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CHAPITRE PREMIER

Historique.

Nous ne referons pas l’historique connu de la scarlatine ; nous ne voulons nous attacher qu'au point particulier qui nous occupe, c’est-à-dire signaler les principaux auteurs qui tour à tour se sont occupés des complications articulaires de la scarlatine et montrer quelles ont été leurs idées sur la nature de ces accidents.

Sennert paraît être le premier qui en 1619 signala les douleurs et les fluxions articulaires dans le cours et au déclin de la scarlatine. /n declinatione tandem materia ad articulos extremorum transfertur ac dolorem et roborem in arthriticis excitat. ,

Dœæring presque à la même époque indique également la coïncidence des douleurs articulaires et de la scarlatine.

Depuis cette époque presque tous les auteurs signalent ou étudient plus ou moins longuement le rhumatisme scarlatineux. Duchateau, Borsieri, Murray, Wood, Kreysig en donnent des exemples.

Graves s’en occupe d’une façon plus particulière, et indique une localisation assez rare de ce rhumatisme, l’arthrite des articulations occipito-atloïdiennes. Bien que croyant que ces accidents sont de nature rhumatismale, Graves fait jouer dans leur production un rôle important à

CHEVALET o

l’état de la peau dans le cours de la scarlatine. C'est là un premier essai intéressant de pathogénie.

En France le rhumatisme scarlatineux est étudié par Pidoux, qui montre bien ses rapports avec la scarlatine, par Valleix, par Chomel et Grisolle, qui l’étudient surtout au point de vue clinique; et c’est dans notre pays que se produisent les premiers essais sérieux de pathogénie.

Trois théories se trouvent en présence.

Trousseau, étudie admirablement les caractères du rhumatisme scarlatineux, il en détermine la fréquence, etles diverses formes, et il conclut, bien que reconnaissant quelque différence dans la marche, à la nature rhumatismale de cette affection. Cette opinion est adoptée par presque tous les cliniciens: Guéneau de Mussy, Roger, Sanné, M. le professeur Péter, qui déclare que « ce n’est pas par hasard que l’on a du rhumatisme sous l'influence de la scarlatine, mais parce que l'on est rhumatisant ».

Blondeau, dépassant les idées de Trousseau, arrive à conclure à Pidentité presqu'absolue du rhumatisme et de la scarlatine. « Dans la scarlatine, dit-il, on observe des douleurs articulaires, de l’érythème noueux, des congestions pulmonaires à répétition, des pneumonies, des endocardites, des péricardites comme dans le rhumatisme ; abstraction faite de l’exanthème qui caractérise la scarlatine, exanthème spécial dans son mode d'évolution et dans son mode de desquamation qui lui est particulier, ces deux maladies essentiellement générales se traduisent par des affections locales du même genre ». Cette opinion brillamment soutenue par son auteur, n’a guère plus qu’un intérêt historique.

SRE TAUPE

Pour M. le professeur Jaccoud, les accidents articulaires de la scarlatine étaient produits par un enanthème qui pouvaitenvahir le système séreux en général comme l’exanthème envahissait les muqueuses et la peau.

C'était là l'opinion qu'avait indiquée Bourayne dans sa thèse. Chez 14 malades, qui avaient eu des phénomènes articulaires pendant leur scarlatine, Bourayne ne trouvant que deux fois des antécédents rhumatismaux conclut que « le rhumatisme est moins une complication survenue inopinément qu'une manifestation vers les séreuses thoraciques et articulaires d’une inflammation analogue à celle qui se fait à la peau sous l'influence d’une cause générale qui est la même »-

Telles sont les deux théories qui se partagèrent la période de l’histoire de la scarlatine que nous appellerons pré-microbienne.

En effet les progrès des recherches bactériologiques devaient modifier les idées de pathogénies et montrer que l'infection jouait un rôle plus grand que celui que l’on avait voulu lui attribuer. |

En 1881 M. le professeur Bouchard dans son cours déclare que « toutes les maladies infectieuses peuvent présenter parmi leurs manifestations contingentes des déterminations articulaires distinctes du vrai rhumatisme et relevant de l'infection générale de l’économie ».

C'est l’idée que soutient Bourcy dans sa thèse sur les pseudo-rhumatismes infectieux et il arrive, pour le point qui nous occupe, à la conclusion suivante : « Les arthropathies au cours de la scarlatine ne sont que des déterminations d’une cause générale : le poison scarlatineux ».

Bien séduisante était cette théorie, et rien ne semblait plus naturel que d'admettre que le microbe de la scarlatine, quel qu'il fût, put à un moment donné sous l'influence d’une cause occasionnelle ou même spontanément produire des accidents du côté des articulations ou des autres séreuses. La preuve restait à faire puisque l’agent de la scarlatine était encore à découvrir mais l'hypothèse pouvait satisfaire l’esprit Le plus difficile.

Malheureusement les recherches bactériologiques vinrent montrer que l'on s'était trop pressé de conclure; elles firent voir que les complications des maladies infectieuses ne sont pas dues la plupart du temps à une localisation exceptionnelle de l’agent spécifique pathogène, mais bien à une infection secondaire c'est-à-dire à la pénétration dans l’économie d’un deuxième microbe, différant absolument du premier.Cesecond micro-organisme n’était pas forcément un agent pathogène particulier mais pouvait être un microbe plus commun, plus répandu, plus banal en quelque sorte.

L'introduction de cette notion des infections secondaires en pathologie devait avoir les plus grandes conséquences au point de vue thérapeutique et surtout prophylactique.

Les accidents articulaires de la scarlatine ne devaient point faire exception et l’on fut bientôt forcé d'admettre que toutau moins les arthrites suppurées de la scarlatine étaient bien dues à uné infection secondaire. C’est la conclusion à laquelle arrivent de Lapersonne, Marfan et Guinon dans les différents travaux où ils étudient ces manifestations. Mais pour eux l’arthrite séreuse reste due à une localisation spéciale du poison scarlatineux.

Depuis, il semble que le domaine des infections secon-

daires doive être encore étendu. Il engloberait même les arthrites séreuses de la scarlatine. Dans ses cliniques médicales, le docteur Ollivier, Guinon dans le nouveau traité de médecine affirment cette conclusion. Au chapitre de pathogénie nous verrons si cette affirmation n’est peut-être pas un peu anticipée.

A l'étranger, les idées subissaient la même éction En Angleterre, où la symptomatologie est peut-être plus particulièrement étudiée, les auteurs semblent encore un peu indécis. Tel du moins nous semble étre Asbhy, qui, chez l’enfant accepte l’idée d'infection, chez l’adulte au contraire pencherait encore volontiers vers une manifestation de la diathèse rhumatismale.

En Allemagne où les recherches bactériologiques ont la prédominance, tous les auteurs Heubner, Barhdt, Babès, Bokaï, Lenhartz, Marie Raskin acceptent sans hésiter la notion de l'infection secondaire.

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