer; les femmes, la plupart des nègres de villes , ceux attachés au service des maîtres n'y sauraient atteindre ni par la culture du jardin ni par leurs profits. Rappelons en outre que le nègre suit la fortune de son possesseur, et qu'il est pauvre chez un propriétaire pauvre. Il y aurait donc un fonds de population qui resterait éternellement , invinciblement attaché à la servitude, et dont il faudrait craindre un jour le désespoir ou la jalousie. Que si vous dites : Il n'est pas indispensable d'attendre jusqu'aux derniers, on affranchira en masse lorsqu'on sera assez fort , vous n'échappez plus à la commotion tant redoutée d'un affranchissement simultané, et vous consacrez de plus une iniquité révoltante , celle de faire payer à de bons sujets ce que vous donnez gratuitement à des hommes moins intelligens ou moins laborieux.— Notons en passant que dans ce système, l'esclave qui a les habitudes les plus morales, celui qui, marié ou non, vit en ménage et soigne ses enfans, se trouve être précisément celui qui a le moins de moyens de payer

sa rançon, car il est obligé de faire des sacrifices pour l'entretien des enfans auxquels le maître ne donne que l'indispensable-, et s'il songe à la liberté pour lui-même, il lui faut amasser de quoi acquérir aussi celle de sa femme et des pauvres petites créatures qui lui doivent le jour. On a déjà aujourd'hui par l'expérience de ce qui se passe, la preuve de ce que nous disons. Plusieurs nègres jugeant impossible de se racheter eux et leur famille, se contentent généreusement de racheter leurs enfans.

Une chose nous effraie encore dans le rachat forcé , c'est qu'il dégarnit les ateliers de leurs plus utiles sujets , sans que la nouvelle discipline qui appliquée en grand maintiendrait le travail, puisse être employée. Il recule ainsi d'autant la solution du problème , la conciliation du travail avec la liberté. Tout ce qui détourne de la culture les libres actuels, saisirait à mesure les nouveaux émancipés \ il ne faut pas croire en effet qu'un affranchi consente jamais à manier la houe tant qu'il restera un esclave pour y toucher.

Il est un point sur lequel on ne s'appesantit pas assez lorsqu'on parle du rachat forcé, c'est que l'esclave ne peut y atteindre que par la voie du pécule, et qu'il sera toujours fort aisé a l'habitant de l'empêcher d'en foire un. Le pécule est sacré et il n'est pas besoin de lui créer un titre légal ^ tout le monde le respecte, et celui qui ne le respecterait pas, serait déshonoré. Mais comment l'esclave le peut-il former? En cultivant son jardin. Or, son jardin qui le lui donne, ou plutôt qui le lui prêle? Le maître. Le jour donc ou le maître regardera le pécule de l'esclave comme funeste à ses propres intérêts, il lui retirera le jardin et l'esclave restera privé même des moyens qu'il avait d'adoucir sa triste et monotone destinée. La commission de la Guadeloupe ne s'en est pas cachée. « Dans l'état des choses, a-t-elle dit, il est de l'intérêt du maître que l'esclave soit riche (elle aurait pu ajouter que plusieurs y mettent leur amour-propre) , aussi lui procure-t-il autant qu'il est en lui le moyen d'acquérir ; mais quand viendront le pécule légal et le rachat forcé, il aura un

intérêt contraire, et il s'efforcer* d'empêcher que l'esclave ne puisse amasser. » C'est comme cela que les propriétaire espagnols ont annihilé la loi du rachat forcé qui est établi chez eux depuis plus d'un siècle. Ils ne donnent pas de jardin ni de samedi pour qu'il n'y ait point de pécule , et les esclaves , dans l'impossibilité de tirer aucun bénéfice de la loi, perdent les avantages de la tolérance.

Les propriétaires français feront comme les Espagnols. L'ordonnance du 15 octobre 1786 les oblige à concéder le jardin à leurs nègres, il est vrai , mais ce n'est et ce ne peut être qu'une concession appliquée à un cas spécial. Ou il faudra acheter la terre accordée aux esclaves , et probablement les maîtres ne voudront pas la vendre , ou il faudra les forcer législativement à la donner, et alors ils se plaindront avec raison d'être dépouillés injustement.

Mais, pour en finir, n'est-ce pas trop demander vraiment à un misérable esclave accoutumé depuis sa naissance à voir subvenir à ses besoins , livré sans contrepoids à l'entratnement de tous ses instincts , n'est-ce pas trop demander que d'exiger de lui assez d'énergie de volonté pour résister pendant des années à la voix de ces instincts mômes , et pour économiser à force de privation l'argent qu'il gagnera ? Qui d'entre nous et je parle des meilleurs, ne mange pas souvent audelà de ses revenus ? La modération , n'est-ce pas la plus éminente vertu des sages? Gomment oserait-on la demander à des . ^ esclaves? Monseigneur, dit Figaro au comte Almaviva, aux vertus qu'on exige d'un serviteur , connaissez-vous bien des maîtres qui soient dignes d'être valets.

Nous sommes entré dans ces détails afin de montrer les difficultés matérielles de la proposition , nous aurions pu nous en dispenser: le rachat par le pécule , en dehors de tous ces raisonnemens doit être repoussé parce qu'il est profondément immoral. Nous regardons comme un attentat à l'équité de forcer un homme, dont on a disposé malgré lui, à payer pour reprendre la libre disposition de soi-même, de le forcer,

cet homme que la violence ou sa naissance ont fait esclave contre le droit commun, à donner de l'argent pour rentrer dans la jouissance du droit commun. O l'effroyable invention! Obliger les nègres à se racheter eux-mêmes! Mais qu'auriez -vous donc à répondre si un esclave montant à la tribune, furtivement, comme un esclave , et découvrant sa poitrine chargée des ignobles cicatrices du fouet , venait dire à la France parlementaire : « Vous exigez que je vous donne 1,000 francs pour ma liberté, et moi au nom de l'espèce humaine dont la majesté a été odieusement , lâchemeot violée dans ma personne , je demande 30,000 fr. d'indemnité pour les trente ans que j'ai passés en servitude! »

rachat par l'état.

L'étal possesseur cl loueur d'esclaves esl une conception profondément immorale.—Dans celte hypothèse, comment peut-on régler le sort des 45,000 esclaves de villes el dé bourg»?

Voyons maintenant le deuxième système proposé, celui de l'émancipation simultanée par voie de rachat et au nom de l'état j c'est à peu près le système proposé par la dernière commission de la chambre des députés. « Les colons sont dépossédés avec indemnité ; l'état, pendant une période de temps déterminée, se substitue à leur place, loue aux anciens maîtres le travail des esclaves et prélève sur le salaire de ceux-ci uoe somme suffisante pour se couvrir peu à peu de ses avances , en établissant un amortissement. »

Quel autre qu'un avare, à la lueur de sa lampe sans huile, a pu trouver un pareil procédé? Quoi ! parce que la philosophie, la morale et notre constitution ensemble réprouvent l'esclavage, voici la nation transformée en propriétaire d'esclaves! « Le nouveau maître, ce sera l'état », comme Va dit crûment et in-

génûment M. Janvier , ancien délégué des blancs de la Guadeloupe, dans une lettre du 10 juin 1840 au président du conseil colonial de cette Ue. La nation française loue des esclaves à qui en veut, et prélève la dlme sur le labeur de ses ilotes !

La dernière commission de la chambre n'a rien inventé de nouveau : beaucoup de vieilles filles n'ont aux colonies d'autre moyen d'existence que la location de deux ou trois nègres qu'elles possèdent. — Mais comment fixer ladurée de cette servitude de nouvelle forme , le moyen de cette retenue avaricieuse, les conditions imposées aux locataires? Comment déterminer l'état civil et politique de l'hermaphrodite social que l'on veut créer? C'est ce qu'on ne dit pas, et c'est ce qu'il est peut-être impossible de dire. Si le nègre du gouvernement , l'affranchi d'état , ne gagne pas assez dans une période voulue pour couvrir son prix , restera-t-il toujours esclave ? Mille questions de cette nature se présentent sans qu'on y puisse imaginer une réponse. A-ton seulement prévu l'insurmontable embarras qu'allaient donner les quarante-cinq mille esclaves de nos colonies qui ne sout pas groupés en alelier : domestiques, ouvriers de villes et de bourgs, gens isolés et formant chacun une unité distincte et essentiellement mobile? En vérité, de tels projets sont plus que honteux, ils sont ineptes. Assurer le retour au trésor de l'indemnité par un prélèvement sur le salaire de l'esclave mal affranchi, c'est friponner mesquinement le maître et l'esclave tout à la fois -, le maître auquel on ne solde pas le bien qu'on lui prend, l'esclave auquel on fait payer la liberté qui lui est due. Ce serait là de l'économie politique d'usurier, un acte sordide et sans dignité, qui consacrerait un détestable principe. Non, non, il ne faut pas que les esclaves de nos colonies se rachètent -, l'exemple de la France fait loi pour le monde , et nous devons songer à l'avenir. Tous les esclaves qui sont sur le globe, noirs ou blancs, doivent être affranchis, et lorsque les peuples plus éclairés y songeront un jour , ils regarderont ce qu'a fait la grande nation pour les siens.

Page 1