CHAPITRE II
ÉTIOLOGIE ET MÉCANISME DES COMPLICATIONS AURICULAIRES AU COURS DE L'OZENE
La fréquence des lésions auriculaires au cours de l’ozène a été diversement interprétée par les auteurs; et les opinions de Michel et Zaufal, par exemple, rapportées au précédent chapitre, représentent les opinions extrêmes. Mais avant de prendre parti dans la discussion, en apportant une stalistique personnelle, il nous est possible à priori, de faire valoir toute une série d'arguments qui éclairent facilement la pathogénie des accidents que nous étudions. Il suffit pour cela de songer aux profondes modifications qu'apporte l’ozène dans l’architecture des fosses nasales, dans l'état de la pituitaire et par suite dans le rôle de défense que joue cette muqueuse vis-à-vis de l'organisme en général et vis-à-vis de l'oreille moyenne en particulier.
Causes mécaniques
Les cavilés nasales, par la compléxité de leur structure, par les reliefs etles anfractuosités qui sculptent leur paroi externe, constituent un défilé tortueux et
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accidenté, destiné à ralentir la vitesse du courant d'air inspiratoire et à le dépouiller des impuretés organiques et inorganiques, animées et inanimées dont il est chargé. C’est, d'après François Franck, une sentinelle respiratoire. Les expériences de Srrauss ont fait connaître un exemple de larrèt des poussières virulentes dans le nez; elles ont montré que chez des sujets sains, vivant dans des milieux habités par des tuberculeux, le mucus nasal renferme le bacille de Koch qu'on ne retrouve plus dans le pharynx nasal.
Ce rôle protecteur ne se limite pas exelusivement à l'appareil pulmonaire ; il s'étend aussi, on le conçoit facilement, à tous les organes qui s'ouvrent sur le carrefour pharyngien, et en particulier à l'appareil auditif. La voie ordinaire de l'air inspiré, est la partie inférieure des fosses nasales, c'est-à-dire toute la partie comprise au-dessous du cornet moyen. Cest dans ce couloir rétréci par le cornet inférieur normalement turgescent, que l'air se dépouille de ses poussières grâce aux petits poils qui tapissent l'entrée des narines et grâce aux cils vibratiles qui recouvrent la muqueuse saine et qui par leurs mouvements ramènent vers l’extérieur les particules déposées à leur surface. C’est à ce niveau qu'il modifie son état hygrométrique et surtout sa température, ainsi que l’a démontré MacponaLp puisque l'air inspiré à + 12°, s'élève à 35°, et celui inspiré à + 42°, s'abaisse à 33°.
Dans l'ozène, que reste-t-1l de ces movens de défense? L'atrophie ést parfois tellement accusée que le cornet inférieur a disparu en totalité, laissant voir la paroi postérieure du rhino-pharynx el sa paroi latérale, avec
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NE Es tous ses détails anatomiques et spécialement l’orifice pharyngien le la trompe d'Eustache. A lépithelium cylindrique à cils vibratiles, se substitue un épithelium stratifié, qui ne peut plus jouer le rôle protecteur signalé plus haut. Ces conséquences d'ordre purement mécanique, liées à la disposition du cornel inférieur, n'ont pas échappé aux auteurs qui se sont occupés de ce sujet. et ZauUrAL, le premier constate que l'air purifié elchauffé au contact des cornets,:« devient inoffensif pour l'espace nasopharyngien, l'orifice des trompes, le larynx el les poumons. Existe-t-il une largeur excessive, l'épaisseur de la colonne d’air augmente, l'air est moins bien chauffé, et le courant d'air dépose des impuretés sur les parois postéro-latérales de l’espace nasopharyngien et particulièrement au niveau de Vorifice tubaire. l'en résulte des inflammations aiguës ou chroniques qui peuvent se propager vers la caisse du tympan. »
Diminution du pouvoir bactéricide du mueus nasal
Mais Les fosses nasales n'ont pas exclusivement un rôle mécanique dans la protection de l'organisme, elles Jouissent encore, grâce aux glandes et aux organes lymphoïdes qui entrent dans la consütution de la muqueuse piluitaire, des propriétés biologiques de premier ordre.
En effet, le mucus nasal n'agil pas seulement en englobant les microbes el en diluant leurs toxines, il possède en outre des propriétés bactéricides. Normale-
REC 1 tre
ment, il constitue pour les microbes un mauvais milieu de culture, ainsi que LŒwEN8ERG l'a démontré dans un de ses rapports sur l'ozène (Ann ies de l'Institut Pasteur, 1894). Wurrz et LERMOYEZ poussant pus loin les recherches précédentes, ont prouvé que les secrétions nasales possèdent réellement des propriétés bactéricides expliquant l'absence de complications après les interventions endo-nasales. Expérimentalement même, ils ont démontré que le mucus ensemencé avec la bactéridie charbonneuse restait stérile. PraAGEer dans sa thèse reprend et développe les idées antérieurement soutenues par Lermoyez. Jamais il n’a rencontré de microbes dans les parties profondes des fosses nasales ou du moins, ses cultures sont toujours demeurées stériles.
Aussi conclut-il à un état d’asepsie habituelle des fosses nasales proprement dites, corroborant ainsi par ses recherches expérimentales l'opinion de SaiNT-CLAIR, Taompsox et HE wLET qui n'ont trouvé des micro-organismes que dans le vestibule el au niveau de la tête des cornets moyen et inférieur. D'après lui, ce pouvoir bactéricide ressortit exclusivement au mucus, c’est-àdire à une sécrétion mixte, provenant des cellules caliciformes et des glandes de la pituitaire, il s’exérce de facon absolue vis-à-vis de la bactéridie charbonneuse, énergiquement vis-à-vis du bacille de Lœffler, moins vivement à l'égard du staphylocoque, du streptocoque et du bacille pyocyanique.
Viozcer reprend le même sujet dans sa thèse, el fait une critique détaillée des expériences et des conclusions de Pracer. S'il conteste quelques-uns de ses résultats, en particulier le pouvoir bactéricide du mucus vis-
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à-vis du bacille diphtérique, il reconnait comme lui, que le bacillus anthracis est facilement tué par le mucus. Mais il donne de ces phénomènes, une interprétation nouvelle. Alors que Pracer, Wurrz el LERMOYEZ, confèrent à la sécrétion nasale une propriété antitoxique, VioLLer, sous l'inspiration de CHATELLIER ne voit là qu'un cas particulier de phagocytose. Les leucocvtes existent en grand nombre dans le mucus normal, el sont capables d'englober les poussières (grains de carmin), ainsi qu'on peut le constater expérimentalement. Ils renferment fréquemment des bactéries en plus ou moins grand nombre. D'après cet auteur, «ces propriétés permettent seules de comprendre la disparilion des germes infectueux etdes poussières apportées à chaque instant par l'air inspiré, poussières et germes que, nile mucus, niles cils vibratiles, ne suffisent à détruire où à chasser mécaniquement. »
Or, dans l'ozène, la sécrétion de la muqueuse pitui- (aire est particulièrement modifiée et les moyens de défense dont disposent les fosses nasales sont notamment amoindris. Le mucus sécrété dans ces conditions anormales, est dépossédé d’une partie de ses propriétés les plus actives ; car les glandes qui l'élaborent présentent, ainsi qu HABERMANX l’a montré, de la dégénérescence graisseuse de leur épithelium sécréteur, en même temps que le issu conjonctif fibreux prolifère abondamment éltranglant les acini glandulaires et se subs- Uituant au Ussu Iymphoïde qui eñtre normalement dans la constitution des cornets inférieurs.
Ces lésions profondes des tissus glandulaire et 1ymphoïde retentissent fâcheusement sur le pouvoir bacté-
er
ricide des sécrétions. Le mucus d'acide qu'il était normalement, présente le plus souvent dans lozène une réacüon alcaline ainsi que LœwenserG l'a montré el se prête plus facilement à la prolification des micro-organismes. VioLLer à constaté que la muqueuse malade sécrète une humeur, qui ne Jouil plus de propriétés microbicides aussi actives qu'à l’état normal puisqu'elle ne tue plus la bactéridie charbonneuse. D'ailleurs la phagocytose que cel auteur considère comme Île criterium du pouvoir bactéricide des humeurs ne s'opère plus ici avec la même activité. Il eut l'occasion d'examiner les sécrétions nasales de deux ozéneuses. La première, sujette à des poussées lymphangitiques et érysipélateuses de la face, à point de départ nasal venait d'avoir une de ces poussées quand 1! Pexamina : l'autre avait un ozène compliqué d’une otite aiguë ayant nécessité #4 jours auparavant un paracentèse. Or de l'examen du mucus nasal, 11 conclut que dans la rhinite atrophique même accompagné de poussées aiguës, comme dans ces deux cas, la phagocytose est trois ou quatre fois moins active que dans le mucus sécrélé par une muqueuse hypertrophée.
Les fosses nasales des ozéneux ne constituent donc plus comme les fosses nasales d’un individu normal, cette barrière de protection qui arrête les microbes el défend l’organisme contre leur envahissement. Les streptocoques où staphylocoques pourront franchir impunément les cavités nasales où ils trouveront d'aulleurs un terrain de culture favorable et faire trruption dans l'oreille moyenne pour y déterminer les lésions que nous analyserons plus loin.
FRPSOUeE
Extension de l’ozène au rhino-pharynx
Les lésions habituelles de lozène (croûtes fétides, muco-pus, atrophie de la muqueuse et de son tissu Iymphoïde) ne se limitent pas exclusivement aux cornets inférieurs, elles se propagent tout naturellement au rhino-pharynx où elles se présentent avec les mêmes caractères. La muqueuse du cavum et du pharynx buccal perd sa teinte rosée pour prendre une coloration blafarde ; elle se recouvre de muco-pus qui,en se desséchant. forme un vernis écailleux à sa surface, ou de croûtes verdâtres qui lapissent la voûte du rhinopharvnx. Ces productions fétides et septiques se localisent souvent à l'orifice de la trompe d'Eustache, et, chez ces malades, 1l est fréquent d'observer, par la rhinoscopie postérieure, à la surface du pavillon tubaire, des croûtes et des mucosités, qui, par leur seule action mécanique et leur présence à ce niveau, sont suscepti-" bles d'apporter des perturbations à l’aération normale de l'oreille moyenne, et qui constituent en outre, une menace d'infection permanente pour cette cavité. La fréquence des lésions pharyngées chez les sujets porteurs d'otites d’origine ozéneuse justifie pleinement celle interprétation et le rôle pathogénique que nous leur accordons. Wyss fait d'ailleurs les mêmes observalions et en tire des conclusions analogues. Il constate que les altérations de l'infandibulum tubaire s'accompagnent habituellement d'un enfoncement de la membrane tympanique qui se fait à la longue sans donner lieu dès le début, à des signes subjectifs capables d'at-
lirer l'attention. Le renouvellement de l'air dans la caisse est défectueux et peu à peu, le tympan subit un enfoncement progressif qui finit par l'accoler au promontoire.
Ce rôle exclusivement mécanique des lésions du pharynx et des bourrelets tubaires n'avait d’ailleurs pas échappé à Zaufal. Ilincriminait à la fois Faccumulation des croûtes à l'entrée de linfundibulum et une raréfaction atrophique de là muqueuse spécialement loealisée au niveau des bourrelets tubaires. « Les mouvements de l’orifice, dit-il, sont ou normaux, ou se font avec moins d'énergie, ce que l’on peut reconnaître à la lenteur avec laquelle s'exécutent les mouvements en arrière, ainsi qu'à l'effacement du bourrelet formé par le muscle releveur du voile du palais. Cela est probablement dû à une atrophie (dégénérescence graisseuse) de la musculature palato-tubaire.Assez souvent on observe aussi un gonflement uniforme de la muqueuse de l’orifice, ou, bien au contraire une raréfaction atrophique ».
Celle insuffisance fonctionnelle du voile du palais peut d’ailleurs se traduire par des signes fonctionnels facilement appréciables, en particulier du nasonnement, dû à ce qu'il ne peut plus produire Poceluston parfaite entre le pharynx nasal et buccal.
Extension du processus ozéneuxr au rluno-pharynr el insuffisance fonctionnelle partielle de la musculature vélopalatine ; voilà deux facteurs importants dans léliologie des complications auriculaires au cours de la rhinite atrophique.
A côté de ces éléments étiologiques de premier ordre