‹ Des colonies françaisesChapitre 20 sur 48 · SS288SSSS3S33S · texte numérisé non relu

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aidé, protégé, consacré notre propriété actuelle , et vous parte de la méconnaître, sous prétexte qu'elle est immorale! O comble d'irréflexion et d'iniquité !

En tenant ce langage , les créoles ne disent pas un mot qui ne soit vrai. Us ont été façonnés long-temps au mépris du nègre et de sa descendance. La religion catholique elle-même , malgré ses prétentions i la fraternité, s'est humblement mise au service de l'œuvre diabolique. Dans les cimetières qu'elle consacre, dans ce dernier asile des hommes, dans ces domaines du néant où la véritable égalité commenco, elle a permis qu'il y eût le côté des libres et le côté des esclaves : elle a ouvert deux portes, celle des libres et celle des esclaves! La destruction seule en réduisant tout en poudre au sein de son mys-

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Les ISO livres déduites pour le temps des maladies et

absences ont été réparties à égales portions entre Valére , Joseph, Jacques Ibo, François et Alexandre, comme ' ayant mieux rempli leur devoir ;

chacun a eu 10 francs, ci 150 » »

liberté, Égalité. Total 8295 15 »

A Bouillante, le S floréal an vm de la république française

une et indivisible.

Vu par le commissaire du gouvernement,

Signé Char vis.

Donc , personne n'en peut douter , la liberté régnait à la Guadeloupe, le travail libre s'y pratiquait. Les cultivateurs avaient le quart du produit net , et il se partageait entre eux au prorata de leur travail , avec cette précision d'ordre et de justice propre à la grande école ré. publicaine. Le propriétaire leur faisait des avancés qui se remboursaient sur ce que chacun avait à toucher. Le compte est net , clair et précis. Eh bien 1 de quel nom est-il signé? Quel est l'homme qui tout jeune encore servait si bien la cause de l'émancipation en dirigeant avec adresse le travail des nouveaux libres, en les rétribuant avec équité?...

quel nom ? Amé Noël! celui-là même dont les traitcmens cruels

envers un nègre ont retenti par l'Europe entière , il y a quelques années! Est-ce lui le vrai coupable, ou la société qui le corrompit, en lui rendant des esclaves ?

térieux empire , parvient i rapprocher maîtres et serviteur» pour réternité. Et cependant non, i l'hospice des tous de Saint-Pierre aussi , chose caractéristique, tous les rangs, toutes les castes, toutes les classes sont confondus, on y toit blancs , nègres , sang mêlés , libres et esclaves se heurtant côte à côte. Triste, triste, affligeante société, celle-là ou Ton ne trouve en vigueur que dans ces Keux de désolation, la première des lois qui doivent régir les sociétés humaines! On n'a pas même une telle consolation à la léproserie de la Desirade. Outre la ration commune à tous les malades, les blancs y reçoivent aux termes du cahier des charges une livre et demi de beurre par semaine, et les libres une livre; les esclaves rien. De par la science hygiénique créole, les pauvres lépreux blancs ont besoin d'un peu plus de beurre que les libres, et les esclaves n'en ont pas besoin du tout !

En parlant de la Desirade , nous ne pouvons nous empêcher de noter une de ces anomalies dont le lecteur a déjà pu voir plusieurs exemples dans la société coloniale. Il existe là et aux Saintes (dépendances de la Guadeloupe) , une population mixte qui jouit du titre et des droits de blancs. C'est la descendance d'un certain nombre de familles de couleur qui furent déclarées blanches il y a un siècle environ, par arrêt delà cour suprême. Lorsqu'on demande la raison de ce singulier arrêt on vous répond que Ton avait sans doute besoin de blancs à cette époque!

Les blancs de la Desirade et des Saintes, comme on les appelle, quoique tous fort pauvres et généralement pêcheurs et marins ne se montrent pas les moins jaloux des privilèges de caste.

Les trois cent mille Ibaros dePuerto-Rico, dont les ancêtres étaient le produit du mélange des Espagnols avec les Indiens, passent aussi pour blancs, malgré leur incontestable origine de sang mêlés établie par leur couleur olivâtre. Pour les distinguer des blancs ( pure race ) , on les appelle quelquefois blancos de tierra, blancs du pays. Mais cela ne les empêche pas d'avoir

tout l'orgueil des privilégiés. Des mulâtres et jusqu'à des nègres se sont infusés dans cette population, en vertu de Uttrts de blanc, qu'ils conservent comme autrefois chez nous on conservait des titres de noblesse. Ces lettres étaient accordées pour des services rendus à l'état ; on en vendit aussi pour de l'argent.—Vous riez, altesse ; expliquez-moi pourquoi, vous qui vous dites noble, c'est-à-dire plus grand qu'un autre en vertu d'un acte de naissance ou d'un morceau de parchemin signé par un roi, vous trouvez fort ridicule un noir qui se dit blanc en vertu d'un acte de naissance ou d'un morceau de papier signé par un gouverneur de colonies? Ce n'est pas un de» mohtè détestables effets du préjugé, que ceux-là môme qui en sont victimes y croient comme les autres.

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