LA LITTÉRATURE
(Ainsi que nous l'avons dit, c’est à l’amitié de M. Marc Debrit que nous devons la rédaction de ce chapitre.) (Note de l'éditeur.)
Après avoir étudié les effets esthétiques de la sensation réitérée dans les arts que l’on peut appeler physiques, comme la musique, la peinture et la danse, et dans la nature qui les contient tous à l’état de germe, l’auteur de ce travail avait conçu le projet de pousser son investigation plus loin; 1l se proposait de chercher dans quelle mesure le rappel des sensations, sous la forme de mots, d'images ou de pensées, peut concourir à la production du sentiment du beau dans l’ordre intellectuel, autrement dit la place qui lui appartient dans l'esthétique littéraire.
Malheureusement, cette partie de son œuvre qui l’occupait et l’a préoccupé jusqu’à la veille de sa mort n’a pas même été ébauchée; une seule note isolée, que nous donnerons plus loin, est restée comme un simple jalon du travail préliminaire qu’il avait entrepris sur ce sujet étranger à ses études
presque comme une voie de fait, puis une série de malédictions courtes et symétriques qui se terminent par le cri de haine final :
Puissé-je de mes yeux y voir tomber la foudre,
Voir ses maisons en cendre et tes lauriers en poudre, Voir le dernier Romain à son dernier soupir,
Moi seule en être cause et mourir de plaisir !
La répétition des mots insignifiants par euxmêmes, voir, dermer, et le parallélisme des phrases est un élément important de la sensation tragique produite par ces admirables vers.
Et dans Macbeth, après le crime; nous traduisons:
€ Macbeth. 11 m'a semblé entendre une voix me crier : Tu ne dormiras plus! Macbeth a tué le sommeil ! le sommeil innocent qui arrête par un nœud le fil de la douleur! Le sommeil, mort de la vie de chaque jour, bain qui rend la fraîcheur à nos sens lassés, baume répandu sur les blessures du cœur, second service au splendide festin de la nature! principal aliment du banquet de la vie! Sa voix retentissant dans toule la maison à continué de crier : Tu ne dormiras plus! Glamis à tué le sommeil! Désormais Cawdor ne dormira plus! Macbeth ne dormira plus!»
Ce sont là des exemples assez illustres de la sensation répétée, employée dans la poésie tragique.
Dans l'histoire, dans la controverse, dans les disserlations philosophiques même, la sensation répétée sert, sous la plume d’un habile écrivain, à insister sur une idée, à donner à un fait important le
mèaes de la réminiscence, c’est-à-dire l'appel fait, sous la forme de description ou de commentaire descriptif, aux expériences antérieures reslées à l'état de souvenir dans l'imagination du lecteur. N’était-ce pas élargir beaucoup la notion de ce que l’on entend d'ordinaire par la sensation réitérée ? Au surplus, 1l faut le redire encore, nous n'avons sur ses intentions d'autre témoignage que la citation fort courte qu’on va lire avec les indications très sommaires aussi qui la précèdent dans l'original. Ces quelques lignes n’ont point la prétention de combler une lacune, ni de préciser exactement ce que Soret a voulu faire, encore moins ce qu'il aurait fait s’il avait eu le temps d'achever cette étude, qui a été la dernière occupation et presque la consolation de ses derniers moments. Nous avons voulu seulement marquer la place de ce chapitre, afin que si, plus tard, d’autres venaient à reprendre ce sujet intéressant et neuf et à le pousser plus à fond, on sût cependant que l’auteur de ce livre l'avait fait
entrer dans le cadre de son travail.
Quelques notes sur les impressions réitérées et esthétiques dans la littérature.
L Tout langage proprement dit, formé de signes écrits ou de signes sonores, suivant qu'il est écrit ou parlé, fait nécessairement appel aux impressions
dont les toufles épaisses la couvrent de leur parure rougissante ; le troisième matin survient une gelée meurtrière qui, au moment où, dans sa simple bonhomie, il croit ses grandeurs en pleine marche vers sa maturité, le dessèche jusqu'à la racine, alors il tombe comme Je le fais.»
Ces trois coups de pinceau pris dans le monde des fleurs ne donnent-ils pas le tableau le plus saisissant de ce que le poète a voulu exprimer”? Ce n’est. pas de la description, c’est de la peinture. La triple image analogue fait ressortir aussi le rôle des impressions réltérées.