GRACE DANS LES MOUVEMENTS
Dans les recherches relatives à l'esthétique que j'ai précédemment publiées’, J'ai été conduit à examiner pourquoi certains mouvements du corps de l’homme provoquent en nous une impression agréable, et à me demander quels sont les caractères physiques de cette qualité habituellement appelée la grâce.
Parmi ces caractères, lun des plus importants est que la trajectoire des divers points du corps, de ceux surtout qui attirent particulièrement l'attention de l'observateur, forme une ligne présentant des propriétés esthétiques telles que la continuité, la symétrie, la périodicité. Jai cherché à constater expérimentalement ce caractère dans les mouvements que
1 Sur le rôle du sens du toucher dans la perception du beau. Arch. des Sc. phys. et nat. 1885, XVI, 350. Les Impressions réitérées. Ibid. 1886, XVI, 89. Sur la détermination photographique de la trajectoire d'un point du corps humain pendant les mouvements de locomotion. Ibid., 1885, XIV, 94.
l'on exécute dans la danse. Ce sont ceux, en effet, qui présentent au plus haut degré la recherche de la grâce, puisque leur but principal est de provoquer une impression de beauté.
Dans ses belles recherches sur la locomotion de l’homme et des animaux, M. Marey à obtenu par la photographie le tracé de la trajectoire de différents points du corps en mouvement : le procédé consiste à fixer au point voulu un petit objet brillant, tel qu’une boule métallique, par exemple, à exposer le sujet à une vive lumière el à prendre une épreuve photographique pendant la locomotion.
On obtient ainsi un tracé continu ou par points, suivant qu’on laisse agir constamment la lumière ou qu'on l’intercepte périodiquement‘.
J'ai été conduit à faire l’essai de procédés un peu différents, qui me paraissent pouvoir être avantageusement utilisés dans d’autres cas que celui que j'avais en vue.
10 Au lieu d’une boule réfléchissante, on dispose une pelite lampe électrique à incandescence, comme celles que l’on emploie pour les bijoux électriques. Cette lampe se monte facilement sur une épingle ou sur une pièce de cuir qui s’adapte en un point quelconque du corps. Elle est en communication, à l’aide de fils isolés, soit avec un petit accumulateur que le sujet porte avec lui, soit avec une pile fixe, auquel cas les fils de communication doivent être suffisam-
1 Voyez Comptes Rendus de l'Acadèmie des Sciences de Paris 1882 et
Pour les autres épreuves, le danseur effectuait son pas sur une ligne droite, l'appareil photographique étant convenablement disposé au fond de la scène. On obtenait donc les tracés dans une direction horizontale. Chaque épreuve porte deux trajectoires, dont l’une est celle du sommet de la tête, tandis que l’autre est quelquefois celle de la main et plus souvent celle du pied gauche, la lampe étant placée sur le pied, le plus près possible de la pointe.
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Fig. 46. Valse vue d'en haut (10 mars 1886,/M. et Mt Poigny).
Fig. 47. Polka-mazurks vue d'en haut (10 mars 1888, M. et M"* Poigny).
Fig. 48. Bohottisch vue d'en haut (10 mars 1886, M. et M=* Poigny).