‹ Des Compressions Porte: Consécutives aux Opérations Sous-HépatiquesChapitre 13 sur 33 · POSE · texte numérisé non relu

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consécutifs à la ligature brusque et complète de la veine porte et nous verrons ensuite de quelle manière ils sont modifiés lorsque l’oblitération veineuse est imparfaite ou de courte durée.

S 1. — Ligalure brusque produisant l'oblilération totale de la veine porte

Lorsque la ligalture porte à été bien faite et que plus une goutte de sang veineux ne parvient jusqu'au foie, les accidents ne tardent pas à faire leur apparition.

À. Début des accidents. — L'animal qu’on à anesthésié soit à l’éther, soit au chloroforme a pourtant un réveil assez tranquille. Il reste d’abord immobile et muet comme surpris, et ce n’est que huit à quinze minutes après l'opération que se manifestent les premiers symptômes.

Toutefois, Schiff rapporte un cas où, dès son réveil, animal entra presque immédiatement dans le coma et mourut au bout de vingt-cinq minutes, sans autre manifestation.

D'ailleurs, la date d'apparition des accidents varie un peu suivant le sujet qui sert à l'expérience et en général plus l'animal est petit, plus vite il subit les effets de la ligature. C'est ainsi que les phénomènes morbides se manifestent plus tôt chez les lapins et chez les chats, que chez les chiens, et de même ils apparaissent plus tard chez les chiens de forte taille que chez les petits caniches.

Mais au bout d'un quart d'heure environ, les animaux présentent tous des modifications de leur état

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général et des troubles fonctionnels de leurs divers appareils.

B. Etat général. — On est d’abord frappé des changements qui surviennent dans l'aspect extérieur de l'animal. Les jeunes chats et les jeunes chiens très joueurs de leur naturel, deviennent tristes et refusent absolument de répondre aux caresses et à toute excitation. Is se mettent dans un coin de la salle et restent immobiles pendant quelques instants.

Ces phénomènes dépendent bien de la ligature porte et non du shock opératoire, car si l’on se contente (Expérience de Schiff sur un chat) d'ouvrir la paroi abdominale et de placer un fil sous la veine porte sans serrer les deux bouts, l'animal à son réveil est très gai ; il gambade dans la salle et s'amuse volontiers ; il se lèche, se gratte, boit de l’eau, et se comporte tout à fait comme un chat normal. Si une heure après on serre le fil, cette manœuvre provoque au bout de sept minutes les symptômes signalés plus haut.

Cette tristesse et cet abattement, font d’ailleurs bientôt place à de l'agitation, surtout chez les chiens. L'animal se lève et essaye de faire le tour de la salle; il y arrive le plus souvent; mais ses mouvements qui sont d’abord normaux deviennent de plus en plus pénibles ; ilse raidit et ne tarde pas à tomber sur le flanc ; ilse relève, se traine encore quelques mètres, puis ne bouge plus, tout en manifestant des symptômes de douleurs. En effet, les cris qui s'étaient d’abord bornés à des gémissements plaintifs se transforment alors en véritableshurlements ; d’ailleurs il s'épuise peu à peu et redevient au boutd'un momentfaible et inerte.

Chez les chats et les lapins la période d’agitation est très raccourcie; ils ne sortent que pendant quelques instants du sommeil chloroformique pour retomber presque aussitôt dans un assoupissement profond et dans le coma.

En revanche un symptôme que l’on retrouve toujours identique à lui-même, chez les animaux auxquels on à lié la veine porte, c'est une anémie intense se traduisant par les signes habituels des hémorragies graves. Si, un quart d'heure après l'opération, on regarde les muqueuses des chiens el des chats qui ont servi à l'expérience, on se rend très bien compte qw’elles sont moins colorées qu'à létat normal ; c’est surtout vingt-cinq minutes après la ligalture que les conjonctives et les muqueuses linguales et palatines sont bien décolorées ; au bout d’une demi-heure elles sont d’un blanc grisâtre. Rien que par cet examen, on peut affirmer que tout le sang a abandonné les régions supérieures et est retenu quelque part. D'ailleurs, si à ce moment on sectionne une grosse artère périphérique comme la fémorale, on s'aperçoit qu'ilne s'écoule plus une goutte de sang.

L’étude de la /empérature tend également à faire croire qu’on se {trouve en présence d’une hémorragie interne. Elle baisse peu à peu d’une façon presque uniforme. Si l’on prend, avant l’expérience, la température rectale et la température périphérique au niveau de la peau du grand pectoral par exemple, on constate que la première atteint 384 et la seconde 365 ; une demi-heure après la ligature porte, la température rectale n’est plus que de 378 et la température péri-

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phérique de 35°5 ; au bout d’une heure, 3605 et 3405. Et l’on ne peut lutter avec succès contre ce refroidissement progressif. On a bien essayé plusieurs fois de réchauffer artificiellement l'animal, maison n’a obtenu aucun résultat. La température à constamment suivi Sa marche descendante pendant toute l'heure qui à suivi la ligature.

On n’a pas pu tracer la courbe pendant un temps plus long, car au bout d’une heure les animaux ont presque toujours succombê. Les chiens sont ceux qui survivent le plus longtemps, une heure et demie ou deux heures: les lapins succombent les premiers en cinquante minutes, quelquefois même en trente-cinq minutes ; les chats meurent plus tard que les lapins mais plus tôt que les chiens. Presque toujours la mort survient à la suite d’un affaiblissement progressif, parfois dans le coma. Il n'y à pas de crises convulsives et l’animal meurt simplement en poussant quelques gémissements.

Si l’on ne se borne pas à cette vue d'ensemble sur la marche des accidents et si l'on étudie soigneusement les divers appareils des animaux opérés, on s’apercoit que tous sont touchés plus ou moins par la ligature porte.

C. Appareil respiratoire. — La respiration peut subir des modifications variées, mais en général on peut dire. qu'accélérée dans la première partie de l'expérience, elle se ralentit peu à peu à la fin. Dans le premier quart d'heure, les mouvements respiratoires ne présentent rien d’anormal ; ils sont amples et réguliers. Ensuite on note une légère accélération du

rythme respiratoire et vingt-cinq-minutes après l’interruption de la circulation hépatique, la respiration devient haletante etcourte. L'animal tâche encore de réagir etpendant vingt minutes environ, il essaye de s'emparer de l'oxygène nécessaire à sa vie. Mais à mesure que la quantité de sang disponible diminue, l’hématose se fait de plus en plus mal ; les mouvements respiratoires deviennent presque incomptables et dès ce moment apparaissent des spasmes violents et des bâillements répétés. Dès lors, l'animal renonce à la lutte et la respiration se ralentit d'instant en instant. De temps à autre, il fait bien quelques violentes inspirations, mais cinquante minutes après le début de l'expérience, on peut à peine dire s’il respire encore etil ne tarde pas à mourir.

D. Appareil circulatoire. — Du côté de l'appareil circulatoire on observe une série de symptômes que l’on peut facilement rapprocher des précédents, car les battements du cœur subissent à peu près les mêmes variations que les mouvements respiratoires.

Les contractions cardiaques sont d’abord régulières et énergiques. Vingt minutes après la ligature, le cœur bat encore régulièrement, mais les battements sont déjà plus rapides ; l'accélération ne fait qu'augmenter et au bout de trente minutes, bien que le cœur se contracte encore avec force, on note déjà des symptômes darythmie: les pulsations cardiaques deviennent irrégulières et avortent quelquefois. A partir de ce moment le cœur qui n’a qu’une quantité de sang de plus en plus minime à lancer dans la circulation générale s’épuise en vains efforts ; peu à peu ii se

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ralentit, il continue à battre pendant une demi-heure encore, puis il s'arrête amenant la mort.

Le pouls étant sous la dépendance des contractions cardiaques ne nous fournit pas des symptômes nouveaux. Bien frappé au début, irrégulier ensuite, il nous permet de noter les systoles avortées, puis ilarrive un moment où il n’est plus perceptible bien que le cœur soit encore animé de quelques battements.

Mais l’on peut rattacher à l'étude du pouls, l'étude de la pression du sang dans les artères, et cette étude permet bien de se rendre compte que le sang abandonne la circulation générale pour se réfugier dans le système Porte. Ludwig et Thiry, Picard, et surtout Gilbert et Garnier ont étudié cette pression au niveau des carotides, et ils ont vu qu’elle baissait lentement, mais régulièrement, dès qu'on avait placé la ligature. Picard à également étudié la pression dans la veine porte, il à pu constater, qu’elle augmentait peu à peu au cours de l'expérience et au moment de la mort de l'animal, là pression nulle dans les artères avait encore une valeur positive dans le tronc porte.

E. — Appareil digestif. — Les symptômes fournis par l'appareil digestif sont peut-être ceux qui montrent le mieux l’origine porte des accidents. Certains, en effet, sont identiques à ceux que l’on observe dans les cirrhoses atrophiques quand la circulation hépatique est en grande partie interrompue.

Dans plusieurs des expériences on à noté des vomissements de sang ; ces hématémèses se produisent généralement vingt-cinq minutes après la ligature ; le plus souvent le sang est rejeté par la bouche, mais

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dans un cas il s’écoula par le nez simulant un épistaxis. Si les hématémèses sont inconstantes, les mélœænas ne manquent jamais. L'animal a toujours des évacuations alvines avant de mourir et les matières fécales faiblement teintées de sang au début, sont au contraire très colorées par du sang noir au moment des dernières évacuations.

L'inspection de l'abdomen permet de constater une augmentation de volumetrès nette et du ballonnement.

A la palpation le ventre est dur et résistant; mais dans aucun Cas on n’a observé de l’ascite; il peut bien se produire une légère transsudation dans le péritoine, mais la mort survient trop vite et ne laisse pas le temps au liquide de s’accumuler en quantilté suffisante pour donner naissance à des symptomes objectifs.

La palpation permet aussi de se rendre compte de l'augmentation de volume de la rate qui, vingt minutes aprés la ligature porte, devient très facilement accessible. On peut en quelque sorte suivre l'accroissement progressif de l’organe à mesure que le sang s’accumule à son intérieur.

F. — Appareil urinaire. — Si les symptômes précédents ont une assez grosse importance, les symptômes fournis par l'appareil urinaire ne nous apprennent pas grand chose et sont d’ailleurs assez difficiles à observer.

Castaigne et Bender signalent simplement des évacuations d'urine survenant vingt-cinq ou trente minutes après la ligature porte. — Schiff a approfondi un peu plus cette question; il a fait des analyses

mais il n’a pas obtenu des résultats bien appréciables ; dans cerlains cas il à trouvé de l’albumine; dans d'autres cas, les urines n’en contenaient plus la moindre trace. 11 semble cependant ressortir de ses r'echerches, que Purine des animaux opérés renferme une quantité d'u’ée beaucoup plus considérable qu'à l'état normal. C'est d’ailleurs un fait assez étonnant, car dans les cirrhoses atrophiques, nous savons qu’on note toujours une diminution de l'urée.

G. Système nerveux. — Pour être complet dans notre description symptomatique il nous reste encore à dire quelques mots des phénomènes qui se passent du côté du système nerveux.

Au point de vue de la sensibilité générale on n’observe que des symptômes banals qui apparaissent généralement quelques heures avant la mort. Quarante-cinq minutes après le début de lexpérience, l'animal est presque insensible ; on peut lui toucher la cornée sans qu'il réagisse, ses réflexes ont disparu. Schiff signale dans une de ses observations une paralysie du pneumogastrique dont l'excitation ne provoqua pas l’arrêt du cœur; mais nous n'avons trouvé cette paralysie signalée que dans cette seule observation ; aussi ne la considérons-nous pas comme un symptôme constant.

Voici donc exposés d’une facon à peu près complète les phénomènes morbides consécutifs à l’oblitération brusque et définitive de la veine porte. Il nous faut voir maintenant ce que deviennent les symptômes lorsque l'oblitération est incomplète et qu'une certainequantité de sang veineux peut encore arriver jnsqu'au foie.

S2. — Ligature ne produisant qu'une oblitération

incomplète ou temporaire de la veine porte.

Nous n'avons pas l'intention de faire ici l'étude des oblitérations lentes de la veine porte, consécutives à une pylephlébite adhésive et qui n’entrainent la mort qu’au bout d’un certain nombre de jours. Nous aurons seulement en vue,les cas où une quantité minime de sang esk encore lancée dans la circulation générale, permettant ainsi à l'animal de survivre pendant plusieurs heures. C’est d’ailleurs ce qui a dû se produire le plus souvent chez l’homme à la suite des interventions dont nous parlerons plus tard.

Les phénomènes observés à la suite des ligatures incomplètes, diffèrent peu de ceux que nous avons rapportés précédemment, mais la date de leur apparition est beaucoup plus tardive et leur intensité un peu moins considérable. Les expériences les plus caractéristiques dans ce sens sont celles de Moos. Cet auteur croyait pratiquer une ligature totale de la veine porte chez des lapins, et pourtant sur douze des animaux qui lui servirent à faire ses expériences, fhuit succombèrent rapidement, maisles quatre autres survécurent seize, vingt-cinq, vingt-six et vingt-neuf heures. La mort fut d'ailleurs accompagnée des signes ordinaires, cependant on nota de plus, que les urines étaient sanguinolentes et contenaient beaucoup d’albumine et des cylindres de fibrine. Schiff qui critiqua ces expériences a fait remarquer que Moos avait oublié de ligaturer

une veine accessoire, allant du duodénum au Jfoie, et que par conséquent il n'avait fait en quelque sorte, qu'une ligature incomplète du tronc porte. Il pratiqua alors lui-même cette ligature incomplète, en placant un fil sous la veine porte et en serrant modérément les deux bouts. Les accidents n’apparurent que douze heures après l'opération. L'animal eut de nombreux vomissements sur là nature desquels il ne donne pas de détail, mais il a soin de préciser que le chien refusait toute nouriture. Sur cinq chiens ainsi traités, deux furent trouvés morts au bout de quarante-huit heures les trois autres vivant encore, Schiff resserra la ligature et la mort survint alors au milieu des symptômes sur lesquels nous avons suffisamment insisté.

Au cours de ces mêmes expériences, Schiff se rendit ‘également compte que l’on pouvait à volonté faire apparaitre et disparaître les accidents en resserrantou en desserrant la ligature. En effet, dès que les premiers phénomènes de tristesse et d’abattement apparaissaient, il diminuait la tension des fils ; dans ces conditions l'animal redevenait gai et ne manifestait plus aucun signe d'inquiétude.

Mais les travaux les plus récents sur la ligature temporaire de là veine porte ont été publiés par MM. Gilbertet Garnier. Ces auteurs ont repris les expériences de Thiry et Ludwig dans le but d'étudier la pression artérielle après l’oblitération porte et ils sont arrivés aux mêmes conclusions. Nous ne nous étendrons pas sur le manuel opératoire de ces diverses expériences, que nous avons indiqué brièvement dans le premier chapitre et nous donnerons seulement les

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résultats obtenus. Dès qu’on place une pince sur la veine, la pression artérielle s’abaisse. Cette chute ne se fait pas brusquement en général mais peu à peu et l'on voit sur le tracé, la ligne atteindre lentement son point le plus déclive et sy maintenir ensuite. Au contraire quand on retire la pince la pression remonte d'une manière beaucoup plus rapide, mais souvent elle n’atteint pas le niveau antérieur et reste abaissée. Puis, si on replace de nouveau la pince, on voit les mêmes phénomènes se reproduire. Gilbert et Garnier sont ainsi arrivés à abaisser la tension artérielle des lapins de 9 centimètres à 6, 4 et pourtant dès qu'ils ont rétabli la circulation porte, à condition, bien entendu, que les parois de là veine n'aient pas été trop gravement lésées, les animaux sont revenus à la vie.

On peut donc conclure de toute cette série de faits, que si les symptômes observés à la suite de la compression porte sont de la plus haute gravité, on peut toutefois si on les diagnostique à temps et si on enlève immédiatement la cause de compression, arrêter la marche des accidents et empêcher l'issue fatale. Rien n'est plus rationnel d’ailleurs, car l'unique cause de tous ces phénomènes morbides, est constituée par accumulation du sang dans le tractus gastro-intestinal par suite de l’arrêt de la circulation porte.

L’autopsie des animaux qui ont succombé, permet en effet, de vérifier encore une fois l'exactitude de cette explication pathogénique des accidents.

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