Continuation du mieux
15. Tous les symptômes broncho-pulmonaires ont disparu sauf quelques sibilants disséminés dans la poitrine et des râles sonores en petit nombre; l’appétit et le sommeil sont bons. NET Se
Cette malade fut évacuée le 17 dans un service de médecine où elle mourut, deux mois plus tard, d’une hémorrhagie méningée.
Cette femme était évidemment prédisposée par ses antécédents et l’état de ses bronches à une affection pulmonaire; chez elle, le terrain était tout préparé. Aussi l’étranglement herniaire a-t-il eu un retentissement plus bruyant que d'ordinaire.
Prévenus de ce qui pouvait se passer, nous avons pu suivre pas à pas la marche de l'affection. L'état maladif de l'intestin augmenté par les manœuvres de taxis a contribuéau développement de la lésion broncho-pulmonaire. Tout allait mieux, quand ce même intestin a été comprimé de nouveau.
= D9— par l'anneau, a subi de nouvelles pressions digitales et aussitôt les phénomènes thoraciques se sont accentués. Cette observation nous est un excellent exemple de l’union intime qui existe entre les deux systèmes.
Nous allons en rapprocher la suivante qui nous offre un cas de la même forme de lésion pulmonaire. Elle nous a été communiquée par notre excellent ami, autrefois collègue d’internat, M. le docteur Mistral.
Hernie abdominale étranglée dans un trajet accidentel. — Kélotomie.— Mort quelques heures après de sphéno-pneumonie.
(Communiquée par M. le D" Mistral)
Vers le milieu du mois de mars 1881, entrait à l'hôpital de la Conception (salle Saint-Charles, n° 21), un cuisinier de 36 ans, malade seulement depuis quelques heures.
Cet homme, de taille assez élevée et surtout doué d’un respectable embonpoint, se plaignait de violentes douleurs abdominales ; le facies était légèrement grippé, lé pouls régulier, mais un peu rapide et petit. On trouvait, à la hau-
teur de l’ombilic, à droite et un peu au-dessous de la cica-
trice, une tumeur présentant les dimensions d’une tête de fœtus à terme; le malade ne souffrait que depuis l’apparition de cette tumeur, éprouvait de fréquentes nausées, et n'avait rendu depuis lors ni matières, ni gaz par l’anus. Ces symptômes nous firent penser à un épiplo-entérocèle, diagnostic confirmé par la palpation et la percussion. Il fut moins facile de reconnaître si la hernie était vraiment ombilicale, quoique la tumeur parût siéger plus à droite, le malade niant à ce moment tout traumatisme antérieur, cependant, c’est au diagnostic de hernie ombilicale engouée que je m’arrêtal.
Après quelques essais infructueux de‘taxis, un lavement
re purgatif fut ordonné, et une injection de morphine pratiquée dans les environs de la tumeur; glace en permanence sur l'abdomen; ce traitement devait suffire à notre avis en attendant la visite du chef de service Fe lendemain matin.
Notre confrère Fournac, alors interne de garde, avec le le concours duquel nous avions porté le diagnostic et formulé le traitement sus-indiqué, fut appelé en toute hâte vers le milieu de la nuit; le malade était dans une angoisse extrême, il avait des vomissements fécaloïdes; le pouls était misérable, la respiration plus que gênée ; immédiatement prévenu, je pensai qu’une opération pouvait seule résoudre une situation. aussi critique, ce fut également l'avis de mon collègue, et nous y procédâmes tout de suite.
Une incision de 6 à 7 centimètres fut faite de haut en bas et un peu à droite de l’ombilie, les couches musculaires et aponévrotiques, une fois divisées sur la sonde cannelée, j'arrivai sur le ’péritoine, qu’il me fut facile de reconnaître, et que je sectionnai de la même manière. Je mis ainsi à nu une masse épiploïque volumineuse, étranglée à environ 3 centimètres en dehors et en bas de l’ombilic par un
anneau fibreux accidentel (le malade nous avoua, à son -..
réveil, qu'il avait recu un coup de poignard dans cette région vingt ans auparavant). Une anse intestinale légèrement congestionnée était comprise dans l’étranglement; Panneau fut débridé par des incisions multiples; l'intestin rentra facilement: l’épiploon, en grande partie réséqué fut saturé avec la plaie abdominale; l'opération avait duré 20 minutes. Le malade rapporté -dans son lit se trouvait mieux et rendait quelque gaz. Glace sur le ventre.
Le pouls se relevant, la respiration devenant de plus en plus Libre, il nous semblait que nous pouvions compter sur un succès. Il n’en fut rien: l’interne de garde appelé à
Lu
cit
DAT) Des
6'heures du matin, ne put lutter contre une congestion pul-
mouaire intense qui emporta rapidement le malade.
L’autopsie pratiquée 26 heures après la mort, nous permit de constater que la circulation intestinale avait bien repris son cours, et qu'une congestion diffuse et généralisée des deux poumons avait été la cause de la mort. Lie poumon droit surtout, d’une teinte foncée, était plus volumineux et plus lourd que le gauche, laissant écouler à la coupe du sang noir non spumeux. Cœur sain. Emphysème pulmonaire aux sommets.
L'observation suivante est un cas curieux de broncho-
pneumonie à noyaux confluents, et de la façon sournoise dont ce genre d’affections prend place dans l'économie.
Hernie inguinale droite étranglée. — Kélotomie. — Mort trois jours après l’opération. — Broncho-pneumonie.
Le 1° mars 1886, dans la soirée, entre à l’Hôtel-Dieu, salle Saint-Louis, N° 10, service de M. Vidal, chirurgien des hôpitaux, le nommé Braino Michel, âgé de 50 ans, journalier. Cet homme ne présente rien de particulier dans ses antécédants et ascendants; il jouissait auparavant d’une bonne santé, mais était porteur depuis six ans d’une double hernie, réductible, ordinairement maintenue par un bandage français. |
Deux jours avant son entrée à l'hôpital, il quitta cet appareil, et rapidement la hernie droite devint irréductible; quelques nausées se produisirent, les selles s’arrêtèrent et la veille de son entrée, le malade eut quelques vomissements légers.
Justement effrayé, il demanda son admission et fut reçu avec le diagnostic de hernie étranglée. L’examen de l’abdo-
men nous fait voir dans les bourses une double tumeur! Celle de gauche parfaitement réductible ne nous occupera pas; celle de droite est tendue, douloureuse, se prolongeant dans l'anneau inguinal par un pédicule sensible au toucher; l’abdomen est balionné.
Comme symptômes généraux, manque absolu de selles, pas de gaz par l’anus, quelques vomissements fécaloïdes. Du côté du thorax, nous constatons un peu d’emphysème, mais ces symptômes sont assez légers pour que, ce jour-là même, nous puissions sans danger donner un bain chaud pour favoriser, avec l’aide d’une double injection de morphine, le taxis qui est pratiqué sans aucun succès du reste.
2 mars. La kélotomie est faite par M. le professeur Combalat (en l'absence du D' Vidal), aidé de mon collègue et ami M. Bassano, interne de service, qui a eu l’obligeance de nous communiquer ces documents.
Incision rapide de la peau et du sac; issue d’un liquide légèrement foncé; la constriction peu serrée est facilement levée. On fait la toilette de l'intestin qui se trouve en bon état, bien qu’un peu congestionné, sutures au fil d'argent, pilules de 0,01 centigramme d’extrait thébaïque toutes les heures; glace.
Quelques vomissements dus sans doute au chloroforme, sont rapidement arrêtés par l’ingestion de la glace. Dans l'après-midi, une selle sans caractère spécial; l’état général. est bon, les poumons n’offrent rien d’anormal.
3 mars. L'état du malade s’est aggravé pendant la nuit, non pas du côté de l’abdomen (le ventre n’est pas douloureux à la pression, la plaie commence à se réunir par première intention, etil n’y a plus de vomissements), mais du côté du thorax. L’opéré tousse, la dyspnée est intense, des crachats sans caractère spécial sont expectorés.
Ro Le soir de ce même jour, nous constatons du souffle et des crépitants à la base du poumon droit, de la submatité ; quelques crachats rouillés. Potion de Todd et kermès. 4 mars. Les symptômes sont considérablement aggravés, surtout la dyspnée; quelques vomissements ont lieu dans la première partie de la nuit; le malade succombe à minuit.
AuroPsie. — Abdomen : Pas de péritonite généralisée, péritonite localisée à la partie herniée de l'intestin et s’irradiant tout autour dans un rayon de 15 centimètres à peine. Environ 100 grammes de liquide citrin dans le petit bassin, le foie et les reins sont légèrement congestionnés.
Poumons : Gauche: présente quelques noyaux disséminés de broncho-pneumonie. — Droit : la partie supérieure est légèrement congestionnée ; à la base le tissu ne crépite pas sous le doigt, les fragments détachés tombent au fond de l’eau, la coupeest uniforme, granuleunse à certains points, présente dans d’autres l'aspect marbré de la broncho-pneu-
. MmOnie.
Nous avons ici évidemment une broncho-pneumonie à noyaux confluents; mais l’examen superficiel de la pièce pathologique eût entraîné une méprise et fait croire à une pneumonie parvenue à la période d’hépatisation rouge. Une étude plus attentive et les coupes pratiquées sur le poumon nous ont permis d'éviter cette erreur.
Il est un fait dans cette observation sur lequel nous devons insister, car c’est la première fois que nous le rencontrons, et nous aurons bien souvent à en signaler de semblables, c’est que la principale lésion est du côté correspondant à celui de l'intestin hernié; ceci est d'autant plus singulier, que l’entrecroisement des ramuscules sanguins et nerveux dans l’abdomen est tel qu'il semblerait qu’il n’y à pas là de côté à considérer, et cependant d’une manière constante,
QE nous aurons à observer cette unilatéralité, surtout dans la partie expérimentale de notre travail.
Nous allons, du reste, la trouver encore dans l’observation suivante :
Hernie crurale droite, étranglée depuis 6 jours. — Kélotomie. — Mort 9 heures après l’opération. — Pneumonie droite.
Le 29 décembre, entre à 5 heures du soir à l'Hôtel-Dieu, salle Sainte-Catherine, N° 22, service de M. le Professeur Combalat, la nommée Limac Émilie, domestique, âgée de 58 ans. Cette femme est admise avec le diagnostic de hernie crurale étranglée. La malade a un aspect misérable, et à la simple inspection, on la croirait d’un âge plus avancé; la misère physiologique a imprimé sur elle son sceau débilitant.
Le pouls est petit, fréquent, le facies grippé ; les extrémités froides, et de temps en temps quelques hoquets sont suivis du rejet de matières fécaloïdes. On réchauffe la malade par du thé alcoolisé et de l’acétate d’ammoniaque. Comme commémoratifs, elle nous raconte qu’il y a six jours, une petite grosseur se développa dans l’aine droite; elle y fit peu d’attention, mais au bout de quelques heures un état nauséeux se produisit. Les selles s’arrêtèrent, puis vinrent quelques vomissements de matières muqueuses et alimentaires.
L'état empira; 4 jours après, les vomissements fécaloïdes se déclaraient, le ventre se distendait, l’état général baissait de plus en plus, les forces s’affaiblissaient; c’est alors que la malade se décida à entrer à l'hôpital. Pour tout traitement, on avait appliqué en ville quelques cataplasmes.
A l’examen de la région, voici ce que nous pûmes constater: au dessous de l’arcade de Fallope, une tumeur du volume d’une noix, rénitente, irréductible, adhérente aux
parties profondes par un pédicule se prolongeant sous l’arcade crurale, en dedans des vaisseaux fémoraux.
Cette tumeur est douloureuse au toucher, ainsi que labdomen ; à la percussion, nous constatons une certaine sonorité, due à des gaz contenus dans la hernie.
Tels sont les signes locaux; les symptômes généraux ont été exposés précédemment, et nous les aurons tous cités quand nous aurons dit que, depuis cinq jours, il n’y à eu ni selles ni gaz rendus par l’anus. Nous disons cinq jours, car le premier il y a eu encore deux ou trois selles fournies probablement par les matières accumulées dans le bout inférieur de l'intestin. | |
La malade, sous l'influence des excitants diffusibles qui lui sont administrés, se relève un peu, aucune tentative de taxis n’est faite, de crainte de compromettre encore davantage un intestin déjà menacé. |
L'opération est pratiquée à 8 heures du soir par M. le Professeur Combalat, dans des conditions particulières de rapidité (4 minutes à peine); aussi le traumatisme peut-il être considéré comme insignifiant.
A notre grand étonnement, l'intestin est en bon état; aussi après la section du collet du sac et de l'anneau, n’hésite-t-on pas à le réduire; sutures métalliques, tube à drainage dans la plaie, pansement antiseptique.
À l’intérieur, glace et pilules de 0,01 centigramme d'extrait thébaäïque, espacées d’heure en heure. À cinq heures du matin, la malade était morte.
Auropsie. — Du côté de la plaie opératoire, rien d’anormal, pas de sang, pas de liquide séro-sanguinolent, tout est en bon état.
L’abdomen ouvert ne nous montre aucune {race de péritonite; l'intestin est normal, on reconnaît l’anse herniée à
une coloration plus foncée. Rien du côté des reins, ni du foie, rien du côté du cerveau. Dans le ventre et dans les centres nerveux, nous n'avions rien trouvé pouvant nous expliquer la mort; il nous restait à examiner le thorax. [ci nous attendait ce qu’on peut appeler les surprises de l’autopsie; les deux poumons étaient congestionnés, violacés, imbibés d’une sérosité rougeâtre, s’écoulant à la section; à droite, dans le lobe inférieur, une véritable pneumonie arrivée à la période de début de l’hépatisation grise. En certains points de ce lobe, le poumon est un bloc fibrineux d’un rouge marbré, en d’autres, au contraire, la teinte est grisâtre; la coupe n’est pas très sèche; il s’y présente quelques granulations plus rares que dans l’autre partie; le tissu pulmonaire a une certaine friabilité.
Notre malade a donc succombé à une affection pulmonaire, qui semble manifestement être une pneumonie. Nous disons qui semble, car nous avons préalablement insisté sur la difficulté du diagnostic, même macroscopique, entre certaines pneumonies lobaires et certaines formes pseudo-lobaires. Nous savons, d'autre part, combien est rare la pneumonie secondaire, si on compare sa fréquence à celle de la bronchopneumonie; cependant, en l’absence d’examen microscopique, devant des signes macroscopiques aussi bien établis, nous devons opiner pour une pneumonie.
Il est trois points sur lesquels nous devons particulière ment insister: le premier, c’est le parallélisme déjà établi de la lésion pulmonaire et de l'affection abdominale; le second, c’est la marche insidieuse de la pneumonie: la malade n’a accusé aucun symptôme, ni frisson, ni point de côté, ni dyspnée, les crachats n’avaient rien de particulier. Probablement l’auscultation, bien pratiquée, nous aurait donné le diagnostie, malheureusement notre attention ne fut pas portée de ce côté, et nous n’auscultâmes pas la malade.
La troisième remarque à faire, c’est la coïncidence des dates entre les deux affections. La pneumonie a débuté manifestement au moment de l’étranglement. Tels sont les renseignements que nous donne l’observation précédente; nous allons les retrouver à peu près identiques dans la suivante:
Hernie crurale étroite étranglée. — Kélotomie, — Mort 18 heures après. — Pneumonie droite.
Le 5 novembre 1885, entre à l'hôpital de la Conception, salle Sainte-Eugénie, N° 23, service de M. le D' Flavard, la nommée Blancard Marie, âgée de 72 ans. Les antécédents pathologiques de cette malade sont peu importants; une fièvre typhoïde à 15 ans, puis deux accouchements normaux, et depuis, bien que d’un certain âge, elle a continué à jouir d’une assez bonne santé; pas d'affection des voies respira- ” toires.
Mais depuis longtemps déjà, elle porte une hernie crurale droite, plus ou moins bien maintenue par un mauvais bandage. Le 25 octobre, cette hernie, réductible auparavant, devint irréductible, le pédicule tendu et douloureux; les selles s’arrêtèrent complètement.
Du reste, il y avait absence presque totale de symptômes abdominaux et généraux; trois jours après, rendue inquiète par l’absence persistante de selles et par un état nauséeux, accompagné d’inappétence absolue, elle fit appeler un médecin qui se borna à ordonner un lavement purgatif resté sans effet.
Le 1° novembre, surviennent des vomissements bilieux et alimentaires ; la malade est plus déprimée, plus affaiblie, le ventre est un peu douloureux.
Enfin, le 5, alors que les vomissements fécaloïdes durent
ERES RE depuis trois jours, que la malade a perdu ses forces, que la respiration est devenue difficile, que la température est tombée au-dessous de 37, on fait appeler M. Van Gaver, médecin consultant des hôpitaux, qui diagnostique un étranglement herniaire et conseille d’envoyer la malade à l’hôpital pour y subir la kélotomie, tout en ne cachant pas à la famille le peu d'espoir que pouvaient laisser l’âge, l’état de cette malheureuse et la date de l’étranglement.
A son entrée, nous constatons un facies cholériforme, Cyanosé, avec les yeux excavés, entourés d’un cercle bleuâtre, les pommettes sont enfoncées et froides, la voix cassée, le pouls petit, dépressible, fréquent, l’abdomen est distendu, douloureux et sonore; des hoquets et des vomissements de matières intestinales.
Du côté de l’arcade crurale, on voit une tumeur assez grosse, bosselée, sensible au toucher, se continuant sous l’arcade de Fallope par un pédicule douloureux. La percussion nous donne de la matité à certains points, de la submatité sur d’autres; la respiration est fréquente, l’haleine courte. On pourrait mettre ces troubles thoraciques sur le compte de la distension abdominale, car la malade ne nous accuse aucun symptôme du côté du poumon; elle n’a pas eu de frissons, pas de crachats rouillés, pas de douleurs de côté; elle-même ne s’aperçoit presque pas de la difficulté qu’elle a à respirer. Cependant un examen plus attentif pratiqué avec l’aide de mon collègue et-ami M. Schnell, nous permit de constater de la matité dans la partie inférieure du poumon droit, avec de la submatité dans les régions situées au-dessus.
Pendant l'acte respiratoire, des râles assez nombreux, en général à assez grosses bulles, sur certains points cependant assez fins ; la voix est altérée, il y a de la bronchophonie. Le pronostic déjà grave s’assombrissait; nous avions évidemment affaire à une pneumonie à forme insidieuse, ayant
ER envahi le lobe supérieur droit, sans réaction caractéristique. Il y avait à ce moment de l’hypothermie. Nous attendimes quelques heures pour que, grâce à des excitants diffusibles, l’état général se fut un peu relevé, et à 9 heures du soir, je procédai, sur les indications de mon maître, M. le D' Flavard, à la kélotomie.
Epiploon abondant, ouverture d’un ancien sac déshabité, puis du sac actuel d’où s'écoule un liquide séro-sanguinolent ; l'intestin est rouge lie-de-vin, mais paraît sain. L’étran-
glement est extrême, l’anneau admet avec peine l’extrémité
du petit doigt, et ce n’est qu'après plusieurs petites incisions pratiquées avec beaucoup de peine, que l’agent de l’étranglement est levé. Nous pûmes alors nous féliciter de n’avoir pas pratiqué le taxis, car au niveau de l’étranglement l’intestin était complètement sphacélé, avait perdu sa structure et se trouvait réduit à une mince pellicule sphacélée, présentant plusieurs perforations.
En présence de cet état de choses, nous dûmes pratiquer un anus contre-nature. Pansement antiseptique sur la plaie, glace. Extrait thébaïque. Potion de Todd à l’intérieur. Les vomissements cessèrent, il y eut une selle ou deux, mais le pouls ne se releva pas, la malade ne put reprendre chaleur, et mourut le lendemain à 11 heures.
AuTOPsIE. — À l'ouverture de l’abdomen, nous trouvons l’intestin un peu distendu; de la sérosité citrine dans les parties déclives, la séreuse dépolie.
Rien du côté du réin, ui du foie, rien du côté de la vessie.
Poumons. — Gauche: congestionné, rouge, crie sous le scalpel, est gorgé de sang spumeux. Droit: dur, friable, tombant au fond du vase ; la surface de la section est légèrement
LORD À fire granuleuse, la teinte est grisâtre, plus accentuée sur certains points.
C’est une pneumonie arrivée à la période d’hépatisation grise, dont la date de début coïncide manifestement avec celle du début de l’étranglement.
Ici encore nous aurions à renouveler les mêmes réserves que pour l'observation précédente, au sujet de la nature intime de la lésion broncho-pulmonaire. Cependant en l’absence d'examens micrographiques, nous devons conclure macroscopiquement à une pneumonie. lei comme précédemment, nous constatons la marche insidieuse de l'affection si bien signalée par M. Verneuil et les auteurs qui ont traité ce sujet; nous voyons encore la lésion pulmonaire du même côté que la lésion intestinale. [ei enfin les dates de début des deux affections coïncident.
Bien que les observations de pneumonie, consécutive à l’étranglement herniaire, soient peu fréquentes, on en trouve quelques-unes dans les Annales de la Science.
Nous avons cité, dans l'historique de la question, l’observation d’Erichsen sur un vieillard de 70 ans, opéré d’une hernie inguinale droite étranglée, mort le deuxième jour d’une pneumonie de la partie postérieure et inférieure des deux poumons. Nous possédons encore celle de Brigk, de Cracovie (1), ayant pour titre: « Hernie inguinale droite, kélotomie et entérotomie, puis entérorraphie dans une hernie inguinale gauche étranglée;» enfin, celle de Novaro (2) dont le sujet est un homme de 40 ans; l'observation porte pour titre: Anus contre-nature, inguinal, consécutif à une hernie
(1) Bryk Zegeglad, Lekarski 1881, n° 93.
(2) Novaro (Giornale de l’Acad. de Tornio) 1881, n° 12.
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gangrenée, résection des deux bouts de l'intestin, sutures ; mort le deuxième jour de pneumonie.
Ces quelques observations semblent prouver la réalité de
la pneumonie secondaire dans l’étranglement.
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QUELLE EST LA FRÉQUENCE DE LA LÉSION BRONCHO-PULMONAIRE DANS L'ÉTRANGLEMENT ?
En jetant un coup-d’œil sur ce qui précède, nous voyons que le poumon nous présente secondairement une série de lésions variables comme intensité et même comme nature, mais d’une fréquence telle que, dans peu d’années, la science a pu accumuler un nombre considérable d'exemples}; nous allons maintenant tâcher de résoudre ce problème. N'y a-t-il là qu’une question de simple coïncidence, ou est-ce une loi de l’organisme ?
Les prémisses de notre travail font déjà prévoir notre réponse; d’accord en cela avec M. Trélat qui croit quec ce n’est pas à une simple coïcidence qu’il faut rattacher cette coexistence de phénomènes, mais à un lien réel révélé par la constance où la fréquence de eette association (1).» Il y a entre le poumon et l’intestin une solidarité telle, qu’il se produit toujours une lésion pulmonaire sous l'influence de l’étranglement, lésion dont la gravité dépend et de l’état de l'intestin et de l’état du poumon.
Ici, c’est à l’étude expérimentale que nous allons avoir recours; cette étude à déjà été entreprise. Demarquay (2) a trouvé des congestions chez des chiens, auxquels il avait
(4) Trélat (B. ef Mémoires de la Société de chirurgie) 1881. {2} Demarquay et Carville. Voir tous deux dans l’Historique.
tes nd
LP} 0 pratiqué des étranglements ; Carville a observé le même fait. Il est vrai que M. Terrillon a nié ces résultats, mais M. Berger a dit en séance publique: J’ai vu se produire des congestions et même de petites apoplexies pulmonaires chez des animaux sur lesquels, dans des expériences qui seront bientôt publiées, j'avais étranglé des anses intestinales au moyen de ligatures métalliques. Nous n’avons pas eu connaissance du travail de M. Berger, mais M. Teissier fils (1), dans une communication au Congrès de Montpellier sur les affections douloureuses de l'intestin et des ligaments larges, a fait connaître que, dans une série d’expériences sur l’intestin des animaux, il avait obtenu de la congestion pulmonaire. Nous avons repris cette expérimentation, et ce sont ses résultats que nous allons exposer.
Expérience A.
Chien adulte, laille moyenne, opéré le 19 mars, mort deux jours après. — Bronchopueumonie.
Nous allôns décrire une fois pour toutes notre manuel opératoire, afin de n’y pas revenir dans les expériences suivantes, et de nous épargner des longueurs inutiles.
Incision de 7 centimètres environ parallële à la ligne blanche, faite à 2 centimètres de cette ligne; section des muscles donnant un peu de sang, rigoureusement arrêté avant l’ouverture du péritoine; section de cette séreuse sur la sonde cannelée; hernie de l’épiploon, puis de l'intestin grêle. L’anse intestinale est étranglée par une ligature assez forte; la paroi musculaire suturée tout autour de l’étrangle-
(1) Teissier fils, Communicalion au Congrès de Montpellier, 1878.
ON LR ment forme un annean naturel à cette hernie, dont la peau décollée et suturée sert de sac.
Le chien paraît avoir peu souffert du traumatisme. Le 20 au matin, il a de la fièvre, la peau est chaude; il n’a rien voulu prendre depuis la veille comme alimentation; mais en revanche la soif est intense. Le 21, mort à 3 heures du matin.
Avropsie. — L’anse herniée commence à se sphacéler; il existe une certaine quantité de sang dans la poche. A l’ouverture de l’abdomen: intestin absolument dépoli et un peu congestionné; les reins contiennent beaucoup de sang, le foie est normal.
Du côté des organes thoraciques : le cœur est sain, le poumon droit aussi. Le gauche présente au centre une partie fortement splénisée (1), de teinte violet sombre, tranchant brusquement sur la coloration rosée du reste du poumon; la densité est légèrement accrue, la section de cette partie provoque un écoulement de sang.
L'examen micographique nous donne un poumon dont les alvéoles sont remplies de cellules épithéliales presque toutes tombées dans l’intérieur; quelques-unes encore adhérentes à la paroïi. Des globules blancs en petit nombre sont surtout répandus dans le tissu conjonctif péri-alvéolaire. Peu de globules rouges qui sont tous ramassés dans les gaînes périvasculaires.
Nous avons donc obtenu ici une forme à peu près classique de spléno-pneumonie avee un seul noyau parfaitement marqué dans le poumon correspondant aux côtés de l’anse herniée. |
(1) Ilest bien entendu que nous comprenons les mots splénisation et splenopneumonie comme nous les avons définis plus haut. d'après M. Joffroy et non dans le sens où les emploie Grancher,
RE
Expérience B.
Gobaye, non encore adulte. — Mort 70 heures après l'étranglement.-— Congestion pul= monaire des deux côlés. — Noyau de broncho-pneumonie à gauche.
. Le sujet soumis à notre deuxième expérience est un jeune cobaye, non encore adulte ; le lundi 15 mars, nous pratiquons l’opération, l’animal étant plongé dans le sommeil -ehloroformique. \
Nous nous bornâmes ici à ‘placer une ligature sur l’extrémité de l’iléon, et à laisser le tout dans la cavité abdominale . que nous suturâmes.
Le 16, l'animal est triste, ne mange pas, la température
- paraît au-dessous de la normale.
Le 17, même état, DIRE accentué; quelques selles peu abondantes.