‹ Des Complications Auriculaires de l'OzèneChapitre 8 sur 69 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Les complications auriculaires de lozène, quelle que soit leur nature, leur mécanisme et leur évolution, ne constituent que des acquisitions récentes de la pathologie de l'oreille. Il suffit de remonter 35 ans en arrière pour trouver le premier mémoire faisant mention de troubles de l’ouïe chez les ozéneux. C'est à ZAUFAL que revient le mérite d’avoir révélé l'existence de pareilles complications, à une époque où les spécialistes les plus éminents considéraient l’ozène comme une affection exclusivement limitée aux fosses nasales et incapable d'avoir quelque retentissement sur l'oreille.

En effet, Mrcuez, de Cologne, écrit en 1876, dans son Traité des maladies du nez, qu'il à rarement vu un malade affecté d’ozène souffrir en même temps des oreilles, puisque sur 90 ozéneux traités par lui, il n’a observé qu’un seul cas de surdité progressive et quelques cas d’inflammation suppurative de la caisse.

MoreLL-MACKENzIE, dans son ouvrage intitulé : Les maladies du cou et du nez, est à peu près du même avis. « A la suite, dit-il, d’un catarrhe de l’espace naso-pha-

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ryngien, il se développe parfois une inflammation chronique de la trompe d’Eustache : 1l ne faut pas oublier, cependant, que le catarrhe atteint très facilement des organes dont linnervation à souffert et que pour beaucoup d’affections de l'oreille moyenne, la cause est de nature tropho-neurotique. Je n'ai pas trouvé la même proportion de sourds parmi mes malades affectés d'ozène ; ce n'est que rarement que J'ai vu une coexistence des deux affections. »

D'après LæwEeNBERG, la rhinile atrophique ne se complique pour ainsi dire jamais d’affections auriculaires. [n'en a observé que chez un vingtième des malades atteints d’ozène. Il n'existe pour cet auteur aucun rapport entre ces deux sortes d’atfections.

Alfred Marrix, dans sa thèse (Paris 1881), après des recherches systématiques, est du même avis que Micuez, de Cologne. « Ilne faut pas oublier, dit-il, l'état de l'oreille dans l'ozène, car d'une façon générale on sait que la muqueuse de l'oreille moyenne n'étant qu'un diverticule de la muqueuse pharyngo-nasale, les lésions de celles-ci se propagent facilement à celle-là. Mais celle propagation assez fréquente, dans les autres maladies du nez et du pharynx nasal, nous semble assez rare dans l’ozène ; jamais nous n'avons vu un malade atteint d'ozène vrai se plaindre de ses oreilles. »

Enfin, quelques années plus tard. dans son Manuel pratique des maladies des fosses nasales, Moure fait remarquer, avec LŒWENBERG, que l’immunnité relative de l'oreille movenne dans cette affection est d'autant plus intéressante à constater que, par suite de l’atrophie du cornet inférieur en particulier, lorifice de la trompe

ti — se trouve plus directement exposé à l'air inspiré et qu'il est souvent baigné par les sécrétions qui s'accumulent dans les fosses nasales.

C'est en ces termes qu’en 1880 el 1886 s'expriment la plupart des spécialistes, où en tout cas ceux qui font autorité. Cependant, dès 1876, ZauraLz avait signalé l'existence de complications auriculaires dans un mémoire très détaillé. « Il est intéressant, dit-il, d'étudier les particularités anatomiques et pathologiques qui, dans l’ozène, peuvent amener des affections auriculaires. Dans les cas d’ozène que J'ai observés, j'ai trouvé 80 pour 100 de complications auriculaires. Ce fait est en pleine contradiction avec l'expérience de MicHez pour lequel les affections de l'oreille dans l’'ozène sont une rareté. Cette contradiction provient peut-être de ce que Micugz avait moins fait attenion à ces complications... Abstraction faite des conséquences nuisibles de la sécrétion en putréfaction, la largeur anormale du méat inférieur, la petitesse ou le manque total de cornet inférieur doivent, d’après les principes de la mécanique, avoir une influence sur la trompe d’'Eustache. Le but mécanique des narines consiste sans doute à chauffer l'air inspiré en le divisant en couches minces et à recueillir sur leurs parois les particules étrangères (poussières, etc.) qu'il tient en suspension. L'air ainsi chauffé et purifié devient inoffensif pour l’espace naso-pharyngien, l'orifice de là trompe, le larynx et les poumons. Existe-t-il une largeur excessive des narines, l'épaisseur de la colonne d'air augmente, l'air est bien moins chauffé, el le courant d'air froid inspiré dépose des impuretés sur les

Ro parois postéro-latérales de l'espace naso-pharyngien et particulièrement au niveau de l'orifice tubaire. Il en résulte des inflammations aiguës ou chroniques qui peuvent se propager vers la caisse du tympan... Dans l'ozène, où les deux narines sont ordinairement élargies, nous trouvons dans la règle les deux oreilles affec- Lées quoique à un degré différent. Les lésions les plus fréquentes sont l'otite moyenne hyperplasique, lotte moyenne suppurée aiguë ou chronique et l’otite moyenne catarrhale. La dureté de l’ouie confine souvent à la surdité. Dans chaque cas d’ozène, on trouvera souvent de légers degrés de surdité. »

Les complications auriculaires de la rhinite constituent désormais des éventualités presque inévitables, puisque ZAurAL les à observées dans une proportion de 80 pour 100 des cas. Aussi cet article fut le point de départ de travaux et de recherches du même genre des- {inés à appuyer ou à infirmer ses conclusions.

Mari, nous l'avons déjà signalé, réfute cette opinion, en S'appuyant sur l’examen d’ozéneux en séries qui n'eurepl Jamais à se plaindre des oreilles.

MOLDENHAUER fait de la surdité et des bourdonnements d'oreille une complication assez fréquente et assez grave qu'il attribue à une otite seléreuse, soit, mais plus rarement, à une otite moyenne suppurée.

La question fait en 1886 l’objet de vives controverses quand paraît à Berne la thèse de Wyss, qui constitue un travail fondamental sur les complications auriculaires de l’ozène. Après avoir examiné systématiquement, comme ZAurAL, les oreilles de 60 malades atteints de rhinite atrophique, cet auteur découvre chez

Hit #1 sujets loute une variété de lésions tympaniques allant du simple enfoncement où du simple épaississement de cette membrane à sa perforation. Par un interrogaloire scrupuleux, il élimine de sa statistique 18 malades ayant eu dans l'enfance des fièvres éruptives ou autres affections susceplibles à elles seules d’expliquer les lésions tympaniques. Cette déduction une fois opérée, il n'en reste pas moins vrai que les affections - auriculaires compliquent fréquemment la rhinite atrophique, ce qui lui permet de formuler les conclusions suivantes :

« Dans la moitié des cas, les lésions auriculaires ne sont pas accompagnées de symptômes subjectifs, bruits d'oreille et surdité. Ce sont, ou bien des résidus d’anciens processus inflammatoires de la période hyperthropique de l’ozène : épaississement du tympan, calcifications, petites perforations fermées par des cicatrices ; ou bien des lésions de la période atrophique : altérations du pavillon de la trompe, insuffisance fonctionnelle (collapsus) du canal tubaire, enfoncement et raréfaclion du lympan.

« Dans le quart des cas, les complications auriculaires sont plus graves. Elles se produisent pendant la période atrophique et sont accompagnées généralement de surdité et de sensations subjectives. Les affections que nous avons constatées sont :

« L'otite catarrhale aiguë et subaiguë avec ou sans exsudal.

« L'otite suppurée aiguë ou chronique.

« L'otite moyenne chronique sèche avec où sans labyrinthite. »

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Deumier, en 1890, dans sa thèse sur l'ozène, fait mention d’un cas de catarrhe sec de l'oreille moyenne qui se traduisait à l'examen otoscopique par de l'opacité du tympan et la disparition de son reflet lumineux.

Scuesrakow, élève de Wyss, envisage également la question dans sa thèse (1894) et trouve, sur 28 o7éneux, 13 sujets porteurs de lésions auriculaires.

Guizrix, en 1895, dit avoir rencontré 19 malades se plaignant des oreilles sur 136 ozéneux.

A partir de celte époque, l'existence de ces complications auriculaires est hors de doute el à peu près universellement admise. Tous les travaux contemporains sur ce sujet en font mention, et si Carlos OQUENDO ne fait que les citer, Pecx, dans sa thèse, leur consacre une Jarge place et attire même lattention sur la possibilité de suppurations mastoïdiennes, conséquences de la rhinite atrophique.

Ces lésions auriculaires au cours de l’ozène sont aujourd'hui admises par la plupart des auteurs, sans discussion, et elles ont pris place non seulement dans des articles originaux, mais encore dans la plupart des traités classiques, et même cerlains auristes reconnaissent, dans la fétidité toute spéciale de ces suppurations, un symptôme révélateur de leur origine ozéueuse. CASTEX, notamment, dans la seconde édition du traité de chirurgie de Le Denru et DeLper, signale l’existence de complications du côté de l'appareil audif se traduisant par du catarrhe tubaire, des otites calarrhales et des otites moyennes suppurées, « dont le pus à l'odeur caractéristique ».

LanNois et Jacob, allant plus loin dans l'étude de ces

ire suppurations d'oreille liées à l'existence d'une rhinite atrophique, ont décrit une forme particulière d’otite à évolution chronique, dont l'exsudat peu abondant se concrète en croûles brunâtres et verdâtres, d'odeur ozéneuse Lypique, qu'ils considèrent non pas comme une complication banale, mais comme une localisation anormale de l’ozène sur la muqueuse de la trompe d'Eustache et de la caisse, à laquelle ils ont donné le nom d'ofite ozéneuse. Ce ne serait, d’après ces auteurs, qu'une variété de localisation extra-nasale de lozène, au même litre, par exemple, que l'ozène trachéal.

ComPaiREeD, de Madrid, dans des communications au Congrès de Séville de 1910, dans de nombreux articles originaux et dans un ouvrage récent qu'il consacre enüèrement à l'étude de l’ozène et de ses complications, envisage longuement le retentissement de la rhinite atrophique sur loreille moyenne et ses annexes. À sa consultation du « Refuge » de Madrid, il à l’occasion d'observer de nombreux cas d'ozène sur ses compatriotes qui, dit-il, jouissent du triste privilège d’être spécialement prédisposés à cette affection, au point que les deux tiers des malades qui fréquentent son service sont des ozéneux. Aussi en arrive-t-il à considérer la rhinite atrophique, en raison de sa tenacité désespérante et des modifications qu'elle apporte dans larchilecture des fosses nasales, comme un facteur de complications oto-cranio-cérébrales extrêmement nombreuses et extrêmement graves que nous aurons l’occasion d'étudier ultérieurement.

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